Horace (, prononcé : , 65 av. J.-C. - 8 av. J.-C.) est un poète de l'Antiquité romaine.

Né à Venosa, en Apulie, dans une famille modeste affranchie, Horace bénéficie néanmoins d'une éducation soignée grâce à son père, qui investit dans son avenir et lui permet d'étudier à Rome et à Athènes. C'est dans cette dernière ville qu'il approfondit sa formation philosophique, influencée par l'épicurisme et le stoïcisme, des courants qui marqueront durablement sa vision du monde et son écriture.

Après avoir brièvement servi comme tribun militaire dans l'armée républicaine de Brutus pendant la guerre civile, Horace retourne à Rome dans des conditions précaires, ayant perdu ses biens. Il se consacre alors à la poésie, se distinguant rapidement par ses Satires et Épodes, qui révèlent son talent pour mêler critique sociale et réflexion morale. Sa rencontre avec Mécène, proche conseiller d'Auguste, change sa destinée : intégré au cercle des poètes protégés par le mécène, Horace bénéficie d'un soutien matériel et d'une reconnaissance qui lui permettent de développer son art. Il compose alors ses œuvres majeures, notamment les Odes, qui célèbrent l'amour, l'amitié, la nature et la paix, et les Épîtres, qui explorent des thèmes philosophiques et littéraires.

Apprécié pour la maîtrise de la langue latine et la diversité des formes poétiques qu'il a perfectionnées, Horace est devenu une figure emblématique de la littérature classique. Son œuvre, empreinte d'une philosophie de la modération et du carpe diem, a influencé profondément la culture occidentale.

Biographie La vie d'Horace nous est essentiellement connue par son œuvre, riche en informations et considérée comme une source fiable.. Quelques renseignements supplémentaires figurent dans la biographie De viris illustribus (Des hommes illustres) de Suétone.

Famille et enfance Horace est issu d'une famille modeste. Son père est devenu esclave dans des circonstances mal connues, peut-être comme prisonnier de guerre au cours de la Guerre sociale en 89 av. J.-C.., puis a été affranchi. Le nom d' était probablement, comme il était l'usage, celui de son ancien maître : deux familles romaines portaient ce nom, ainsi qu'un ami de Cicéron qui possédait des champs près de Brundisium, c'est-à-dire près de la ville de naissance du poète. Il est impossible de savoir de qui le père a été l'esclave. Il a pu également être un esclave public de la ville de Venose.. Une fois affranchi, il exerce le métier de , c'est-à-dire de caissier de ventes aux enchères, puis celui de (commissaire-priseur). Il possède quelques terres, confisquées après la mort de Jules César., et n'est pas pauvre, puisqu'il peut envoyer son fils passer l'été dans la fraîcheur du Mont Vultur.. On ne sait rien de la mère du poète, qui ne mentionne ni frère ni sœur non plus..

Le nom complet du poète, , indique qu'il faisait partie de la famille des Horatii.. Il n'est attesté que par l'inscription commandée à l'occasion des jeux séculaires organisés par Auguste en 17 av. J.-C. : , conservée au Musée des Thermes de Dioclétien. ; il s'agit du Chant séculaire. Horace naît à Venose, aux frontières de l'Apulie et de la Lucanie, le vers trois heures du matinL'année et le mois sont donnés par Horace lui-même (Odes, III, 21, 1), ainsi que l'heure (Odes, II, 17, 17) et le jour par Suétone (Des hommes illustres XXVIII, « Vie d'Horace »).. Quand le jeune Horace atteint l'âge de sept ou dix ans, son père s'installe à Rome ; on ne sait s'il y abandonne les affaires pour vivre des revenus de ses terres. ou s'il y poursuit sa carrière.. Il consacre son temps et une bonne partie de son argent à l'éducation de son fils et lui fait suivre les leçons du grammairien Lucius Orbilius Pupillus, qui enseigne Ennius, Livius Andronicus et bien sûr Homère. Horace témoigne de cette période et de sa gratitude envers son père dans les SatiresLes citations sont tirées de la traduction de . :

En Grèce Horace a environ vingt ans lorsqu'il part pour Athènes, pour y poursuivre l'étude du grec et y découvrir la philosophie. Son père semble être mort avant ce départ. et c'est à la même époque qu'il aurait commencé à écrireL'anecdote de la satire I, 7, en présence de Brutus, a de toute évidence été écrite avant la bataille de Philippes en 42 av. J.-C., dont au moins quelques vers en grec.. Il étudie à l'Académie auprès d'Aristos d'Ascalon.. Horace est toujours en Grèce lors de l'assassinat de Jules César en 44 .. Peu après, Brutus et Cassius arrivent à Athènes et enrôlent de jeunes aristocrates dans leur armée ; Horace obtient le grade de tribun militaire en 42 ., ce qui le fait entrer dans l'ordre des chevaliers et lui assure des privilèges à vie.. Lors de la première bataille de Philippes (première semaine d'octobre 42 ), les troupes de Brutus s'emparent du camp d'Octave, qui échappe de peu à la capture. Mais lors du second combat, le , Octave et Marc Antoine sont vainqueurs. Brutus se suicide. Horace fait partie des fuyards. vignette|Virgile (à gauche) déclamant ses vers devant Horace (au milieu), Varius (au fond) et Mécène (à droite) par Charles François Jalabert.

Retour à Rome Quand une amnistie est accordée aux vaincus, Horace retourne en Italie (fin 42 ou début 41 .) ; ses terres lui ont été confisquéesÉpîtres II, 2, vers 49-53., et il prétend s'être retrouvé pauvreÉpîtres, II, 2, 54.. Pourtant il possède encore suffisamment d'argent pour acheter, vers 40 , la charge de , c'est-à-dire de secrétaire au trésor (le questeur est le magistrat chargé des finances). : il n'a certainement jamais quitté cette charge, même s'il a pu ultérieurement en alléger les obligations..

Rapidement, il se lie d'amitié avec Virgile. Entre 40 et 38 , Virgile et Lucius Varius Rufus le présentent à Mécène, confident d'Auguste, protecteur des arts et des lettres, poète à ses heures. Mécène le prend sous sa protection neuf mois plus tardSatires, I, 6, 54., l'introduit dans les cercles politiques et littéraires de Pollion et Messala., et lui offre une villa en SabineSatires, II, 6, 1-5.. Les premières satires sont composées dès son retour à Rome. et le premier livre des Satires semble être publié vers 35 ou 34 ..

Il continue à l'élever socialement dans l'ordre équestre : après avoir été fait (chevalier dont le cheval est payé sur fonds publics) par Brutus en Grèce, puis avoir acheté la charge de à son retour à Rome, il devient entre 35 et 30 .. La villa offerte par Mécène procure à Horace une retraite campagnarde appréciable ainsi que des revenus importants.. Il atteint une vraie aisance financière et . Il est alors définitivement lié au régime.

Client de Mécène Mécène est le dédicataire des Satires, des Épodes et des Odes et une vraie amitié liait les deux hommes.

Maturité Il est possible qu'Horace soit présent à la bataille d'Actium en 31 et c'est peu après (vers 30 ) que sont publiées les Épodes, poèmes dans la veine de l'iambographe grec Archiloque.. Suit à une date inconnue le second livre des Satires.

La paix revenue avec Auguste, c'est une période de production intense qui s'ouvre. Jusqu'en 27 , il se consacre à des poèmes politiques et confirme ainsi son rapprochement avec le pouvoir augustéen. : célébration de la mort de Cléopâtre, joie de la défaite des partisans d'Antoine, éloge de la réparation des temples par Auguste en 28Dans les Odes, respectivement I, 37 ; III, 4 ; III, 6.. Jusqu'en 24 , il célèbre les victoires d'Auguste hors d'Italie. Ces pièces, mêlées à des poèmes lyriques, forment les trois premiers livres des Odes, vraisemblablement parus vers 23 .. Le succès est mitigéÉpîtres, I, 19, 35. et Horace s'essaie ensuite à un nouveau genre, ce qui aboutit à la publication du premier livre des Épîtres en 21 ..

Auguste, revenu à Rome en 19 , offre à Horace d'être son secrétaire, poste que le poète refuseSuétone, « Vie d'Horace », 18-25.. En 17 , l'empereur lui confie l'honneur de composer le Chant séculaire (Carmen Saeculare) qu'interprètent solennellement, à l'occasion des Jeux séculaires, des chœurs mixtes d'enfants choisis parmi l'élite de la noblesse romaine. C'est peut-être aussi Auguste qui lui commande des poèmes pour les victoires de Tibère et DrususRespectivement Odes, IV, 4 et 14. ; ces poèmes sont recueillis avec d'autres dans un quatrième livre d’Odes qui paraît entre 13 et 8 .. Suivent encore les deux lettres du second livre des Épîtres et l’Art poétique, difficiles à dater..

Il meurt brutalement en 8 , quelques mois seulement après Mécène qui, sur son lit de mort, l'aurait encore recommandé à AugusteSuétone, « Vie d'Horace », 17.. Il est enterré au cimetière de l'Esquilin., près de la tombe de Mécène.

L'œuvre d'Horace En dépit de sa grande difficulté, l'œuvre d'Horace a eu une influence non négligeable sur la littérature latine. Il est admiré, cité et repris par de nombreux auteurs, dont Perse., JérômeA. V. Nazzaro, « Girolamo » dans Enciclopedia oraziana III, col. 29-31., Sidoine ApollinaireG. Mazzoli, « Sidonio, Orazio e la lex saturae », dans L. Cristante (ed.), Il calamo della memoria. Riuso di testi e mestiere letterario nella tarda antichità, 2006, 171-184. ou PrudenceM. Lühken, Christianorum Maro et Flaccus : zur Vergil- und Horazrezeption des Prudentius, 2002., parfois au prix de malentendus ou de contresens, comme en témoigne par exemple le détournement de la fameuse devise Carpe diem, ou de la non moins célèbre formule Aurea mediocritas (« juste milieu précieux comme l'or »), tirées respectivement des Odes, I, 11 et II, 10. Il est également cité dans Manon Lescaut, roman de l'Abbé Prévost pour son précepte :

.

Satires vignette|page de titre de Saturae, 1577.

Les Satires, connues dans les manuscrits sous le nom de , sont des poèmes de longueur variables en hexamètres dactyliques, regroupés en deux livres : le premier, de dix poèmes, est publié vers 35, le second, de huit pièces, vers 29 av. J.-C.. S'inspirant de son prédécesseur Lucilius (), Horace renouvelle pourtant le genre en en limitant l'extension, en s'interdisant la satire politique, et en évitant de tomber dans la crudité et la vulgarité. Par ses nombreux portraits de personnages pleins de vices (avarice, gloutonnerie, raffinement extrême et ridicule dans la gastronomie, libido incontrôlée), Horace construit une morale de la modération et développe déjà le thème du juste milieu qu'il célèbre ultérieurement dans les Odes et les Épîtres. Dès les Satires, le poète est un personnage important de son œuvre : le recueil, en plus de fournir des éléments biographiques importants, offre un portrait d'Horace mitigé, certes ridiculisé par son esclave ou par une prostituée, mais globalement .. Les poèmes, composés sur une période d'au moins dix ans, témoignent de l'entrée d'Horace dans le cercle de Mécène et permettent de saisir le nouveau statut social qu'il a ainsi acquis..

Épodes

vignette|200px|Intérieur de la maison d'Horace (Venosa). Imitées d'Archiloque et de Callimaque de Cyrène, les Épodes sont le deuxième recueil d'Horace. Publiées vers 30 sous le titre d' (Iambes) elles réunissent dix-sept pièces écrites en distiques, à l'exception de la dernière, et utilisant l'iambe.. Genre du blâme, l'iambe permet à Horace d'attaquer ses ennemis sur des sujets variés : des ennemis personnels, comme un poète malveillant, les femmes en général, dont il attaque la lubricité, et les magiciennes en particulier, dont le personnage récurrent de Canidie.. Le recueil se place aussi dans l'actualité des guerres civiles et alterne entre les pièces les plus anciennes, qui témoignent d'une vision très sombre de ces guerres interminables, et celles, plus récentes, qui célèbrent la victoire d'Actium. L'hommage à Octave y reste discret, mais Horace se montre comme membre à part entière du cercle de Mécène.. Le ton y est celui de l'invective ; le style est âpre et tendu ; l'érotisme le plus cru peut y côtoyer les accents les plus patriotiques.

Odes