Bénévent (en italien : Benevento, prononcé , ; en : Beneviento, prononcé ) est une ville italienne d'environ , chef-lieu de la province homonyme, en Campanie.
À l'époque préromaine, Bénévent est un établissement samnite, sans doute celui des Hirpins, encore désigné sous le nom de Maloenton en grec et Maleventum en latin. Ce sont les Romains qui la renomment Beneventum après s'être emparés du site et y avoir fondé une colonie. Durant le haut Moyen Âge, elle devient la capitale d'un duché lombard dont l'édifice le plus emblématique ayant subsisté est l'église Santa Sofia, inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO au sein de l'ensemble « Les Lombards en Italie. Lieux de pouvoir (568-774 après J.-C.) ». Elle appartient ensuite aux terres pontificales pour la majeure partie de son histoire.
Géographie
Situation vignette|gauche|redresse|Les rives du Calore au , d'après un dessin de l'artiste allemand Edmund Kanoldt. Bénévent est située dans l'arrière-pays campanien, au sein de la chaîne des Apennins, au confluent de deux rivières : le Calore, un affluent du Volturno, et le Sabato, qui se jette dans le Calore au hameau de Pantano, juste à l'ouest de la ville.
Le territoire communal est assez vallonné : le centre historique occupe une colline culminant à qui sépare les deux vallées fluviales ; son point le plus bas est à et son point culminant à . Des hameaux sont dispersés sur les nombreuses collines avoisinantes.
À l'ouest de Bénévent, au-delà de la vallée Vitulanese, se dresse le massif du dont les sommets, vus de la ville, évoquent la silhouette d'une femme allongée, surnommée la « Dormeuse du Samnium ». Depuis les hauteurs de la ville, on aperçoit également la cime du , de la chaîne du , au nord-ouest, les majestueux paysages du Partenio avec le mont Avella au sud-ouest, ainsi que les contreforts des à l'est.
Hameaux Acquafredda, Cancelleria, Capodimonte, Caprarella, Cardoncielli, Cardoni, Cellarulo, Chiumiento, Ciancelle, Ciofani, Cretazzo, Epitaffio, Francavilla, Gran Potenza, Imperatore, Lammia, Madonna della Salute, Masseria del Ponte, Masseria La Vipera, Mascambruni, Montecalvo, Olivola, Pacevecchia, Pamparuottolo, Pantano, Perrottiello, Piano Cappelle, Pino, Ponte Corvo, Rosetiello, Ripa Zecca, Roseto, Santa Clementina, San Chirico, San Cumano (anciennement Nuceriola), San Domenico, San Giovanni a Caprara, Sant'Angelo a Piesco, San Vitale, Scafa, Serretelle, Sponsilli, Torre Alfieri, Vallereccia.
Communes limitrophes Apollosa, Castelpoto, Foglianise, Fragneto Monforte, Paduli, Pesco Sannita, Pietrelcina, San Leucio del Sannio, San Nicola Manfredi, Sant'Angelo a Cupolo, Torrecuso.
Climat Bénévent profite d'un climat méditerranéen, avec une température annuelle moyenne de . La température moyenne du mois le plus froid (janvier) est de , et celle du mois le plus chaud (août) est de . L'hiver est marqué par des chutes de neige assez fréquentes, tandis que l'été est chaud et sec. Le record de chaleur fut enregistré le avec . L'humidité relative atteint normalement 72 % en période hivernale et 57 % en été.
Il existe néanmoins une différence marquée entre le climat bénéventain, plus continental, et celui de la côte. Pendant l'hiver, les températures y sont plus basses, alors que le brouillard et les gelées nocturnes (lorsque le mercure passe au-dessous de ) sont assez fréquents. Les courants humides venus de la mer Tyrrhénienne rencontrent ici les premiers contreforts des , derrière lesquels se forme une zone d'ombre pluviométrique. De ce fait, Bénévent reçoit nettement moins de précipitations que les secteurs les plus arrosés de Campanie, comme l'Irpinia occidentale, ou les villes de Salerne et Caserte.
Mois Jan. Fév. Mars Avr. Mai Juin Juil. Août Sep. Oct. Nov. Déc. Année Température moyenne (°C) 6,7 9,1 11,4 14,7 17,7 22,5 25,3 25,9 21,5 16,8 12,1 8 16 Précipitations (mm) 56 57 56 47 45 43 44 35 47 51 77 53 611
Histoire
Préhistoire La position stratégique et les conditions environnementales de la région ont amené de nombreux peuples à s'établir sur le site de Bénévent au cours de l'histoire. Des traces de peuplements néolithiques y ont été mis au jour, notamment une nécropole orientalisante ainsi que des objets en céramique et en bronze ().
La phase ultérieure de l'histoire du site se mêle à celle de la confédération des Samnites. On ignore à quelle tribu samnite ce territoire a pu appartenir avec certitude, mais il est plausible qu'il se soit agi des Hirpins. Durant cette période, la présence humaine est initialement de type exclusivement rural, avec quelques villages dispersés dont l'économie fonctionne selon un mode agro-pastoral. Ce n'est qu'à partir du que se développe un habitat proto-urbain, plus organisé et en une disposition mieux défendable.
Antiquité vignette|Les tracés de la Via Appia et de la Via Traiana convergent à Beneventum. Le nom de Maleventum est mentionné pour la première fois dans l'histoire romaine en 314 av. J.-C., pendant la deuxième guerre samnite, où il est cité comme une place forte près de laquelle s'est déroulée une bataille victorieuse à l'avantage des Romains sans être prise, et au terme de laquelle le peuple des Hirpins y aurait trouvé refuge.
En 275 av. J.-C., les Romains vainquent Pyrrhus lors d'une bataille dont l'issue se révèle déterminante dans le développement de la ville. Afin de consolider la présence romaine dans la région et d'en assurer la possession, une colonie de droit latin y est fondée en 268 av. J.-C. C'est précisément à cette époque qu'elle prend le nom de Beneventum, celui de Maleventum étant associé à un mauvais présage des auguresSources : André Cherpillod, Dictionnaire étymologique, mais également Universalis, Larousse et Robert encyclopédiques.Marianne Mulon, « Les noms de la peur, la peur des noms », Le Monde alpin et rhodanien. Revue régionale d'ethnologie, n°2-4/1997. Nommer l'espace, sous la direction de Jean-Claude Bouvier, lire en ligne, p. 41. gauche|vignette|Théâtre romain de Bénévent. Durant la deuxième guerre punique, deux batailles décisives se déroulent aux abords de la ville : en 214 av. J.-C., le général carthaginois Hannon est défait par Tiberius Gracchus ; en 212 av. J.-C., le camp d'Hannon est assailli et capturé per le consul Quintus Fulvius. En 209 av. J.-C., Beneventum est l'une des dix-huit colonies latines à fournir des contingents d'hommes et les fonds nécessaires à la poursuite de la guerre.
En 86 av. J.-C., les Romains l'élèvent au rang de municipe ; à cette époque, la cité prospère grâce à son emplacement à l'intersection de la Via Appia et de la Via Minucia. Néron y fonde une nouvelle colonie, qui prend le nom de Concordia, ce qui explique la raison pour laquelle elle est mentionnée sous le nom de Colonia Julia Augusta Concordia Felix dans des inscriptions du règne de Septime Sévère.
La cité continue de jouir de sa position au cœur du réseau routier italien, sur la voie Appienne, lorsque Trajan la choisit comme point de départ de la route qui porte son nom, la Via Traiana (qui emprunte le même tracé que l'ancienne Via Minucia). Ainsi, l'opulente Beneventum s'enrichit davantage et se dote d'une parure monumentale dont subsistent une bonne quantité de vestiges architecturaux.
Dans l'Antiquité tardive, Bénévent est prise par les Wisigoths en 410, puis les Vandales en 455. L'Empire romain d'Occident chute quelques années plus tard.
Moyen Âge
vignette|Le duché de Bénévent au . En 490, elle est conquise par les Ostrogoths avant d'être libérée en 536 par les forces byzantines de Bélisaire, puis conquise à nouveau et ravagée en 545 par Totila.
Vers 571, elle est prise par un détachement de Lombards dirigés par Zotton, qui y est proclamé duc. Le successeur immédiat de Zotton est Arigis († 641). En 662, le duc Grimoald devient roi des Lombards. Le dernier duc de Bénévent est Arigis II. En 840, le duché est fragmenté en deux principautés de Bénévent et de Salerne, avant de connaître une nouvelle scission avec la création de la principauté de Capoue. Au siècle suivant, l'Empire byzantin reprend l'offensive et parvient à occuper Bénévent de 891 à 894. Une succession de princes indépendants exercent leur autorité sur Capoue et Bénévent jusqu'à Landolf VI. En 969, Bénévent est élevée au rang de métropole. En 1053, Robert Guiscard s'empare de la principauté et y met définitivement un terme. En 1077, Henri III la cède à l'Église.
Elle tombe brièvement aux mains des Normands (1078-1081), puis demeure pendant des siècles une enclave papale, gouvernée par des recteurs pontificaux, dans le royaume de Naples. Manfred de Hohenstaufen y perd la vie dans la célèbre bataille qui l'oppose à Charles d'Anjou. Elle est une nouvelle fois capturée sur l'Église au cours des guerres entre Angevins et Aragonais.
Temps modernes vignette|Carte de l'enclave papale de Bénévent dessinée en 1763. Son statut d'enclave papale perdure jusqu'en 1806, bien qu'elle passe un temps sous la domination de Ferdinand et ses successeurs au trône napolitain. En 1497, le pape Alexandre VI remet la main sur Bénévent et concède la ville en duché à son fils Giovanni Borgia, ce qui génère de violentes luttes intestines pour les décennies à venir.
Lorsque Bénévent est presque entièrement détruite par le , l'archevêque Orsini, futur pape Benoît XIII, fait redresser une grande partie de la ville à ses propres frais.
Époque contemporaine Les Français conquièrent Bénévent en 1798 et la confient dans un premier temps au roi de Naples. En 1806, Napoléon Bonaparte l'accorde à Charles-Maurice de Talleyrand avec le titre de prince de Bénévent. Rendue au pape en 1814, elle est soustraite une dernière fois à la domination pontificale lors de sa réunion au jeune royaume d'Italie en 1860, sous lequel elle devient chef-lieu provincial.vignette|La cathédrale de Bénévent, entièrement restaurée après-guerre. Dès les premières années de l'Italie unifiée, la ville connaît un développement et une modernisation considérables : l'économie locale connaît une diversification progressive, et le secteur agricole traditionnel (cultures du tabac et des céréales) est bientôt rejoint par des industries florissantes telles que la confiserie, la mécanique, les spiritueux, le bois et la briqueterie.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, à l'été 1943, Bénévent est la cible d'intenses bombardements qui entraînent la mort de 2 000 civils et la destruction de la moitié de la ville. Ce n'est que le 2 octobre de cette même année que les Alliés parviennent à entrer dans la ville.
D'importants dommages matériels surviennent encore en 1949 en raison d'une inondation. Bénévent a connu une forte croissance démographique depuis lors et s'est fortement étalée.
Héraldique
Les armoiries de la ville, octroyées par décret présidentiel du 27 décembre 1990, portent le blason suivant :Écartelé : aux 1 et 4 d’argent, aux 2 et 3 de gueules ; au chef d'or chargé d'un sanglier passant de sable, allumé, défendu et colleté de gueules ; l'écu timbré d'une couronne de comte. Devise : CONCORDES IN UNUM.Le gonfanon est constitué d'un tissu rouge tandis que le drapeau de la ville, qui rappelle les émaux des armoiries municipales, est un drapeau tricolore jaune, blanc et rouge.
Monuments et lieux d'intérêt Architecture religieuse Médiéval