Louise Michel , alias « Enjolras », née le à Vroncourt-la-Côte et morte le à Marseille, est une institutrice, écrivaine, militante anarchiste, franc-maçonne française aux idées féministes et l’une des figures majeures de la Commune de Paris durant laquelle elle s'implique tant politiquement que militairement en intégrant les rangs de la Garde nationale. Elle est aussi une des représentantes les plus célèbres de la part prise par les femmes dans la Commune de Paris.
Préoccupée très tôt par l'éducation, elle enseigne quelques années avant de se rendre à Paris en 1856. À , elle y développe une importante activité littéraire, pédagogique et politique et se lie avec plusieurs personnalités révolutionnaires blanquistes de Paris des années 1860.
En 1871, elle participe activement aux événements de la Commune de Paris, autant en première ligne qu'en soutien. S'étant livrée en mai pour faire libérer sa mère, elle est déportée en Nouvelle-Calédonie où elle se convertit à la pensée anarchiste. Elle revient en métropole en 1880 grâce à l'amnistie des communards, et, très populaire, multiplie les manifestations et réunions en faveur des prolétaires. Elle reste surveillée par la police et est emprisonnée à plusieurs reprises, mais poursuit son militantisme politique dans toute la France, jusqu'à sa mort à l'âge de à Marseille.
Elle demeure une figure révolutionnaire et anarchiste de premier plan dans l'imaginaire collectif. Première à arborer le drapeau noir, elle popularise celui-ci au sein du mouvement libertaire. Elle est aussi un précurseur de la question du bien-être animal, dénonçant l'exploitation des bêtes de somme notamment, en parallèle de celle des êtres humains.
Biographie Jeunesse gauche|vignette|Le château de Vroncourt. Née au château de Vroncourt en Haute-Marne le , Louise Michel, parfois appelée Clémence-Louise Michel Encyclopædia Britannica : ., est la fille naturelle de Marie Anne MichelMarie, Anne sont les prénoms maternels qui figurent dans l'acte de naissance de Louise ; on trouve parfois Marie-Anne dans les biographies., femme de chambre, et d'un père non dénommé, vraisemblablement le fils du châtelain Laurent DemahisJean Maitron, Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier français, Les Éditions de l'Atelier, 1997, article « Louise Michel » ... À la suite de sa naissance, Laurent Demahis est éloigné du château, tandis que Louise y est élevée, près de sa mère, et dans la famille des parents de Laurent Demahis, qu’elle appelle ses grands-parents. Jusqu'à ses , Louise porte le patronyme de son grand-père Étienne-Charles Demahis (1762-1845), qui fut sous l'Ancien régime avocat au Parlement de Paris et descendait d'une famille de la noblesse de robe (de Mahis) remontant au ; il lui donne le goût d'une culture classique où domine l'héritage des Lumières, notamment Voltaire et Jean-Jacques Rousseau ; elle reçoit une instruction solide, une éducation libérale et semble avoir été heureuse, faisant preuve, très jeune, d'un tempérament altruiste.Académie de Versailles, Louise Michel, militante anarchiste ; url=https://lesmanuelslibres.dane.ac-versailles.fr/francais-seconde/Femmes%20oratrices/Analyse/Louise%20Michel%20anarchiste%20barre/Je%20consulte%20les%20documents/Louise%20Michel%20militante%20anarchiste%20Article.html...
En 1850, la mort des grands-parents Demahis marque la fin de son appartenance au milieu social aisé de ses protecteurs. Dotées par eux d'un petit pécule, Louise et sa mère doivent quitter le château de Vroncourt, mis en vente par la veuve et les enfants légitimes de Laurent Demahis. Jusqu'alors connue à Vroncourt comme Mademoiselle Demahis., Louise doit abandonner ce nom pour prendre celui de sa mère.
À partir de 1851, elle poursuit des études à Chaumont (Haute-Marne), où elle obtient le brevet de capacité permettant d’exercer la profession de « sous-maîtresse ». Refusant de prêter serment à Napoléon III, ce qui est nécessaire pour être institutrice, en , à , elle crée une école libre à Audeloncourt (Haute-Marne), où elle enseigne durant une année avant de se rendre à Paris. via Archive.is.. Fin 1854, elle ouvre une école à Clefmont (Haute-Marne) et n'enseigne, là aussi, que durant une année. Puis elle en ouvre une à Millières (Haute-Marne) en 1855..
À Paris thumb|redresse|gauche|Marie Ferré, Louise Michel et Paule Mink.
Institutrice écrivaine En 1856, elle quitte la Haute-Marne pour Paris. Commence alors pour elle une période d’intense activité enseignante, de tentative littéraire et de formation militante.
Pendant les quinze ans qui suivent, elle poursuit avec passion son activité d'enseignante. Elle trouve à son arrivée une place de sous-maîtresse dans le arrondissement, rue du Château-d'Eau, dans la pension de Madame Vollier, avec laquelle elle entretient des rapports quasi filiaux. En 1865, elle ouvre un externat au 5, rue des Cloÿs, puis un autre cours 24, rue Oudot en 1868.
Pour préparer les épreuves du baccalauréat, elle suit les cours d'instruction populaire de la rue Hautefeuille, dirigés par les républicains Jules Favre et Eugène Pelletan, qui élargissent son horizon politique.. De plus, elle écrit des poèmes sous le pseudonyme d'Enjolras, devient sociétaire de l'Union des poètes en 1862, et aurait probablement aimé vivre de sa plume, si les temps le lui avaient permis. Elle entretient une correspondance, commencée en 1850, avec Victor Hugo, l'écrivain et le républicain le plus célèbre et le plus respecté de l'époque, et lui adresse quelques poèmes. Louise est entièrement sous le charme.. Elle vient le voir à son retour à Paris après la chute de l'Empire. Il interviendra pour elle en , la dépeignant telle « Judith la sombre Juive » et « Arria la Romaine » dans son poème Viro Major, femmes aux destins exceptionnels et tragiques, et la défendra pendant sa déportation. Leur correspondance durera jusqu'en 1879.
Militante révolutionnaire Progressivement introduite dans les milieux révolutionnaires à la fin de l'Empire, elle rencontre Jules Vallès, Eugène Varlin, Raoul Rigault et Émile Eudes, et collabore à des journaux d’opposition comme Le Cri du peupleAcadémie de Grenoble, Mémoires - Louise Michel, , consulté le 9 mai 2009.. En 1869, elle est secrétaire de la Société démocratique de moralisation, ayant pour but d’aider les ouvrières. À cette époque, Louise Michel est blanquiste, c’est-à-dire adepte du mouvement révolutionnaire et républicain socialiste fondé par Auguste Blanqui.
En , à , en pleine guerre franco-prussienne, elle manifeste contre l'arrestation des blanquistes Eudes et Brideau. En septembre, après la chute du Second Empire, elle participe au Comité de vigilance des citoyennes du de Paris, dont elle est élue présidente le ; elle rencontre Théophile Ferré, frère de Marie Ferré, dont elle tombe passionnément amoureuse. Dans Paris affamé par le siège, elle crée une cantine pour ses élèves.
Commune de Paris vignette|redresse|gauche|Louise Michel en uniforme de fédéré. Lorsque les manifestations pour créer une Commune révolutionnaire commencent, en , Louise Michel milite activement au Comité de vigilance de Montmartre aux côtés de Paule Mink, Anna Jaclard et Sophie Poirier. Selon une anecdote fameuse, le , en habit de garde nationale, elle fait feu sur l'Hôtel-de-Ville lors d'une manifestation réprimée dans le sang par le général Vinoy. Propagandiste, garde au de Montmartre, ambulancière, et combattante, elle anime aussi le Club de la Révolution à l'église Saint-Bernard de la Chapelle. Les 17 et , elle participe activement, armée, à l'affaire des canons de la garde nationale sur la butte Montmartre. On assiste à d’étonnantes manifestations : femmes, enfants, gardes fédérés entourent les soldats qui fraternisent avec cette foule joyeuse et pacifique. Elle rencontre Georges Clemenceau, maire de Montmartre qui tente alors une médiation. Louise Michel fait alors partie de l’aile révolutionnaire la plus radicale aux côtés des anarchistes, et pense qu’il faut poursuivre l’offensive sur Versailles pour dissoudre le gouvernement d’Adolphe Thiers, qui n’a alors que peu de troupes. Elle est même volontaire pour se rendre seule à Versailles et tuer Thiers.. Elle n’est pas suivie et le projet avorte.
En avril-mai, lors des assauts versaillais contre la Commune, elle participe aux batailles de Clamart, Issy-les-Moulineaux et Neuilly. Elle fait partie du bataillon de marche de Montmartre et sert également comme ambulancière. Sa bravoure est mentionnée dans le Journal officiel du . Lors de la Semaine sanglante en mai, elle participe au combat de rue au cimetière de Montmartre puis sur la barricade de Clignancourt. gauche|vignette|Prison des Chantiers à Versailles, photomontage d'Eugène Appert. Louise Michel est débout à droite (15 août 1871) Le , pour faire libérer sa mère, elle se rend.. Louise Michel est détenue au camp de Satory près de Versailles, puis à la prison des Chantiers à Versailles et, à partir du , à la maison de correction de Versailles. Elle assiste alors aux exécutions et voit mourir ses amis, parmi lesquels son ami Théophile Ferré (exécuté avec l’ancien ministre de la Guerre de la Commune, Louis Rossel), auquel elle fait parvenir un poème d’adieu : Les Œillets rouges..
vignette|droite|Portrait de Louise Michel pris à la prison des Chantiers de Versailles (musée Carnavalet). Le carton porte l'inscription « Louise Michel, chef des incendiaires ». Le , elle est interrogée pour la première fois par le conseil de guerre. Louise Michel déclare devant ses juges :
Elle revendique les crimes et délits dont on l'accuse et réclame la mort au tribunal (« Si vous n'êtes pas des lâches, tuez-moi ») alors que la plupart des accusés cherchent à sauver leur tête en minimisant leur action. Le lendemain, elle fait la une de tous les journaux. En hommage, Victor Hugo lui dédie un poème intitulé Viro Major, qui jouera un grand rôle dans sa postéritéLire en ligne le poème de Victor Hugo ..
Engagée dans le droit des femmes à participer aux combats, Louise Michel est la cible de violentes attaques antiféministes qui la qualifient d'hystérique, dangereuse voire de « troisième sexe » monstrueux.. Bien qu'elle n'ait pas été condamnée pour des faits d'incendie, elle est souvent associée aux pétroleuses, ces femmes caricaturées par la presse, que la population a accusé d'avoir voulu réduire Paris en cendre.
Le , elle est transférée à la prison d'Arras, où elle écrit une lettre à l'abbé Folley le Annie Metz, « Actualités de la bibliothèque Marguerite-Durand », Archives du féminisme, bulletin , 2019, .. Ramenée à Versailles le , elle est condamnée par le conseil de guerre à la déportation à vie dans une enceinte fortifiée le . Elle refuse de faire appel et est transférée à la maison centrale d'Auberive, le , où elle reste jusqu'au . C’est le temps où la presse versaillaise la nomme « la Louve avide de sang » ou « la Bonne Louise »Louise Michel, Xavière Gauthier, Histoire de ma vie – et , Presses universitaires de Lyon, coll. « Hors Collection », 2000, .. Elle est également surnommée la « nouvelle Théroigne », ou encore la « dévote de la révolution »..
Déportation Embarquée, à Saint-Martin-de-Ré, sur le Virginie le pour être déportée en Nouvelle-Calédonie, Louise Michel arrive sur l’île après quatre mois de voyage le et est débarquée à la presqu'île de Ducos le . À bord, elle fait la connaissance de Henri Rochefort, célèbre polémiste, et de Nathalie Lemel, elle aussi grande animatrice de la Commune ; c’est sans doute au contact de cette dernière que Louise Michel devient anarchiste. Elle reste sept années en Nouvelle-Calédonie, refusant de bénéficier d’un autre régime que celui des hommes ou d'une grâce individuelle..
vignette|gauche|redresse|Louise Michel à Nouméa.