vignette|redresse | Réfectoire monumental de la forteresse des Hospitaliers. vignette|Le tunnel dit des Templiers. vignette|Un canon à l'entrée de la vieille ville. Acre (en hébreu עַכּו Akko ; en arabe عكّا ʿAkkā ; connue aussi sous le nom de Saint-Jean-d’Acre, et Ptolémaïs dans l'Antiquité) est une ville d’Israël, située au nord de la baie de Haïfa, sur un promontoire et dotée d'un port en eaux profondes.

Acre est située à de Jérusalem et dépend administrativement du district nord. Cette ville côtière donne son nom à la plaine d'Acre qui comporte plusieurs villages. Son ancien port de commerce, florissant dans l'Antiquité, est devenu une zone de pêche et de plaisance de moindre importance.

Lieux remarquables En raison notamment du prestige de l'héritage historique légué par les différentes civilisations qui se succédèrent dans cette cité, Acre est membre de l'Organisation des villes du patrimoine mondial (UNESCO).

Il est notamment possible d'observer : les restes de la forteresse des Hospitaliers datant de l'époque des Croisés (), dont un réfectoire monumental et un tunnel conduisant de la forteresse au port ; les fortifications successives de la ville ; le caravansérail ou Khan al-Umdan () ; la mosquée Al Jezzar ; la citadelle, face au large, a été ravagée en 1291 et les Ottomans ont achevé de la démanteler au , réemployant toutes les pierres pour construire la muraille maritime ; plusieurs lieux saints de la foi baháʼíe, dont la Villa de Bahjí où est enterré Bahá’u’lláh, le fondateur de la foi baháʼíe ; la synagogue tunisienne Or Torah.

Histoire d'Acre

Antiquité Le port de pêche d'Acre est une étape pour le cabotage de port en port le long de la côte phénicienne. Il est proche de Tell Abou Hawam, situé à l'embouchure du Kishon, capable d'accueillir de plus grands voiliers qui font du commerce avec l'Anatolie, Chypre et l'ÉgypteNote : « Israël est depuis toujours un endroit stratégique pour les activités maritimes, les premiers villages de pêcheurs méditerranéens datent de 10 000 avant notre ère. » https://fr.timesofisrael.com/des-fouilles-sous-marines-dans-le-nord-disrael-revelent-un-passe-preserve-par-la-mer/[archive].

Cette ville de Galilée connaît une présence humaine continue depuis Sur le plan historique, elle fut mentionnée pour la première fois sous le règne du pharaon Thoutmosis (/) et son nom apparaît également plus tard dans la Bible hébraïque sous le nom de Akko (Juges 1, 31) puis sous le nom de Ptolémaïs dans le premier livre des Maccabées (I Macc 5,15), ainsi que dans le Nouveau Testament dans les Actes des Apôtres (21, 7a – Voyage de saint Paul vers Jérusalem).

En l’an 700 avant l’ère chrétienne, elle est dominée par les Assyriens avant d'être intégrée, trois siècles plus tard, aux territoires conquis par Alexandre le Grand, puis au par Ptolémée , souverain d’Égypte qui débaptisa son nom en Ptolémaïs. Ce nom sera conservé jusqu’au Moyen Âge.

Situé, à l'origine, à 1 kilomètre de la côte, sur la rive du fleuve Na'aman, le port de pêche d’Acre se déplace, au IIIe siècle av. J.-C., vers son site actuel qui occupe le promontoire gréseux qui forme la limite nord de la grande baie de Haïfa..

Vers 52-54 sous le règne de l'empereur Claude, elle devient colonie romaine sous le nom de Colonia Claudii Caesaris . Il s'agit de la deuxième ville du Proche-Orient à obtenir ce statut après Beyrouth plus de 60 ans plus tôt..

Aux , l'église construite dans le district d'Acre, à Shavey-Zion, comporte une croix en mosaïque de pavement, malgré l'interdiction des empereurs Théodose II puis Valentinien III de représenter la Croix au solFrançois Boepfslug, Dieu et ses images : Une histoire de l’Éternel dans l'art, éd. Bayard, 2011, 79..

Conquête arabe et période des croisades Dans la continuité de l'Empire romain, la ville d'Acre fait partie de l'Empire byzantin avant d'être conquise en 638 par les Arabes, qui la rattachent successivement aux califats omeyyades, abbassides puis fatimides.

Au début des Croisades, la ville est prise le par , roi de Jérusalem. C’est le début de la parenthèse qui donne un nouveau nom à Acre. Avec l'installation des Hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, la ville devient connue sous le nom de Saint-Jean-d'Acre. La ville est reprise par Saladin le , elle est reconquise le ., lors de la troisième croisade, par les rois Philippe-Auguste et Richard Cœur de Lion. C'est de Saint-Jean-d'Acre que Richard Cœur de Lion s'embarque le quittant la Terre sainte pour son voyage de retour. Ce dernier nécessite .

La reconquête de la ville en 1291 par le sultan d'Égypte al-Malik al-Ashraf met fin définitivement à la présence des Européens en Terre sainte.Fiche de l'Unesco et clôt la période des croisades. C'est une des causes du projet Rex Bellator.

Saint-Jean-d'Acre retrouve alors le nom d'Acre.

Dans l'Empire ottoman vignette|Jardin de la mosquée ottomane.

Annexée par l'Empire ottoman en 1516 avec le reste de la Syrie, Acre est rattachée à la province de Sidon. De 1740 à 1775, elle est le centre d'une principauté semi-indépendante fondée par le cheikh bédouin Dahir al-Umar ; mais celui-ci est vaincu et tué par les Ottomans en 1775. Acre, fortifiée par Dahir al-Umar, remplace Sidon comme capitale de l'eyalet, rôle qu'elle conserve jusqu'en 1841.

Pendant la période ottomane, de nombreux ordres religieux s'installent à l'intérieur de la ville qui est un des points de passage du pèlerinage en Terre sainte, notamment les ordres mendiants, franciscains et dominicains.

Capitale de l’eyalet de Sidon

Vers 1700, la population d’Akka est d’environ 400 habitants : c’est alors un modeste village de pêcheurs. Elle connait tout au long du un fort développement, attirant de nombreux migrants de différentes communautés, et particulièrement des chrétiens, qui sont majoritaires tout au long du siècleThomas Philipp, « The Rise and Fall of Acre : population and economy between 1700 and 1850 », 1990, 55-56 : « Villes au Levant », 127-128.. Ce fort développement est dû au commerce du coton brut, dont les exportations décuplent au . L‘essentiel du commerce est tenu par les FrançaisT. Philipp, , 129-130.. La ville bénéficie aussi du choix de Dahir al-Umar d‘en faire sa capitaleT. Philipp, , 131.. En 1746, il déplace la capitale de l’eyalet de Sidon à Akka. Il commence immédiatement par faire fortifier la ville avec un mur de 7 mètres de haut et un mètre de large. Il transforme la forteresse ottomane en palais, tout en lui ajoutant une tour fortifiée. Enfin, il ordonne la construction du Busta ou sérail d’où il administre la province.

Cette croissance se matérialise dans la construction de bâtiments religieux. À la mosquée al-Senan déjà existante, s‘ajoutent au début du siècle la mosquée al-Ramal, en 1748 la mosquée al-Ma‘allaq et la mosquée al-Zaituna en 1754. En 1774, Djezzar Pacha fait construire, en ayant recours au travail forcé, la plus grande mosquée d‘Acre. De 1730 à 1770, cinq églises sont construites ou agrandies : celle des Franciscains, l‘église Saint-Georges des grecs-orthodoxes, celle des maronites, les églises Saint-Jean et Saint-André des grecs-catholiques. Ces constructions, qui répondent à la croissance de la population, sont accompagnées de constructions liées à la croissance économique de la ville. Un seul khan (caravansérail) existe en 1700, le khan Faranj (des Français). S‘ajoutent sous Dahir al-Umar le khan Sharawada, le khan Shuna, construit en 1765, et un bazar, l‘actuel souk Al-Abyad. Djezzar Pacha double la taille du khan Sharawada, fait construire le khan al-Umdan et le souk al-JazzarT. Philipp, , 132.. Enfin, deux bains publics sont construits, l‘un sous Dahir al-Umar, l’autre sous Djezzar Pacha, qui fait ajouter un aqueduc.

Cependant, le commerce du coton périclite à la fin du : du côté turc, les exigences fiscales de Djezzar Pacha conduisent les paysans à abandonner leurs terres et donc entraînent une réduction de la production. Mais c‘est principalement la concurrence des autres producteurs qui mène le port d‘Akka à la ruine. Alors que le sud-ouest de la Syrie représentait 40 % du coton méditerranéen au début du siècle, les régions de Salonique et Smyrne deviennent de sérieuses concurrentes. Les productions du Brésil et des Indes occidentales achevèrent de réduire la part du coton syrien dans les approvisionnements européens dans la seconde moitié du siècleT. Philipp, , 137-138..

En 1760, une épidémie de peste tue environ un tiers des habitants, mais la population de la ville continue à croître ensuiteT. Philipp, , 127..

En fin de période, le consulat de France est transféré de Saïda à Acre, en 1785Daniel Panzac, « Commerce et commerçants des ports du Liban Sud et de Palestine (1756-1787) », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, 1990, 55-56 : « Villes au Levant », 80.. La ville a alors environ habitants. Cette même année, une épidémie de peste frappe la ville, qui tue probablement un habitant sur trois. Elle est suivie dans l’hiver par une famine où périssent également plusieurs milliers de personnesT. Philipp, , 125-126..

Siège de Bonaparte vignette|Portrait de Napoléon Bonaparte à l'Auditorium d'Acre. La ville redevient un point stratégique lorsque, le , le général Napoléon Bonaparte, à la tête de l'armée française d'Égypte, commence le siège de Saint-Jean-d'Acre, point d'arrêt de l'expédition de Syrie. Du côté des assiégés, la garnison ottomane est commandée par Djezzar Pacha (« le Boucher »), conseillée par Antoine de Phélippeaux, officier d'artillerie émigré, ancien condisciple de Napoléon à l'École royale militaire de Paris, et reçoit le soutien d'une flotte britannique commandée par l'amiral William Sidney Smith. Les Français sont mal pourvus en artillerie (l'artillerie de siège, acheminée par mer, est bloquée par la présence navale anglaise) et provisions ; ils trouvent peu de soutien dans la population locale hormis les (la tribu de Dahir al-Umar) et une partie des chiites. Après huit assauts, ils doivent renoncerHenry Laurens (dir.), L'expédition d'Égypte, 1798-1801, Armand Colin, 1989, .. Pendant le siège, les Français détruisent l’aqueduc.

Reprise musulmane

Après la retraite des armées françaises, Djezzar Pacha fait réparer les murs de la ville et renforcer les défenses : le mur est élargi, des douves sont creusées, des tours ajoutées.

Une nouvelle épidémie de peste frappe Akka en 1806. La population diminue jusqu’à tomber à 2000 vers 1850, avant d’augmenter à nouveau dans la seconde moitié du siècle. Les guerres, les épidémies de peste, le tremblement de terre et les famines sont parmi les causes de cette chute, mais le principal facteur est le déclin économiqueT. Philipp, , 129.. Les incursions bédouines dans les campagnes appauvrissent l’arrière-pas d‘AkkaT. Philipp, , 133.

L’aqueduc n’est réparé sous Sulayman Pacha qu‘en 1815. En 1831, tout commerce maritime a cessé à Acre, au profit d’Haïfa et Sidon. Un nouveau khan est construit en 1810 pour les petits marchands venant avec un âne alimenter le commerce du quotidien. En 1817, un incendie ravage le bazar Zahir al-Umar. Il est reconstruit, plus petit (64 boutiques au lieu de 110).

Au début du , la population juive augmente pour atteindre quelques centaines de personnes puis se maintient autour de 100 tout au long du siècle. Cette hausse puis ce rapide déclin est dû à la protection d’Haïm Farhi, le vizir de Djezzar Pacha puis de . Farhi est assassiné en 1820, les Juifs perdent leur protecteur et la plupart quittent la villeT. Philipp, , 128..