Les Piliers de la société – en allemand Stützen der Gesellschaft – est un tableau réalisé par le peintre allemand George Grosz en 1926. Cette huile sur toile représente plusieurs membres de l'élite de la République de Weimar pour en faire la caricature, différentes figures incarnant respectivement les autorités médiatiques, religieuses, militaires, etc. Achetée en 1958, l'œuvre est conservée à la Neue Nationalgalerie, à Berlin.
Une caricature politique Les Piliers de la société est une œuvre caricaturale de la “Neue Sachlichkeit”, traduit parfois par “Nouvelle Objectivité”. L'art dénonciateur et satirique de Grosz a pour cible la République de Weimar. En effet, ses bourgeois et ses dirigeants politiques l’inspirent bien plus que, par exemple, la lutte des classes inférieures. George Grosz puise toute son inspiration dans sa rage et son dégoût du monde qui l’entoure avant de les retranscrire dans ses œuvres. Comme l’a dit Günther Anders, “cette infamie n’était nullement pour lui une “source d’inspiration” occasionnelle, c’était au contraire le “charme” de la vie auquel il répondait en étant effroyablement irrité”.
Description Cette œuvre a une nette dominance de tons rouges, noirs et marrons. En haut à gauche de la composition, un feu est en train de dévorer des bâtiments. L'air autour y est également embrasé, créant ainsi une atmosphère étouffante, asphyxiante, qui entoure les différents personnages représentés.
L'homme représenté en bas de la peinture, au premier plan, est attablé à ce qui pourrait s’apparenter à un comptoir de bar blanc. Cet homme est le plus mis en évidence de la composition. Seul le haut de son corps est visible, portant une veste de couleur marron presque sable, une chemise blanche avec un faux col amidonné trop serré remontant jusqu’au cou et une cravate bleue marine sur laquelle est fixé un insigne nazi. Ce capitaliste est représenté avec une bouche carnassière aux dents jaunes apparentes, lui prêtant un aspect vorace et agressif. Il est chauve, ridé, le teint blafard avec un nez pointu et des varices sur des joues bien trop rouges, probablement à cause de l’alcool. Il n’a pas d’oreille, porte un monocle mais ses yeux sont invisibles. Sur sa joue se distingue une longue cicatrice violacée. C’est ainsi que Grosz représente le capitalisme de la nouvelle République de Weimar. Cet homme tient un objet dans chaque main: une chope remplie de bière dans la gauche, une longue épée ressemblant à un fleuret dans la droite. Sa soif pour sa bière pourrait être mise en lien avec sa soif de violence matérialisée par son épée et sa cicatrice, mais également par le cavalier armé émergeant de son crâne coupé. Kyllikki Zacharias voit en ce cavalier l’image d’un homme “obsédé par les fantasmes de ses années de cavalerie”. Cette personnification du nazi est, sans ses yeux, aveuglée par sa brutalité et sa hargne, n’entend rien sans ses oreilles.
À gauche de ce capitaliste nazi se trouve un second homme, très caricaturé, tout comme le premier. Ce second homme est vêtu presque de la même manière que le premier, soit avec une veste marron, un faux col amidonné blanc et une cravate noire, sans insigne. Celui-ci a des oreilles, de petits yeux perçants avec un lorgnon, des sourcils froncés, un nez grossier, des rides, une moustache et une bouche mécontente, dévoilant ses dents. Dans sa main droite se trouve un crayon de couleur rouge et dans sa main gauche une grande plume tâchée de sang. Il serre contre lui une certaine quantité de journaux ensanglantés. Avec ses attributs couverts de sang, cet homme semble diffuser des idées dévastatrices et peu pertinentes par le biais de ses journaux. Ces idées peuvent être matérialisées par le pot de chambre retourné qu’il a en guise de haut du crâne. Ce pot de chambre montre en effet une lucidité intellectuelle limitée et serait, d’après Mario Vargas Llosa, “emblème pathétique de ce que valent ses idées”. Grosz a donné à son personnage les traits d’Alfred Hugenberg, le “tsar de la presse”. Cet homme d'affaires et président du parti national allemand en 1928 aurait favorisé l’accession au pouvoir de Hitler.
À droite de cette personnification du journalisme et derrière le capitalisme nazi se trouve un troisième homme. Il a tout l’air d’un bourgeois, vêtu d’une veste noire, d’une chemise blanche et d’un nœud papillon entourant son cou épais. Encore une fois, ses traits sont grossiers, Grosz le représente comme un homme trop gras, des oreilles et un nez rouges, des joues épaisses, de même pour sa bouche, des moustaches et des petits yeux vides, sans pupille ni couleur. Ils sont cernés, avec un lorgnon par-dessus. Cette pensée si vide serait confirmée par ce qui sort du crâne coupé de ce personnage, soit une pyramide d’excréments. Cet homme pourrait être un nationaliste allemand si l’on en croit un de ses attributs, soit un petit drapeau noir, blanc et rouge dans sa main gauche, couleurs de l’Allemagne impériale, ou bien un membre du parti socio démocrate d’après le prospectus qu’il serre contre sa poitrine où une inscription se distingue: , ce qui signifie “le socialisme est un travail” en allemand.
Plus à l’arrière, entre le journaliste et le nationaliste/socio démocrate se trouve un quatrième homme, encore une personnification différente, autre cible de sa caricature: le religieux. Celui-ci porte une sorte de calotte noire sur son crâne chauve et un long vêtement noir, probablement une soutane. Cet homme est tourné vers la gauche, les bras tendus devant lui, comme s’il prêchait la paix. Seulement, il n’inspire que très peu confiance. Son sourire mielleux et faux dévoile toute sa dentition, son nez proéminent est très rouge, comme ses joues et ses oreilles, comme s’il était soûl. Les yeux fermés, il ne voit pas la ville en proie aux flammes, comme s’il désirait rester dans le déni de ce qu’il se passe autour de lui. En plus de cela, il semble dissimuler les crimes du groupe de cinq soldats en pleine action derrière lui. Ils sont vêtus de casque et d’une veste noire à col rouge, tenue de la Reichswehr. L’un d’entre eux tient une épée ensanglantée dans la main droite et un pistolet dans la main gauche. Ils se dirigent vers la gauche ou vers la droite, comme s’ils ne faisaient aucune distinction parmi leurs victimes.
Bibliographie . . . . . . .
Références
Liens externes
Stützen der Gesellschaft, site web des musées d'État de Berlin
Catégorie:Tableau de George Grosz Catégorie:Tableau réalisé en 1926 Catégorie:Drapeau dans la peinture Catégorie:Incendie dans la peinture Catégorie:Œuvre conservée à la Neue Nationalgalerie Catégorie:Œuvre d'un artiste dans sa ville natale