Pierre Léon Évrat, né le à Saint-Dié et mort le dans sa ville natale, est un industriel du textile français, travaillant dans la confection de vêtements, maire de Saint-Dié au moment de la Libération, en particulier du à sa démission du . D'un point de vue militaire, formé préalablement en officier de réserve dans divers bataillons de chasseurs à pied, il était commandant d'infanterie au sortir de la fin de la Grande guerreBase Roglo pour ses indications généralistes et sa généalogie sommaire. Sa date de décès est confirmée par le Journal d'un rue-Hautier..

Biographie Pierre Léon Évrat est le fils de Jean Baptiste Paul Évrat, dit "Paul Evrat", manufacturier déodatien (1838-1920) et de Marie Antonine Erismann (née vers 1839-1905). Il est né 51 rue Haute à Saint-Dié le La naissance de Pierre Léon figure sur les tables décennales 1873-1882 reconstituées à la va-vite le 20 juillet 1873, probablement le jour de la déclaration. Les données de l'état-civil reconstitué sont sur la base Roglo.. Pierre a vécu son enfance entre deux sœurs, l'aînée Henriette Alexandrine, née en 1871 et la cadette Jeanne Joséphine, née en 1880 : la première a épousé en Charles François Raymond Pierrat, (futur) capitaine d'artillerie, originaire d'Hurbache et la petite dernière, un brillant officier d'infanterie revenu de sa campagne malgache en , Charles Fernand Barrard, qui deviendra en commandant la 13e division d'infanterie, le célèbre "général Barrard"Base Roglo : Voir les entrées "Henriette Alexandrine Evrat" (1872-1963) et "Jeanne Joséphine Evrat" (1880-1971). La découverte de la grande île, de sa géologie singulière, et surtout de sa faune et sa flore endémique, par l'intermédiaire de l'oncle Barrard ont captivé le jeune Paul Evrat, fils aîné de Pierre..

Un bourgeois républicain Pierre est éduqué au collège de garçons de Saint-Dié. Il travaille ensuite à la manufacture de vêtements de son père. Il accomplit son service militaire au bataillon de chasseurs à pied. Il continue sa formation militaire, devenant officier de réserve. Pierre-Léon Evrat, ancien sous-officier d'infanterie, est nommé le sous-lieutenant de réserve au 91e régiment d'infanterieJournal officiel du 4 janvier 1896, Ministère de la Guerre : Réserve, Nomination au grade de sous-lieutenant, page 54..

Il épouse une jeune femme issue d'une famille bourgeoise ancienne de Saint-Dié, Marie-Paule Miette (1877-1957)Généalogie étendue également disponible sur la base Roglo. Le couple a eu sept enfants, dont cinq seulement Paul, Madeleine, Simone, Andrée et Nicole ont vécu bien au-delà de leurs primes enfances.

Service militaire Lorsque le Grande Guerre éclate en 1914, Pierre Evrat est affecté au 43e régiment d'infanterie territorial, acceptant un rétrogradation au simple grade de sergent. Au fil des combats, l'engagé obtient trois citations sur des terrains locaux, et réintègre sa fonction d'officier.

Pierre Evrat, chef de bataillon depuis au 43e territorial d'infanterie est nommé au titre de chevalier de la légion d'honneur, début L'Est Républicain, 7 mai 1917, rubrique Vosges évoquant sa nomination.. Il possède le grade de commandant d'infanterie au 43e RIT au sortir du conflit mondial, avant d'investir dans une usine de confection de vêtement, installée rue HauteLe dimanche 28 août 1921, les deux commandants du 43e RIT, les déodatiens Hugueny et Evrat, sont honorés à Celles-sur-Plaine à la fin d'une tournée de commémoration avec remise des croix de guerre aux communes de Nompatelize, Celles-sur-Plaine, Moyenmoutier, Ménil et Châtas et rappel des glorieux combats du col de la Chipotte. L'Est Républicain, lundi 29 août 1921, Rubrique Vosges, Les Localités vosgiennes à l'honneur, page 3. En réalité, en 1919, Pierre Evrat possède le grade de lieutenant-colonel de réserve. . Honoré de la croix de guerre, il termine sa carrière au poste de colonel du centre de mobilisation d'infanterie. Il reçoit le titre d'Officier de la Légion d'honneur par décret du . Son exemple militaire et civil a marqué l'éducation et la vie de son fils aîné Paul EvratNotons la différence sensible, Paul Evrat a contribué essentiellement à la vie associative (préparation militaire, sports, société philomatique vosgienne...), bien plus qu'à la politique locale..

Industriel et édile au service de sa ville natale Suivant les traces de son père, élu conseiller républicain à Saint-Dié, Pierre Evrat s'engage dans la vie politique en 1919, participant à la vie municipaleSon père, Paul Evrat, souvent cité P. Evrat, est un défenseur d'une ligne dure, très économe des finances publiques de la Ville. Par exemple, son soutien à L. Lamblé, autre conseiller de l'opposition, L'Est Républicain, 23 mai 1891. En mai 1892, avec 925 voix (26 voix de moins que le candidat populaire Prosper Antoine), il fait partie des quatorze conseillers élus, tous républicains, de la seconde section de Saint-Dié. L'Est Républicain, 3 mai 1892, rubrique Vosges Saint-Dié (victoire républicaine).. D'esprit calme et bonhomme, de plus en plus apprécié des administrés, il est constamment réélu. En , les conseillers Ferry et Evrat, respectivement par 23 voix et 21 voix, sont élus pour siéger à la commission d'administration du bureau de bienfaisance de Saint-DiéL'Express de l'Est et des Vosges, 2 juin 1929.. Pierre est un conseiller municipal assidu, cet homme d'ordre est en outre nommé à la commission rurale (dénommée précisément "sections, forêts et chemins ruraux") de la vaste commune, mais aussi dans celles plus urbaines des "achats de terrains", des "lotissements pour HBM", de gestion des "places du marché", de la "crèche municipale", des "écoles ménagères" et de la "discipline et des employés municipaux"Ibidem.

En , le concours fédéral de tir se déroule à Saint-Dié, regroupant 98 délégations sportives au stand de Grattin (sic) dès 5 heures du matin. Le président de la société de tir locale, François Heck, y accueille de bon matin les délégations de tireurs, en compagnie de son président honoraire, Pierre EvratL'Express de l'Est et des Vosges, 24 juillet 1933, rubrique Saint-Dié : Concours fédéral de tir. Son fils Paul Evrat, vice président de la société de tir, figure parmi les tireurs et l'équipe de juges à Gratin.. Durant toute la journée, Pierre Evrat représente aussi le maire Louis Burlin, empêché par d'autres obligations. Ainsi à midi, Pierre Evrat véritable maître de cérémonie avec l'écharpe tricolore accueille les participants du concours à l'hôtel de Ville.

Le dimanche , le conseiller sortant Pierre Evrat obtient sur la liste d'entente républicaine locale, conduite par le maire sortant, Louis Burlin, 1790 voix, soit le plus grand nombre de voix parmi cette liste en ballotageIl reçoit 405 voix de plus que Louis Burlin, dont la popularité s'est érodée. L'Est Républicain, lundi 6 mai 1935, troisième page, rubrique Les élections municipales dans la région, Vosges. Léon Jacquerez est élu maire de Saint-Dié le , après le retrait de Louis Burlin. En 1939, le conseiller municipal est nommé directeur du centre d'accueil, à ce titre, il prend en charge le flux des 100000 évacués alsaciens, principalement des régions de Saverne et de Strasbourg, dont les convois transitent par Saint-Dié. Une tâche harassante, il est sur la brèche jour et nuit. Sa foi et son esprit charitable ont d'abord été loués par ces anciens réfugiés. Mais il ne faut nullement oublier la fibre sociale préexistante de Pierre Evrat, membre fondateur du crédit immobilier, qui s'est occupé longtemps du bureau de bienfaisance avant d'en être son présidentPierre Souchal, discours du 8 juillet 1951 à l'inauguration de la rue Pierre-Evrat, Dossier philomate (Journal d'un rue-Hautier).. Pierre Evrat, front haut, lorgnons campés sur un nez fin et droit, vous fixait d'abord avec sérieux de ses yeux clairs, dévoilant un regard scrutateur et vif. Le premier abord était un peu froid, mais au fil de la discussion, son sourire s'esquissait dès qu'il était en mesure de donner une réponse circonstanciée et nette à son interlocuteurPortrait brossé par son ancien adjoint Pierre Souchal, ibidem.. Ainsi cet homme sensible et bon avait toujours reçu avec respect les sans-foyers, les mutilés et handicapés, les veuves ruinées et pendant cette dernière guerre, les veuves provisoires.

En , Pierre Evrat est nommé adjoint au maire, chargé des rapports avec l'occupant. Il participe à dix commissions ou sous-commissions dans le conseil municipal formé en : "Assistance" (bureau de bienfaisance avec Meckert et Souchal), "Instruction publique" (école ménagère), "Travaux, Finances et voirie", "Achat de terrains", "Eau, gaz et électricité", "Hygiène" (Bains municipaux) et "abattoirs, marché et octroi" (commission d'achat, abattoirs, place du marché)L'Express de l'Est et des Vosges, 13 avril 1941, page Saint-Dié, commissions municipales dans le nouveau conseil.

Léon Jacquerez, maire de Saint-Dié, propose sa démission fin . Son principal adjoint, Pierre Evrat est élu maire par le conseil municipal le Albert Ohl des Marais, Histoire chronologique de la ville de Saint-Dié. L'arrêté de réorganisation du corps municipal de Saint-Dié est pris plus tardivement par l'Etat français le 4 avril 1944. Pierre Evrat, premier adjoint, est nommé en remplacement de Léon Jacquerez maire démissionnaire. Paul Emile louis, conseiller municipal, est nommé adjoint au maire. Journal officiel du 6 avril 1944, Maires et adjoints au maire, page 1003.. Le , Pierre Evrat, ses adjoints Souchal et Ulrich, l'ancien maire Léon Jacquerez et le commandant des sapeurs-pompiers Eugène Pasquet sont arrêtés, incarcérés à la prison de La Vierge à Épinal, puis à NancyIls le sont en compagnie d'un Monsieur dénommé Ruotte, que le chroniqueur Jean-Louis Mongel qualifie plus tard de « mouchard à la solde des Allemands » car il ne sera nullement inquiété en dernier ressort et rentrera à Saint-Dié. Gérard Antoine, Les Déodatiens célèbres, tapuscrit collectant les données SPV. Georges Baumont mentionne déjà Ruotte en personnage douteux, placés parmi les responsables arrêtés de la mairie. L'arrestation du 9 juin ne semble avoir aucune raison, et reste incompréhensible de l'avis de Georges Baumont, Saint-Dié-des-Vosges des origines à nos jours, 1960, page 423.. Ils sont relâchés six jours plus tard, le alors qu'ils étaient conduits à un convoi vers l'AllemagneMessieurs Eugène Pasquet, les adjoints Souchal et Ulrich sont déportés, Ulrich ne reviendra pas, Gérard Antoine, ibidem. Pierre Evrat et l'ancien maire de Saint-Dié, Léon Jacquerez, septuagénaires, auraient été libérés, en raison de leur grand âge et plus certainement de leur faible mobilité, en Journal de Léon Jacquerez, maire de Saint-Dié.

Le maire en exercice reprend ses fonctions, car la Gestapo, dont il a vu les sinistres geôles, n'a apparemment rien trouvé de répréhensible, tout en le surveillant. En octobre et novembre, il doit organiser l'exode des habitants rive droite, disposant de rares consignes des autorités allemandes. Le voici affairé avec ce qui reste de son équipe municipale à des tâches insolvables de ravitaillement et d'hébergement. Sa déportation le , parmi les dernières, est tardive, sa famille connaît les brutalités nazies.

La Libération laisse une situation dramatique à Saint-Dié en grande partie dévastée. Le sous-préfet, recevant des consignes strictes et autoritaires d'évacuation, voire de fortes invitations à partir, des populations sinistrés, prend ombrage des directives du maire, qui prend à cœur un réel sauvetage de la Ville et fait appel à l'esprit d'initiative de ses concitoyens. Des sanctions pleuvent sur le maire et sa petite administration, ce qui provoque la démission du principal responsable Pierre Evrat, entravé dans l'exercice de ses fonctions, le . Il est remplacé par Gaston Colnat, ancien professeur d'allemand et président du comité de la Libération, qui estime injuste le sort réservé à son prédécesseur valeureux.