67P/Tchourioumov-GuérassimenkoEn ukrainien et en russe Комета Чурюмова — Герасименко, transcriptions respectives Kometa Tchourioumova-Hérassymenko et Kometa Tchourioumova-Guérassimenko. « Tchourioumov-Guérassimenko » est la forme francisée usuelle, basée sur la forme russe du nom de ses découvreurs, même si Tchourioumov et Guérassimenko sont ukrainiens : la transcription de leur nom ukrainien donnerait « Tchourioumov-Hérassymenko », mais cette forme n'est utilisée par personne. La transcription anglophone, « », se base également sur la forme russe : la transcription depuis l'ukrainien donnerait « »., surnommée « Tchouri » en français, « » en anglais. et parfois abrégée (en français) en 67P/TG ou 67P/T-G« 67P/T(-)G » en français, « 67P/C(-)G » en anglais., est une comète périodique du système solaire. Comme toutes les comètes aujourd'hui, elle est nommée d'après le nom de ses découvreursCertaines des premières comètes nommées, telles la comète de Halley, sont les rares exceptions à cette règle., en l'occurrence les astronomes Klim Ivanovitch Tchourioumov et Svetlana Ivanovna Guérassimenko, qui ont observé l'astre sur leurs plaques photographiques le à Kiev.

Cette comète a été visitée le par l'atterrisseur Philae de la sonde Rosetta de l'Agence spatiale européenne, lancée le , qui a atteint l'orbite cométaire le pour commencer à tourner autour de la comète le .

Découverte vignette|La comète 67P/Tchourioumov-Guérassimenko vue par le Very Large Telescope en 2014.

Au milieu de l', plusieurs astronomes de l' de l'université de Kiev (RSS d'Ukraine, URSS) étaient en visite à l'Institut d'astrophysique d'Alma-Ata (RSS du Kazakhstan, URSS) afin de conduire un relevé de comètes.. Le , alors qu'il se trouvait toujours à Alma-Ata, Klim Ivanovitch Tchourioumov examina une plaque photographique de la comète prise le () par Svetlana Ivanovna Guérassimenko. Il trouva un objet cométaire près du bord de la plaque et supposa qu'il s'agissait de Comas Solá. À son retour à Kiev, les plaques furent minutieusement inspectées. Pour chacune des comètes observées, la position précise fut déterminée, le diamètre de la chevelure (ou coma) fut estimé ainsi que la magnitude photographique des comètes et de leur noyau. Le , ils se rendirent compte que l'objet repéré ne pouvait pas être la comète Comas Solá car sa position différait de plus de de la position attendue d'après les observations réalisées par d'autres observatoires. Un examen plus attentif révéla une faible image de Comas Solá à sa bonne position, proche de la limite de la plaque photographique, ce qui prouva que l'objet identifié par Tchourioumov était en réalité une comète qui n'avait pas encore été découverte. Ils estimèrent la magnitude de la nouvelle comète à 13 et rapportèrent une faible coma de de travers, avec une condensation centrale d'environ d'arc. Une faible queue s'étendant sur d'arc à un angle de position de fut aussi rapportée.

Trajectoire orbitale L'orbite de 67P/Tchourioumov-Guérassimenko a significativement évolué au cours du temps. En effet, lorsqu'un corps céleste s'approche d'un autre corps céleste, sa trajectoire est modifiée du fait de l'influence gravitationnelle qu'ils exercent l'un sur l'autre. La modification de l'orbite du premier sera d'autant plus grande que la masse de ce corps est faible, que la masse du second est grande et que la distance minimale d'approche est faible. Notamment, les orbites cométaires sont donc fortement perturbées lorsque la comète passe près des planètes Jupiter et Saturne. En l'occurrence, Tchourioumov-Guérassimenko s'est « récemment » approchée deux fois de Jupiter : en 1840 et en 1959.

Depuis sa découverte en 1969, la comète a été retrouvée à chacun de ses passages au périhélie : 1969, 1976, 1982, 1989, 1996, 2002, 2009, 2015 et 2021. Son prochain périhélie est attendu en 2028.

Avant 1840 Le périhélie de Tchourioumov-Guérassimenko avant son passage près de Jupiter en 1840 a été estimé à environ , ce qui ne lui permettait pas de développer d’activité cométaire, rendant sa détection pratiquement impossible. La régression avant ~1700 est hautement incertaine, et il demeure possible qu’il y ait eu d’autres périodes d’activité cométaire dans le passé...

1840 : rapprochement avec Jupiter En 1840, Tchourioumov-Guérassimenko passa près de Jupiter et la gravité de la planète modifia l'orbite de la comète. Sa distance au périhélie passa alors à trois unités astronomiques.

1959 : nouveau rapprochement avec Jupiter Plus tard, en 1959, une autre approche de Jupiter modifia à nouveau son orbite, la distance au périhélie prenant sa valeur actuelle : astronomique.. Depuis lors, la comète parcourt son orbite en .

1969 : périhélie, découverte et prédécouverte En 1969, le périhélie de la comète eut lieu le (précisément, ), seulement quelques heures avant la photographie ayant permis sa découverte. La comète avait alors une période de révolution de .

En plus des observations sus-mentionnées ayant mené à la découverte de la comète, des images additionnelles furent trouvées sur une plaque exposée par Guérassimenko le (1969 Sept. 9.91 TU), antérieure donc à l'image ayant permis la découverte, ainsi que sur une plaque exposée par Guérassimenko le (1969 Sept. 21.93 TU). La magnitude fut estimée à 13 sur la première et à 12 sur la seconde.

1976 : périhélie, premier retour depuis la découverte Le premier retour de la comète après sa découverte eut lieu en 1976. Le périhélie eut lieu le (1976 April 7.23) et la comète avait alors une période de .

Cette apparition ne fut pas très favorable. La comète fut d'abord repérée par des astronomes de l'observatoire du mont Palomar, en Californie (États-Unis), le ; ils indiquèrent une magnitude nucléaire de 19,5. D'autres observations furent réalisées le , le et le mais aucune description physique ne fut fournie. L'observation finale fut faite par des astronomes à la station Catalina du Lunar and Planetary Laboratory, en Arizona (États-Unis), le .

1982 : périhélie et passage « près » de la Terre Le périhélie suivant eut lieu le (1982 Nov. 12.10). La comète avait alors une période orbitale de 6,61 ans.

En 1982, la position de la comète fut très favorable aux observations. La comète fut retrouvée par des astronomes de l'observatoire national de Kitt Peak, dans l'Arizona (États-Unis), le . Sa magnitude fut alors estimée à 19. Elle s'approcha au plus près du Soleil le , à 1,3062 unité astronomique (195,4 millions de kilomètres) de distance, et au plus près de la Terre le , à 0,39 unité astronomique (58 millions de kilomètres) de distance. De façon intéressante, la comète continua de devenir plus brillante pendant le mois de décembre, alors qu'elle s'éloignait aussi bien du Soleil que de la Terre : des astronomes amateurs reportèrent une magnitude totale comprise entre 9 et 9,5. Autour de Noël, Alan Hale, en Californie (États-Unis), put même détecter la comète avec des jumelles . La comète fut détectée pour la dernière fois le par des astronomes de l'observatoire Oak Ridge, dans le Massachusetts (États-Unis).

1989 : périhélie Le périhélie suivant eut lieu le (1989 Jun. 18.39). La comète avait alors une période orbitale de 6,59 ans.

Cette apparition ne fut pas particulièrement bonne pour les observations. La comète fut retrouvée le par des astronomes à l'observatoire Palomar (Californie, États-Unis) ; la magnitude du noyau était alors estimée à 20. Elle ne fut suivie que jusqu'au , date à laquelle des astronomes à l'observatoire de Mauna Kea (Hawaï, États-Unis) lui trouvèrent une magnitude nucléaire de 18,6. La comète passa à moins de 4 degrés du Soleil en et, bien qu'elle pouvait être observée vers la fin de l'année 1989 et pendant la première moitié de 1990, aucune observation ne fut faite. Après qu'elle fut passée à moins de 3 degrés du Soleil en , la comète quitta l'éclat du Soleil et fut observée par des astronomes à l'Observatoire national de Kitt Peak (Arizona, États-Unis) le 15-. La magnitude nucléaire fut alors estimée à 21,8-22,0.

1996 : périhélie Le périhélie suivant eut lieu le (1996 Jan. 17.66). La comète avait alors une période orbitale de 6,59 ans.

L'apparition de 1996 fut favorable bien que la comète ne s'approchât pas à moins de de la Terre (ce périgée eut lieu le ). La comète devint plus brillante que la à la fin de l'année 1995 et sa luminosité apparente continua d'augmenter. La comète atteignit son périhélie le , et sa distance au Soleil et à la Terre augmentant après ceci, sa luminosité apparente continua d'augmenter pendant un mois. Après avoir atteint un maximum de brillance d'environ 10,5 en février, l'éclat de la comète diminua et elle devint moins brillante que la magnitude 13 à la mi-avril. Le diamètre de la coma ne dépassa jamais deux minutes d'arc pendant cette apparition. La comète fut détectée pour la dernière fois le , à une magnitude d'environ 22.

2002 : périhélie Le périhélie suivant eut lieu le (2002 Aug. 18.31). La comète avait alors une période orbitale de 6,57 ans.

La comète fut retrouvée le ; sa magnitude fut estimée à 15,0. Sa magnitude atteignit environ 12,5 vers le début du mois d'octobre. La comète fut détectée pour la dernière fois le , à une magnitude de 22-23. L'Agence spatiale européenne annonça le que la sonde Rosetta aurait une nouvelle cible : la comète 67P/Tchourioumov-Guérassimenko.

2009 : périhélie

2015 : périhélie et visite de Rosetta Elle était à son périhélie le avec Rosetta en orbite et Philae sur sa surface67P/Churyumov-Gerasimenko - IAU Minor Planet Center..

2021 : périhélie La comète a atteint son périhélie le , sa distance au Soleil était alors de (ua).

Exploration vignette|Poussière et rayons cosmiques à la surface de la comète en 2016, avec des étoiles en mouvement en arrière-plan. Filmé par l'instrument OSIRIS de Rosetta.

Sonde Rosetta La sonde spatiale Rosetta est lancée en 2004 pour explorer la comète courant 2014. Rosetta atteint l'orbite autour de Tchouri dix ans plus tard, le . Après avoir orbité plusieurs mois autour de la comète, elle lance son atterrisseur Philae pour se poser sur la surface le ... Cependant, après être entré en contact avec la comète en un point nommé « Aguilkia » (anciennement « site J »), l'atterrisseur rebondit en raison de deux défaillances : celle du propulseur qui devait le plaquer au sol et celle des harpons qui devaient l'y arrimer ; il finit par se poser à environ un kilomètre de distance, sur un site baptisé « Abydos »..

Le , l'ESA modifie la trajectoire de la sonde Rosetta afin que cette dernière passe à seulement de la comète. On obtint alors des images avec une résolution atteignant par pixel. Rosetta survola la région « Imhotep », située sur le plus grand lobe de la comète. On obtient alors les photos les plus détaillées jamais obtenues d'une comète..

Philae a atterri sur le site « Abydos » situé dans une zone rocheuse et poussiéreuse baptisée « Saïs » (en anglais Sais) d'après l'ancienne ville égyptienne de Saïs (où l'on pense que la pierre de Rosette ou Rosetta peut avoir été initialement dressée). Sa position sur le côté a rendu les communications plus difficiles que prévu, mais néanmoins possibles..

Localisation de Philae vignette|gauche|Image OSIRIS-NAC montrant le bassin d'Hatmehit et la zone d'atterrissage de Philae. vignette|Images OSIRIS-NAC pré- et post-atterrissage. La percée dans la recherche de Philae a eu lieu en comparant ces images sous des conditions d'illumination identiques.

À la suite de l'atterrissage à rebonds de Philae en novembre 2014, trouver sa position exacte sur la comète s'est révélé être un défi majeur. Les mesures effectuées par l'instrument CONSERT ont permis de localiser Philae dans une ellipse d'environ 16 x 160 m. Des analyses complémentaires du SONC/CNES ont ensuite permis de restreindre la localisation théorique en se basant sur les conditions d'illumination et les temps de contact entre l'orbiteur et l'atterrisseur.