René Kalisky, né le à Etterbeek (province de Brabant) et mort le ) à Archives de Paris, arrondissement, année 1981, acte de décès , cote 17D 354, vue 21/31, est un dramaturge belge d'origine juive polonaise.
Biographie Ascendance Kalisky naît à Etterbeek, une des municipalités situées à Bruxelles (Belgique), le .
Son père Abram/Awraam Kaliski naît à Łódź le . Il aura un destin funeste. Certains événements ont pu promouvoir la fascination de Kalisky pour l'histoire en général et les dictatures en particulier. L'éclatement géographique complet de la famille Kaliski à l'occasion de la Seconde Guerre mondiale peut expliquer des sujets retrouvés dans l’œuvre : certains se retrouveront à Tel-Aviv, d'autres sembleront ignorer leurs survies respectives à la guerre sur les continents Européens, Sud-Américains ou Australiens. Ainsi, une famille diasporique se déchire après la mort de son dernier survivant dans Falsch, une autre règle ses comptes avec l’un de ses membres ayant fui outre-Atlantique dans Aïda Vaincue.
Les grands-parents de l’auteur, Shlomo Yitzhak Kaliski (né en Puszcza (Łódź), 11.nov.1867) et Hadassa Kaliski, né Tuszinski (Łódź 13.jul.1876) eurent au moins huit enfants, qui ne périrent pas tous pendant l'Holocauste. Après la mort de sa femme, fuyant les pogroms, Shlomo épouse Dina Rothstein (1870-1930), part pour Buenos Aires puis l'Afrique du Sud avec une de ses filles et participe à la deuxième guerre des Boers au cours de laquelle il vend des armes. Il finit sa vie en Palestine mandataire au début du siècle et meurt à Tel-Aviv le , âgé de , où il ne retrouve ainsi qu'une partie de ses enfants : Mayer Kaliski (1910-1942) meurt déporté depuis Drancy après avoir combattu dans la guerre civile espagnolehttps://www.marxists.org/subject/jewish/spanjews.pdf., alors que Regina Kaliski-Kopf (1912-2004) et Mania Kaliski-Buchman (1897-1982) fuirent en Argentine puis le rejoignirent à Tel-Aviv. Un autre de ses fils, Benzion Kaliski (1892-1944) arrive le âgé de à Buenos Aires.http://www.benjidog.co.uk/allen/Images/ImagesR/R_MAIL17.jpg.et s'y éteint sans le revoir. Ses autres enfants prennent la fuite pour l'Australie comme Rosa Rubin Kaliski (1900-).
Il semble par contre établi qu’il n'ait entretenu aucun contact avec son fils Awraam, père de Kalisky, auquel il survécu pourtant.
Un père échoué en Belgique Pendant ce temps en effet Awraam eu sans doute la trajectoire la plus singulière en fuguant à l'âge de , étant le seul de la fratrie à demeurer en Europe, émigrant seul à Anvers (Belgique) en 1926 après un passage en Allemagne et un bref engagement politique. Il devint marchand de cuir et danseur. À l'âge de , en 1932, il rencontre et épouse Fradla Wach, née à Varsovie le , arrivée en Belgique le . Durant la Deuxième Guerre mondiale, ils vivent dans des quartiers populaires, notamment à Molenbeek-Saint-Jean, puis à Anderlecht, 44 rue de la Clinique.
Ils ont quatre enfants : René qui deviendra écrivain, Chaïm Kaliski aka Haïm-Charles Kaliski (1929-2015). qui sera auteur de bande dessinée, Sarah Kaliski (1941-2010) sera peintre et Ida Kaliski (1933) qui faillit devenir chanteuse d'opéra. Tous les quatre enfants furent envoyés et restèrent cachés dans des endroits disparates durant toute la guerre. Leurs parents, restés seuls, ont survécu presque jusqu'à la reddition des forces nazies. La famille est inscrite dans le registre des juifs en Belgique le ..
Une enfance cachée, un père longtemps disparu Selon Haïm kalisky, le , 48 h après l’invasion nazie, la famille part pour le midi de la France en train pour arriver, après 4 jours de voyage, à Revel, en Haute-Garonne près de Toulouse où il se souvient qu’ils furent hébergés « dans une grange, sur la paille ». Il se souvient de la xénophobie de la population locale à leur endroit, « en tant que belges » : le roi Léopold III ayant capitulé, est perçu comme le roi félon, et les réfugiés belges comme « des boches du nord ». Les jets de pierres sont quotidiens. Ils sont contraints de se réfugier dans le jardin adjacent à la grange. Lors de la capitulation française, les choses s’améliorent. Leur parvient une injonction de rejoindre le camp de Brens (Tarn) à la suite du statut des juifs décrété par Vichy. La plupart des juifs semble se conformer à cette injonction, mais les Kaliski, semble-t-il grâce à l’intuition de leur fils ainé, décident de retourner à Bruxelles : « nous étions plus en sécurité en Belgique occupée qu’en France Libre ». Au cours de l’hiver 40-41, les mesures antijuives entrent en vigueur et l’école devient proscrite et le port de l’étoile obligatoire pour les enfants Kaliski. Dans la nuit précédant celle du 2 au , l’imminence d’une rafle fait confier Haïm et son frère René à un curé afin de rejoindre un groupe d’enfants dans la même situation. Une altercation eut lieu et Haïm se fit gifler par le curé à qui il fît part « naïvement » de son inquiétude quant à l'imminence de la rafle. Comme à Revel, Haïm aurait eu un pressentiment : il emmène son frère de 6 ans dans un soupirail et les égouts pour quitter l’église subrepticement tout en échappant à la Gestapo en pleine nuit. Ils rejoignent la nouvelle cache Chaussée d'Alsemberg, où viennent d’arriver leurs parents dont la fille Sarah vient de naitre. Ils demeurent sous le lit conjugal toute la nuit, terrifiés au son des sirènes et aboiements de chiens d’une Gestapo qui ne vint pas. Tous les enfants de l’église où ils auraient dû passer la nuit furent déportés. Awraam Kaliski avait pu obtenir les faveurs d’un administratif pourtant rexiste et ainsi se voir délivrer une carte d’identité belge ne portant pas la mention « juif ». Ainsi lorsqu’il est arrêté, il est emprisonné à la prison de Saint-Gilles le samedi . Ceci semble avoir été facilité par la controversée Association des Juifs en Belgique. Ce n’est qu'à la suite de l’examen de ses parties génitales qu’il est transféré à Malines et selon deux témoins, longuement torturé et interrogé par un « personnel zélé » de fascistes flamands afin de lui faire avouer le domicile de sa famille cachée. Cet établissement semblait fonctionner de façon autonome : seuls 14 officiers SS y étaient recensés.
Un père qui ne reviendra pas Il ne reviendra jamais, et la famille restera sans nouvelles jusqu’à un courrier en 1946, qui certifiait son décès après déportation.
Les archives de la ville précisent les évènements : le , Awraam est dénoncé puis arrêté par la police belge alors qu'il achetait du lait. Après avoir été en effet emprisonné et torturé à la prison de Saint-Gilles, il est transféré à la suite de l’examen de ses parties génitales au camp de rassemblement de Malines, et est acheminé par le convoi XXIV, 37, pour arriver à Auschwitz-Birkenau le , et y être assassiné âgé de . Fridla rassemble ses quatre enfants et les élève seule après la fin de la guerre. Kalisky a environ huit ans lorsqu’il perd son père. Bien que leur mère fût analphabète, il se souvint que ses parents avaient toujours souhaité que leurs enfants puissent devenir des artistes accomplis. Une exposition posthume eut lieu en 2007 au Musée juif de Belgique et rappelle leurs parcours respectifs..
Enfance Les années qui suivent la guerre furent vécues, selon les termes de Haim Kaliski, dans une « misère noire » : se partageant un même grand lit, dans une petite pièce, Fradla éleva ses quatre enfants côtoyant famine, punaises de lit et cafards. Haim et son frère cadet, René, échappent à ce quotidien en se plongeant dans les moindres ouvrages qu'ils ont sous la main. Le sac de billes fait ainsi place pour eux à une lecture effrénée des exploits de Jules César et de ses légions en Gaule.
René Kalisky, après des études de journalisme devient un écrivain qui est surtout connu pour les pièces qu'il écrit à un rythme effréné au cours des années de sa vie, et pour son style réputé dérangeant et inclassable.
Lui-même caché pendant la Seconde Guerre mondiale, traversant une enfance et une jeunesse en proie à la pauvreté extrême, la réalisation de Kalisky est presque intrigante : il sera le soutien exclusif de sa mère, veuve, si l’on en croit sa correspondance avec son frère, Haïm KaliskiAgnese Silvestri, René Kalisky, une poétique de la répétition, New York, Oxford, Wien, 2006. 415 p..
Le théâtre Après plusieurs années d'activité journalistique, et des engagements de jeunesse dans divers mouvements (il aurait créé une cellule du Betar à Bruxelles à l’âge de ), ses expériences de guerre l'ont d'abord possiblement poussé à écrire et explorer les thématiques du judaïsme, du sionisme, des absolutismes, de la cruauté humaine ou encore du désespoir existentiel. Par la suite, il écrit des essais provocateurs, des scénarios ainsi qu'un nombre important de pièces jugées « difficiles »Paul Aron, La mémoire en jeu: une histoire du théâtre de langue française en Belgique () Théâtre national de la communauté française de Belgique, 1995 - Performing Arts - 380 pages, complexes embrassant à la fois toute l'histoire antique et moderne, la politique, les religions, l'existentialisme, le sexe, l'homosexualité, l'eugénisme, et explore tel Philip RothPhilip Roth, « Ma Vie D'Homme », Un glorieux désastre in Le Nouveau Magazine littéraire 2018. de la manière la plus intime et sans compromis les pièges des relations au sein d'un couple ou à travers une famille en grappes. autant que les périls qui guettent la civilisation occidentaledans KALISKY (René), « Je refuse d’être mis plus longtemps à l’essai », in Alternatives théâtrales, n°31-32 (Une scène à faire), mai 1988, http://www.colline.fr/sites/default/files/archive/ddp_aida.pdf..
La critique En conséquence, son travail, au cours de sa vie, fut, pour le moins, mal compris pour de nombreuses raisons : les critiques accueillirent son travail avec ce que l'auteur décrivit dans sa correspondance comme « inexplicablement violente et injuste » et semblent avoir rendu sa survie encore plus difficileArchives et Musée de la littérature, Bibliothèque Royale, Lettre de René Kalisky adressée à sa mère et son frère Jim, correspondance (1976) ML 11112/0010 1 lettre tapuscrite ; 29.7 Français (version originale) Lettre aut. s., datée du 28 juin 1976 à Paris Kaliski, Chaïm, dit Jim (BE:1929-2005).
Ceci fait dire à Paul Aron :
De son vivant, il a ainsi dû subvenir aux besoins de sa propre famille et de sa mère veuve qui vécut dans la précarité jusqu'à sa disparition, ne comptant que sur les réparations allemandes de la Seconde Guerre mondiale.
La plupart de la critique et du milieu théâtral semblait « ignorer activement » son travail, ce qui pouvait s’expliquer par les difficultés, les efforts, les connaissances historiques et bibliques étendues que Kalisky pensait candidement pouvoir exiger de n'importe quel public, étant lui-même largement autodidacte et « amoureux de l’histoire »Rêveries à propos de Trotsky, etc. de René Kalisky, Michael Delaunoy Études théâtrales 2011/1 (N° 50) Éditeur : L'Harmattan. Certains chercheurs affirment que sa façon naïve, à un si jeune âge (il avait une trentaine d'années), de défier le style du théâtre contemporain français ne pouvait que déclencher « l’hostilité», la «violence»Antoine Vitez, interviewé par Jacques De Decker, dans Le Soir, 12 avril 1983 et « jalousie » dans un environnement qui n'avait pas été contesté depuis Brecht.
Cela avait été bien illustré « au sein de sa communauté » alors qu'il abordait des questions qui arrivaient trop tôt pour la plupart des auditeurs non préparés qui ignoraient ou ne comprenaient pas les idéaux et l'engagement de l'auteur envers le judaïsme qui pourtant le définissait largement en tant qu’homme et en tant qu’écrivain » Ainsi Kalisky déclarait : vignette|René Kalisky et Antoine Vitez.