John Jervis, de St Vincent, né le et mort le , est un amiral de la Royal Navy et Member of Parliament du Royaume-Uni. Le comte de St Vincent sert pendant la seconde moitié du et le début du ; il commande activement au sein des flottes britanniques pendant la guerre de Sept Ans, la guerre d'indépendance des États-Unis, les guerres de la Révolution et les guerres napoléoniennes. Il est célèbre pour sa victoire lors de la bataille du cap Saint-Vincent en 1797, qui lui vaut ses titres de noblesse, et pour avoir été le mentor d'Horatio NelsonMahan Vol. 1, p.35Mahan Vol. 1, p.101.

Jervis est également reconnu par ses contemporains aussi bien militaires qu'hommes politiques pour ses talents d'administrateur et de réformateur de la marine britanniqueMahan Vol. 1, p.173. En tant que commandant en chef de la Mediterranean Fleet entre 1795 et 1799, il introduit un ensemble de directives permanentes destinées à éviter toute mutinerie. Il fait appliquer ses ordres aussi bien aux marins qu'à ses officiers, une politique qui fait de lui un personnage controversé. Il emporte son système de commandement basé sur la discipline avec lui lorsqu'il prend le commandement de la Channel Fleet en 1799. En 1801, en tant que First Lord of the Admiralty, il introduit un certain nombre de réformes qui, bien qu'impopulaires à l'époque, rendent la Navy plus efficiente et plus auto-suffisante. Il introduit des innovations parmi telles que la machine à faire des poulies au Portsmouth Royal Dockyard. St Vincent était connu pour sa générosité envers les officiers qu'il considérait comme méritants et pour les punitions sévères et rude envers ceux qui les méritaient.

L'entrée de Jervis dans le Oxford Dictionary of National Biography, rédigée par P. K. Crimmin, décrit sa contribution à l'Histoire : « Son importance réside dans le fait qu'il ait été l'organisateur de victoires, le créateur de flottes, bien équipées et hautement efficaces, et dans la formation d'une école d'officiers aussi professionnels, énergiques et dévoués au service que luiEn ... »

Origines et jeunesse John Jervis naît à Meaford dans le Staffordshire le . Il est le second fils de Swynfen et Elizabeth JervisThe Naval Chronicle Vol. 4, p.2. Son père est un barrister, conseiller auprès de l'Admiralty Board et auditeur du Greenwich HospitalThe Naval Chronicle Vol. 4, pp.2–3. Swynfen Jervis voulait que son fils suive la même voie que lui et rejoigne le barreau. Le jeune Jervis est éduqué à la Grammar School (école élémentaire) de Burton upon TrentThe Naval Chronicle Vol. 4, p.3 puis à la Reverend Swinden's Academy de Greenwich, Londres.

Carrière militaire Débuts dans la Royal Navy À l'âge de treize ans, Jervis fugue et entre dans la Royal Navy à Woolwich, Londres. Après quelque temps, il rentre chez lui après avoir appris que sa famille était très contrariée par sa disparition. Lady Jane Hamilton, la mère de Sir William Hamilton, et Lady Burlington prennent conscience du désir de Jervis de rejoindre la Marine et tentent de convaincre sa famille de le laisser suivre cette voie. Elles finissent par présenter la famille Jervis à lAdmiral George Townshend qui accepte de prendre le jeune garçon à bord d'un de ses vaisseaux.

Le , Jervis entre dans la Royal Navy en tant quable seaman à bord du , de 50 canons, qui met les voiles en direction de la Jamaïque. À son arrivée dans les Indes occidentales, Jervis est détaché sur le sloop sur la côte des Mosquitos où il sert contre les guarda-costas Espagnols et les corsaires. Quand Townshend quitte les Indes occidentales, il place Jervis sur le sous l'Admiral Thomas Cotes. Le capitaine de pavillon de Cotes, Henry Dennis, promeut Jervis au grade de midshipman. Le , Jervis passe sur le , de 24 canonsTucker. Vol. 1, p.8. Jervis commente dans une lettre à sa sœur : « j'emploie la plus grande partie de mon temps, lorsque je ne suis pas en service, à lire et étudier la navigation et à parcourir mes vieilles lettres que j'ai presque en quantité suffisante pour faire un volume in-octavo »En .. Alors qu'il se trouve à la Jamaïque, le jeune Jervis tire des fonds sur le compte de son père grâce à la complicité d'un banquier local. Lorsque la réponse parvient d'Angleterre comme quoi le retrait ne pourrait être honoré, le jeune homme ne peut payer ses dettes. Jervis est contraint de vivre sur les rations fournies à bord afin de rembourser les sommes qu'il devait. Cet épisode affecte profondément le jeune Jervis qui jure de ne « jamais contracter une nouvelle dette sans avoir la certitude de pouvoir la rembourser »En .. Le Sphinx désarme à Spithead le . Jervis est affecté au , de 20 canons, en décembre de la même année puis de la fin décembre jusqu'à il est sur le yacht William and Mary sous les ordres du captain John Campbell.

Jervis passe son brevet de lieutenant le et est affecté sixième lieutenant du , vaisseau de premier rang de 100 canons. En mars, il passe troisième lieutenant du , 60 canons. Le Nottingham fait partie de la flotte conduite par Edward Boscawen destinée à empêcher les renforts envoyés par les Français d'atteindre la Nouvelle-France. Le , Jervis passe sur le , 74 canons et le il est promu quatrième lieutenant du , 90 canons sous les ordres du captain Charles Saunders dans la Méditerranée. Quand ce capitaine est promu amiral, Jervis le suit sur le , 74 canons, en . En , Jervis est temporairement promu au commandement du . À son bord, il livre un combat indécis contre un corsaire français au large du Cabo de Gata. Lorsque le capitaine de lExperiment recouvre sa santé, Jervis lui rend son commandement et passe sur le Culloden. En , il suit Saunders sur le , 90 canons. Jervis rentre en Angleterre temporairement au commandement du , 80 canons, un vaisseau français capturé par la flotte d'Henry Osborn à la bataille de Carthagène. Il suit Saunders à nouveau lorsque cet amiral est promu au commandement de la station d'Amérique du Nord ; Jervis est promu Lieutenant de vaisseau du HMS Prince.

Québec et la promotion au grade de captain

left|thumb|A View of the taking of Quebec, le 13 septembre 1759, par le Captain Hervey Smith La flotte, menant une expédition destinée à capturer les possessions françaises en Amérique du Nord, quitte l'Angleterre en . Elle fait escale dans un premier temps à Louisbourg qui avait été pris aux Français l'année précédente. En juin, la glace bloquant l'estuaire du Saint-Laurent avait fondu et la flotte accompagnée de navires de transport de troupes remonte la rivière pour prendre d'assaut la ville de Québec. Le , Jervis est promu commandant par intérim du sloop . Par son commandement Jervis impressionne le général James Wolfe pendant les préparatifs précédant la bataille des Plaines d'Abraham. Le Porcupine la frégate conduisent les navires de transport de troupe devant Québec pour faire débarquer ces dernières. Un biographe, Jedediah Tucker, note que l'approche de la ville était si déterminante, qu'aussi bien Wolfe que James Cook, qui deviendra célèbre par la suite, embarquent à bord du Porcupine pour s'assurer du succès de la mission.

En récompense de ces efforts, Jervis est promu commander et se voit confier le . Jervis rentre en Angleterre en septembre mais il retourne immédiatement en Amérique du Nord au commandement de l'. En , Jervis est place sous les ordres de l'''Admiral Sir George Rodney au sein de l'escadre de la Manche.

En , il est promu post-captain et placé aux commandes du , 44 canonsThe Naval Chronicle Vol. 4, p.4. Le Gosport avait alors à son bord un jeune midshipman, George Elphinstone, futur vicomte Keith, qui succèdera à Jervis à la tête de la flotte de Méditerranée après le départ de ce dernier en 1799. En 1762, le HMS Gosport, le et le placés sous les ordres du captain Joshua Rowley, convoient les navires de lEast and West Indian trade vers l'Amérique, en parvenant à éviter l'escadre du Chevalier de Ternay.

À la fin de l'année 1763, le Gosport est désarmé et Jervis reste sans emploi jusqu'en , date à laquelle il est nommé sur le , 32 canonsThe Naval Chronicle Vol. 4, p.5, le premier vaisseau de guerre de la Royal Navy à être doté d'un blindage de la coque avec des plaques de cuivre.. Il reçoit l'ordre de livrer des lingots aux navires marchands britanniques stationnés à Gênes. À ce moment-là, à Gênes, deux esclaves Turcs s'étaient échappés des galères génoises et réfugiés à bord d'un navire accompagnant lAlarm. Ils sont arrêtés de force par les autorités de la ville ; Jervis proteste officiellement contre cet agissement et promet des représailles s'ils ne lui étaient pas restitués. Les esclaves sont rendus et Jervis les prend en charge.

Le , lAlarm est prise dans une tempête et menace de se briser sur des rochers à proximité de Marseille, mais grâce aux efforts de Jervis, de son équipage et des autorités locales françaises, en la personne du gouverneur de Marseille, Georges René Le Peley de Pléville, elle parvient à se tirer de cette situation délicate et peut être réparée. Jervis retournera personnellement à Marseille avec une lettre de remerciement du Board of the Admiralty destinée au gouverneurGrundner.

En 1771, l’Alarm retourne en Angleterre pour embarquer à son bord le duc de Gloucester et Édimbourg, le frère du roi George III afin de permettre à ce dernier d'hiverner en Italie. Le duc vit à bord du vaisseau avec son entourage jusqu'en date à laquelle l'''Alarm retourne en Angleterre pour y être désarmé.

Voyages en Europe et en Russie Entre et , Jervis voyage en Europe. Il commence en France où il étudie le français et fait des observations sur le mode de vie des habitants du pays. Il accompagne le captain Samuel Barrington en Russie et passe du temps à Saint-Pétersbourg, puis ils inspectent l'arsenal et les chantiers navals de Kronstadt et embarquent à bord du yacht dessiné par Sir Charles Knowles pour Catherine de Russie. Les deux hommes continuent leur périple en Suède, au Danemark et en Allemagne du nord. Pendant tout ce temps, Jervis prend des notes sur les défenses, cartographie les ports et les lieux possibles de mouillage. Enfin, ils rentrent au pays via les Provinces-Unies. Jervis une fois de plus réalise une étude approfondie de la zone prenant de nombreuses notes sur toute information qu'il juge alors digne d'intérêt. Barrington et lui empruntent un navire privé pour traverser la Manche s'arrêtant à Brest, améliorant les cartes qu'il avait déjà tracées de cette ville. Lorsque Jervis deviendra par la suite commandant en chef de la Channel Fleet et ses cartes lui seront d'une aide précieuse pour maintenir le blocus sur Brest. De nombreuses années plus tard, il dira lui-même : « Si le jeune capitaine Jervis n'avait pas effectué une telle étude complète de ce port, alors le comte Saint-Vincent n'aurait pas été en mesure d'effectuer un blocus aussi complet de celui-ciEn .. »

Guerre d'indépendance des États-Unis Première bataille d'Ouessant