Les Tchèques, petite nation d'Europe centrale à moitié enclavée entre les pays de langue allemande, se constituent en État, le royaume de Bohême, dès le haut Moyen-Âge. Les relations entre les deux nations sont intenses et la Bohême est une des principales composantes du Saint Empire mais la nation tchèque est menacée d'absorbtion et de germanisation dans la monarchie de Habsbourg, une forte communauté germanophone vivant dans les Sudètes et autres régions du pays. Les Tchèques recouvrent leur indépendance en 1918 dans la première République tchécoslovaque mais les revendications des Allemands des Sudètes permettent à Hitler d'annexer la Tchéquie au Troisième Reich. De nouveau indépendante à partir de 1945 comme composante de la République socialiste tchécoslovaque, la Tchéquie entretient des relations contrastées avec l'Allemagne de l'Est, membre comme elle du pacte de Varsovie sous tutelle soviétique, et l'Allemagne de l'Ouest, plus peuplée et plus riche, séparée de la Tchécoslovaquie par le rideau de fer et qui rejoint l'alliance atlantique puis l'Union européenne. Avec la chute des régimes communistes, la réunification allemande et la séparation de la Slovaquie et de la Tchéquie, l'Allemagne devient le principal investisseur et partenaire commercial de la Tchéquie et son allié privilégié dans l'Union européenne même si l'inégalité économique entre les deux pays et le contentieux imparfaitement résolu des Sudètes entretiennent une certaine méfiance entre eux.

Géographie thumb|gauche|Transport fluvial sur l'Elbe à Děčín (Tetschen) près de la frontière allemande en avril 2007. La frontière entre l'Allemagne et la Tchéquie est traversée par l'Elbe, un des principaux fleuves d'Europe centrale, qui naît en territoire tchèque avec son principal affluent, la Vltava (Moldau), passe une vallée encaissée entre les monts des Géants et les monts Métallifères qui tracent la limite entre les deux États et se jette dans la mer du Nord en Allemagne, à Hambourg. C'est une voie fluviale accessible aux péniches de tonnes jusqu'à Prague, interrompue seulement un mois par an par le gel et qui a joué un rôle important dans l'histoire et l'économie de la région : coupée pendant la guerre froide, elle est de nouveau ouverte depuis la réunification allemandePierre RIQUET, « Elbe », Encyclopedia Universalis . L'Oder et son affluent la Neisse naissent aussi en territoire tchèque dans les Sudètes. L'Oder, elle aussi accessible aux péniches de tonnes hors période de gel, arrose la ville tchèque d'Ostrava, important centre industriel. Jusqu'en 1945, l'Oder et la Neisse coulaient principalement en territoire allemand ; depuis cette date, elles marquent la frontière entre l'Allemagne et la Pologne. L'Oder se jette dans la mer Baltique à Szczecin, ancien port allemand devenu polonaisPierre RIQUET, « Oder », Encyclopedia Universalis .

Histoire Bohême et Germanie au Moyen Âge thumb|Apogée du royaume de Bohême sous entre 1355 et 1378. Historiquement, les pays tchèques correspondent à l'ancien royaume de Bohême qui regroupait la Bohême proprement dite (en tchèque : Čech), la Moravie (Morava) et une partie de la Silésie. À partir du , ce territoire est peuplé par les Slaves païens qui entrent en contact avec le royaume des Francs, prédécesseur de la France et de l'Allemagne actuels. Aux , les Slaves de Bohême paient tribut à l'empire carolingien sans pour autant constituer une marche. Leur christianisation est opérée par des missionnaires germains venus de Salzbourg et Passau. De 845 aux années 870, Louis le Germanique, souverain carolingien de la Francia Orientalis (futur royaume de Germanie) tente de soumettre la Bohême et la Moravie en se servant de l'influence du clergé germanique : Ratislav, roi de la Grande Moravie qui regroupe les Tchèques et les Slovaques, assure son indépendance religieuse en faisant appel au pape qui lui envoie les apôtres slaves Cyrille et Méthode. Au , le royaume franc oriental se morcelle en plusieurs principautés : Bavière, Saxe, Souabe et d'autres : l'affaiblissement de l'État franc permet à la Bohême des Přemyslides de s'agrandir à la Moravie et à la Silésie. En 973, Boleslav II obtient la création de l'évêché de Prague, détaché de celui de Ratisbonne.

La frontière de la Bohême et de la Germanie, qui est à peu près aujourd'hui celle de l'Allemagne et de la Tchéquie, est une des plus anciennes et des plus stables d'Europe. La migration de peuplement allemand commence au à l'appel des rois de Bohême, désireux de mettre en valeur leur territoire. La coexistence des deux peuples sur une grande partie du territoire de la Bohême constituera un facteur d'enrichissement mutuel mais aussi de tensions récurrentes. Les établissements allemands sont sous le régime du droit de Magdebourg qui leur assure une certaine autonomie tout en procurant au seigneur un revenu plus régulier. Les défrichements effectués par des paysans tchèques peuvent aussi bénéficier de ce droit. L'économie du Saint Empire profite du développement en Bohême de l'industrie minière, en particulier dans les mines d'argent de Kutná Hora qui frappent le gros de Prague, principale émission de métal précieux en Europe. La bourgeoisie urbaine est en grande partie de langue allemande mais, à partir du début du , la littérature tchèque commence à s'affirmer.

Le règne de , de la maison de Luxembourg, devenu en 1346 roi de Bohême et roi des Romains puis, en 1355, empereur du Saint-Empire, marque l'apogée de la Bohême médiévale. Il réconcilie l'Empire avec la papauté, mettant fin à la lutte du sacerdoce et de l'Empire, et obtient du pape Clément VI l'érection de Prague en archevêché, échappant à la tutelle de celui de Mayence. La Bulle d'or de 1356 consacre la place du roi de Bohême comme le premier des 7 princes électeurs (quatre laïcs et trois ecclésiastiques) appelés à élire l'empereur. Charles fonde en 1348 l'université de Prague, la plus ancienne d'Europe centrale et une des plus importantes d'Europe avec celles de Paris et d'Oxford. Les élèves sont répartis en quatre nations : tchèque, polonaise (en fait, surtout des Allemands de Silésie), bavaroise et saxonne. Guerres hussites thumb|Bataille des guerres hussites, codex d'Iena, . Le prestige de la maison de Luxembourg décline sous . Les princes électeurs allemands lui retirent la couronne pour la donner à Robert du Palatinat tandis que l'exécution de Jean de Pomuk le rend impopulaire en Bohême. Le schisme pontifical crée une crise entre la royauté et l'Église. Le haut clergé, souvent d'origine allemande, apparaît de plus en plus comme riche et corrompu.

C'est alors que Jean Hus, fils de paysans tchèques devenu professeur à l'université de Prague, donne une voix aux revendications religieuses et sociales. Il prêche en langue tchèque pour s'adresser au peuple, à la noblesse laïque et aux étudiants tchèques, vite gagnés aux idées de réforme. En 1409, le roi Venceslas, pour affaiblir l'obstruction du haut clergé et des universitaires allemands, réforme le conseil universitaire où les Tchèques ont désormais trois voix contre une aux Allemands : plusieurs de ces derniers choisissent l'exil. Le pape excommunie Jean Hus qui est désavoué par Venceslas et doit quitter Prague en 1410. Hus continue ses pamphlets contre la simonie et la corruption de l'Église. Il part défendre ses thèses devant le concile de Constance avec un sauf-conduit de Sigismond, roi de Hongrie et frère de Venceslas, mais il est condamné pour hérésie et brûlé vif.

C'est le point de départ des guerres hussites. Les Tchèques se divisent entre fideles Bohemi, qui forment un parti armé se réclamant de la « nation tchèque » et de la mémoire de Jean Hus, et catholiques, souvent aussi des Tchèques. Le pape envoie des bulles de croisade à Sigismond, devenu empereur : celui-ci incapable de venir à bout des hussites, fait appel à ses vassaux allemands, notamment les Brandebourgeois et les Saxons, puis au roi de Hongrie Matthias Corvin. L'armée hussite, d'origine populaire et encadrée par des chefs de la petite noblesse, fait appel aux nouvelles tactiques de l'infanterie, de l'artillerie, des chariots de combat et des armes à feu portatives : le mot « pistolet » (pištala) est d'ailleurs d'origine tchèque. Elle remporte une série de victoires sur la chevalerie allemande. L'empereur finit par accepter un compromis qui laisse aux Tchèques leur liberté de religion (utraquisme).

Union avec la monarchie de Habsbourg vignette|redresse| sous l'aspect du dieu Vertumne, toile de Giuseppe Arcimboldo, 1591. vignette|redresse|Frédéric de Palatinat, le « roi de l’hiver », dessin de Cornelis Ploos van Amstel d'après Hendrick Avercamp, 1766. De 1471 à 1526, la dynastie Jagellon unit temporairement les couronnes de Hongrie et de Bohême mais n'exerce que peu de pouvoir dans les pays tchèques, gouvernés par leur propre noblesse. Elle est balayée par l'expansion de l'Empire ottoman : en 1526, le roi Louis II Jagellon et sa chevalerie périssent à la bataille de Mohács. La noblesse tchèque et hongroise, non sans réticences, élit pour roi Ferdinand d'Autriche, frère de l'empereur Charles Quint. Le sort des pays tchèques est désormais lié à celui de la branche viennoise de la monarchie de Habsbourg qui, après la mort de Charles Quint, cumule les couronnes électives du Saint Empire, de la Bohême et de la Hongrie royale. La Bohême contribue en hommes et en ressources aux guerres austro-turques et Ferdinand, pour ménager à la fois les Tchèques utraquistes et les partisans de la réforme luthérienne en Allemagne, accepte la coexistence des confessions par la paix d'Augsbourg de 1555. Son successeur Maximilien II la complète par la Confessio Bohemica qui instaure en Bohême une liberté religieuse très exceptionnelle en Europe. Les Juifs, malgré des lois discriminatoires, trouvent aussi en Bohême un foyer économique et culturel important.

Prague, résidence impériale sous Rodolphe II de 1583 à 1612, est une grande ville cosmopolite et un foyer de l'art baroque. Les registres communaux emploient de plus en plus l'allemand, et parfois l'italien, à côté du tchèque. , frère et successeur de Rodolphe, ramène la capitale à Vienne et s'efforce d'imposer le pouvoir impérial à la noblesse tchèque : celle-ci rejette les envoyés impériaux lors de la défenestration de Prague en 1618 et, à la mort de Matthias, élit comme roi de Bohême le protestant Frédéric, prince-électeur du Palatinat. , frère de Mathias, est élu empereur en s'appuyant à la fois sur les princes catholiques allemands, la fraction catholique de la noblesse tchèque et la monarchie espagnole : c'est le point de départ de la guerre de Trente Ans.

Des Ténèbres aux Lumières thumb|redresse|La ville d'Olomouc en Moravie assiégée en 1758 pendant la guerre des Habsbourg contre de Prusse, carte de 1757.