Le massacre de Tantoura a eu lieu dans la nuit du 22 au , pendant la guerre israélo-arabe de 1948, lorsque la brigade israélienne Alexandroni, alors composante de la Haganah, massacre des villageois arabes palestiniens d'al-Tantoura . Le massacre a lieu après la capitulation de ce village d'environ , selon l'état statistique des villages effectué en 1945 ; et situé près de Haïfa. Les corps des victimes, d’abord exposés quelques jours, ont finalement été enterrés dans des fosses communes, dont une sur laquelle a été construit un parking pour accéder à la plage de Tel Dor voisine.
Un article de presse basée sur une thèse de 1998 réalisée par Theodore Katz, diplômé de l'université de Haïfa, qui s’est basé en partie sur des témoignages de survivants, a soulevé un tollé, les témoignages oraux des Palestiniens survivants sont accueillis avec scepticisme par la majeure partie des Israéliens. Teddy Katz a dû signer une rétractation. En 2022, le documentaire Tantura sort sur les écrans : plusieurs anciens membres de la brigade Alexandroni y ont déclaré soit avoir été témoins d'un massacre à Tantoura après la reddition du village, soit y avoir participé. Les estimations du nombre de victimes varient entre 40 et 250.. En 2023, l’ONG de recherches médico-légales Forensic Architecture de l'université de Londres a publié son enquête sur ce village et a conclu qu'il y avait trois sites de sépulture potentiels liés à ce massacre, dont le parking près de la plage de Tel Dor.
Après le massacre, les femmes et les enfants ont été transportés à Furaydis. Les hommes survivants ont été placés dans des camps de prisonniers puis ont quitté Israël grâce à des échanges de prisonniers suivis par leurs familles.
Contexte entourant les événements vignette|Le village d'Al-Tantara pendant le mandat britannique.|gauche Al-Tantoura était un village de pêcheurs et agriculteurs palestiniens prospère situé dans le territoire attribué au futur État juif, prévu dans le plan des Nations unies de partage de la Palestine de 1947.. Le village comptait à habitants qui entretenaient de bons rapports avec les colonies juives des environs. .
Le , la première opération planifiée d’expulsion d’un village arabe débute à 20 km au sud de Tantoura, à Qisarya. Les hommes du Palmach, commandés par Yitzhak Rabin, expulsent les habitants qui n’ont pas voulu fuir ; quand une vingtaine d’entre eux décident de rester, les Juifs détruisent le village« Qisayra », Interactive encyclopédie of the Palestine Question, consulté le 27 janvier 2024.. Fin avril, la Haganah s’empare d’Haïfa (à 35 km au nord de Tantoura) au cours de , provoquant la fuite de milliers d’Arabes.
Dans le cadre du plan Daleth, prêt en , l'état-major de la Haganah, principale force armée juive, assigne à une des unités, la brigade Alexandroni, « l'occupation et la destruction » de dizaines de villages entre Jaffa et Haïfa (souvent quatre par jour)Illan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : La Fabrique, 2024. , 177..
L'ordre « d'occupation d'al-Tantoura et d'al-Furaydis » arrive le . Parmi les quatre bataillons de la brigade, le est assigné à Tantoura.
Les jours précédant le massacre de Tantoura, la brigade Alexandroni avait combattu à Kfar Saba ; les quelques blessés laissés dans un verger sont retrouvés assassinés au retour de la brigade.
Historiographie Le premier récit du massacre date de 1951, Min Athar al-Nakba, écrit par Muhammad Nimr al-Khatib et paru en Syrie. Il contient un témoignage de Marwan Al-Yahya relatant qu’il a ramassé les cadavres des massacrés avec de jeunes hommes qui ont ensuite été exécutés. Il contient un graphique du massacre.. À partir des témoignages des villageois de Tantoura, l'historien Walid Khalidi estime (ou suggère, selon les lectures faites) que plusieurs dizaines de jeunes hommes de Tantoura ont été abattus et enterrés dans une fosse commune. Il publie ces résultats dans le cadre d'une correspondance dans The Spectator avec Erskine Barton Childers et Jon Kimche (publié du au et republié en 1988 dans le Journal of Palestine Studies). En 1996, Abu Sitta considère le massacre de Tantoura comme un des 40 massacres de Palestiniens qui n’ont pas fait l’objet de recherches suffisantes. En 1998, Yahya al-Yahya publie al-Tantura: Qarya Dammaraha al-Ihtilal al-Sahyuni () à partir d’autres témoignages collectés au camp de Yarmouk : il donne une liste nominative de 55 morts et 8 blessés. Deux autres articles de la presse palestinienne des années 1990 évoquent le massacre de Tantoura. Malgré cette relative abondance de textes sur ces évènements, les principales sources palestiniennes sur la Nakba, All That Remains de Walid Khalidi et la Palestinian Encyclopedia, n’en parlent pas. La connaissance du massacre reste confinée aux cercles des survivants.
Ces témoignages, bien que décrits comme « inévitablement fragmentés » et provenant d'individus pris dans des événements traumatiques, ont été complétés par d'autres témoignages dans la thèse de 1998 intitulée L’Exode des Arabes des villages du pied du versant sud du Mont Carmel en 1948, présentée par Theodore Katz, étudiant à l'université de Haïfa. Il travaille à partir de plus de 135 témoignages, répartis entre Palestiniens et Israéliens. Il estime le bilan à 20 villageois morts pendant les combats et 200 massacrés. L’affaire Katz remobilise la collecte de témoignages, notamment par Zochrot, créée en 2002, Palestine Remembered, créée en 2003, Palestinian Oral Archive qui collecte des témoignages dans les camps du Liban et est soutenue par des universitaires et hébergée par les bibliothèques de l’université américaine de Beyrouth et d’autres projets comme Race against Time ou Khazaaen qui publie des papiers de famille, ou encore Palestinian Museum Digital Archive.
La recherche sur l'événement a ensuite été approfondie grâce à d'autres témoignages recueillis par Mustafa al-Wali lors de dizaines d'entretiens qui ont été publiés dans le numéro estival de l'année 2000 de Majallat al-Dirasat al-Filastiniyya, publication trimestrielle de la Revue des études palestiniennes et par la découverte de nouvelles archives.
En 2023, à la demande de l'ONG palestinienne Adalah, l'unité de recherche Forensic Architecture Goldsmiths (université de Londres) entreprend une enquête complète des sources historiques, des données cartographiques et photographiques aériennes, ainsi que des témoignages oraux. Elle produit un modèle en 3D indiquant l'existence de trois sites de sépulture sous la station balnéaire de la plage.
Les événements vignette|Les zones juives de Palestine et al-Tantoura en mai 1948. vignette| 1948, expulsion des femmes et des enfants de Tantoura vers Furaydis. vignette|Femmes et enfants arabes rassemblés par l'armée israélienne sur une route principale près du cimetière du village, le (au fond, restes de l’usine de bouteilles Rothschild). Au début des années 2000, Ilan Pappé recensait, parmi les multiples récits des événements ayant eu lieu à Tantoura le , 5 versions différentes (celle de l’armée, celle de Benny Morris, celle de Walid Khalidi, celle de Katz et la sienne propre).
Le plan Daleth élaboré par la Haganah, la force de défense des Juifs en Palestine, prévoit de s’emparer de force de la zone attribuée aux juifs dans le plan de partage de la Palestine de 1947. À l’intérieur de ce territoire, le plan prévoit de les zones peuplées d’Arabes. Tantoura figure dans la liste de 64 villages dont la brigade Alexandroni est chargée : elle doit judaïser la côte de Haïfa à Tel Aviv. Elle rencontre peu de résistance même si quelques villages sont défendus par l’armée de libération arabe. Ceux-ci sont immédiatement rasés. Le , jour de la déclaration d'indépendance d'Israël, elle avait déjà vidé 58 villages. En prévoyant de préserver deux villages arabes qui fournissaient de la main-d’œuvre pas chère aux kibboutz juifs du secteur, la brigade ne devait déjà plus s’occuper que de quatre villages. Les soldats de la brigade vivaient à Furaydis ou Jisr al-Zarqa, c’est-à-dire à proximité de Tantoura. Selon la version des militaires israéliens, les chutes de Qisarya en février et d’Haïfa en avril avaient fortement inquiété dans le village, qui restait un des derniers villages arabes du secteur. Des Arabes des villages voisins s’étaient réfugiés à Tantoura et une cinquantaine d’hommes de l’armée de libération arabe étaient arrivés pour défendre le village. Les habitants avaient fermement discuté des options à prendre, entre la lutte ou la reddition. Les notables étaient en faveur de la reddition ; finalement, le village décide de devenir une des bases de la résistance.
Un élément sur lesquels tous les auteurs s’accordent est que le , deux ou trois notables du village ont reçu une offre de reddition de la part des militaires juifs ; ils l’ont refusé, craignant d’après les exemples des villages arabes voisins qu’elle ne mène à l’expulsion des habitants du village.
Quand la brigade Alexandroni arrive à Tantoura le , elle recrute quelques guides au kibboutz voisin de Zichorn Yaacov. Ses commandants envisagent d’abord d’envoyer des camions munis de haut-parleurs dans le village pour demander la reddition des habitants, mais ce projet est abandonné. Dans la nuit du 22 au , Tantoura est attaquée par le bataillon de la brigade Alexandroni« The Tantura "Massacre" » archive, publié le 9 février 2004 dans le Jerusalem Report, consultable sur le répertoire de l'université de Beer-Sheva consacré à l'affaire.. Alors que la tactique suivie habituellement consiste à attaquer les villages arabes sur trois côtés, en en laissant un ouvert pour permettre la fuite, généralement vers l’Est, la brigade attaque de tous les côtés à Tantoura. Le village est complètement encerclé, y compris par la mer, apparemment à cause d’une mauvaise coordination. Pendant les combats, plusieurs soldats israéliens sont tués, ce qui est la première fois pour la brigade. Parmi les morts, plusieurs témoignages des soldats juifs mentionnent un soldat particulièrement populaire. Les habitants font acte de reddition en présentant le drapeau blanc. De très nombreux prisonniers sont faits. Après cette reddition, les soldats israéliens auraient encore essuyé des tirs d’un ou deux tireurs embusqués, qui ont touché entre 1 et 8 Juifs.
Dans une première partie du massacre, qu'Ilan Pappé appelle le , les soldats israéliens se déchaînent dans les rues du village, tuant sans distinction tous ceux qu’ils croisent dans les rues. Une centaine d’Arabes auraient été tués dans cette phase.
Après cette phase de carnage, la deuxième phase du massacre est organisée par les officiers du renseignement et les soldats des unités logistiques, qui pour la plupart habitent dans les environs (Atlit, Binyamina, Maayan Zvi et Zichron Yaacov). Les hommes (c'est-à-dire, selon l'armée israélienne, les hommes en âge de porter les armes, soit de dix à cinquante ansI. Pappé, 2024, 178.) sont séparés des femmes, des enfants et des vieillards. Les femmes sont dépouillées de leurs bijoux.
L'officier du renseignement, Shimshon Mashvitz, suit la procédure prévue au plan Daleth : accompagné d'un collaborateur cagoulé, il sélectionne les hommes dont les noms figurent dans le dossier Village de Tantoura préparé par le SHA'Y (service de renseignement militaire du Yishouv) : hommes ayant participé à la grande révolte arabe, ayant combattu les sionistes, proches du mufti. Tous sont exécutés. D'autres hommes sont interrogés à propos d'un stock d'armes que l'armée israélienne croyait caché au village ; comme il n'existait pas, ces hommes-là aussi furent abattus. Les exécutions sommaires commencent quand tel ou tel soldat rapporte qu’un membre de sa famille est mort au combat : à chaque fois que cela se produit, un groupe de 7 à 10 Palestiniens est séparé du groupe, mené près du cimetière et exécuté.
Muhammad Abu Hana, qui était un enfant au moment des événements à Tantoura et qui vit en 2001 en Syrie dans le camp de Yarmouk, raconte : .