thumb|Ségurant et le dragon décapité, illustration d'un Armorial de la Table ronde de la fin du (Bibliothèque de l'Arsenal, ms. 4976, folio 5v).
Ségurant, le Chevalier au Dragon est un récit médiéval français en prose, contenu dans le manuscrit 5229 de la bibliothèque de l'Arsenal, qui pourrait préserver en partie un roman arthurien perdu de la fin du , mais aussi l'« ensemble narratif ». des continuations et variantes qui en découlent. Longtemps négligé, ce texte a été mis en valeur au par un archiviste paléographe, Emanuele Arioli, qui l'a édité et en partie traduit. Les hypothèses de datation font l’objet de débats au sein de la communauté scientifique, s'étalant du au selon les divers critiques.
Les aventures de Ségurant
Arsenal 5229 (« version cardinale ») Dans le manuscrit de l'Arsenal 5229, Ségurant le Brun, fils d’Hector le Jeune, est né sur l’Île Non Sachant, île sauvage sur laquelle son grand-père, Galehaut le Brun, et le frère de celui-ci, Hector le Brun, avaient fait naufrage, alors qu’ils fuyaient Vertiger, l'usurpateur du trône de Logres. vignette|Miniature figurant Morgane répandant ses enchantements sur le Val sans Retour, extrait du Lancelot en prose, vers 1494, Bibliothèque Mazarine. Le jeune Ségurant prouve d'abord sa valeur dans une chasse aux lions, puis après avoir été adoubé par son grand-père, quitte son île natale pour défier son oncle Galehaut sur lequel il l'emporte dans une joute. Sa renommée parvient à la cour du roi Arthur qui organise un tournoi en son honneur à Winchester où l'ensemble des chevaliers de la Table Ronde peuvent admirer ses exploits. Mais la fée Morgane, redoutant que le chevalier l'empêche de s'emparer du trône de Logres, fait apparaître au cours du tournoi un dragon — qui n'est autre que le diable lui-même — que le héros, abandonnant le tournoi, est contraint de pourchasser.. Le tournoi est suspendu et les spectateurs attendent le retour du héros qui, après avoir traversé un mur de feu, s'est lancé dans une poursuite qui le conduit vers d’autres aventures qui font l'objet de différentes versions, dont l'une des plus tardives scelle l’histoire en imaginant la mort du dragon.
Par la suite, tout le monde attend le retour du héros jusqu'à ce qu'une envoyée de Morgane persuade Arthur que Ségurant n'était qu'un mirage dû à Morgane et à l’enchanteresse Sibylle ; quand la cour d'Arthur apprend que deux cents chevaliers de l'Île Non Sachant se mettent en quête du héros, une nouvelle envoyée de Morgane persuade les chevaliers de la Table Ronde que ce sont des magiciens et les dissuade ainsi de rejoindre cette quête. Ségurant est alors ramené au rang des êtres de légende et relégué dans le monde de l’illusion.
Même si on y retrouve l'univers de la légende du roi Arthur, le personnage diffère des autres héros arthuriens, par l'absence de la quête du Graal et son désintérêt pour les règles de l’amour courtois, ce qui fait de lui un héros profane et atypique.. Le roman se distingue également par une dimension comique qui annonce l'évolution ultérieure du genre vers la parodie dont l'aboutissement est Don Quichotte.
Dans les Prophéties de Merlin En dehors de ce manuscrit unique, Ségurant apparaît aussi dans les autres versions des Prophéties de Merlin.
Prophéties sur Ségurant Une dizaine de prophéties, qu'on trouve dans la trame partagée par les diverses versions des Prophéties de Merlin, font allusion au destin de Ségurant, qu'il sera enchanté au tournoi de Winchester, mais aussi qu'il deviendra roi dans le royaume oriental d'Abiron, par exemple. En plus des prophéties déjà éditées par Paton, dont il reprend le texte édité, Arioli édite trois prophéties de plus qui ne se trouvent que dans le manuscrit de Chantilly, l'édition Vérard de 1498 et l'Historia de Merlino italienne. Il appelle cet ensemble la « version complémentaire prophétique ».
Aventures de la version longue des Prophéties de Merlin Dans son édition de 1991, Anne Berthelot remarque que dans le manuscrit Bodmer 116, le plus complet en ce qui concerne la version longue des Prophéties de Merlin, quand l'histoire fait intervenir Ségurant le Brun c'est « sur un ton qui laisse entendre qu'on en a déjà beaucoup parlé, ce qui n'est pas le cas ». Sans que ce récit ne nous explique ce qui semble correspondre à la version de l'Arsenal, il débarque effectivement enchanté et à la poursuite d'un dragon, se rend à la Cité Fort où une reine essaie de l'empoisonner et, en y remportant un tournoi, permet à la princesse d'épouser le prétendant de son choix. Poursuivant toujours le dragon, il libère des prisonniers auprès d'un ermite, qui remarque qu'il est enchanté. Croisant la route de la Dame du Lac et de Golistan, qui cherche à se faire adouber, dans une auberge, il affronte l'aventure d'une tour gardée par des chevaliers de cuivre, animés par les machineries d'un clerc. Ségurant le voyant à travers une ouverture, il le tue d'une flèche et libère la demoiselle qu'il retenait, mais la défend des parents du clerc qui viennent assaillir la tour par la suite. Par la suite, Golistan attend Ségurant au pavillon de Winchester, il en vient à défendre des paysans contre des hommes qui voulaient s'emparer d'une demoiselle. Il retrouve Ségurant en prenant son repas chez le paysan, le reconnaissant, comme dans l'autre auberge, à son appétit démesuré. Il lui demande de l'adouber, mais après quelques jours, le dragon reparaît et Ségurant se lance à nouveau à sa suite. Golistan retourne donc attendre au pavillon, où il trouve des chevaliers de l'Île Non Sachant. Arioli donne à ces aventures qui semblent continuer l'histoire de la « version cardinale », le nom de « version complémentaire romanesque ».
« Épisodes complémentaires » Arioli désigne sous cette appellation deux épisodes liés qui semblent faire allusion à la « matière de Ségurant ». Dans la Queste 12599 La version unique de la quête du Graal contenue dans le manuscrit français 12599 de la BnF contient un épisode isolé impliquant Ségurant, qui fait allusion à divers éléments de son histoire, notamment qu'il aurait été désenchanté quand Galaad s'est assis sur le Siège Périlleux au début de la Quête du Graal. Il se trouve avec Golistan qui lui demande d'être adoubé pour pouvoir se venger de Tristan, qui a tué son père, le Morholt, mais Ségurant temporise. Ils voient passer un chevalier traîné, attaché sur un âne et sanguinolent, après avoir été battu avec des courroies par des paysans. Ségurant et Golistan leur règlent violemment leur compte, en tuant trois, et le quatrième se rend. Il révèle à Golistan qu'il s'agit de Dinadan, qui a été pris en flagrant délit en train de violer sa fille, ils l'amenaient chez un seigneur pour qu'il soit jugé. Golistan le renvoie et lui dit qu'en cas de problème avec un chevalier qu'il demande plutôt de l'aide à un autre chevalier. Pour se rétablir, Dinadan séjourne avec eux dans le pavillon de Ségurant, qui ne le reconnaît pas jusqu'à ce que celui-ci se mette à se moquer de son appétit, affirmant qu'il ne trouverait pas de quoi l'assouvir même sur l'île blanche. Damien de Carné remarque que c'est le nom de l'île où Joseph d'Arimathie accoste avec le Graal dans la Première continuation du Conte du Graal, et où sa communauté, en manque de nourriture est nourrie par le Graal. Nathalie Koble remarquait déjà en 2009 l'ironie qu'il y avait à imaginer Ségurant, à l'appétit insatiable, être rassasié par le Graal, le vase sacré qui a le pouvoir de faire apparaître la nourriture de son choix devant chacun.
Ils rencontrent ensuite un groupe de chevaliers où se trouvent Galaad, Lancelot, Tristan et Palamèdes. Golistan demande à nouveau à être adoubé pour pouvoir tuer Tristan, mais Ségurant l'ignore et désarçonne Palamèdes, puis Tristan et enfin Lancelot, mais il se refuse à attaquer Galaad. Lancelot veut lui courir après, mais Dinadan lui intime de n'en rien faire car la Dame du Lac lui avait ordonné de ne pas se battre contre Ségurant (ce qui correspond au manuscrit de l'Arsenal), il reconnaît alors qu'il s'agit du vainqueur du tournoi de Winchester. L'épisode se conclut quand Ségurant et Golistan embarquent un navire à Winchester pour retourner à l'Île Non Sachant, où un appel à la croisade du Pape a été inscrit sur le mur de l'église.
L'épisode a été édité par Lagomarsini en 2014, Arioli en 2019 et l'intégralité de la Queste 12599 par Damien de Carné en 2021.
Compilation(s) attribuées à Rusticien Dans la première compilation arthurienne attribuée à Rusticien, une courte mention invoquant Branor le Brun précise qu'il est « oncles de mesire Siguranz le Brun, li Chevalier au Dragon, et cousin de mesire Ector le Brun ». Ségurant étant déjà mentionné avec son titre de chevalier au dragon, il semble que Rusticien ait connu le personnage, mais il ne s'étend pas plus sur son histoire.
Rusticien II, la compilation éditée par Lagomarsini en 2014 sous le titre Les Aventures des Bruns et qu'il attribue à Rusticien de Pise, fait intervenir Ségurant : le texte rappelle sa victoire au tournoi de Winchester sur la quintaine, et qu'il se serait mis en quête du dragon, non suite à un enchantement comme dans le manuscrit de l'Arsenal mais suite au « commandement » d'une demoiselle ; on y trouve également les épisodes 8 et 10 de la « version cardinale » où il va affronter son oncle Galehaut et, avant cela, une version alternative de l'épisode de la Queste 12599, avec quelques différences : le texte semble moins violent, Dinadan est saisi sur le point de violer la demoiselle, et non en flagrant délit ; il est transporté sur un roussin, non un âne, il est beaucoup moins sanguinolent et les paysans sont simplement assommés plutôt que tués. En outre, n'étant pas dans la quête du Graal, ils rencontrent Gauvain plutôt que Galaad. Plutôt que Golistan instruisant les paysans de s'en remettre aux chevaliers, Ségurant rit et affirme que Dinadan n'aurait jamais commis un tel crime.
Damien de Carné remarque que Dinadan accompagne ici Ségurant et séjourne avec lui chez les paysans, ce qui correspond davantage à son rôle de compagnon d'aventure, plutôt que d'être amené à Winchester où Ségurant et Golistan se trouvent par hasard.
« Versions alternatives » Des compilations plus tardives reprirent les deux épisodes de Rusticien II où Ségurant va se mesurer à son oncle Galehaut, les inscrivant dans des récits plus longs qui réécrivent l'histoire de Ségurant à partir des allusions contenues dans les extraits (poursuit un dragon, vainqueur du Pas Berthelais) ces récits deviennent relativement incompatibles avec la version cardinale, et entre elles, d'où leur qualification de « versions alternatives » par Arioli.
Version alternative du BnF 358 Ségurant va se mesurer à Bertoullars au château du Trépas et fait abolir la mauvaise coutume du lieu qui consistait en un combat à la hache. Remis de ses blessures, il rencontre un dragon en forêt et le poursuit jusqu'à la nuit tombée. Suit la séquence où il emporte la main contre son oncle Galehaut qui garde un pont. Un passage plus atypique suit, où il tombe amoureux de la très belle fille du duc de Normandie, alors qu'il n'est pas porté sur l'amour dans les versions précédentes. Enfin, il part combattre le chevalier gardant le pont du géant et prend sa place, y recevant la visite de son père, Hector le Brun (qu'il bat), et de son oncle, Branor le Brun, qui réussit, lui, à le renverser. Ils retournent ensuite au Val Brun pour rejoindre Galehaut, qui de son côté partira rejoindre Guiron pour d'autres aventures dans cette compilation. Cette version se trouve en entier uniquement dans la compilation du manuscrit français 358 de la BnF, exécutée pour Louis de Bruges aux alentours de 1470. Certains manuscrits plus anciens en préservent les épisodes de la fin, mais le début, où Ségurant pourchasse le dragon, se trouve uniquement dans le BnF 358.