Les religions non théistes (à ne pas confondre avec l'athéisme) sont des systèmes de croyances qui ne postulent pas l'existence d'un ou plusieurs dieux. Le non théisme joue un rôle important dans l'hindouisme, le bouddhisme et le jaïnisme.

Dans le bouddhisme vignette| Le Bouddha descendant du ciel Trāyastriṃśa. Manuscrit sur feuille de palmier provenant de Nalanda, dans l'état du Bihar, en Inde. vignette| Les dieux Śakra (à gauche) et Brahma (à droite).

Ce que signifie être un dieu Né dans le contexte hautement polythéiste de l'Inde du le Bouddha reconnait l'existence des dévas (traduits par « dieux »), mais affirme qu'ils sont, à l'instar des humains, piégés dans le cycle du samsara et que par conséquent ils ne sont pas nécessairement plus sages. En fait, le Bouddha est souvent décrit comme un enseignant des dieux et supérieur à eux en ce que sa méthode de libération pourrait être utile aux dieux eux-mêmes.

Dès l’époque du Bouddha, le déni de l’existence d’une divinité créatrice a été considéré comme un point clé permettant de distinguer les opinions bouddhistes des non-bouddhistesB. Alan Wallace, Contemplative Science. Columbia University Press, 2007, pages 97–98.. Le Bouddha a répondu à la question de l'existence d'une divinité créatrice indépendante dans le Brahmajālasutta. Il y affirme l'absence d'un Dieu créateur et considère que de telles notions sont liées à une vision éternaliste de l'univers qui est fausse. Comme les 61 vues erronées, cette croyance provoquerait de la souffrance lorsqu'on y est attaché et génèrerait du désir, de l'aversion, de la peur et une conception illusoire du monde. Les philosophes bouddhistes ultérieurs ont également largement critiqué l’idée d’une divinité créatrice éternelle et soucieuse de l’humanitéPrincipled Atheism in the Buddhist Scholastic Tradition.

Le refus des spéculations métaphysiques Un jour, lorsque le moine Malunkyaputta présenta au Bouddha un problème de métaphysique, ce dernier répondit par la parabole de la flèche empoisonnée :

Dans le christianisme droite|vignette|298x298px| Buste de Paul Tillich Bien que moins évident dans le christianisme, quelques théologiens chrétiens libéraux ont défini un « Dieu non théiste » comme « fondement de tout être » plutôt que comme un être divin personnel.

Beaucoup d'entre eux doivent une grande partie de leur théologie aux travaux du philosophe existentialiste chrétien Paul Tillich et notamment à l'expression de celui-ci « le fondement de tout être ». Tillich affirme par exemple : « Dieu n'existe pas. Il est lui-même au-delà de l'essence et de l'existence. Par conséquent, affirmer que Dieu existe, c'est le nierTillich, Paul. (1951) Systematic Theology, p.205.. » Cette citation résume la conception de Dieu de Tillich. Il ne considère pas Dieu comme un être qui existe dans le temps et dans l’espace, car cela contraindrait Dieu et le limiterait. Tous les êtres sont finis, et si Dieu est le créateur de tous les êtres, il ne peut logiquement pas être fini puisqu’un être fini ne peut être le substrat d’une variété infinie de choses finies. Ainsi, Dieu est considéré au-delà de l'être, au-delà de la finitude et de la limitation, il est la puissance ou l'essence de l'être lui-même.

Du point de vue non théiste, naturaliste et rationaliste, le concept de grâce divine s'assimile alors à celui de chanceKaufman, Arnold S. "Ability", The Journal of Philosophy, Vol. 60, No. 19.

Parmi les mouvements issus du christianisme libéral on trouve aussi l'universalisme unitarien dont certains groupes professent l'athéisme, l'agnosticisme, le panthéisme, le pandéisme voire le panenthéisme.

vignette|150x150px| Logo de la Société des Amis Non théistes, un mouvement quaker. Enfin, il existe chez les quakers un courant non théiste appelé Ami non théiste ou quaker athée dont les membres s'identifient aux valeurs de la communauté quaker, mais n'accepte pas la croyance en un Dieu ou Être suprême.

Dans l'hindouisme L'hindouisme se caractérise par des croyances et des pratiques extrêmement diversesCatherine Robinson, Interpretations of the Bhagavad-Gītā and Images of the Hindu Tradition: The Song of the Lord. Routledge Press, 1992, page 17.. Selon le philosophe britannique Robert Charles Zaehner, « il est parfaitement possible d'être un bon hindou, tout en ayant des opinions personnelles qui penchent vers le monisme, le monothéisme, le polythéisme ou même l'athéisme »Catherine Robinson, Interpretations of the Bhagavad-Gītā and Images of the Hindu Tradition: The Song of the Lord. Routledge Press, 1992, page 51.. Il poursuit en disant que c'est une religion qui ne dépend ni de l'existence ni de la non-existence de Dieu ou des dieuxR. C. Zaehner, (1966) Hinduism, P.1-2, Oxford University Press.. Plus largement, l'hindouisme peut être considéré comme ayant trois courants majeurs : un premier promouvant l'existence un Créateur personnel ou Être divin, un deuxième qui met l'accent sur un Absolu impersonnel (Advaïta védanta) et un troisième qui est pluraliste (polythéiste) et non absolu. Ces deux dernières traditions peuvent être considérées comme non théistesGriffiths, Paul J, (2005) Nontheistic Conceptions of the Divine Ch. 3. in The Oxford Handbook of Philosophy of Religion by William J Wainwright, p.59 . Oxford University Press ..

Bien que les Vedas s'occupent principalement de l'accomplissement des rituels, certains éléments peuvent être interprétés comme non théistes ou comme précurseurs de la tradition non théiste. Le texte hindou la plus ancien, le Rig Veda, mentionne qu'« il n'y a qu'un seul dieu, même si les sages peuvent lui donner différents noms » (1.164.46). Le philologue allemand Max Müller qualifie cette vision d'hénothéisme et elle peut être considérée comme indiquant une réalité divine unique, non duelle, avec peu d'insistance sur la personnalitéMasih, Y. A comparative study of religions, P.164, Motilal Banarsidass Publ., 2000 . Le célèbre Nasadiya Sukta, hymne du dixième et dernier chapitre du Rig Veda, observant la création, demande : « Les dieux sont venus après, en même temps que la création de cet univers. [...] Qui sait alors d'où ils sont nés ?O'Flaherty, Wendy Doniger, (1981)The Rig Veda: An Anthology of One Hundred Eight Hymns (Classic) Penguin Cette vision contient l'intuition qu'il doit y avoir un principe unique derrière tous les phénomènes : « Cet unique » (tad ekam) est autosuffisant et aucune distinction ne peut lui être appliquéeCollinson, Diané and Wilkinson, Robert Thirty-Five Oriental Philosophers, P. 39, Routledge, 1994 Mohanty, Jitendranath (2000), Classical Indian Philosophy: An Introductory Text, p:1 Rowman & Littlefield, .

C'est avec les Upanishads, dont on estime qu'elles ont été écrites au cours des premiers millénaires (contemporains des Brahmanas ritualistes), que l'insistance védique sur les rituels a été remis en question. Par ailleurs, se distinguant de la tradition upanishadique, des groupes d'ascètes errants appelés Vadins adhéraient à des croyances largement non théistes et rejetaient l'idée que la connaissance religieuse soit la propriété des brahmanes. Beaucoup d'entre eux étaient des shramanas, qui représentaient une tradition non védique enracinée dans l'histoire pré-aryenne de l'IndeJaroslav Krejčí, Anna Krejčová (1990) Before the European Challenge: The Great Civilizations of Asia and the Middle East, p:170, SUNY Press, . Les Upanishads se sont surtout préoccupés de développer la connaissance, en particulier de définir l'identité ultime de tous les phénomènesDoniger, Wendy, (1990) Merriam-Webster's Encyclopedia of World Religions, P. 441, Merriam-Webster, . C'est ainsi qu'ils développèrent la notion de Brahman, sorte d'entité supra-cosmique qui sous tend tout l'Univers. Plus tard, la philosophie indienne débattra pour déterminer si Brahman est un être personnel ou une puissance impersonnelleSmart, Ninian (1998) The World's Religions P.73-74, CUP . La définition de la nature impersonnelle de Brahman se base sur l'expression « ekam eva advitiyam » (Chandogya Upanishad 6.2.1) qui signifie qu'il est l'Unique sans second c'est-à-dire auquel aucun attribut substantiel ne peut être rattachéWainwright, William J. (2005) Ch.3 Nontheistic conceptions of the divine. The Oxford Handbook of Philosophy of Religion p.67 OUP, . De plus, les Upanishads Chandogya et Brihadaranyaka affirment que l'âtman individuel (l'âme) et le Brahman impersonnel ne font qu'unJones, Richard H. (2004) Mysticism and Morality: A New Look at Old Questions, P. 80, Lexington Books, . L'affirmation du Tat Tvam Asi : "Tu es Cela" qu'on trouve dans le Chandogya Upanishad, résume bien cette unitéBrown, Robert L, (1991) Ganesh: Studies of an Asian God, SUNY Press, .. Cette dernière Upanishad utilise fréquemment les termes négatifs Neti neti pour décrire le divin dont on nie tous les attributsSwami Gambhirananda, (1995), Bhagavadgita: with the Commentary of Sankaracharya, Ch. 13. Vs. 13, Advaita Ashrama, Calcutta . droite|vignette|270x270px| Statue de Patañjali à l'institut du Yoga Pantanjali Yog Peeth à Haridwar. Les écoles classiques de l'hindouisme Samkhya, Mimamsa, Vaisheshika et Nyaya n'acceptent pas du tout la notion d'un Dieu créateur omnipotentLarson, Gerald James, Ch. Indian Conceptions of Reality and Divinity found in A Companion to World Philosophies By Eliot Deutsch, Ronald Bontekoe, P. 352, Blackwell, Morgan, Kenneth W. and Sarma, D S, Eds. (1953) Ch. 5. P.207 Hindu Religious Thought by Satis Chandra Chatterjee, The Religion of the Hindus: Interpreted by Hindus, Ronald Press. . Bien que les écoles Sankhya et Mimamsa n'aient plus vraiment d'adeptes en Inde, elles ont toutes deux eut une influence dans le développement des écoles de philosophie ultérieuresFlood, Gavin D, An Introduction to Hinduism,(p.232) CUP, Larson, Gerald James,(1999) Classical Samkhya, Motilal Banarsidass Publishers, . Le Yoga de Patañjali est l’école qui doit probablement le plus à la pensée Samkhya. Cette école est dualiste, dans le sens où il existe une division entre « l'esprit » (sanskrit : purusha) et « la nature » (sanskrit : prakṛti)Feuerstein, Georg (1989), Yoga: The Technology of Ecstasy, Tarcher, . Elle considère le Samadhi ou « union concentrative » comme son but ultimeKing, Richard (1999) Indian Philosophy: An Introduction to Hindu and Buddhist Thought, p:191, Edinburgh University Press, et ne regarde pas l'existence de Dieu comme essentielle ou nécessaire pour y parvenirClements, Richard Pauranik, Being a Witness in Theory and Practice of Yoga by Knut A. Jacobsen.

La Bhagavad Gita contient des passages qui portent une lecture moniste et d'autres qui portent une lecture théisteYandell, Keith. E., On Interpreting the "Bhagavadgītā", Philosophy East and West 32, no 1 (January 1982).. Ceux qui y voient un message essentiellement non théiste suivent les enseignement du philosophe SankaraCatherine Robinson, Interpretations of the Bhagavad-Gītā and Images of the Hindu Tradition: The Song of the Lord. Routledge Press, 1992, page 45, 98, 115, 136.Catherine Robinson, Interpretations of the Bhagavad-Gītā and Images of the Hindu Tradition: The Song of the Lord. Routledge Press, 1992, pages 47, 51. et ceux qui font une lecture théiste suivent les enseignements du mystique RamanujaFlood, Gavin D, An Introduction to Hinduism, (pps 239-234) CUP, .

L'Advaïta Vedanta de Gaudapada et de Sankara rejette le théisme insistant sur le fait que Brahman est « Sans attributs, indivisible, subtil, inconcevable et sans défaut, Brahman est unique et sans second. Il n'y a rien d'autre que LuiRichards, John, Viveka-Chudamani of Shankara Vs 468.. » Cela signifie qu'il n'a pas les propriétés habituellement associées à Dieu telles que l'omniscience, la bonté parfaite, la toute-puissance, et qu'en outre il est identique à l'ensemble de la réalité, plutôt que d'en être un agent causal ou un dirigeant. Il est en quelque sorte le substrat de l'universWainright, William, (2006), Concepts of God, Stanford Encyclopedia of Religion.