Otello est un opéra en quatre actes de Giuseppe Verdi, sur un livret d'Arrigo Boito d'après Othello ou le Maure de Venise de William Shakespeare et créé au Teatro alla Scala de Milan, le .

Genèse Alors que Verdi avait décidé de mettre un terme à sa carrière de compositeur d'opéras après le triomphe d'Aïda en 1871, c'est l'éditeur de partitions milanais Giulio Ricordi, désespéré de perdre une aussi importante source de revenus, qui parvient à remotiver le compositeur par une série d'habiles propositions et de relances. Ricordi rappellera d’ailleurs le projet au bon souvenir de Verdi en lui envoyant, deux Noëls de suite, un gâteau avec un bonhomme en chocolat (allusion à Otello), au point que le projet d'opéra sera également surnommé "chocolat". Si Verdi s'est éloigné de l'opéra en 1871, sa retraite prend une forme spirituelle : il compose son Requiem en 1874. Ricordi, avec l'aide du chef-d'orchestre Franco Faccio, profite des suites d'un triomphe offert au Requiem à Milan le , pour subtilement orienter la conversation vers la pièce Othello de Shakespeare et un jeune librettiste en la personne d'Arrigo Boito. Verdi se laisse convaincre et finalement même enthousiasmer par le projet. Cependant, le public devra attendre 16 ans après Aïda pour applaudir le nouvel opéra du maître.

Création Le succès est triomphal dès la création. Verdi est rappelé à 20 reprises. L'opéra est bientôt produit à travers les théâtres en Europe comme outre-Atlantique : dès à New York, à Londres et 1894 à Paris (enrichi d'un petit ballet composé par Verdi pour correspondre aux goûts parisiens, comme il l'avait fait dans ses précédentes adaptations).

Interprètes de la création Otello, général maure de l'armée vénitienne (ténor) : Francesco Tamagno Desdémone, sa femme (soprano) : Romilda Pantaleoni Iago, enseigne d'Otello (baryton) : Victor Maurel Cassio, capitaine vénitien (ténor) : Giovanni Paroli Emilia, femme de Iago (mezzo-soprano) : Ginevra Petrovich Roderigo, noble vénitien (ténor) : Vincenzo Fornari Lodovico, ambassadeur de Venise (basse) : Francesco Navarrini Montano, ancien gouverneur de Chypre (basse) : Napoleone Limonta Un héraut (basse) : Angelo Lagomarsino Soldats et marins de la république de Venise, dames et gentilshommes vénitiens, peuple chypriote, hommes d'armes grecs, dalmates, albanais, enfants de l'île, un tavernier, quatre serviteurs de la taverne, chiourme (chœur) Orchestre et chœurs du Teatro alla Scala de Milan Directeur d’orchestre : Franco Faccio Arturo Toscanini était second violoncelle dans l'orchestre de la créationDictionnaire des interprètes de Alain Pâris, , ed.Robert Laffont.. Chef de chœur : Giuseppe Cairati Directeur de scène : Gaetano Archinti Décors : Giovanni Zuccarelli Costumes : Alfredo Edel

vignette|Arrigo Boito et Giuseppe Verdi

Argument

Au , à Chypre, dans le port de Famagouste, le général Otello arrive avec son navire après avoir vaincu la marine turque en Méditerranée et assuré l'autorité vénitienne sur Chypre mais la jalousie, le complot et la vengeance mènent à la tragédie.

Acte I Il n'y a pas de prélude, l'opéra commence immédiatement Allegro agitato sur un rapide glissando de cordes menant à un formidable coup de tonnerre qui ébranle la salle. Le rideau s'ouvre à la troisième mesure sur un port de Chypre. Une violente tempête fait rage (éclairs et coups de tonnerre sont indiqués sur la partition) aussi bien sur scène que dans l'orchestre ! Un chœur attend avec impatience le retour d'Otello, général de la flotte vénitienne et gouverneur de l'île où il réside (Una vela ! Una vela !/Une voile ! Une voile !). En effet, la république de Venise dont il dépend l'a chargé de réprimer une attaque maritime des Turcs. Le chœur aperçoit un navire au loin sur la mer déchaînée : il s'agit du navire du chef qui se débat furieusement pour ne pas sombrer. Tout le chœur prie pour que la tempête se calme et que le navire accoste à bon port, sauf deux personnes : Iago, enseigne d'Otello et Roderigo, soupirant infortuné de Desdemona (Desdémone), femme d'Otello, qui souhaitent au contraire sa mort. Le navire donne sur le récif, mais finit miraculeusement sur la côte à la grande joie de la foule.

Otello apparaît, il a vaincu les Turcs et exprime son triomphe dans une brève mais puissante arietta (Esultate !/Réjouissez-vous !), la foule l'acclame tandis qu'il va rejoindre son épouse au palais. La foule se disperse un temps pendant qu'Iago et Roderigo devisent (Roderigo, ebben, che pensi ?/Rodrigue, eh bien, qu'en pensez-vous ?) : si Iago souhaite tout le mal à Otello parce que ce dernier a nommé Cassio capitaine à sa place et ne lui a pas donné d'avancement, Roderigo, lui, veut se débarrasser du Maure pour posséder sa femme. Iago promet qu'il se vengera d'Otello pour servir leurs desseins. La foule revient (Fuoco di gioia !/Feu de joie !) pour allumer un feu de joie et les taverniers préparent une beuverie. Iago commence à organiser sa terrible intrigue : d'abord gâcher la fête (Roderigo, beviam' !/Rodrigue, nous buvons !) en faisant passer Cassio pour responsable. Ce dernier arrive et Iago, qui sait qu'il ne supporte pas le vin, l'encourage à boire plus que de raison (Qua ragazzi, del vino !/Ici les gars, du vin !). Cassio grisé, tombe dans le premier piège de l'enseigne qui chante une joyeuse chanson à boire que reprend le chœur. Lorsque le capitaine est maintenant tout à fait saoul, Roderigo, stimulé par Iago, provoque Cassio en le traitant d'ivrogne. Le sang bouillant de Cassio est plus fort que le rappel à l'ordre de Montano, prédécesseur d'Otello (Capitano, v'attende la fazione ai baluardi/Le capitaine, il attend la faction des remparts) et les deux hommes se battent en duel : Cassio blesse Montano et Iago fait tout dégénérer en défaveur du capitaine tout en feignant de remédier à la crise : résultat, l'émeute gagne la ville entière.

« Abbasso le spade/Vers le bas avec les épées » tonne Otello, qui, irrité par ce tapage, a dû sortir du palais (tout comme Desdemona que le vacarme a réveillée). Il demande, en colère, ce qui s'est passé. Iago, en parfait hypocrite, l'assure de son amitié, mais se garde bien de lui donner la moindre indication. Cependant, Montano n'a-t-il pas été blessé ? La machination de Iago marche à merveille : Otello, furieux, dégrade Cassio qu'il tient pour unique responsable. Contrit, l'ex-capitaine rentre chez lui tout comme la foule qui s'en va, l'enthousiasme douché par ces événements. Iago et Roderigo rient sous cape alors qu'Otello va rejoindre sa femme. Alors s'élève un des plus beaux duos d'amour jamais composés par Verdi (Già nella notte densa/Déjà dans la nuit dense) où les époux chantent leur bonheur et leur amour sans nuages et se souviennent de leurs passés respectifs, moins roses que leur présent. Leurs voix s'unissent, passionnées. Quand Otello donne trois baisers à Desdemona, le hautbois chante un thème tendre qui sera repris dans la scène finale. Le rideau tombe sur leur étreinte.

Acte II Le rideau s'ouvre sur les jardins du palais ; Iago a décidé de verser le poison de la jalousie dans le cœur d'Otello grâce au naïf Cassio qui apparaît, inconsolable. Iago, dans son dialogue avec lui (Non ti crucciar/Ne déranger pas) le flatte en le nommant toujours capitaine puis lui fait remarquer que Desdemona « est le chef de notre chef » car son époux ne vit que pour elle. Qu'il demande à la clémente Desdemona d'intercéder en sa faveur. Conseil perfide dont Cassio est bien loin de deviner quelle sera l'issue. Cassio s'en va l'attendre dans le jardin où elle se promène. Resté seul, Iago chante avec force une célèbre aria (Vanne ! La tua meta già vedo/Allez-y ! Votre but, je le vois déjà) qui devient incroyablement cynique et féroce lorsqu'il entonne un Credo blasphématoire (Credo in un Dio crudel/Je crois en un Dieu cruel). Signalons en passant que Boito, le librettiste, suggéra à Verdi deux ans plus tard, de composer un Ave Maria qui lui tiendrait lieu de pénitence pour ce Credo sacrilège ! Et c'est ainsi que fut créée la première des Quattro pezzi sacri, ultime œuvre du compositeurlivret du Requiem de Verdi dans l'enregistrement EMI de 1964 couplé avec les Quatre pièces sacrées de 1963 avec l'Orchestre Philharmonia dirigé par Carlo Maria Giulini.. Desdemona arrive. Cassio, suivant l'avis de Iago (Eccola ! Cassio, a te !/La voici ! Cassio, à vous !), s'approche d'elle. En le voyant, elle renvoie Emilia, sa suivante, qui est aussi la femme de Iago pour qu'ils puissent parler seul à seule. Ils s'éloignent dans les jardins.

Otello arrive peu après. Parlant beaucoup mais dévoilant peu, Iago réussit par des allusions faussement innocentes à mettre l'influençable Otello dans un état d'agressivité et d'inquiétude aiguë (Ciò m'accora/Je n'aime pas ça). Lorsqu'il s'explique, il le fait en termes à dessein ambigus, il parle simplement de Cassio, de Desdemona qu'il « pense » (fausse hésitation, évidemment) avoir vus ensemble et donne conseil de faire attention aux propos qu'elle tiendra. Otello commence à fulminer mais à ce moment arrive Desdemona avec un petit chœur lui rendant hommage (Dove guardi splendono/Lorsque vous regardez des paillettes). Devant cette paisible scène, Otello se calme… provisoirement car lorsque Desdemona commence à lui parler de Cassio (D'un uom che geme/Un homme qui gémit), Otello a du mal à contenir son trouble. Bientôt, il éclate de colère lorsque son épouse, étonnée et inquiète de le voir dans cet état, veut lui essuyer son front avec un mouchoir brodé. Dans un accès de fureur, il jette le mouchoir. Emilia le ramasse mais Iago lui ordonne de le lui remettre ; elle refuse et il le lui prend de force avant de la menacer : elle ne doit rien dire de cette saynète. Révoltée, elle se soumet toutefois. Desdemona, ne comprenant rien au comportement de son mari s'éloigne rapidement.

Pour Otello, tout est clair : Desdemona est coupable. Iago, faussement affecté, tente de le tempérer en vain (Desdemona rea/Desdemona faux !...). Malgré son emportement, Otello exige de Iago, s'il ne veut pas connaître sa colère, de lui fournir une preuve tangible de l'infidélité de Desdemona. Faisant encore monter la tension, Iago invente un récit : Cassio, endormi, aurait fait un songe où parlant à voix haute il aurait évoqué le nom de Desdemona et son amour (Era la notte, Cassio dormia/C'était la nuit, Cassio dormait) ; peut-être y a-t-il eu une aventure entre les deux jeunes gens mais il n'en est pas sûr. Iago a beau parler en termes prudents, il sait très bien que cette fable a valeur de certitude pour son interlocuteur. Pire, il prétend se souvenir d'avoir vu un mouchoir brodé appartenant à Desdemona (premier présent d'amour offert par Otello, ce qui accentue la dramatisation de la scène) dans la chambre de Cassio. C'en est trop pour Otello qui, furieux, jure de se venger (Ah ! mille vite gli donasse Iddio !/Ah ! Combien de vies Dieu lui donnerait-il?). Iago l'assure de son amitié et le rideau tombe sur cette désagréable situation.

Acte III thumb|Costume d'Otello porté par Placido Domingo.