vignette|Le Combat de Jacob et l'Ange, Jacob, « patriarche des Israélites », musée d'Art Roger-Quilliot. Les Israélites (, Bnei Yisrael, « fils d'Israël ») désignent, dans la Bible hébraïque, le Nouveau Testament et le Coran, les descendants de Jacob, également nommé Israël, répartis en douze tribus. Le terme désigne également, en historiographie, les populations des royaumes d'Israël et de Juda, entités politiques du Levant sud attestées à l'âge du fer.. Il ne doit pas être confondu avec le gentilé israélien, qui se rapporte à l'État d'Israël depuis 1948.
La plus ancienne attestation du nom hors de la Bible figure sur la stèle de Mérenptah, vers 1208 , où le déterminatif hiéroglyphique désigne un groupe humain et non une cité.. Les travaux archéologiques menés depuis les années 1980 sur les hautes terres cisjordaniennes conduisent la majorité des chercheurs à situer l'origine des Israélites dans une ethnogenèse interne à Canaan, et non dans une conquête venue de l'extérieur.. Le royaume d'Israël, au nord, est attesté par des sources externes dès 853 et disparaît en 722 ; le royaume de Juda, au sud, n'apparaît dans les annales assyriennes que vers 734 et est détruit en 587/586. Ces deux trajectoires donnent lieu, à l'époque hellénistique et romaine, aux traditions samaritaine et juive.
Dans la Bible, « israélite », « hébreu » et « juif » ne sont pas interchangeables : (ʿibri, « hébreu ») apparaît principalement dans la bouche d'étrangers ou face à eux, tandis que yehudi évolue d'un gentilé désignant l'habitant de Juda vers une catégorie détachée du territoire.. En français, « israélite » connaît en outre un usage propre aux , comme désignation confessionnelle des citoyens juifs, aujourd'hui considéré comme daté.
Terminologie
Israël
Le nom (Yiśrāʾēl) est théophore en El et non en YHWH : la divinité y est le sujet du verbe, construit sur une racine généralement rapprochée de ś-r-h ou ś-r-r, d'où les traductions « El combat » ou « El règne ». La Genèse en propose une autre explication, lorsque Jacob est renommé Israël après avoir lutté avec un être divin (). Cette dérivation est analysée par l'exégèse comme une étiologie, c'est-à-dire un récit construit pour rendre compte d'un nom préexistant.
Hébreu
L'étymologie la plus généralement retenue pour (ʿibri) rattache le terme à la racine ʿ-b-r, « passer, traverser », et le comprend comme « celui d'au-delà », probablement au-delà du fleuve (ʿever ha-nahar)..
Une seconde hypothèse fait dériver le terme d'Éber (ʿĒber), personnage de la Table des nations présenté comme un descendant de Sem et un ancêtre d'Abraham ( et ). Éber n'y est pas une tribu mais un ancêtre éponyme, et la critique contemporaine tient la dérivation pour inverse : le personnage serait une rétroformation destinée à expliquer un gentilé déjà en usage, selon un procédé courant dans la Table des nations.
Le rapprochement, longtemps proposé, entre ʿibri et les ʿApiru des sources cunéiformes et égyptiennes est aujourd'hui abandonné : ʿApiru désigne une catégorie sociale — populations déracinées, sans statut, mercenaires ou hors-la-loi — et non un ethnonyme..
Judéen et juif
(yehudi) est initialement un gentilé politico-géographique désignant l'habitant du royaume de Juda, puis de la province achéménide de Yehud. Son évolution vers une catégorie ethnique et religieuse détachée du territoire s'opère à partir de l'exil et de l'époque perse.
Le glissement est déjà perceptible dans le texte biblique : Mardochée est qualifié d'ish yehudi tout en étant rattaché à la tribu de Benjamin (), ce qui indique que le terme ne renvoie plus à l'appartenance tribale à Juda. C'est ce glissement qui rend, en français, « judéen » et « juif » difficiles à distinguer, les deux traduisant le même mot à deux stades de son évolution sémantique.
Les Israélites dans les textes religieux
Cette section expose le contenu des textes en tant que tels ; leur valeur documentaire est examinée dans la section Approche historique et archéologique.
Le cadre généalogique
Les textes bibliques rattachent l'ensemble du groupe à un ancêtre unique, Jacob-Israël, dont les douze fils donnent leur nom aux douze tribus. Ce schéma relève de la généalogie segmentaire, forme dans laquelle une réalité collective est exprimée par une parenté et les rapports entre groupes par des rapports de fratrie. Le procédé est commun à l'ensemble du Proche-Orient ancien.
Les douze tribus
Le nombre de douze fonctionne comme un schème plutôt que comme un inventaire, les listes tribales de la Bible ne concordant pas entre elles. La bénédiction de Jacob (), les recensements ( et ), la bénédiction de Moïse (), le Cantique de Débora () et la répartition d'Ézéchiel () donnent des ensembles différents. Lévi y est tantôt compté, tantôt écarté au profit du dédoublement de Joseph en Éphraïm et Manassé, ce qui permet de maintenir le total. Le Cantique de Débora, tenu pour l'un des textes poétiques les plus anciens du corpus, en énumère dix et ne mentionne pas Juda.
Pour ces raisons, le système tribal est largement analysé par la recherche comme une rétroprojection, exprimant en langage de parenté une configuration politique postérieure..
L'usage du terme « hébreu »
Dans la Bible, ʿibri et « israélite » ne sont pas synonymes. Le premier n'y est presque jamais une auto-désignation neutre et apparaît dans trois types de contextes :
dans la bouche d'étrangers : les Égyptiens à propos de Joseph (, ), les sages-femmes et la fille de Pharaon (, ), les Philistins (, , ) ; face à des étrangers, comme auto-présentation à un interlocuteur extérieur : Jonas répondant aux marins () ; dans des contextes juridiques portant sur le statut personnel : « l'esclave hébreu » (, , ).
Le terme fonctionne ainsi comme un exonyme ou comme un terme de contraste. Le Livre de Jérémie en donne une reformulation interne : la loi d'affranchissement y est énoncée avec « l'hébreu et l'hébreue » (), puis reprise quelques versets plus loin avec « son frère le Judéen » ().
Les targoums et la tradition rabbinique
Le Targoum Onkelos, traduction araméenne de la seule Torah — les Prophètes relevant du Targoum Jonathan —, rend ʿibri de trois manières, selon un critère qui suit le livre et non le genre du récit. :
Hébreu Targoum Onkelos Occurrences ʿivri (ʿivraʾah) Ensemble de la Genèse : , , , , , ʿivri (yehudaʾei) Ensemble de l'Exode : , , , ʿeved ʿivri (avda bar Yisrael)
Le rendu par yehudaʾei intervient dans les passages où le terme est prononcé par des Égyptiens : le targoumiste y substitue le gentilé de son temps, s'appuyant sur l'équivalence déjà posée en . Le rendu bar Yisrael en relève d'une précision halakhique, en écartant la lecture selon laquelle l'« esclave hébreu » serait un esclave étranger.
L' (5, 19) formule explicitement une distinction de registre entre les deux noms : « Israël » impliquerait le respect, tandis qu'« hébreu » serait un terme dépréciatif employé par les Égyptiens. Il s'agit d'une exégèse homilétique tardive — l'Exode Rabba n'est pas antérieur au — et non d'un témoignage ancien.
Dans le Coran
Le Coran emploie la catégorie sous la forme Banū Isrāʾīl (« les Fils d'Israël ») et reprend le cadre généalogique ainsi que le récit de l'Exode.
Approche historique et archéologique vignette|Royaumes d'Israël et de Juda, et alentour (vers 850 ) Première attestation externe
La stèle de Mérenptah, datée d'environ 1208 et découverte à Thèbes, porte la plus ancienne mention connue du nom Israël hors de la Bible. Le point relevé par les commentateurs n'est pas la seule mention, mais le déterminatif hiéroglyphique employé : Ashkelon, Gezer et Yanoam y sont marqués comme des cités-États, tandis qu'Israël porte le déterminatif d'un groupe humain sans territoire fixe. L'inscription établit ainsi qu'aux alentours de 1208 , une entité nommée « Israël » est identifiée par les Égyptiens en Canaan, comme peuple et non comme entité urbaine.
L'émergence en Canaan
Quatre modèles ont été successivement proposés pour rendre compte de l'apparition d'Israël en Canaan :
la conquête militaire depuis l'extérieur (Albright, G. E. Wright), aujourd'hui minoritaire ; l'infiltration pacifique de pasteurs semi-nomades (Alt, Noth) ; la révolte paysanne contre les cités-États cananéennes (Mendenhall, Gottwald) ; la sédentarisation et l'ethnogenèse endogène (Finkelstein).
Le dernier modèle est aujourd'hui dominant. Il s'appuie sur l'apparition, au Fer I (environ 1200-1000 ), de quelque 250 villages nouveaux sur les hautes terres, dont la culture matérielle présente une continuité avec celle de Canaan, sans rupture ni importation caractéristique. Les modèles concurrents divergent sur le mécanisme mais convergent sur l'absence d'entrée d'une population étrangère.
Le livre de Josué présente lui-même une installation partielle et inachevée ( ; ), en tension avec le récit de conquête rapide. Le vocabulaire d'extermination (ḥérem) est analysé comme un topos rhétorique royal proche-oriental, attesté dans des termes comparables sur la stèle de Mesha au bénéfice du dieu Kemosh.
Le royaume d'Israël
Le royaume du Nord est attesté par des sources externes dès le milieu du :
le monolithe de Kurkh (853 ) mentionne « Achab l'Israélite » parmi les membres de la coalition affrontant Salmanazar III à la bataille de Qarqar. Les effectifs qui lui sont attribués sont généralement tenus pour une amplification scribale ; l'obélisque noir de Salmanazar III (841 ) désigne Jéhu comme mār Ḫumrî, « fils d'Omri », alors même que celui-ci a mis fin à la dynastie omride. L'Assyrie identifie ainsi le royaume par sa dynastie fondatrice, sous le nom Bīt-Ḫumrî, « maison d'Omri » ; la stèle de Mesha () mentionne Israël et Omri du point de vue moabite.
Ses capitales sont successivement Sichem, Tirça, puis Samarie, fondée par Omri () ; l'appellation « royaume de Samarie », parfois employée, ne vaut donc que pour la dernière période. Après la conquête assyrienne, le nom externe du territoire devient Samerina, désignation de la province. Le royaume disparaît en 722/720 .
Le royaume de Juda
Le premier roi de Juda nommé dans une source assyrienne est Achaz, vers 734 , soit plus d'un siècle après la première attestation externe du royaume du Nord. Selon l'archéologue Israel Finkelstein, Juda ne constitue un État qu'à partir du , Jérusalem connaissant une expansion marquée après 720, en partie sous l'effet de l'arrivée de réfugiés du Nord. Cette asymétrie entre les deux royaumes est inverse de celle que suggère le récit biblique, rédigé au Sud.
Les principaux points d'ancrage ultérieurs sont :
le et les (701 ), relatifs au siège subi par Ézéchias ; les , qui datent la prise de Jérusalem du 2 Adar de la septième année de Nabuchodonosor II, soit le 16 mars 597 ; les tablettes de rations publiées par Ernst Weidner, mentionnant Yaʾu-kīnu (Joïakin) et ses fils entretenus à Babylone. ; la destruction de Jérusalem et du Temple en 587/586 .
Ces synchronismes sont établis à partir de la chronologie assyrienne, tenue pour absolue en raison des listes d'éponymes () et de l'éclipse de Bur-Sagale du 15 juin 763 .
La corroboration externe porte sur le cadre événementiel et non sur le cadre interprétatif : la formule d'évaluation appliquée à chaque roi par le rédacteur deutéronomiste constitue un jugement cultuel et non un bilan de règne.
La question de la monarchie unifiée
L'expression « royaumes divisés », d'origine biblique, présuppose une unité antérieure. L'existence d'un État unifié au fait l'objet d'un débat non tranché.
La stèle de Tel Dan () porte la séquence bytdwd, lue par la majorité des chercheurs « maison de David », soit un nom dynastique construit sur le modèle de Bīt-Ḫumrî.. L'absence de séparateur de mots a conduit Philip R. Davies à contester cette lecture.. L'inscription atteste un fondateur éponyme ; elle ne documente pas l'étendue du royaume décrite dans le livre des Rois.