Aconitum carmichaelii ou Aconit de Carmichael, est une espèce de plantes à fleurs de la famille des Ranunculaceae dont l’aire d’origine est la Chine et la zone côtière du Vietnam.

Elle comporte une tige de 0,60 à de haut, terminée par une inflorescence portant des fleurs en forme de casque de Jupiter, d'un bleu-mauve intense. Elle possède à la partie supérieure de la racine, un renflement tubérisé (le caudex) d'environ 2 à qui se renouvelle tous les ans et produit de nouveaux caudex latéraux, très recherchés par les distributeurs de plantes médicinales chinoises d’Asie.

Connu dans les pays tempérés comme plante horticole, l’aconit de Carmichael est considéré en Asie orientale comme un médicament essentiel de la médecine traditionnelle chinoise (MTC). C’est une plante décrite par tous les ouvrages de matière-médicale chinois, depuis les premiers siècles. Toute la plante est toxique, en raison d’alcaloïdes diterpéniques diester comme l’aconitine. La plante connue sous le nom de Fuzi (附子) en chinoisfuzi 附子 désigne selon le contexte, la plante ou une de ses parties utilisées en médecine chinoise, notamment un tubercule latéral, attaché comme le fils (子) est attaché (附) à sa mère. En français, de même, le mot tomate désigne le fruit mais aussi la plante quand on dit , est principalement cultivée dans certaines provinces montagneuses du sud-ouest et du centre de la Chine, pour son emploi médicinal.

Les alcaloïdes de l’aconit de Carmichael très toxiques ont cependant à doses thérapeutiques, de réels effets anti-inflammatoires, anti-arythmiques et analgésiques. La plante est en conséquence utilisée en Chine pour soulager les patients souffrant de rhumatismes, de douleurs articulaires, d’œdèmes, de gastro-entérite, d'asthme, de douleurs abdominales et de certains troubles gynécologiques. Mais l’utilisation de cette plante très toxique n’est pas sans risque, comme l’indique le nombre d’empoisonnement de patients, régulièrement rapportés en Chine, en raison de surdosage.

La méthode empirique par essais-erreurs de la médecine chinoise utilisée pour sélectionner les remèdes efficaces ne permet pas de faire un dosage précis des alcaloïdes toxiques, qui selon la dose peuvent, soit être sans aucun effet soit soigner les patients soit les intoxiquer et même les tuer. Les différentes méthodes traditionnelles de détoxification de l’aconit, non contrôlées quantitativement et chimiquement, peuvent en outre complètement changer la composition du remède, et produire éventuellement un produit sans aucun intérêt ou avec d’autres propriétés que celles recherchées.

Les techniques de pharmacologie moderne permettent de suppléer à ces problèmes en fournissant des remèdes à base de fuzi dont les niveaux d’alcaloïdes diterpéniques, déterminés par chromatographie en phase liquide à haute performance (HPLC), se situent dans des limites sûres. Pour aller plus loin dans l’intégration cohérente de ces méthodes scientifiques à la MTC, les chercheurs chinois ont proposé un nouveau paradigme de la MTC, basé sur la pharmacologie.

Nomenclature et étymologie L’espèce a été décrite et nommée Aconitum carmichaeli par le pharmacien botaniste Odon Debeaux (1826-1910), en 1879, dans les Actes de la Société Linnéenne de Bordeaux 33: 87

Le nom de genre Aconitum, en latin, vient du grec ancien ἀκόνιτον / akoniton « aconit » (Dioscoride, IV, 77).

L’épithète spécifique carmichaeli a été dédié au docteur Carmichael par Odon Debeaux. Selon ce dernier, le docteur Carmichael l’aurait « découverte »il serait le premier botaniste à signaler son existence dans la région montagneuse du Tché-foû, près de Bambou Temple (très probablement la Pagode neuve) en 1875. Le district de Tché-foû correspond actuellement à la ville de Yantai (烟台), port de d’habitants, dans la province de Shandong, en Chine.

Synonymes Selon WFO, le nom valide Aconitum carmichaelii possède 6 synonymes : Aconitum bodinieri H.Lév. & Vaniot Aconitum carmichaelii var. angustius W.T.Wang & Hsiao Aconitum jiulongense W.T.Wang Aconitum kusnezoffii var. bodinieri (H.Lév. & Vaniot) Finet & Gagnep. Aconitum lushanense Migo Aconitum wilsonii Stapf ex Mottet

Description

Le site Flora of China, distingue d’Aconitum poussant en Chine, dont 166 endémiques. Au niveau mondial, le nombre d'espèces d’Aconitum est évalué à plus de 400.

L'aconit de Carmichael est formé d’une longue tige de 0,60 à de haut, voire , ramifiée, pubescente vers le haut, avec des feuilles régulièrement disposées le long de la tige. Le renflement (caudex) de la partie supérieure de la racine, obconique, fait de de haut, sur de diamètre. Cette partie tubérisée se renouvelle chaque année: elle-même s'atrophie progressivement et au moins deux nouveaux caudex se forment latéralement, à la fin de l’été ou au début de l’automne. Ce sont ces caudex qui sont utilisés préférentiellement en médecine chinoise.

Les feuilles du bas de la tige sont flétries à l’anthèse, celles du milieu ont un long pétiole (de ). Le limbe de la feuille est pentagonal, aux nervures palmées, profondément 3-lobé, de forme palmatiséquée, de de large sur de long, coriace, ou herbacé, dessous pubescent ou densément pubescent au niveau des nervures, dessus légèrement pubescent , segment central largement , parfois obovale-rhombique ou rhombique ; segments latéraux inégalement divisés en 2 parties.

L’inflorescence est terminale, de , à nombreuses fleurs ; le et les pédicelles ± pubescents densément et apprimés, ou pubescents étalés ; bractées proximales 3-fides, d'autres étroitement ovales à lancéolées. La fleur est zygomorphe, à symétrie par rapport à un plan. Les sépales sont bleu-violet, dessous pubescents ; sépales inférieurs de ; les sépales latéraux de . Le sépale supérieur en forme de casque de Jupiter, de haut. Les nombreuses étamines sont glabres ou peu pubescentes ; les carpelles sont au nombre de 3 à 5, peu ou densément pubescents, rarement glabres.

Le fruit est formé de follicules de de hauteur.

La floraison se déroule en septembre-octobre.

Distribution et habitat Selon POWO, la distribution d’origine de Aconitum carmichaelii var. carmichaelii est: la Chine du Centre-Nord, Chine du Centre-Sud, Chine du Sud-Est, Mongolie intérieure, Mandchourie, la zone côtière du Vietnam.

Pour Flora of China, l'espèce se distribue dans les provinces de l'Anhui, Fujian, SE Gansu, N Guangdong, N Guangxi, Guizhou, Hebei, S Henan, W Hubei, Hunan, Jiangsu, Jiangxi, S Liaoning, intérieure, S et SO Shaanxi, Shandong, Shanxi, Sichuan, Yunnan, Zhejiang ainsi qu’au Vietnam.

Parmi toutes les espèces d’Aconitum, c’est l’espèce ayant la plus grande aire de répartition.

Cette espèce est cultivée comme plante médicinale à grande échelle en Chine depuis plusieurs siècles. Dans la médecine traditionnelle chinoise, le tubercule mère dA. carmichaelii est connu sous le nom de Chuanwu (川乌), tandis que le tubercule fille est appelé Fuzi (附子).

Le nom Caowu (草乌), utilisé en médecine traditionnelle chinoise pour Aconitum kusnezoffii, est souvent confondu avec Chuanwu.

Toxicologie

Toxicité vignette|Aconitine Les principaux responsables de la toxicité d’Aconitum carmichaelii sont des alcaloïdes diterpéniques diester (ADD) en C : l’aconitine, la mésaconitine et l'hypaconitine. Ces composés possèdent une forte affinité pour le site II des canaux Na, ce qui entraine une dépolarisation maintenue des neurones cardiaques et squelettiques, responsables d’une forte action arythmogène et d’une toxicité aiguë élevée. La plante comporte aussi des alcaloïdes diterpéniques monoester (MDA), comme la benzoylaconine (BAC), la benzoylmésaconine (BMA) et la benzoylhypaconine (BHA), qui avec un niveau de toxicité plus faible, ont donc une valeur médicinale plus élevée.

L’aconitine est très toxique pour l’homme, elle entraine la mort avec seulement . Dès d'aconitine, on observe chez les humains des brûlures, des picotements pénibles des lèvres, des fourmillements buccaux mais aussi des doigts et des orteils. Cela s'accompagne de sueurs et de frissons avec disparition de la sensibilité du goût, des troubles de la vue (dus à une forte mydriase) et de l'ouïe (acouphènes). Les troubles de la sensibilité s'apparentant à une sensation de picotement et d'engourdissement, s'étendent à tout le corps, engendrant une sensation d'engourdissement d'abord de la langue et de la face puis général, d'apathie et d'anesthésie par le froid. De plus, on note des vomissements, des diarrhées coliques profuses puis des paralysies des muscles accompagnées de forte douleur, des convulsions, des difficultés à respirer. Une à trois heures après l'absorption, la paralysie est de plus en plus importante, la température corporelle s'abaisse, la respiration s'affaiblit et les troubles du rythme cardiaque aboutissent finalement à la défaillance du cœur par fibrillation ventriculaire. Pendant toute l'agonie (de 1 à ), la conscience reste intacte.

Plus de d'empoisonnement à l’aconit médicinal ont été signalés à Hong Kong entre 2012 et 2017 et en Chine, au moins 53 patients sont décédés des suites d'un empoisonnement à l'aconit. Une étude menée à Hong Kong, a suggéré que sur d'empoisonnement à l’Aconitum de 2004 à 2009, le surdosage était la cause principale de l’empoisonnement.

Détoxification traditionnelle Dès les s, Tao Hongjing, insistait sur la nécessité absolue d’associer, dans les formules, le fuzi avec la réglisse, le ginseng et le gingembre frais, afin selon ses termes, de corriger et maîtriser (zhengzhi) sa toxicité. Au , Li Shizhen fit une sorte de synthèse des divers procédés antérieurs, et conseilla de cuire les aconits dans de l’eau salée, avec de la réglisse, du jus de gingembre et de l’urine de jeune garçon. On pouvait alors utiliser la drogue après une nuit.

À l’époque moderne, la médecine traditionnelle chinoise (MTC) recommande toujours pour atténuer la toxicité du fuzi, de faire une association avec du ginseng ou de la réglisse Gancao (Radix glycyrrhiza sp.). En faisant valoir des expériences in vitro qui montrent que le ginseng peut réduire le métabolisme des alcaloïdes diterpéniques diester (ADD), en inhibant l'expression et l'activité du cytochrome CYP3A4 impliqué dans la métabolisation d’un grand nombre de substrats.

Selon d'autres études scientifiques, le gingembre sec Ganjiang 干姜 (Zingiberis rhizoma) ou la rhubarbe chinoise Dahuang 大黄 lorsqu’ils sont associés au fuzi en réduisent aussi la toxicité.

Les autres méthodes traditionnelles sont l’ébullition, le rôtissage sur le sable, macération dans une solution saline etc., dont nous reparlerons plus bas.

Cette approche chinoise de la toxicité se distingue nettement de la voie prise en Europe par l’utilisation médicale de l’aconit (après les essais cliniques sur lui-même du médecin autrichien Anton von Störck de Aconitum napellus à partir de 1760), puisque l’aconitine fut extraite et proposée à des doses thérapeutiques contrôlées.

Histoire Les aconits étaient d’usage courant dès le deuxième siècle (Obringer, 1997).

Le premier ouvrage chinois sur la , le « Classique de la matière médicale du Laboureur Céleste » Shennong bencao jing, datant des premiers siècles de notre ère, offre trois notices sur l’utilisation de l’aconit de Carmichael intitulées Fùzi 附子 le caudex fils, Wūtóu 乌头 le caudex mère et Tianxiong 天雄 un tubercule long. Le premier terme, fuzi, désigne un caudex latéral, qui est récolté en juillet-août, le second, wutou, le caudex « mère », qui est récolté en avril (voir cette vidéo « wutou, fuzi, tianxiong, cezi », d’un pieds d’aconit comportant plusieurs tubercules, un wutou et des fuzi). La première notice se présente ainsi :

Fuzi 味辛,溫。治風寒咳逆邪氣温中 金創,破症堅積聚 血瘕,寒濕, 拘攣,腳痛不能行步. La traduction reprend partiellement celle proposée par F. Obringer.