Les Bituriges Cubes (en grec ancien / Bitoúriges oi Koũboi, en latin ) sont un peuple gaulois qui occupait un territoire de la Gaule centrale situé entre la Loire et le Massif central et faisait partie des peuples de Gaule Celtique. Leur capitale, Avaricon (latin ), du nom de la rivière Yèvre (), se trouvait sur le site actuel de Bourges..

Durant la guerre des Gaules, ils sont membres de la confédération éduenne, en tant que clients des Éduens.. Après la victoire romaine, ils deviennent une cité relevant de la province de Gaule Aquitaine, IV, 2.. Le territoire biturige correspond alors approximativement à l'ancienne province du BerryPlus précisément, ce territoire correspond sommairement au diocèse de Bourges des premiers siècles chrétiens..

Du nom des Bituriges dérivent les noms de cette province, le Berry, et de la ville de Bourges, ainsi que de leurs habitants, les Berrichons et les Berruyers.

Étymologie Le mot gaulois latinisé en « Bituriges » (au singulier « BiturixDictionnaire Latin-Français Gaffiot, 1934, . ») est composé de bitu, « monde » et rix, « roi » et signifie « les rois du monde »..

Ethnogénèse Tite-Live mentionne un roi biturige nommé Ambigatos. Ce roi, considéré aujourd’hui comme légendaire, serait à l’origine des invasions gauloises en Italie du Nord au ... Ce texte présente des problèmes de chronologie, Tite-Live plaçant le règne d’Ambigatos sous Tarquin l'Ancien, vers 600 , soit près de deux siècles avant les invasions celtiques en Italie, qui ont lieu à partir d’environ 400 Vu actuellement comme un mythe de fondation du peuple des Insubres, ce témoignage semble attester toutefois de l’ancienneté du peuple Biturige.

Deux thèses s'opposent actuellement sur l'origine des Bituriges : soit ils seraient issus de la basse Moselle et auraient migré vers le centre de la Gaule entre 650 et 600 ., soit ils seraient issus d'une autre vague de migration, plus récente, sans plus de précision.. La première thèse semble renforcée par des découvertes archéologiques faites à Bourges.

En effet, les fouilles réalisées dans le quartier Saint-Martin-des-Champs montrent qu’au , Bourges voit le développement d’une vaste agglomération proto-urbaine étendue sur plusieurs dizaines d’hectares, en contact étroit avec la Méditerranée via Marseille., le territoire de la culture de Golasecca., ou encore l'Étrurie padane..

Des tombes riches, comme le grand tumulus de Lazenay, manifestent la puissance de l’aristocratie biturige de ce temps. Outre ce dépôt mortuaire, un important gisement funéraire laténien ancien/A fouilléFouilles effectuées en 1849. sur le site dit « de la route de Dun-sur-Auron »Au sein de l'actuel Boulevard Carnot à Bourges. au sein même de l'actuelle Bourges, met en évidence le caractère intrinsèquement intime noué entre l'aristocratie locale et celle, bien plus lointaine, appartenant à la culture de GolaseccaAu-delà des échanges militaires, économiques et géopolitiques, ces deux communautés auraient également noué des relations d'hospitalité et de matrimonialité patentes.La dite sépulture de Dun a livré notamment des parures féminines ouvragées de bronze et d'or, mais également des pendeloques de provenance typiquement golaseccienne. Les éléments constituant le viatique de cette tombe à incinération, laisseraient entendre que la personne défunte soit une femme, probablement d'origine nord-italienne et épouse d'un chef biturige de haut rang..... Compte tenu de ces récentes découvertes archéologiques, le texte de Tite-Live selon lequel les Bituriges Cubi auraient encadré les premières migrations celtiques en Italie du Nord prend un nouveau relief. Les Bituriges pourraient ainsi être parmi les plus anciennes civitas constituées, et ce dès le Hallstatt Final. Les historiens et les archéologues s'accordent sur la puissance hégémonique biturige jusqu'au , puisque leur chef « commandait la Confédération des nations »..

Enfin, on attribue à l’action de César, l’installation des Bituriges Vivisques dans la région bordelaise. Il semble qu’avant cette date, les Bituriges Cubes et Vivisques ne formaient qu’une seule et même civitas, peut-être composée de deux .. Le territoire occupé par les Bituriges vivisques, selon Strabon, est celui dont César nous dit qu’il est désert et recherché par les Helvètes en -58..

On ignore en revanche à quel point les événements postérieurs ont pu affecter l’ethnogenèse de la civitas des Bituriges. Le commerce, en particulier celui du vin romain et méditerranéen, a pu changer la donne économique et géopolitique, permettant à des peuples voisins, Arvernes, Éduens, Séquanes, de prendre l'ascendant sur les Bituriges.

Histoire

La difficile connaissance d'un peuple de la Protohistoire

Les Bituriges, Cubes comme Vivisques, à l’instar de tous les peuples gaulois, n'ont pas laissé d’écrits susceptibles de retracer leur histoire. Nous sommes donc tributaires des œuvres latines et grecques. Avant Jules César, elles sont muettes sur le peuple des Bituriges et à peine plus loquaces après la conquête romaine de la Gaule.

C’est Tite-Live qui fait mention du temps le plus reculé, avec le passage concernant le roi Ambigatos. Il le place à l'époque du règne de Tarquin l'Ancien, soit au début du Pour cette période, l’archéologie confirme, notamment à Avaricum, la puissance biturige. Mais cette citation pose problème car Tite-Live indique que les Bituriges seraient à l’initiative des invasions de l’Italie, qui, elles, ont lieu deux cents ans plus tard, dans le courant du , avec notamment l’épisode du sac de Rome par les troupes du sénon Brennos. Sous cet angle, une hypothèse peut être également formulée : les Bituriges auraient tenu un rôle déterminant dans l'ethnogenèse du peuple des Insubres en se mélangeant avec les populations de substrat celtique du territoire golaseccien, lesquelles s'y seraient préétablies essentiellement au cours des , ...

Les données archéologiques telles que l'attestation d'habitats proto-urbains et de constructions funéraires de type celte datant des sur les sites de Golasecca, Sesto Calende et Côme.., les éléments épigraphiques et ethnographiques, et enfin les sources littéraires, abondent dans ce sens et peuvent suggérer cette hypothèse.

Les Arvernes prennent ensuite, au la prédominance politique. Il est probable que les Bituriges, leurs voisins du nord, en souffrent. Plusieurs raisons paraissent privilégier cette hypothèse. D'une part, la volonté de prééminence d'une civitas sur une vaste coalition est un concept pour ainsi dire inscrit dans la génétique culturelle des peuples gaulois. Elle est une pierre angulaire des institutions gauloises. Cependant, il n'y a pas systématiquement d'unanimité, certaines civitas pouvant se révéler opposantes et se liguer en confédérations antagonistes. Ces grandes lignes de direction politique, en Gaule Chevelue indépendante sont définies et débattues lors d'assemblées régulières, lesquelles réunissent les leaders des différentes civitas, appelées concilium totius Galliae.. En outre, les ressources économiques des Arvernes se sont accrues. À ce titre, il est un fait notable que leur territoire d'occupation a subi une forte extension au cours des Le peuple Arverne contrôle également les principales routes d'accès fluviales et/ou terriennes menant au sud de la Gaule et également à l'Italie romaine. Au , le prestige et le rayonnement des rois du monde se confinent à un passé légendaire. On les retrouve à la période historique comme clients des Éduens. Enfin, s'il n'est pas fait mention des Bituriges lors de l’invasion des Cimbres et des Teutons à la fin du , ils jouent un rôle important lors de la guerre des Gaules..

L’entrée des Bituriges dans l’Histoire

Les commentaires de Jules César sont la seule source des événements de la guerre des Gaules. Il est le plus ancien auteur latin conservé à mentionner le peuple des Bituriges. Dans ses écrits, ils sont cités comme étant clients des Éduens. Ils sont donc membres de la Confédération des Éduens, et, en tant que tels, alliés des Romains, à qui ils fournissent probablement un soutien logistique.

En -52, ils participent à la révolte de Vercingétorix. Néanmoins, les conditions de leur ralliement sont troubles, le chef arverne devant les rejoindre avec son armée pour les convaincre de s'associer à la rébellion. Une bonne part des combats de l’année -52 se déroulent sur leur sol. Leur territoire est également victime de la politique de terre brûlée pratiquée par VercingétorixLes sites de Hérisson et de Châteaumeillant présentent des traces qui peuvent être reliées à ces évènements., à l'exception d'Avaricum, leur capitale. Au terme du siège mené par César, la ville est pillée et la quasi-totalité de sa population est tuée, sans distinction d'âge ou de sexe. Selon César, seuls 800 guerriers réussissent à rejoindre, indemnes, l’armée gauloise..

En dépit de cette défaite, les Bituriges fournissent néanmoins guerriers à l’armée destinée à rejoindre Vercingétorix à Alésia..

Les Bituriges après la conquête romaine vignette|250 px|droite|Gradin au nom des Arvernes et des Bituriges cubes,Amphithéâtre des Trois Gaules de Lyon

En 51 av. J.-C., à la fin de la guerre des Gaules, les Bituriges sont toujours en guerre contre Jules César qui intervient rapidement, dès le mois de janvier, pour les soumettre.

Après leur soumission à César, ils sont attaqués par les Carnutes, leurs voisins du Nord, pour une raison que l’on ignore. Le consul interviendra, avec deux légions pour les protéger..

C’est probablement peu après ces évènements, et sans que la cause en soit parfaitement établie, que prend place la séparation entre les Bituriges Cubes et les Bituriges Vivisques, ces derniers migrant à l’embouchure de la Gironde pour y fonder Burdigala, la future ville de Bordeaux.

Après la guerre des Gaules, les Bituriges Cubes, dont la civitas est mentionnée par Pline l'Ancien comme étant libres, IV, 33., semblent ne pas être impliqués dans les révoltes successives qui troublent les Gaules, comme celle de Sacrovir en 21 ap. J.-C. Lors de la réorganisation de la Gaule sous Auguste, leur civitas est intégrée à la province de Gaule aquitaine, puis devient, sous Dioclétien, une partie de la province d’Aquitaine première. Ce dernier fait est confirmé au début du par la Notice des Gaules.

Le territoire biturige cube Étendue et limites thumb|350 px|Le territoire des Bituriges Cubes Le territoire des Bituriges Cubes couvrait les actuels départements du Cher et de l'Indre, ainsi que la partie ouest de l'Allier. Il affecte grossièrement la forme d’un triangle, centré sur le cours du Cher. Cette forme de la civitas gauloise vient de la domination par les Bituriges d'une importante part des réseaux hydrographiques de la Creuse, de l'Indre et du Cher. Le maillage urbain des oppida et/ou villes gallo-romaines bituriges témoignent de ce fait. Les trois pointes délimitant le territoire gaulois sont : l'oppidum de Murs (Indre), associé à l'oppidum de Rivarennes (Indre), au sud-ouest ; Neriomagus au sud-est ; la partie septentrionale de l'oppidum de Sancerre, au nord. Ses frontières sont assez bien connues aujourd’hui. Les peuples voisins des Bituriges Cubes sont, à partir du nord et en tournant dans le sens horaire : les Carnutes, les Sénons, les Éduens, les Arvernes, les Lémovices, les Pictons et les Turones.

La Loire les séparait des Sénons et, avec l'Allier, des Éduens, ces derniers ayant peut-être le contrôle d’une partie de la rive gauche, traditionnellement dévolue aux Bituriges* .. Venceslas Kruta pense que la rive gauche de la Loire et la région du Sancerrois, auraient appartenu aux Éduens et auraient ensuite été offertes au reste du contingent boien qui accompagnait les Helvètes lors de leur migration de 58 av. J.-C... La position géographique du village d’Ygrande, dont le nom est basé sur le celtique « »., va dans ce sens.