Les Pictons (Pictones) ou Pictaves (Pictavi) sont un peuple de Gaule installé dans un territoire correspondant approximativement aux actuels départements français des Deux-Sèvres, de la Vienne ainsi qu'au sud de la Vendée, et également la cité de Ratiatum, seconde cité des PictonsPtolémée, Géographie, II, 7, 6., au sud de la Loire-Atlantique.

Dans l'Empire romain, les Pictons constituent une cité (civitates) ayant pour capitale Limonum (Poitiers). Elle fait partie de la Gaule aquitaine à partir du règne d'Auguste, et de la province d'Aquitaine seconde à partir du règne de Dioclétien.

Les noms de la région historique du Poitou et le nom actuel de Poitiers viennent tous deux du nom de ce peuple.

Philologie Mentions littéraires antiques Le mot PictonesDictionnaire latin-français Gaffiot, page 1179 : « Pictones, Pictonum, les mêmes que Pictavi ». est utilisé par des auteurs romain écrivant en latin classique, notamment César dans la Guerre des GaulesGaffiot : César, Guerre des Gaules, 3, 11 et 7, 4. et le poète Lucain dans la PharsaleGaffiot : Lucain, I, 436..

Le mot PictaviGaffiot, page 1179 : « Pictavi, Pictavorum, peuple d'Aquitaine [habitant le Poitou] ». est utilisé par Ammien MarcellinGaffiot : Ammien, 15, 11, 13., auteur du .

On trouve aussi les adjectifs pictonicus et pictavicus (chez Ausone, auteur du , originaire de Bordeaux) ainsi que pictavus (chez Sulpice Sévère, du ).

Mentions en français à partir de l'époque moderne Le nom de ce peuple apparait, selon les sources et les époques, sous les formes « Pictons » et « Pictaves ».

On trouve aussi la forme « Pictes », par exemple dans le Dictionnaire étymologique du patois poitevin (1867) de l'érudit local Gabriel Lévrier : « Les Pictes furent nos ancêtres ; nous tenons d'eux un immense héritage : ils ébauchèrent notre civilisation, créèrent la plupart de nos villages, et jetèrent les bases d'un bon nombre de nos villes. Chaque jour nous foulons à nos pieds les forêts par eux consacrées au culte de Teutatès et d'Hésus, ainsi que les sillons tracés par leurs charrues grossières. »Gabriel Lévrier, Dictionnaire étymologique du patois poitevin, Niort, Imprimerie Mercier, 1867, page 7.. Mais à l'heure actuelle, le mot « Picte » désigne en français un peuple ancien d'Écosse, les Pictes (en latin Picti, en anglais Picts).

La dénomination usuelle à l'heure actuelle est PictonesAtlas historique, Paris, Larousse, 1978, page 22 : Carte de « La Gaule en 60 avant Jésus-Christ ». ou « Pictons ».

Étymologie du mot Pictones L'ethnonyme est formé sur un radical celtique pict-, qui signifie « rusé »Ernest Nègre, Les Noms de lieux en France, 1977, .

Les Pictons avant la conquête romaine Le territoire que les Romains appellent la Gaule (transalpine) au avant notre ère s'étend du Rhin aux Pyrénées. Les historiens estiment que les Celtes ont commencé à s'installer dans ces territoires au avant notre ère, mais on ignore le détail du processus d'occupation et de celtisation. Ils ont aussi envahi l'Italie, créant au nord de la péninsule la Gaule cisalpine, que les Romains ont conquise dès le avant notre ère, avant de s'emparer de la Gaule narbonnaise vers - 120.

Selon César, au moment où il commence sa conquête (en - 58), la Gaule est divisée en trois parties : la Celtique (de la Marne à la Garonne), la Belgique (au nord de la Marne), l'Aquitaine (au sud de la Garonne). Les Pictons, au sud de la Loire, font partie de la région de Celtique. Il s'agit d'un peuple indépendant et même assez puissant, tout comme dans l'ouest de la Gaule, les Vénètes, les Bituriges Cubes et les Santons.

thumb|Carte de la Gaule transalpine avant la guerre des Gaules. thumb|Localisation du territoire des Pictons au sud de l'estuaire de la Loire.

Territoire

Les territoires des peuples gaulois peuvent être reconstitués de façon approximative à partir de trois sources d'information : la toponymie ; la géographie historique ; l'archéologie, notamment la répartition des monnaies lorsqu'il s'agit d'un peuple émetteur, ce qui est le cas des Pictons avant la conquête romaine.

Toponymie La toponymie actuelle de la France permet de supposer l'existence d'un toponyme gaulois *Aucun texte (gaulois, romain ou autre) ne le donne. Il est reconstitué (d'où l'astérisque) sous une forme hypothétique à partir de la toponymie actuelle. D'autres formes sont envisagées, notamment *Ewiranda, *Egoranda. marquant la frontière entre deux peuples ; en français, ce toponyme apparait aujourd'hui sous les formes « Ingrandes » et « Aigurande », ou sous des formes plus éloignées (Ingrannes, Guirande, Guirlande, Egrenne, etc.). Ce toponyme peut aussi apparaitre dans une forme dérivée de sa traduction latine (Fines) : Fins. Ces toponymes sont parfois situés à la limite de deux départements.

En ce qui concerne les Pictons, on le retrouve trois fois sous la forme « Ingrandes » : au lieudit Ingrandes (commune de Couziers) près de Fontevraud-l'Abbaye, où il marquait la frontière avec les Andécaves (Anjou, Angers) ; à Ingrandes (Vienne), avec les Turons (Touraine, Tours) ; à Ingrandes (Indre) près du Blanc, avec les Bituriges Cubes (Berry, Bourges) ;

On le retrouve aussi probablement : dans le nom du ruisseau des Équilandes, près de Bourg-Archambault (Vienne), à la frontière avec les Lémovices (Limousin, Limoges) ;

dans le nom de la rivière Guirande, au sud de Niort, à la frontière avec les Santons ;

Géographie historique On admet une relation assez forte entre les territoires des peuples gaulois d'avant la conquête et les territoires des cités gauloises de l'Empire romain, et par conséquent celui des diocèses chrétiens constitués à la fin de l'Antiquité. Or ces diocèses sont cartographiés à partir de l'époque moderne.

Dans le cas du diocèse de Poitiers, qui existe dès le IIIe siècle, il faut ajouter à son territoire du xviiie siècle celui des diocèses de Maillezais et de Luçon créés en 1317.

D'autre part, on pense que des territoires situés au sud de la Loire ont été attribués aux Pictons par les Romains après la guerre des Gaules, notamment l'actuel Pays de Retz, qui sera d'ailleurs conquis par les Bretons au xe siècle et séparé du diocèse de Poitiers.

Il faut aussi tenir compte des noms de localités attestées comme pictonnes par les textes ou par l'archéologie pré-romaine (oppida) : à commencer par la ville antique de Poitiers, Limonum.

Délimitation du territoire picton en 60 avant notre ère À partir de ces éléments, on peut établir avec une forte certitude que le territoire picton s'étendait sur le territoire de la Vienne et des Deux-Sèvres (par la suite appelé Haut-Poitou) et le sud de la Vendée.

Il est probable que la plus grande partie de Vendée n'en faisait pas partie, relevant probablement des AmbilatresCarte de José Gomez de Soto, d’après Jean Hiernard et Louis Maurin, dans .

L’extension du territoire picton jusqu’à la Loire sur tout son cours inférieur est une hypothèse à peu près abandonnée à l'heure actuelle : il s'agit d'une situation d'époque romaine.

Le territoire des Pictons est limitrophe au nord de ceux des Andécaves et des Turons, à l'est de celui des Bituriges Cubes, au sud-est de celui des Lémovices, au sud de celui des Santons, peuples qui ont ensuite le statut de cités de l'Empire romain. La situation est moins claire à l'ouest où se trouvent les Ambilatres et les Anagnutes, peuples qui disparaissent après la conquête romaine et dont le statut à l'époque de l'indépendance gauloise n'est pas bien connu.

Villes et économie

Limonum, oppidum des Pictons

Le nom du principal oppidum et probable capitale des Pictons est Limonum ou Lemonum (« l'Ormeraie »), dont la localisation correspond à celle de l'actuelle ville de Poitiers. Cet oppidum (terme qui désigne une ville fortifiée, généralement située sur une hauteur) est située sur un vaste promontoire au confluent du Clain et de la Boivre.

Ce nom celtique est formé sur un mot gaulois lemo-, « orme », qu'on retrouve dans le mot irlandais lem (même sens), avec un suffixe latinisé (-onum). À la fin de l'Antiquité, du fait de l'affaiblissement des structures romaines, Limonum (capitale de la cité des Pictons) devient (« la cité des Pictons », le mot « cité » prenant alors le sens de « ville où réside un évêque »), selon un processus général en Gaule romaineAutres exemples : Nantes, Bourges, Saintes, Paris, Metz, Lisieux, etc. Mais pas Bordeaux, Rouen ou Agen, etc. dont le nom vient du nom antique., et par la suite « Poitiers ».

Autres localités

site archéologique du Vieux-Poitiers (communes de Cenon et de Naintré, au sud de Châtellerault, à au nord-est de Poitiers) ; proche d'Ingrandes-sur-Vienne

Sites ruraux « Une ferme fortifiée gauloise en Poitou-Charentes » (lieu-dit Les Gains, à Saint-Georges-lès-Baillargeaux, à au nord-est de Poitiers) : « Résidence d'un aristocrate picton au ou au avant notre ère, cette ferme fortifiée domine une voie naturelle reliant Poitiers (Lemonum) à Tours (Caesarodunum) via Vieux-Poitiers, par les vallées du Clain, de la Vienne et de la Loire. »

Organisation politique et cultes

On connaît par le livre VIII de la Guerre des Gaules le nom du chef des Pictons à l'époque de la conquête romaine, , dont .

Religion : voir religion gauloise, druidisme.

Monnayage

vignette|droite|upright=1.4|Statère d’électrum de frappe pictonne avec au revers une main sous un aurige tenant une couronne et dirigeant un cheval androcéphale et à l'avers une tête d'Ogmios s'inspirant du profil de Philippe II de Macédoine "Statère à la main" (date: -100 à -50 avant notre ère; émetteur: Pictons (Gaule Celtique); matériel : électrum; poids 7g; diamètre 25mm; Avers: Tête d’Ogmius à droite, la chevelure en grosses mèches, d’où partent des cordons perlés; Revers: Aurige tenant une couronne dirigeant à droite un cheval androcéphale, dessous, une main; commentaire: L'avers de ce statère est inspiré de Philippe II de Macédoine (voir exemple en lien)) https://fr.numista.com/44705 En ligne sur le site CGB Numismatique..

Les Pictons émettent une monnaie spécifique à partir de la fin du Il s'agit de pièces d'electrum, mais on trouve aussi des pièces d'argent et de bronzeMichel Amandry (directeur), Dictionnaire de numismatique, Larousse, 2001, , .

Le monnayage picton, comme la plupart de ceux de Gaule, est inspiré du statère macédonien et des monnaies grecques de la colonie d'Empúries en Catalogne.

Les monnaies pictonnes sont de type armoricain, avec un revers présentant un caractère original : une main ouverte sous le cheval androcéphale habituel. , .

On retrouve des pièces de ce type en abondance dans les actuels départements de la Vienne et des Deux-Sèvres, mais en faible quantité en Vendée.

Une série en argent du , avec un cavalier ailé sautant par-dessus une fleur de type lys, est proche du monnayage des Bituriges Cubes. Son caractère proprement picton n'est pas certain.

La guerre des Gaules et la fin de l'indépendance

De 58 à 53 En 58 avant notre ère, Jules César est gouverneur proconsul de Gaule cisalpine et de Gaule narbonnaise. À ce poste, il est chargé de surveiller ce qui se passe dans la Gaule indépendante, où Rome a des alliés (notamment les Éduens) et des adversaires (notamment les Arvernes). Se posent alors en Gaule deux problèmes : les menaces du chef germain Arioviste et le projet de migration des Helvètes vers le territoire des Santons. Ces deux problèmes sont portés à la connaissance de César, qui décide d'intervenir militairement.

Les Pictons font partie des peuples qui peuvent se sentir menacés par la migration des Helvètes, au cas où elle aurait lieu par le nord du Massif central. Ils ont donc tout intérêt à l'intervention de Jules César.

Par la suite, ils confirment leur alliance avec Rome. Comme les Santons, ils fournissent une flotte à César en 56 av. J.-C. lors de la guerre contre les Vénètes.

Conflit interne lors de l'insurrection de Vercingétorix