Lélection présidentielle vénézuélienne de 2024 a lieu le afin d'élire pour six ans le président de la république bolivarienne du Venezuela.
Le président en exercice, Nicolás Maduro, est candidat à sa réélection sous la bannière de la coalition du Grand Pôle Patriotique Simón Bolívar (GPPSB), menée par sa formation, le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV). Il fait notamment face à l'indépendant Edmundo González Urrutia, qui bénéficie du soutien de la coalition Plateforme unitaire ou Mesa de la Unidad (MUD) réunissant la quasi-totalité de l'opposition. Entre 2019 et 2024, le Tribunal suprême de justice remplace les dirigeants de quatre des principaux partis d'opposition. Les dirigeants des partis Voluntad popular, Action démocratique, Primero Justicia et COPEI étaient concernés par cette mesure.
Selon les résultats préliminaires du Conseil national électoral (CNE)Créé par la Constitution de 1999, le Pouvoir électoral est un pouvoir indépendant - au même titre que les pouvoirs exécutif, parlementaire et juridictionnel -, qui est dirigé par le CNE et qui est régi par les articles 292 et suivants (constituteproject.org). Le CNE garantit « l'égalité, la fiabilité, l'impartialité, la transparence et l'efficacité des processus électoraux » (article 293)., avec 80 % des votes scrutés, Nicolás Maduro l'emporterait avec 51,20 % des voix, contre 44,20 % pour Edmundo González Urrutia. L'opposition conteste les résultats de l'élection et plusieurs pays et ONG émettent des doutes quant à la transparence de l'élection..
L'opposition publie deux jours plus tard sur internet ce qui, selon elle, correspond aux feuilles de décompte transmises et imprimées par les machines du CNE. Ces résultats sont totalisés sur un site web inclus dans les liens externes de cet article.
Des manifestations spontanées rassemblant des dizaines de milliers de personnes éclatent à travers le pays et dans la capitale Caracas pour s'opposer au maintien au pouvoir du président sortant, tandis que leur répression fait , et mène à . Deux mois et demi après le scrutin litigieux, plus de sont toujours enfermées dans les prisons vénézuéliennes pour des raisons politiques..
Différents pays se prononcent en faveur du président Maduro et d'autres pour González, ce qui rappelle une nouvelle crise institutionnelle ressemblant peu ou prou à la crise présidentielle de 2019-2022 dans le pays sudaméricain.
Contexte Révolution bolivarienne
vignette|gauche|redresse|Hugo Chávez L'élection présidentielle intervient sous la cinquième république établie en 1999 par Hugo Chávez. Élu en 1998, ce dernier se réclame du bolivarisme avec pour objectif l'établissement du socialisme du . Il met rapidement en œuvre un ensemble de réformes, désigné sous le nom de , dont une refonte complète des institutions avec l'élection l'année suivante d'une . Cette dernière élabore une Constitution de la république bolivarienne du Venezuela, adoptée par référendum en ..
Porté par une très forte popularité qui l'amène à être réélu en 2000, 2006 et 2012, Chávez fonde le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV) et procède à la nationalisation des industries clés. Les ressources naturelles du Venezuela et la hausse du prix des matières premières des années 2000 lui permettent en effet de financer un ensemble de politiques sociales, et suscite l’enthousiasme d'une partie de la gauche et des nationalistes-révolutionnaires à l'échelle internationale. Les investissements sociaux du gouvernement dans les domaines éducatifs, alimentaires et médico-sanitaires, aboutissent à une réduction du taux de pauvreté entre 2003 et 2008 de près de 30 points (de 54 % à 26 %), dont une diminution particulièrement significative de l'extrême pauvreté., tandis que près de sont alphabétisées entre 2003 et 2004 selon les chiffres de la Banque centrale du Venezuela. Ces progrès sociaux s’accompagnent aussi d'une réduction des inégalités mesurées par l'indice de Gini.
vignette|Pénurie dans les rayons d'un magasin en novembre 2013. Sa politique fait cependant l'objet de controverses : il lui est notamment reproché de ne pas poser les bases d'un développement durable au Venezuela, de gouverner de façon autoritaire et d'entretenir des liens avec plusieurs dictatures. La dépendance du pays aux revenus de l'exploitation du pétrole, qui représentent 90 % des exportations et 50 % du budget de l’État, conduit à partir de 2012 à une dégradation des principaux indicateurs macroéconomiques dans le contexte d'une chute des cours du pétrole. Ces problèmes finissent par prendre la forme d'une sévère crise économique. Couplée à une crise financière et monétaire, cette dernière se poursuit durablement, provoquant une grave crise politique, sociale, humanitaire et migratoire.. La dernière réélection de Chàvez en 2012 intervient dans ce contexte ainsi que dans celui de l'annonce de son traitement par chimiothérapie d'un cancer colorectal, qui l'affaiblit physiquement. Bien que réélu pour un quatrième mandat, il ne peut prêter serment et succombe des suites de sa maladie. Son vice-président Nicolás Maduro lui succède, d'abord par intérim, puis de plein droit après son élection à la présidentielle de 2013.
Présidence de Nicolás Maduro et virage autoritaire
vignette|redresse|gauche|Nicolás Maduro L'élection du dauphin désigné de Chávez se révèle très serrée, Maduro obtenant 50,62 % contre 49,12 à son opposant, Henrique Capriles, qui se présente avec le soutien de la quasi-totalité de l'opposition réunit au sein de la Table de l'unité démocratique (MUD).. Ce dernier conteste les résultats, accuse le gouvernement de fraude électorale, et remet en cause l'impartialité du Conseil national électoral (CNE).. Les manifestations qui s'ensuivent tournent aux affrontements avec les forces de l'ordre, provoquant au moins sept morts et une soixantaine de blessés, ce qui amène Capriles à suspendre son appel à manifester afin d'éviter de nouvelles violences...
Les élections législatives de 2015 voient la large victoire de la Table de l'unité démocratique, qui réunit plus des deux tiers des sièges à l'Assemblée nationale. Cette majorité qualifiée lui permet d'entamer fin une procédure de destitution à l'encontre de Nicolás Maduro, qui dénonce un , tandis que l'opposition organise une grève générale pour réclamer son départ du pouvoir. Le gouvernement réagit en procédant au blocage des travaux parlementaires, en s'appuyant notamment sur la Cour suprême, soumise au pouvoir depuis la nomination de treize de ses membres par la législature chaviste sortante juste avant la fin de son mandat. La cour annule les lois votées ainsi que l'élection de plusieurs parlementaires, faisant ainsi perdre à la MUD sa majorité des deux tiers..
vignette|redresse=1.2|Manifestations pro-gouvernementales en 2016 vignette|redresse=1.2|Manifestations anti-gouvernementales en 2017 Le , la cour va jusqu'à s'octroyer les pouvoirs du parlement, avant de reculer deux jours plus tard face au tollé que cette décision provoque chez la communauté internationale.. Le pouvoir change alors de stratégie en convoquant le une nouvelle assemblée constituante.. Élue deux mois plus tard selon un système électoral très favorable au chavistes , cette dernière étend ses prérogatives de manière presque illimitée au détriment de l'Assemblée nationale, qu'elle ne reconnait pas.. La constituante étant contrôlée par les soutiens du gouvernement, cette situation abouti de facto à la prise des pleins pouvoirs par Nicolas Maduro, accusé d'avoir mené un Coup d’État institutionnel.« Le Venezuela s’enfonce dans la dictature », lemonde.fr, 21 août 2017.. Les évènements provoquent un tournant dans la politique du pays, qui prend la forme d'une dictature, ainsi que dans sa perception par la communauté internationale, qui procède dès lors à la mise en place de sanctions contre le régime. Le TSJ est la plus haute juridiction qui coiffe le pouvoir judiciaire « indépendant » des autres pouvoirs de l’État (articles 253 et 254 de la Constitution).. Le gouvernement adopte la même année des lois « contre la haine » et la trahison pour justifier l'arrestation d'opposants. Le régime a couramment recours à la détention arbitraire, à la torture et aux exécutions extrajudiciaires, une situation dénoncée par des organisations telles qu'Amnesty International et Human Rights Watch... Sur la seule année 2017 et les six premiers mois de 2018, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme recense ainsi le meurtre sans procès de personnes par les forces de sécurité organisés en escadrons de la mort, en répresailles à leur participation à des manifestations anti-gouvernementales...
vignette|redresse=1.2|Juan Guaidó entouré de membres de l'opposition lors du cabildo ouvert à Caracas le 11 janvier 2019. Confronté à son interdiction de présenter un candidat à l'élection présidentielle de 2018 par le Tribunal suprême de justice, la Table de l'unité démocratique appelle au boycott du scrutin, qui est remporté par Maduro avec 67 % des voix pour un taux de participation de 46 %... Refusant de reconnaitre les résultats d'une élection qu'elle juge illégitime, l'assemblée nationale déclare le son président, Juan Guaidó, président de la république par intérim jusqu'à la tenue d'élections transparentes. La crise présidentielle qui s'ensuit s'étend jusqu'en 2022, Guaidó se voyant reconnu comme président par une soixantaine de pays sans toutefois disposer de pouvoirs réels ni parvenir à forcer Maduro à se retirer. La situation démocratique du pays continue alors à se dégrader.
Organisées dans le contexte de la pandémie de Covid-19, les élections législatives de 2020 conduisent à une victoire écrasante de la coalition du PSUV, le Grand Pôle patriotique Simón Bolívar, l'opposition s'étant divisée entre partisans de la poursuite du boycott mené par Guaidó, et ceux d'une participation au scrutin, menés par Capriles... La participation chute quant à elle à un peu plus de 30 %. L'assemblée constituante s'auto-dissout peu après les élections, sans avoir rédigé de nouvelle constitution...
Devenu de plus en plus autoritaire, le gouvernement chaviste de Nicolas Maduro se maintient par la force malgré la sévérité de la crise économique, qui provoque une contraction de près de 80 % du produit intérieur brut vénézuélien, une hyperinflation du bolivar fort et une émigration massive de la population avec plus de 6 millions de réfugiés économiques... La nécessité de contenter l'armée et les forces de l'ordre sur lesquelles s'appuie le régime conduit ce dernier à opérer un tournant mafieux en s'impliquant dans le trafic de stupéfiants pour se financer.
La pandémie de Covid-19, suivie de l'invasion de l'Ukraine par la Russie en donne cependant l'occasion au gouvernement vénézuélien de faire son retour au sein de la communauté internationale. La crise énergétique mondiale provoquée par ces évènements conduit en effet à rehausser l'intérêt envers les capacités de production pétrolière du pays. La faiblesse de l'opposition, minée par ses divisions et l'intensité de la répression, fait par ailleurs percevoir la dictature vénézuélienne comme un interlocuteur incontournable, faute d'alternative. En , le gouvernement américain du président Joe Biden cesse de reconnaitre Juan Guaidó comme président, puis conclut en octobre de la même année un accord avec le gouvernement vénézuélien, dans lequel il accepte de lever les sanctions sur le pétrole vénézuélien en l'échange de la tenue d'une élection présidentielle libre et démocratique en 2024.. Nicolás Maduro se présente à cette dernière en vue d'un troisième mandat, avec le soutien du Grand Pôle patriotique Simón Bolívar mené par le PSUV... Le , l'élection est fixée au , avec un dépôt des candidatures du 21 au , suivie d'une période de campagne électorale du 4 au ..
Réunification de l'opposition vignette|redresse|Edmundo González Urrutia