La musique luxembourgeoise est proche de ses voisines européennes. Au cours de son histoire, la région du Luxembourg a été le théâtre d'innombrables remous ethniques, mêlant de multiples éléments étrangers aux mœurs indigènes et apportant aux « résidents », tout comme à leur musique, des mutations multiples.

Musique classique Moyen Âge et Renaissance

Le territoire luxembourgeois était réparti sur deux juridictions ecclésiastiques : la province de Cologne avec le diocèse de Liège (Oesling), et la province de Trèves avec l'archidiocèse de Trèves. De ce fait, la musique religieuse dans l'ancien duché ait suivi plus ou moins deux courants différents, aux confins des civilisations latine et germanique.

À Liège, siège du diocèse ardennais, Sedulius et Otveus inaugurèrent au la tradition musicale messine, qui reçut ses lettres de noblesse avec la nomination de l'évêque Étienne (900-920), formé à Metz.

Ayant subi l'influence d'Aix-la-Chapelle et de Metz, Liège accomplit la réforme grégorienne et devint, à partir du , un haut lieu de la musique. Le plus ancien document de musique belge, le Planctus Karoli, écrit en notation neumatique et attribué à Colomban de Saint-Trond, de même que le drame liturgique de Samuel, mêlé de musique et en notation analogue, témoignent de l'activité musicale à Liège.

Un jeune trouvère nommé Jacques Bretel parcourut en 1285 le Barrois, la Lorraine et le Luxembourg. Il rencontra Joffroi IV dans son château d'Esch-sur-Sûre, l’« asile des ménestrels ». Bretel devait, comme héraut d'armes (?) du comte de Chiny, Louis de Looz, inviter la noblesse aux fêtes que son maître offrait à Chauvency, en octobre 1285, en l'honneur du comte Henri VI de Luxembourg, surnommé le Lion. La chevalerie du Luxembourg, sortie de ses manoirs, dansa et chanta beaucoup au tournoi, des chansons et des danses françaises, avec l'accompagnement de tambourins, de flageolets et de flûtes : Bretel cite près d'une quarantaine de refrains différents. On joua au Jeu du roi et de la reine et au Jeu du roi qui ne ment pas. C'étaient de petites pièces à la façon du Jeu de Robin et Marion, d’Adam de la Halle : des pastorales mêlées de chansons. On joua encore à : le béguinage, l'ermite, le pèlerinage, le provençal, le robardel, Bérengier ou le chapelet. Dans le chapelet, le personnage principal était la comtesse de Luxembourg, Béatrice d'Avesnes, la mère du futur empereur Henri VII de Luxembourg.

Le château de Durbuy en Ardenne, « gîte d'étape » du comte de Luxembourg Jean l’Aveugle, roi de Bohême, accueillait dans ses murs, de même que le château de Luxembourg, Guillaume de Machaut, musicien poète et secrétaire du roi Jean. Guillaume de Machaut (1300-1377) est reconnu comme le père spirituel de l’Ars nova dans l'histoire de la musique, avec la « création » de la polyphonie.

Le duc Wenceslas (1352 1383) avait accueilli à sa cour un ménestrel luxembourgeois, Jean d'Ivoix, « le poète au petit chapeau ». Les Chartes Reinach rapportent d'autre part que Wenceslas II (1383 1419) autorisa le le gouverneur du Duché de Luxembourg, Ugo von Elter, à payer la somme de à ses « Stadtpfeifer ». Les musiciens du Moyen Âge étaient groupés comme les différents corps d'artisans dans une corporation. En 1466, on trouve parmi les diverses associations une « corporation des cuisiniers et des musiciens » (« Zunft der Küche, Lüttenschlâger und Pfiffer »), qui comptait en 1765 encore 266 membres.

Sous les ducs de Bourgogne, puis sous les Habsbourg ( et siècles), les Pays Bas virent une floraison de compositeurs, des liégeois, puis des hennuyers qui émerveillèrent l'Europe. Les Belges, les « Fiamminghi » répandirent leur musique partout. L'art nouveau se perfectionna, tant dans le contrepoint que dans l'harmonie, et transforma les rythmes et les modes. II toucha à son apogée dans la musique vocale des messes, motets et chansons du , qui sont d'un style polyphonique admirable.

Il existe peu de traces des représentations de drames liturgiques ou des miracles médiévauxseul un texte du fait allusion au « Jeu de Marie et de Joseph » (« dat spyl ... van Marien und Josep »), un mystère représenté à Luxembourg en 1471 ou en 1472. Cependant le théâtre religieux dont la musique était tirée des chants liturgiques, ou composée dans le genre de ceux-ci, ou encore sous forme d'airs populaires, a existé à Trèves et à MetzExcepté les textes trévirois de deux religieux nous ne conservons la musique d'aucun de ces jeux. Tout au plus la mélodie de l'un ou l'autre cantique religieux, de l'un ou l'autre noël, encore en usage dans nos églises, peut elle être tirée d'un drame religieux médiéval..

La musique de danse de cette époque, le Moyen Âge finissant, ne nous est pas connue davantage. Cependant on relate l'une ou l'autre « soirée dansante » ; Élisabeth de Goerlitz, les 1et , dansa à l'hôtel de ville de Luxembourg « noch danzte unser gnedige frauwe [van Brabant] uf demselben rathuse uf pinxstage zu avent . . . ». En 1463, on cite, à Luxembourg, une danse de la Saint Jean (« sent Johans dancze ») et, lors d'un carnaval de 1479, une danse des épées aurait été exécutée«von jongen gesellen bürgeren und bürgerssoenen, die in der tzalen van 40 personen danzten mit blossen swerderen und riffen achter di stat».

Lors des deux processions jubilaires en l'honneur de la Vierge, en 1666 et en 1678, des corps de musique, trompettes, timbales, tambours, prirent une part très active aux fêtes qui se déroulèrent avec un faste extraordinaire dans la capitale. Le , le nouveau gouverneur de la province de Luxembourg, le comte d'Autel, fut reçu par la jeunesse de la ville, qui était allée à sa rencontre, « avec des violons, hautbois, tambours et gonfanons »chronique manuscrite de S. Fr. Blanchart. Quand un siècle plus tard, le prince Albert de Saxe et de Teschen et son épouse Marie-Christine d'Autriche, entra solennellement à Luxembourg le , une garde d'enfants en uniformes avait été constituée parmi lesquels se trouvaient des musiciens, tambours et fifres.

Les Jésuites organisaient dans leur Collège à Luxembourg, aux , de nombreuses représentations théâtrales : tragédies et comédies en latin ou en français, aux sujets sacrés et pieux, pastorales et ballets et la musique y était toujours mêlée. D'autre part, les confréries et les corporations des villes ont donné de temps à autre des représentations, dans le cadre de leurs grandes fêtes.

De nombreuses troupes ambulantes de comédiens, venant de toutes parts, ont traversé le pays depuis le propageant ainsi les chansons populaires et jouant les pièces de Hans Sachs. Ces acteurs, jongleurs, danseurs, chanteurs musiciens firent leur apparition partout, notamment dans les foires. Leur art, au , se rapprochait assez de l'opéra-comique de foires tel qu'il s'était développé en France dans le courant du , avec ses farces mêlées de couplets, ses pantomimes interrompues par des chansons, son petit orchestre de cordes et de hautbois et ses danses.

Sur un territoire exigu, dans une capitale forteresse, réduite dès le à un modeste chef lieu, en l'absence de grands mécènes et d'une cour véritable, la musique était incapable de prendre un grand développement.

La musique religieuse des cantiques et des chants sacrés, soit dans la partie wallonne, soit dans la partie germanique du Duché, subissait, jusqu'à la fin du , l'influence de Liège et de Trèves. II en allait de même pour les chansons populaires venues essentiellement de France, de Belgique et d'Allemagne. Parmi les chants populaires luxembourgeois les plus anciens, citons ceux des pèlerins de saint Job à Beckerich, de saint Laurent à Grevenmacher, un chant en l'honneur de saint Sébastien à Echternach ...

Période classique et romantique

L'activité des Luxembourgeois, sur le plan musical, prit réellement naissance en 1793, avec la création de la « Philharmonie Municipale » de Wiltz, œuvre de Kiseloppsky, ancien chef de musique d'un régiment prussien.

Vers 1815, il est fait mention dans la ville de Luxembourg de groupements de musiciens comme la musique bourgeoise, dont le chef était Henri Joseph Cornély, maître de chapelle et organiste à Luxembourg, et qui allait y fonder en 1822 la première école de Musique. En 1821, on relève que dans la procession de l'Octave de la Cathédrale Notre-Dame de Luxembourg, les élèves du cours de chant de l'Athénée exécutaient des cantiques sous la direction du Rhénan Heinrich Stammer, professeur à l'AthénéeCelui-ci avait aussi réalisé un recueil de 44 chants pour ses élèves: «Lieder für die gesangliebende Jugend am Athenaeum in Luxemburg», paru en 1818 chez L. Lamort, suivi en 1823 d'un livre de cantiques religieux.

Le eut lieu à l'aula de l'Athénée, devant 212 spectateurs, un grand concert vocal et instrumental de bienfaisance, exécuté par des civils et des militaires, au profit des sinistrés de Grevenmacher où un incendie avait, le de la même année, détruit presque toutes les maisons de la ville. Une « Société philharmonique », constituée à Luxembourg, inaugura l'année 1830 par une soirée musicale à laquelle assistèrent plus de 200 personnes, et au programme de laquelle figurèrent l'ouverture de Robin du Bois de Weber, une symphonie de Beethoven et les deux ouvertures de La Muette de Portici et de Guillaume Tell. Peu d'années auparavant, en 1824, était mort Blannen Theis, un ménétrier itinérant et aveugle, auteur notamment d'une chanson folklorique, À Arlon sur la Knippchen, dont les couplets très populaires étaient chantés partout.

Au milieu du , les musiques militaires de la garnison, appartenant à des régiments prussiens et brandebourgeois et à des régiments rhénans, donnaient régulièrement des concerts sur la Place d'Armes. Fortes de 30 à 35 musiciens, menés par des chefs tels que Orlamünder, Carl Faust, Wenzelburg ou Lützenkirchen, elles jouissaient d'une certaine popularité. Quelques grands concerts firent connaître au public luxembourgeois des sommités musicales de l'époque telles que Franz Liszt qui joua à l'Hôtel de Luxembourg sous les auspices de la Société philharmonique (1845) ou le grand pianiste Thalberg (1846). Les élèves de l'Athénée, dans leurs sections de musique et de chant, ne contribuèrent pas seulement à la solennité des fêtes scolaires, mais offrirent encore à un plus grand public des concerts de bienfaisance, tels que celui du , qui était donné au profit des sinistrés de Wasserbillig et de Stolzembourg, deux localités ravagées par des incendies.

Le chant enseigné et pratiqué déjà dans les collèges, fit son entrée également dans l'Ecole normale fondée en 1845, ainsi que dans les écoles primaires, pour lesquelles A. Godart composa un manuel de chantTheoretisch praktische Gesangschule für die Primàrschulen (1850). Les cours de chant étaient donnés aux futurs maîtres d'école par l'abbé Majerus, directeur de l'Ecole normale, ensuite par les Belges Mancion et Boisseaux, et enfin par l'Allemand Henri Oberhoffer (1857), qui enseigna la musique aux normaliens pendant une trentaine d'années. La musique vocale, cultivée dans les écoles et les églises, se vit créer un foyer nouveau dans une société de chant de la capitale, la « Liedertafel », née en 1843. L'année suivante fut fondée une école de musique de la Ville qui vécut jusqu'en 1882 et joua un rôle important dans la vie musicale de Luxembourg. Parmi ses directeurs figure Jean-Antoine Zinnen.