vignette|Un dragon-tortue situé dans le parc central de la ville d'Oussouriïsk. Le Moyen Âge du Primorié désigne une période de l'Histoire du Primorié, région actuelle de l'Extrême-Orient russe, qui s'étend de l'arrivée du peuple Mohe, peuple toungouse, dans la région vers les de notre ère, à l'annexion du Primorié lors de la convention de Pékin en 1860 par l'Empire russe.
L'arrivée du peuple Mohe succède à la fin de la période préhistorique primorienne. Jusqu'au , les Mohe vivent en tribus et sont en conflits avec les Chinois et les Coréens. À la suite de la bataille de Tianmenling en 698, ils contribuent à la formation du royaume coréen de Balhae, qui s'étend partiellement sur le Primorié. Balhae enrichit considérablement la région, mais s'effondre face aux Khitans de la dynastie Liao en 926.
La dynastie Liao doit composer tout au long de son joug sur le Primorié avec les rébellions des tribus locales, les Jürchens. Ces derniers font aussi la guerre à Goryeo, auquel ils infligent une défaite importante au tout début du . Aguda, chef de la tribu Wanyan, unifie les Jürchens, fondant alors la dynastie Jin, qui règne sur tout le nord du monde chinois. Le Primorié connaît alors un âge d'Or, avec de riches cités (Xuiping, Chaïguinskoïe, etc.).
Mais avec l'invasion mongole de la dynastie Jin, le Primorié passe sous le jong mongol. La région, alors connue sous le nom de Kaiyuan, devient une région isolée, très peu peuplée et presque sans civilisation. Sous la dynastie Ming, Kaiyuan est toujours peuplé par les Jürchens, qui commencent à s'unir à travers toute la Mandchourie (y compris Kaiyuan). L'unification des Jürchens marque la création de la dynastie Qing, qui règne sur le Primorié jusqu'en 1860.
Le règne Qing est marqué par une période sombre, où la répression pousse les tribus à se réfugier en forêt. C'est alors qu'apparaissent les principales ethnies toujours existantes du Primorié : les Taz, les Goldes et les Oudihés. Mais avec la conquête de la Sibérie par les Russes, la région commence à être exploré par les Européens et les Russes. Les conflits frontaliers sino-russes empêchent la Russie de prendre le Primorié, qui la prendra deux siècles plus tard avec la convention de Pékin en 1860.
Premiers empires
Peuple Mohe
Arrivée des Mohe et mode de vie Les Mohe () sont un peuple toungouse, dont les premières mentions dans les chroniques chinoises remontent aux de notre ère. Ils sont apparus pendant cette époque en Mandchourie, dans la région du fleuve Amour et au Primorié. Ils seraient les descendants des Yilous et des Sushens, et pourraient aussi venir du bassin du fleuve Liao. Ils auraient été influencés en arrivant par les restes des cultures de Poltsé et d'Olga. Ils vivaient dans de petits villages, eux-mêmes réunis au sein de tribus qui comprenaient plusieurs villages. Ils étaient engagés dans l'agriculture, l'élevage, la chasse et la pêche. Ils construisaient des pirogues d'ailleurs pour cette activité.
Il y avait une hiérarchie, avec des nobles et anciens, qui recevaient des cadeaux et offrandes des autres habitants. Ils avaient des esclaves, et les Mohe faisaient du commerce avec tous les autres pays autour, dont la Chine. Les dirigeants étaient des chefs militaires, qui pouvaient organiser des raids sur leurs voisins, et devaient protéger les habitants. La transition entre un mode de vie tribal et un État est alors en cours. L'agriculture était l'un des principaux domaines d'activités des Mohe, utilisant les chevaux et les cochons pour labourer les champs.
Tribus Mohe et sites de peuplement Selon les chroniques, il y avait plusieurs dizaines de tribus au , dont sept célèbres et influentes ; les sumo, les gudo, les anchegu, les baishan, les haoshi, les heishui et les fune. Ces tribus ne s'immiscent pas dans les affaires des autres tribus, mais en cas d'ennemi d'extérieur militaire, elles s'unissent. gauche|vignette|233x233px|La rivière Oussouri.|alt=Photographie depuis une colline d'une rivière assez large dans une plaine plate recouverte de forêts. Parmi ces tribus, il y avait les heishui mohe vivant dans les bassins du Sungari, de l'Oussouri et de l'Amour. Il y avait aussi au Primorié les Khaoshi Mohe, une tribu moins célèbre, qui vivait sur la côte orientale et une partie du golfe de Pierre-le-GrandLes autres six célèbres tribus sont toutes situées en Mandchourie.. Plus de mohe sont connus sur le territoire, dont ceux dans la plaine du Khanka (Kourkounikha, Arganovskoïe 1, Novoselichtche 1, etc.) ; ou ceux des Khaoshi, avec Monastyrka 3 ou Louzanovski. Les villages étaient fortifiés, et on a retrouvé dans ces sites une grande quantité d'armes (épées, lances, boucliers), des poteries, des objets ornementaux et des objets en bronze et fer. La vallée de la Suifen fut densément peuplée par les Mohes, avec parmi les sites ceux de Timiryazevsky, Mikhailovka et Vasilievka. Celle de Mikhaïlovka est d'ailleurs la plus grande de toute la vallée fluviale.
Les localités Mohe étaient situées à la confluence de rivières, dans un but purement militaire. Les colonies avaient des structures défensives sous la forme de remparts et de fossés sur deux ou trois rangées.
Les Mohe face aux Coréens et aux Chinois En 597, l'empereur chinois Sui Wendi, contrarié de l'oppression des Mohe par le roi coréen Go Yang, reproche cette oppression à ce roi. En effet, les Mohe étaient pour certains les vassaux de l'empereur chinois. Cependant, même si certains clans Mohe étaient leurs vassaux, les relations n'étaient pas toujours au beau fixe, et en 598, les guerres Koguryo-Sui éclatent, dans lesquelles les Mohe se rangent du côté des Coréens. Ainsi, la cavalerie Mohe, soit plus de , envahit le Liaoning. C'est le côté coréen qui gagne d'ailleurs cette guerre.
En 641, les Mohe s'allient aux Coréens et aux Seyanto, et la guerre Koguryo–Tang éclate en 645. Lors du siège d'Ansi, plus de sont enterrés vivant en représailles par la Chine vaincue par les troupes coréennes. En 668, lorsque la guerre se solde par un échec pour les Mohé, leur alliée Koguryo se désintègre, provoquant l'exil de populations de ce royaume vers la Mandchourie et le Primorié contrôlés par les Mohés. Cependant, de nombreuses tribus Mohés doivent en punition devenir vassaux de la Chine, et de nombreuses tribus Mohe se sont dispersées, mis à part les sumo mohe.
De l'autre côté de la Chine, l'Empire chinois est mis en échec par les Tibétains lors de la bataille de la rivière Dafei en 670, puis par de nombreuses autres batailles les années suivantes. Le second Khaganat turc qui vainc à mainte reprise les Chinois dans l'est et les examens impériaux causent eux aussi des troubles politiques en Chine. En 696, Li Jinzhong et Sun Wanrong, des Khitans se rebellent contre Wu Zetian, et de nombreuses populations du Liaoning fuient sur les anciennes terres de Koguryo, dont de nombreux Mohe qui avaient passé plus de 30 ans en captivité en Chine.
Pour apaiser les Koguryo et Mohe, qui eux souhaitent prendre part à la révolte des Khitans, la Chine offre à Dae Jungsang (Qiqi Zhongxiang) et à Geolsa Biu (Qisi Biyu) les titres de Duc de JinJin est le nom des terres de l'ex royaume Koguryo et de XuXu se situait sur les rives de la rivière Huai He.. Biu rejeta l'offre, et fut tué par une armée chinoise menée par le général Li Kaigu. Jungsang fuit et mourut peu après. Son fils, Daejoyeong, quitta la région du Liao pour le Jilin. Là, il défit en 698 les Chinois lors de la bataille de Tianmenling. Après la défaite des Chinois, Daejoyeong se proclama roi de Jin, Jin étant le premier nom du royaume Balhae.
Balhae
La création d'un État fort Jin s'établit ainsi en 698 sur une zone couvrant tout le nord de la Corée, certaines parties du Jilin, et dans un premier le sud-ouest du Primorié. Pendant les premières années d'existences, le royaume n'est pas accepté par la Chine, mais en 713, ils acceptent de devenir des vassaux de la Chine, scellant alors une alliance. C'est alors que le nom du royaume est changé de Jin à Balhae.
Alors que les sumo mohe, vivant dans le nord de la Corée et dans le raïon de Khassan faisaient partie dès la création de ce royaume en 698, il n'en était pas d'autres tribus Mohe vivant sur le territoire du Primorié. Balhae a ainsi entrepris la conquête de nombreuses terres de la région, avec un assujettissement loin d'être pacifique la majorité du temps. D'après des fouilles archéologiques entreprises dans l'ouest du Primorié, des colonies Mohe ont subi des destructions durant cette époque, témoignant de la violence de la conquête. La conquête a été progressive, s'étalant de la fondation du pays jusqu'au milieu du , soit une cinquantaine d'années. Durant ce temps, les Balhae ont construit des petits forts sur les collines, puis une fois la conquête faite, des forteresses sur le territoire.
Le principal obstacle durant cette conquête, commencée en 726, fut les Heishui mohe, vivant dans les bassins du Sungari, de l'Oussouri et de l'Amour, qui souhaitaient garder leur indépendance. Les Heishui mohe, conscients de leurs faiblesses numériques face à l'armée du royaume Balhae, s'allient avec la Chine. Mais en 728, le Japon apporte son soutien aux Balhae. La guerre éclate en 732, et dure jusqu'en 735, avec les Balhae sortant victorieux, et ainsi le début de l'annexion des Heishui mohe vivant dans les bassins de l'Oussouri et du Sungari, mais pas de l'Amour. Balhae reste un vassal de jure de la Chine, mais de facto, il est totalement indépendant, pouvant gérer toutes ses affaires régaliennes. Les annexions et conquêtes continue sous le roi Da Qinmao (737 - 793), le Primorié devenant subjugué à ce royaume.
Divisions administratives, localités et autres sites gauche|vignette|L'Empire Balhae en 800, avec ses régions et chefs-lieux.|alt=Carte des actuels nord de la péninsule coréenne et du Primorié montrant les divisions administratives de Balhae, avec des pointillés pour séparer les régions (au nombre de 15) et des points noirs pour les villes faisant office de capitales régionales. Balhae se divise alors en , dont 5 partiellement ou totalement sur le territoire actuel du Primorié, avec à chaque fois une capitale. Occupant le nord de la Corée et le raïon de Khassan, on retrouve la région de Longyuan, avec comme capitale Dongjing. Il y a ensuite la région du Shuiabin, avec comme capitale Yanzhouaussi nommé Huazhou ou Suibing, l'ancienne Oussouriïsk, qui s'étalait sur la plaine du Khanka et de la Suifen. Le nom de Shuiabin était par ailleurs l'ancien nom du fleuve Suifen. À l'est (vers Nakhodka) se trouve la région de Dingli, avec comme capitale Dingzhou (vers Partizansk). Au nord, il y a Anzhou (vers Dalnegorsk) qui gère la région d'Anbian, s'étalant sur le littoral oriental du Primorié. Enfin, dans le cours de l'Oussouri, se trouve la région d'Anyuan, gouvernée à Ningzhou.
Un total de du Balhae sont connus au Primorié, ainsi que quelques autres lieux religieux comme la grotte de Possiet. Les localités de Balhae étaient généralement situées sur des terres fertiles à très fort potentiel agricole dans les vallées fluviales. Plusieurs anciens temples se trouvaient dans la région, avec une architecture bouddhiste : Kopytinski, Abrikosovski, Korsakovski, Borissovskiy et de Kraskino.
+Sites des ruines de château de Balhae au PrimoriéNomPériodesPremières fouillesKraskinoBalhae2015StarorejenskoïBalhae1984Novogueorgievka-1Balhae2008Sinelnikovo-1 Balhae2001Nikolaïevka I Balhae2014NikolaïevkaBalhae1994GorbatkaBalhae2001VyssokoïeBalhae2007OtradnoïeBalhae2007Izvestkovaïa SovkaBalhae, Dongdan, Jürchens2015Kokcharovka-1 Balhae2012Kokcharovka-2Balhae2007MarijanovkaBalhae1999Krasnaïa Sovka-2 Balhae?Novogordeïevka (Krouglaïassovka)Balhae, Dongdan2002
Fonctionnement et culture vignette|Frontières en 900 avec le royaume Balhae et les Khitans.|alt=Carte présentant les forces en présence dans la péninsule coréenne en 900, et des alentours, avec à gauche la dynastie Tang, au nord-ouest les Khitans, et aussi l'archipel nippon.