En droit canadien, les valeurs de la Charte désignent les valeurs de la Charte canadienne des droits et libertés qui « sous‑tendent chaque droit et qui leur donnent un sens »École secondaire Loyola c. Québec (Procureur général), 2015 CSC 12, .; il s'agit d'un concept juridique distinct de la Charte elle-même qui sert à la fois : 1) d'outil d'interprétation statutaire, 2) de lignes directrices pour le développement de la common law, et 3) de cadre d'analyse obligatoire pour les décideurs administratifs dans l'exercice de leur pouvoir discrétionnaireCommission scolaire francophone des Territoires du Nord-Ouest c. Territoires du Nord-Ouest (Éducation, Culture et Formation), 2023 CSC 31 (CanLII), au para 77, <https://canlii.ca/t/k1kcv#par77>, consulté le 16 décembre 2023..
Application de la notion
Interprétation des lois Dans le domaine de l'interprétation législative, il n'existe aucune obligation pour les tribunaux d'interpréter les lois « de manière à les rendre conformes aux principes ou aux valeurs de la Charte canadienne, sauf pour trancher une ambiguïté qui persisterait à la suite de l’application de la méthode d’interprétation contextuelle »MédiaQMI inc. c. Kamel, 2021 CSC 23 (CanLII), au para 26, <https://canlii.ca/t/jg40w#par26>, consulté le 16 décembre 2023..
Autrement dit, c'est seulement en cas de doute persistant que les valeurs de la Charte interviennent pour interpréter le sens d'une loi. Dans les autres cas où il n'y a pas de véritable ambiguïté persistante, il n'est pas nécessaire de recourir aux valeurs de la Charte pour décider du sens d'une loi. La règle interprétative qui s'appuie sur les valeurs de la Charte canadienne est en réalité la même règle que celle qui est précisée à l'article 53 de la Charte des droits et libertés de la personne (Charte québécoise) : « Si un doute surgit dans l’interprétation d’une disposition de la loi, il est tranché dans le sens indiqué par la Charte »Charte des droits et libertés de la personne, RLRQ c C-12, art 53, <https://canlii.ca/t/19cq#art53>, consulté le 16 décembre 2023..
Lignes directrices pour développer la common law Les valeurs de la Charte peuvent servir au développement de la common law, notamment parce que la Charte s'applique à la common lawSDGMR c. Dolphin Delivery Ltd., 1986 CanLII 5 (CSC), 2 RCS 573, au para 25, <https://canlii.ca/t/1ftrj#par25>, consulté le 16 décembre 2023.. Dans l'arrêt Commission scolaire francophone des Territoires du Nord-Ouest c. Territoires du Nord-Ouest (Éducation, Culture et Formation)2023 CSC 31., la Cour suprême donne plusieurs arrêts où les valeurs de la Charte ont permis de développer la common law : SDGMR c. Dolphin Delivery Ltd. 2 R.C.S. 573, p. 602‑603. R. c. Salituro 3 R.C.S. 654, p. 675 Hill c. Église de scientologie de Toronto 2 R.C.S. 1130, par. 85 et suiv.; M. (A.) c. Ryan 1 R.C.S. 157.
Cadre d'analyse obligatoire pour les décideurs administratifs dans l'exercice de leur pouvoir discrétionnaire La règle voulant que les décideurs administratifs doivent obligatoirement tenir compte des valeurs de la Charte lorsqu'ils prennent une décision discrétionnaire est énoncée de manière claire dans l'arrêt Doré c. Barreau du QuébecDoré c. Barreau du Québec, 2012 CSC 12 (CanLII), 1 RCS 395, au para 56, <https://canlii.ca/t/fqn89#par56>, consulté le 16 décembre 2023. :
À titre d'exemple de l'application de ce cadre d'analyse, dans l'arrêt Commission scolaire francophone des Territoires du Nord-Ouest, la Cour suprême du Canada a précisé au sujet de l'article 23 de la Charte canadienne des droits et libertésLoi constitutionnelle de 1982, Annexe B de la Loi de 1982 sur le Canada (R-U), 1982, c 11, art 23, <https://canlii.ca/t/dfbx#art23>, consulté le 16 décembre 2023. que l’objet de la disposition est « à la fois préventif, réparateur et unificateur »Conseil scolaire francophone de la Colombie‑Britannique c. Colombie‑Britannique, 2020 CSC 13 (CanLII), 1 RCS 678, au para 15, <https://canlii.ca/t/j882r#par15>, consulté le 16 décembre 2023.. Dans cette affaire, elle accueille un pourvoi contestant la décision d'une ministre des Territoires du Nord-Ouest de ne pas admettre des élèves à des écoles de langue française au motif qu'elle « devait non seulement considérer les valeurs consacrées par l’art. 23 dans l’exercice de son pouvoir discrétionnaire d’admettre les enfants de parents non‑ayants droit dans les écoles de la minorité franco‑ténoise, mais elle devait en outre procéder à une mise en balance proportionnée de ces valeurs avec les intérêts du gouvernement »Commission scolaire francophone des Territoires du Nord-Ouest c. Territoires du Nord-Ouest (Éducation, Culture et Formation), 2023 CSC 31 (CanLII), au para 8, <https://canlii.ca/t/k1kcv#par8>, consulté le 16 décembre 2023..
Notes et références
Bibliographie Lorne Sossin and Mark Friedman, « Charter Values and Administrative Justice » (2014), 67 S.C.L.R. (2d) 391. Paul Daly, « The Doré Duty : Fundamental Rights in Public Administration » (2023), 101 R. du B. can. 297.
Catégorie:Droit au Canada Catégorie:Charte canadienne des droits et libertés