Le col du Mont-Cenis (en italien colle del Moncenisio) est un col qui relie la vallée de la Maurienne, en France, et le val de Suse, en Italie. Il se situe au sein du massif du Mont-Cenis, à d'altitude. Il est voisin du col du Petit Mont-Cenis, d'altitude légèrement supérieure () mais non carrossable. Voie de communication et d'échanges commerciaux, il était devenu à partir de l'annexion de la Savoie et du percement du tunnel du Fréjus principalement d'intérêt militaire, ses environs étant entourés de fortifications. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le col est devenu un lieu touristique prisé des randonneurs.
D'orientation nord-ouest/sud-est, il se trouve sur la route qui va de Lanslebourg-Mont-Cenis, en Savoie, à Suse, dans la ville métropolitaine de Turin. Il servit de frontière entre la France et l'Italie de 1860 jusqu'au traité de Paris de 1947, mais se situe désormais intégralement en territoire français, la Maurienne retrouvant ainsi ses frontières historiques antérieures à l'annexion du duché par la FranceCollection de cartes anciennes des Pays de Savoie, 1562-1789, Archives départementales de la Savoie.
Toponymie Le toponyme Mont-Cenis désignerait le « mont des cendres ». Il est ainsi composé des termes « mont », une grande élévation naturelle (lat. Montem), et de Cenis, un lieu de « la couleur de la cendre, cendré, gris » (lat. Cinicius)., ..
Selon la tradition, à la suite d'un incendie de forêt, une grande quantité de cendres se serait accumulée sur le sol, d'où le nom. Le sentier de cendres a été retrouvé lors des travaux de construction de la routeGianni Bisio, article du quotidien la Stampa du 18 avril 2001, chronique de Turin..
Le mont Cenis est ainsi mentionné en 739 par Alpes in Cisinio, Monte Ciniso en 756. Le Frédégaire (compilation historiographique de 768) l'indique sous le toponyme Mons Cinisius. Il est par la suite désigné par les toponymes Montem Cinisium ou clusas Montis Cenisii au , Mont Cinis en 1275, Mons Sinisius au , Mont de Senis 1518.
Géographie et accès thumb|left|upright=0.5|Carte topographique et militaire sarde de la région du col du Mont-Cenis de 1821. Situé sur le versant occidental du massif du Mont-Cenis, il est accessible depuis la vallée de la Maurienne côté français, et par le val de Suse depuis l'Italie. Contrairement à la grande majorité des cols, celui-ci ne plonge pas immédiatement sur l'autre versant, mais s'ouvre sur une vaste dépression occupée par un lac.
Depuis la construction du barrage et la création du lac du Mont-Cenis, le lac naturel et l'hospice qui y avait été bâti ont été noyés sous les eaux. Actuellement le point de passage le plus haut de la route s'élève à , au plan des Fontainettes, à proximité de la chapelle Notre-Dame-de-l'Assomption et du jardin alpin.
Le col est fermé pendant la période hivernale (du novembre au 30 avril)Site officiel des pouvoirs publics sur les ouvertures des cols en France en raison de son fort dénivelé, de son altitude mais aussi des forts retours d'est, source d'enneigement important .. Il arrive parfois qu'il reste fermé plus tardivement, comme au printemps 2016 où il ne fut ouvert que le pour cause de déneigement tardif.
vignette|center|upright=2.5|Vue du col du Mont-Cenis, sur la gauche de l'image, qui perce le cœur du massif et s'ouvre sur un vaste plateau occupé par un lac ; à droite, la Maurienne.
Histoire Antiquité et Moyen Âge
Le col du Mont-Cenis n'a joué que tardivement un rôle important dans les relations transalpines. Les recherches les plus récentes remettent en cause le fameux passage d'Hannibal en 218 : elles le situeraient au col de la Traversette, en Queyras. Quant aux Romains, après avoir maîtrisé les deux versants de la chaîne des Alpes sous le règne de l'empereur Auguste, ils lui ont préféré le col du Petit-Saint-Bernard (connu sous le nom de in Alpe Graia) plus au nord pour la relation entre Lugdunum (Lyon) et Mediolanum (Milan) comme l'atteste la table de Peutinger. Plus au sud, c'est le col de Montgenèvre qui constituait l'axe principal de la province des Alpes cottiennes, capitale Suse, entre les vallées de la Doire ripaire et de la Durance ; le peuple des Médulles de la future Maurienne n'en était qu'une annexe secondaire.
C'est avec les Carolingiens que le Mont-Cenis entre dans la grande histoire. En 773, Charlemagne, dans sa lutte contre le roi des Lombards, franchit les Alpes au Mont-Cenis, marchant sur les pas de son père Pépin le Bref qui l'avait emprunté quelques années auparavantJules Blache, « L'ancienne voie du Mont-Cenis », Revue de géographie alpine, , 1963, (lire en ligne).. Cette épopée a été la source d'inspiration du peintre Paul Delaroche dont l'œuvre est exposée au château de VersaillesCharlemagne traverse les Alpes au Mont-Cenis défendu par les Lombards en 773, Delaroche Paul (1797-1856), Versailles, châteaux de Versailles et de Trianon, Réunion des Musées Nationaux - Grand Palais.. À partir de 825, l'empereur Louis le Débonnaire confie à son fils Lothaire le soin de créer un hospice en bordure du lac naturel du Mont-Cenis ; il sera dévasté un siècle plus tard lors des invasions sarrasinesFrançois Forray, « La Haute Maurienne » sur le site savoie-archives.fr.. Le 6 octobre 877, Charles II le Chauve succombe à la descente du col dans le village d'Avrieux, après avoir lui aussi livré bataille de l'autre côté des AlpesJanet Nelson, « La mort de Charles », Médiévales, volume 15, , 1996, 53 à 66..
thumb|left|Photo de l'hospice du Mont-Cenis avant sa disparition dans les eaux du lac.
Deux siècles plus tard, depuis le mariage d'Adélaïde de Suse avec Odon, comte en Maurienne, vers 1045.. ou 1046, dont la fiche « Othon (Odo, Oddon) » page 6., les deux versants du Mont-Cenis sont réunis sous la même autorité de celle qui va devenir la maison de Savoie. Lorsque s'ouvre la querelle des Investitures, c'est par le Mont-Cenis que l'empereur Henri IV franchit les Alpes en 1077, au cœur de l'hiver, pour résoudre le différend qui l'oppose au pape Grégoire VII. Cette épopée est connue sous le nom de la pénitence de Canossa..
alt=Carte des 4 itinéraires successifs pour le passage du Mont-Cenis|vignette|Carte des quatre itinéraires successifs pour le passage du Mont-Cenis.
Jusqu'au , l'itinéraire privilégié ne passe pas par Lanslebourg et le col du Mont-Cenis. On quitte l'axe majeur de la vallée de l'Arc à Bramans et l'on s'engage dans celle de l'Ambin, son affluent de rive gauche. Après la montée de la Crosta, on s'en écarte pour gagner plein nord le col du Petit-Mont-Cenis () qui donne accès au plateau du Mont-Cenis traversé en diagonale. La descente sur le val de Suse par la rive gauche de la Cenise est ensuite très brutale : 77 rampes pour dévaler un millier de mètres depuis Grand-Croix. Mais on se sait attendu à son pied par l'abbaye bénédictine de Novalaise, fondée en 726 par le patrice Abbon. On peut même à nouveau faire étape à l'hospice carolingien reconstruit sur le plateau.
C'est seulement à la fin du qu'a été aménagé le nouvel itinéraire : on reste en rive droite de l'Arc de Bramans jusqu'à Lanslebourg avec l'avantage de desservir au passage Sollières et Termignon. Il reste encore 33 rampes courtes et raides pour atteindre le véritable col du Mont-Cenis à . La traversée de la cuvette se fait au nord du lac naturel jusqu'à Grand-Croix. En revanche, sur le versant italien, il faut toujours affronter la même brutale descente sur Novalaise. On passe le Mont-Cenis à pied, à cheval mais pas avec des voitures. Celles-ci doivent d'abord être démontées et leurs éléments transportés à dos de mulet en cinq heures jusqu'à Novalaise. Ceux qui veulent s'épargner les fatigues de la marche ou qui n'en ont pas la force sont pris en charge sur chaise à porteur par une équipe de quatre à huit hommes se relayant (les « marrons »). Le tarif est proportionnel à la corpulence du client. Ceux qui le désirent peuvent toujours faire relâche dans l'hospice réaménagé au qui n'était pas tenu par des chanoines réguliers de l'Ordre hospitalier de Saint-Antoine comme on l'a longtemps affirmé, mais bien par les bénédictins de la Novalaise. Les pèlerins ou touristes, comme Montaigne, côtoient les caravanes de mulets chargées de marchandises. Un trafic local, intra-alpin, à courte distance, est identifié comme une route du sel. Elle traverse le massif de la Vanoise par le col du même nom, permet d'échanger fromages, dont le beaufort réputé depuis l'époque romaine et le sel exploité aux mines de Salins en Tarentaise. Beaucoup plus important est le trafic transalpin. Au Moyen Âge, le col permet la relation entre les foires de Champagne et les riches régions italiennes. Par la suite, le déclin des foires de Champagne et l'essor de Milan font toutefois déplacer des flux commerciaux vers l'est et, conséquemment, les cols du Simplon et du Saint-Gothard se voient préférés.. Mais les autorités, ducales depuis 1415 puis royales depuis 1713, vont veiller au maintien du trafic à la fois techniquement, en améliorant les voies d'accès depuis la frontière avec la France, et diplomatiquement. Un article du traité d'Utrecht en 1713 prescrit : « Le commerce de la France avec l'Italie se fera par la chaussée de Lyon à Turin, par Pont-de-Beauvoisin, Les Échelles, le Mont-Cenis et Suse ». Ainsi la maison de Savoie mérite pleinement le titre de guichetier des Alpes. Les profits pour l'État sont tout autant que dans les droits de passage dans la richesse entretenue sur toute la traversée du duché par les dépenses des maisons de commerce. Par les « grandes voitures » de mulets lourdement chargés arrivent d'Italie, voire d'Orient, soieries, velours, épices ; les « petites voitures » colportent sel, beurre, vins, fromages, riz, huiles, citrons.
Histoire contemporaine Pendant la Révolution, des combats opposent les armées de la République française à celles du royaume du Piémont pour la maîtrise du col. Le général Dumas est nommé en décembre 1793 par le Comité de salut public commandant en chef de l'armée des Alpes, forte de , mais en pleine désorganisation. En quelques mois, il réorganise l'armée face à l'armée piémontaise, qui tient la ligne de faîte des Alpes. En premier lieu, il réclame des cartes précises de la région : « Je te prie citoyen Ministre de m'en faire envoyer un recueil que j'attends avec la plus grande impatience pour commencer mes opérations ». Il veille au bon équipement de son armée. Il forme une centaine d'hommes issus de la région comme « compagnie de guides à pied du Mont-Blanc ».
Au début d'avril 1794, il tente un premier assaut sur le col du Mont-Cenis qui se solde par un échec cuisant, où meurt le général Sarret. Deux semaines plus tard, Basdelaune remporte par surprise le col du Petit-Saint-Bernard, hérissé de redoutes, et s'empare des canons, qu'il dirige sur-le-champ contre l'ennemi. Cette opération terminée, Dumas revient à la charge sur le Mont-Cenis. Cette fois-ci, il commande personnellement les opérations, faisant revêtir à ses hommes une chemise blanche, quand le bleu des uniformes sur la neige blanche avait entraîné la mort des hommes de Sarret. Il remporte la bataille, s'emparant des bagages ennemis, de trente pièces de canon, et faisant . Il commente ainsi son succès : « Jamais victoire ne fut plus complète », précisant « Nous avons fait neuf cents prisonniers, tué beaucoup de monde, et notre perte, chose incroyable, ne se monte qu'à sept ou huit morts, et une trentaine de blessés. Je joins ici le rapport de chaque commandant. L'Europe étonnée apprendra avec admiration les hauts faits de l'intrépide armée des Alpes. Vive la République ! ».