Le tuba est un instrument de musique appartenant à la famille des cuivres. Par la variété de ses tailles et de ses formes, il constitue une sous-familleClifford Bevan, The tuba family, Scriveners, 1978 des cuivres. Le mot « tuba » provient du latin et désignait à l'époque romaine une grande trompette incurvée (tuba curva) utilisée dans le contexte militaireAnthony Baines, Brass Instruments - Their History and Development,1976.

Le terme générique « tuba » englobe une grande diversité d'instruments distincts, dont les caractéristiques sont sensiblement différentes en fonction de paramètres liés à une facture instable depuis les débuts.

Histoire vignette|gauche|Tuba basse de Wieprecht et Moritz (1835).

L'invention du tuba découle de celle du piston, qui révolutionne la facture des instruments de la famille des cuivres au premier tiers du . Vers 1835, Wilhelm Wieprecht, le directeur général des musiques militaires de Prusse, demande à l'ingénieur allemand Johann Gottfried Moritz de travailler à l'élaboration d'un cuivre grave à pistons qui pourrait avoir un timbre plus homogène et puissant que celui des ophicléides et bassons russes. D'autre part, un autre facteur, W. Schuster élabore entre 1830 et 1835 un tuba à trois barillets. De nombreux facteurs contribueront ensuite à l'évolution de l'instrument.

Parallèlement, Adolphe Sax travaille à améliorer le bugle, puis développe une gamme d'instruments, déclinée en sept tailles et tonalités différentes (du contrebasse en si bémol au sopranino en mi bémol), qu'il présente en 1844. Le succès de ses instruments est tel qu'ils sont connus sous le nom de « saxhorns », ou bugles/cuivres de Sax. Parallèlement aux saxhorns, Adolphe Sax développe une autre famille d'instruments : les saxotrombas ou saxtrombas, tombés en désuétude, mais qui donneront aux gros cuivres leur forme oblongue moderne.

Gustave-Auguste Besson. (1820-1874), autre facteur parisien important, délocalise son activité à Londres en 1858, à la suite de nombreux procès avec Sax. Outre-Manche, son entreprise prend une part majeure dans le développement des , où le saxhorn basse évolue vers l'euphonium.

, plusieurs dénominations s'entrecroisent. Cela génère une certaine confusion et une réelle difficulté à comprendre les différences entre les diverses formes d'instruments. De nombreuses variations de termes sont usitées selon l'origine géographique, historique ou le point de vue de l'utilisateur. Aucun système normalisé ne permet de satisfaire le plus grand nombre. , des tubas en fa, mi bémol, ut et si bémol.

Production du son vignette|redresse|Système à 3 pistons permettant de modifier la longueur du tube.

Le tuba est l'instrument le plus grave de la famille des cuivres, dont la tessiture varie en fonction de la longueur du tube. La sonorité varie en fonction de la géométrie globale, et notamment de la proportion de tube conique ou cylindrique par rapport à la longueur totale.

Pour modifier la hauteur des sons, comme sur les autres cuivres, le musicien (tubiste) fait vibrer ses lèvres en agissant sur divers paramètres : tension de l'appareil musculaire facial (zygomatique), quantité et vitesse de l'air expulsé, le tout en coordination avec les différentes combinaisons de doigtés. L'utilisation des 3, 4, 5, voire ou des systèmes rotatifs à palettes (de ) permet de modifier la longueur du tube. Le tuba à six pistons a une tessiture théorique de Les Instruments à vent, Georges Gourdet, PUF, , mais cela dépend des possibilités de chaque tubiste.

Famille Instruments alt=Tuba|vignette|redresse=0.3|Tuba. alt=Contretuba|vignette|redresse=0.3|Contretuba. alt=Euphonium|vignette|redresse=0.3|Euphonium. alt=Tuba baryton|vignette|redresse=0.3|Tuba baryton. alt=Saxhorn alto|vignette|redresse=0.3|Saxhorn alto.

Les tubas au sens large appartiennent à deux familles d'instruments différentes : les tubas et les saxhorns, auxquelles s'ajoute le tuba wagnérien (ou « tuben ») qui n'est pas un tuba contrairement à ce qu'indique son nom, mais appartient à la famille des cors : c'est en fait un cor modifié pour en changer la sonorité, « plus directe », « plus sombre que celui du cor et semblant plus éloignée mais aussi plus dense », située entre celle du trombone et du cor.

La famille des saxhorns comprend : le saxhorn sopranino (en mi bémol) ou « petit bugle » ; le saxhorn soprano (en si bémol) ou « bugle » ( en anglais) ; le saxhorn alto (en mi bémol) appelé simplement « alto » ou « pichotte » ( en anglais) ; le saxhorn baryton (en si bémol) appelé simplement « baryton » ; le saxhorn basse (en si bémol) appelé simplement « saxhorn » ou « basse » ; le saxhorn contrebasse en mi bémol appelé « bombardon » ou « tuba mi bémol ». Il est très répandu dans les pays anglo-saxons, notamment dans le contexte des brass bands ; le saxhorn contrebasse en si bémol appelé « contrebasse » ou « contretuba si bémol ». Il est principalement employé dans les orchestres d'harmonies, brass bands et batteries-fanfares ; le « tuba français » en Ut à 6 pistons, de construction similaire à celle d'un saxhorn basse, ne fait pas partie de la famille des saxhorns stricto sensu (cet instrument produit par la maison Courtois n'a pas été conçu par Adolphe Sax) ; le 6e piston abaisse la note d'une quinte ; en combinaison avec le 4e piston de quarte il permet au tuba français de descendre une octave en dessous du Do pédale à vide ; l'hélicon, qui n'est pas à proprement parler un saxhorn, mais qui peut être tout de même apparenté à la famille car dérivé du saxtuba. Il est très répandu en Europe de l'Est, mais aussi joué plus à l'ouest dans certaines fanfares (notamment la fanfare de cavalerie de la Garde républicaine) ; le soubassophone ou « souba », appelé aussi « sousaphone » ( en anglais), (en si bémol, parfois en mi bémol ou fa). C'est en fait un saxhorn contrebasse dont l'enroulement est modifié et dont le pavillon frontal est surdimensionné. L'instrument peut ainsi être porté à l'épaule et le son est orienté vers l'avant. Il est très employé en musique de rue et dans les batteries-fanfares. La famille des tubas (sens strict), du plus aigu au plus grave, comprend : le tuba ténor (en si bémol) ou « euphonium » ; le tuba baryton (en si bémol) ou simplement « baryton ». Il imite son cousin, le saxhorn baryton. D'ailleurs les deux instruments sont vendus indifféremment sous le nom de baryton ; le tuba basse (en fa) appelé simplement « tuba » ; le tuba contrebasse (en ut) ou « contretuba ». Dans la pratique, les perces sont souvent intermédiaires entre deux instruments-type recensés ci-dessus, de sorte que la distinction est souvent difficile à faire entre barytons, entre contrebasses et (contre)tubas, voire entre euphonium et saxhorn basse (ou entre trompette et cornet).

Il existe également quelques rares exemplaires géants de tuba sous-contrebasse ou de saxhorn sous-contrebasse sonnant à l'octave inférieure de leur homologue en version contrebasse.

Tessitures

Certains de ces instruments ont la même tessiture (du plus aigu au plus grave) : mi bémol : saxhorn sopranino, trompette mi bémol ; si bémol : bugle, trompette, cornet ; mi bémol : saxhorn alto (pichotte), ± cor (en fa pour la plupart), mellophone ; si bémol : saxhorn basse, euphonium, trombone, tuba wagnérien, barytons, ± tuba français ; mi bémol : bombardon, sousaphone mi bémol, tuba wagnérien basse (en fa le plus souvent), ± tuba basse ; si bémol : hélicon, sousaphone, saxhorn contrebasse si bémol, ± tuba contrebasse.

Lorsque les instruments ont la même tessiture, la différence se fait sur la sonorité déterminée par sa perce.

Facture Perce

Les tubas sont des instruments à perce conico-cylindrique : la section de l'instrument augmente sur la longueur, mais certaines sections (bloc pistons, coulisses) restent constantes.

Valves Comme pour tous les cuivres, il existe deux types de valves : les pistons et les palettes. Traditionnellement, les pistons sont plus utilisés en France et dans les pays anglo-saxons, les palettes sont plus utilisées en Allemagne et en Europe de l'Est. Néanmoins, dans le cas du (contre)tuba et de la contrebasse, les instruments sont conçus soit avec des pistons soit avec des palettes, il existe même certains modèles hybrides avec les deux systèmes. L'instrumentiste choisit donc son instrument selon ses préférences et son répertoire.

La plupart des instruments sont conçus avec , ou palettes. Les frontaux sont équivalents aux d'une trompette. Le quatrième piston, qui peut être frontal ou latéral, sert à abaisser la note d'une quarte, et procure un registre grave plus étendu et aussi plus juste. Cependant, il existe des instruments à , certains en ont 6.

Système de compensation

Tous les instruments à pistons, ou à palettes, sont faux (voir Problèmes de justesse). Pour pallier ce défaut, il faut ajuster la longueur de l'instrument afin d'avoir une note plus juste. Les petits cuivres, comme la trompette, ont des coulisses mobiles tandis que les gros cuivres sont conçus de plus en plus avec un système de compensation, en plus parfois d'une coulisse mobile.

Avec un instrument compensé, l'air sortant du dernier piston n'est pas dévié vers une coulisse, mais retourne dans les autres pistons, en passant par un deuxième circuit d'air. Ce dispositif permet d'ajuster la note en fonction des pistons déjà actionnés. De cette façon, la longueur de l'équivalent de la quatrième coulisse, si l'instrument a , est artificiellement modifiée en fonction des besoins. Contrairement aux idées reçues, la compensation n'a rien à voir avec le fait qu'il y ait un ni même avec la tessiture de l'instrument. C'est un système qui sert à rendre l'instrument plus juste.

Notation

La notation de la musique pour les tubas n'est pas uniforme. Elle varie selon la géographie et le contexte musical. Les tubas basse et contrebasse sont habituellement notés en clef de fa et en sons réels (répertoire soliste, symphonique, lyrique et en ensembles restreints).

En Europe, l'utilisation de la clé de sol demeure répandue pour la plupart des tubas dits « transpositeurs », tels que l'euphonium en si bémol, le saxhorn baryton, (plus rarement le tuba contrebasse en si bémol), tradition héritée de la pratique en brass band et en orchestre d'harmonie. Dans ce cas, le matériel d'orchestre propose des parties séparées transposées en si bémol ou mi bémol et notées en clé de sol ou clé de fa, une ou deux octaves plus haut.

Exemples : tuba basse et contrebasse en orchestre symphonique : la partition est généralement notée en clé de fa et en sons réels ; petits tubas : la partition est parfois notée en clé de fa et en sons réels ou en clé de sol octavié et transposée pour la tonalité de l'instrument.

Emplois Orchestre symphonique Les grands orchestres symphoniques professionnels comptent généralement un seul tubiste titulaire dans leur effectif, jouant les tubas basse et contrebasse. Quelques œuvres requièrent un deuxième tubiste, comme Une Symphonie alpestre () de Richard Strauss. Dans ce cas, l'orchestre a généralement recours à l'emploi d'un musicien supplémentaire contractuel. Certaines œuvres requièrent l'emploi d'un tuba ténor en ut, d'un saxhorn basse ou d'un euphonium, comme les Tableaux d'une exposition de Moussorgski et Ravel. Dans certaines partitions d'orchestre, l'utilisation du tuba a remplacé celle de l'ophicléide, comme la Symphonie fantastique de Berlioz et lOuverture du songe d'une nuit d'été de Mendelssohn.

Orchestre d'harmonie