James Ford Cairns, dit Jim Cairns, né le à Carlton et mort le dans la banlieue de Melbourne, dans l'État de Victoria, est un économiste et homme politique australien qui joue un rôle important au sein du Parti travailliste dans les années 1960 et 1970, et est brièvement Trésorier et Vice-Premier ministre du gouvernement de Gough Whitlam, après avoir occupé d'autres fonctions ministérielles.

Il est également considéré comme un leader du mouvement d'opposition à l'implication australienne dans la guerre du Viêt Nam. Économiste et écrivain prolifique, il est l'auteur d'ouvrages traitant de questions économiques et sociales.

Toutefois, sa carrière politique est marquée par deux affaires majeures. En 1974, il est accusé d'avoir contracté des prêts de manière irresponsable, ce qui le pousse à la démission. De plus, sa relation avec une femme, Junie Morosi, qu'il a engagé comme secrétaire, provoque une controverse dans les médias.

Biographie

Jeunesse James Ford Cairns naît le à Carlton, une banlieue ouvrière de Melbourne, dans l'État de Victoria. Fils d'un employé, il grandit toutefois dans une ferme laitière au nord de Sunbury. Son père participe à la Première Guerre mondiale en tant que lieutenant dans l', mais est déçu par la guerre, perd le respect qu'il avait pour la Grande-Bretagne et déserte. Il ne revient pas en Australie. Après la guerre, il abandonne sa famille et se rend en Afrique où il se suicide au bout de six ou sept ans. De nombreuses années plus tard, Cairns dira à Gough Whitlam qu'il croyait depuis longtemps que son père avait été tué pendant la Première Guerre mondiale, mais qu'on lui avait finalement dit la vérité sur la désertion de son père.

Cairns fréquente la , puis plus tard la , où il obtient son certificat de fin d'études. La vie durant la Grande Dépression est difficile, sa mère devant travailler pour subvenir aux besoins de la famille et lui-même devant effectuer un trajet quotidien de trois heures en train. Malgré cela, il est bon élève et se fait un nom à la en participant au championnat de saut en longueur de l'école. Il le remporte facilement avec un saut de vingt pieds et deux pouces, ses concurrents réalisant des sauts de seize à dix-sept pieds.

Début de carrière professionnelle En 1933, Cairns rejoint la police dans le but de consacrer plus de temps à l'athlétisme. Il devient rapidement enquêteur et acquiert une notoriété en travaillant dans une équipe de surveillance spéciale connue sous le nom de , avec laquelle il est impliqué dans un certain nombre d'arrestations spectaculaires. Tout en travaillant, il étudie le soir et obtient un diplôme en économie à l'université de Melbourne. Il est le premier policier de Victoria à se voir décerner un diplôme supérieur.

Cairns quitte la police en 1944. Par la suite, il est employé successivement comme professeur et maître de conférences dans l'armée de terre australienne et comme maître de conférences en histoire économique à l'université de Melbourne. Il est un économiste averti, considéré comme socialiste. En 1946, il postule pour adhérer au Parti communiste, mais est refusé.

Premiers engagements politiques vignette|Jim Cairns en 1956. À la suite de ce rejet, Cairns rejoint le Parti travailliste et devient actif au sein de son aile gauche. La branche de l'ALP dans l'État de Victoria est à cette époque infiltrée par les , anticommunistes, pour la plupart catholiques, associés à l'archevêque Daniel Mannix et à B. A. Santamaria. Cairns est l'un des principaux opposants à ce groupe.

En 1955, lorsque le leader travailliste fédéral, Herbert Vere Evatt, attaque les Groupers et provoque une scission majeure au sein du Parti travailliste, Cairns se range du côté d'Evatt. Aux élections fédérales de 1955, il se présente à la Chambre des représentants dans la circonscription ouvrière de Yarra, détenu par le principal grouper, Stan Keon. Après ce qu'il décrit comme la , Cairns est élu et occupe le siège de la circonscription de Yarra jusqu'aux élections de 1969, lors desquelles la circonscription est redécoupée. Il déménage ensuite dans la circonscription de Lalor, qui couvre la banlieue ouest de Melbourne. Le siège de représentant y est aux mains des travaillistes depuis sa création en 1949, mais a été remporté par le libéral Mervyn Lee en 1966, dans le cadre de la vague libérale de cette année-là. Cependant, un redécoupage électoral efface la majorité de Lee et donne au Parti travailliste une avance théorique de six points. Plutôt que de faire face à une défaite presque certaine, Lee se lance dans une tentative infructueuse dans la circonscription de Bendigo. Finalement, Cairns gagne facilement Lalor.

Montée en puissance en politique À Canberra, Cairns devient un leader de la gauche. Il est un bon débatteur est bientôt craint et détesté par les ministres du gouvernement libéral de Robert Menzies, même si ses relations personnelles avec Menzies lui-même, qui éprouve presque toujours du respect pour un adversaire intelligent et intègre, sont plus cordiales qu'attendu. Cairns est également peu aimé par de nombreux membres de son propre parti, qui le considèrent comme un idéologue dont les opinions politiques sont trop à gauche pour l'électorat australien. Comme de nombreuses personnalités travaillistes de sa génération, Cairns passe la plupart de sa carrière dans l'opposition en raison de la présence ininterrompue de la coalition libérale au gouvernement de 1949 à 1972.

Cairns termine son doctorat en histoire économique en 1957 et, dans les années 1960, il s'impose comme l'une des principales figures du Parti travailliste. À cette époque, il donne également des conférences sur l'histoire marxiste et socialiste et des séminaires gratuits à Melbourne pour les travailleurs qui n'ont pas les moyens de poursuivre des études supérieures. Son premier voyage à l'étranger, qui a lieu aux États-Unis et en Asie, le marque beaucoup.

En 1966, Arthur Calwell prend sa retraite de son poste de leader travailliste et Cairns revendique la direction du parti, mais perd face à Gough Whitlam. L'année suivante, lorsque Whitlam propose sa démission dans le cadre de sa lutte contre l'aile gauche du parti, Cairns lui conteste à nouveau la direction. Même s'il ne réussit une nouvelle fois pas à remporter le poste, la marge est beaucoup plus petite que l'année précédente ; seulement six voix manquent pour que Cairns soit désigné. Whitlam nomme Cairns au poste de ministre fantôme du Commerce et de l'Industrie. À cette époque, Cairns, comme d’autres militants de gauche de sa génération tels que Clyde Cameron et Tom Uren, soutient fermement Whitlam, car il réalise que les travaillistes ne gagneront plus jamais le pouvoir sans une politique qui fait appel à la classe moyenne.

L'une des raisons pour lesquelles Cairns ne devient pas dirigeant du Parti travailliste est qu'à la fin des années 1960 et au début des années 1970, son objectif principal n'est pas la politique parlementaire mais la direction du mouvement de masse contre la guerre du Viêt Nam, dans laquelle le gouvernement Menzies s'engage en envoyant des troupes en 1965. Jim Cairns lutte aussi contre la conscription nécessaire à la poursuite de cette guerre. Jusqu’en 1968 cependant, la plupart des Australiens soutiennent la guerre. Whitlam lui-même reste prudent avant d’engager publiquement le Parti travailliste dans une position explicitement anti-guerre. L'opposition à l'implication de l'Australie au Vietnam est menée par le Parti communiste et les syndicats. Après 1968, cependant, l’opposition s’accroît parmi les non communistes et Cairns en vient à considérer le mouvement anti-guerre comme une croisade morale. Au cours de l'année électorale de 1969, plusieurs personnes opposées à ses idées radicales sur la guerre entrent par effraction dans la maison de Cairns, l'agressent et blessent grièvement sa femme.

En 1968, le psychiatre John Diamond conduit une série d’entretiens psychologiques approfondis avec Cairns. Enregistrés sur bande audio, ils sont décrits comme par l'un des biographes de Cairns. Ils sont initiés par le département de sciences politiques de l'université Monash, qui fait des recherches sur les motivations psychologiques des hommes politiques. Cairns les poursuit ensuite en privé avec Diamond pendant un an, les voyant comme . Un autre biographe de Cairns, Paul Strangio, note comment, dans sa technique d'entretien, Diamond .

En , Cairns, en tant que président de la campagne pour un moratoire sur le Viêt Nam, prend la tête d'une manifestation de masse rassemblant pour un sit-in dans les rues de Melbourne. Les participants réclament l'arrêt de la participation de l'Australie à la guerre. Il s'agit de la plus grande manifestation organisée en Australie, dépassée par la suite par les manifestations contre la guerre en Irak en , lors desquelles Cairns apparaîtra également pour la dernière fois en public. Des manifestations similaires, elles aussi de grande ampleur, ont lieu simultanément dans d’autres villes australiennes. Les violences attendues par les autorités ne se produisent pas et la force morale des manifestants, pour la plupart jeunes, a un effet majeur sur l'attitude des Australiens à l'égard de la guerre.

Jim Cairns au gouvernement Aux élections de décembre 1972, Gough Whitlam fait entrer le Parti travailliste au gouvernement pour la première fois en , et Cairns devient ministre du Commerce extérieur et de l'Industrie secondaire. Il a désormais abandonné une grande partie de ses convictions socialistes affichées au cours des années précédentes, même s’il croit toujours fermement à la planification étatique. Il s'entend étonnamment bien avec les chefs d'entreprise. Ses détracteurs affirment que c'est en raison de son soutien à leurs demandes d'aide gouvernementale. Au cours de son mandat de ministre du Commerce et de ministre de l'Industrie secondaire, Cairns effectue un certain nombre de visites commerciales à l'étranger. La plus réussie de ses visites à l'étranger a lieu en Chine et entraîne une augmentation du commerce extérieur australien avec la Chine, dont le montant passe de de dollars par an avant la visite à de dollars après sa visite. Après les élections de 1974, Cairns est élu chef adjoint du Parti travailliste, battant Lance Barnard par contre , et devient ainsi Vice-Premier ministre à la place de ce dernier.

En juin, le magazine The Bulletin publie un document issu de l', le service de renseignement intérieur australien, qui donne une vision controversée et hautement politique de Cairns. Les retombées politiques de cette fuite amènent le gouvernement à mettre en œuvre sa promesse électorale de 1974 en créant la Commission royale sur le renseignement et la sécurité ().

En , Whitlam nomme Cairns Trésorier d'Australie. C'est le point culminant de sa carrière politique. Le jour de Noël 1974, alors que Whitlam est en déplacement à l'étranger, le cyclone Tracy dévaste la ville de Darwin et Cairns, en tant que Premier ministre par intérim, impressionne la nation par son leadership. C'est au cours de cette période que Cairns engage Junie Morosi comme secrétaire personnelle. Il entame une relation avec elle qui contribuera à ruiner sa carrière.

Les problèmes économiques déjà importants de l'Australie s'aggravent en 1975, et Cairns apporte peu de réponses au nouveau phénomène de stagflation, combinaison d'un chômage élevé et d'une inflation élevée, conséquence du choc pétrolier de 1973. Les ministres des Finances étrangers, en particulier en Grande-Bretagne et en Europe, sont confrontés aux mêmes difficultés à cette époque, mais comme peu d'Australiens sont connectés aux médias étrangers pour s'informer, la crédibilité économique de l'administration Whitlam en souffre.

Fin de carrière politique et mort alt=Photographie en couleurs d'un homme portant une chemise jaune parlant debout devant un micro, sur une scène.|vignette|Intervention de Jim Cairns au festival Nambassa en 1981.