vignette|Armes de la famille d'Awans
La guerre des Awans et des Waroux est un conflit nobiliaire qui se déroula dans la principauté de Liège, principalement en Hesbaye, et qui débuta en 1297. Opposant initialement les lignages des Awans et des Waroux, le conflit impliqua progressivement de nombreuses familles de la noblesse hesbignonne, regroupées autour de ces deux partis. La Hesbaye dépendait alors de la principauté de Liège mais le prince-évêque de Liège se révéla incapable d'arrêter les hostilités. Cette guerre prit fin en 1335 par un traité de paix nommé la Paix des Douze ou la Paix des Lignages.
Ce conflit est un exemple typique d'une guerre féodale privée dont un autre exemple de la même époque est la guerre de la Vache qui décima le Condroz.
Le prétexte de la guerre des Awans et des Waroux n'est pas sans rappeler, pour les Hesbignons, la guerre de Troie. vignette|Armes de la famille de Waroux
Une guerre fratricide Les deux lignages antagonistes (Awans-Waroux) descendaient l'un et l'autre de Raës de Dommartin et de la belle Alix de Warfusée (début du ) et de leur fils Hugues de Lexhy.
Un prétexte D'après Hemricourt, le conflit trouve son origine dans un différend matrimonial opposant les lignages de Waroux et d’Awans. Hanneceau, cousin du seigneur Guillaume le Jeune de Waroux, souhaitait épouser une jeune serve du village d’Awans, à la situation avantageuse en raison de ses biens meubles et de son héritage. Le seigneur Humbert Corbeau d’Awans, qui la destinait au mariage avec l’un des membres de son entourage, s’opposa à cette union. Informé des intentions d’Humbert Corbeau, Hanneceau enleva la jeune femme et l’épousa.
Humbert Corbeau somma alors Guillaume le Jeune, seigneur de Waroux, de lui restituer la jeune femme. Celle-ci contesta cependant sa condition servile. Humbert Corbeau, ne parvenant pas à prouver dans le délai qui lui avait été accordé qu’elle était effectivement serve, essuya le refus de Guillaume de Waroux de la remettre à son lignage.
Humbert Corbeau rassembla alors plusieurs de ses proches afin de reprendre la jeune femme par la force. Celle-ci et son époux ayant trouvé refuge au château de Waroux, Humbert Corbeau et ses hommes entreprirent de ravager les biens du seigneur de Waroux, notamment son moulin, sa brasserie et ses terres.
L'attaque de Slins et ses conséquences La guerre étant ouvertement déclarée entre les deux partis, chaque seigneur fortifièrent leurs châteaux, y mirent des gens en garnison, et il y avait souvent des escarmouches et autres combats entre les deux camps. Hemricourt explique que comme rançon, il n'y avait que la mort pour ceux qui étaient pris.
En 1298, le parti des Awans, avec 600 hommes dont 215 chevaliers, avait attaqué puis bouté le feu à la tour de Slins (propriété de Baudouin, cousin germain du seigneur de Waroux), où s’étaient réfugiés quelques chevaliers du parti de Waroux, ce qui constituait un attentat énorme contre l'autorité du suzerain, le droit d'arsin n'appartenant qu'à l'évêque seul. L'évêque de Liège Hugues de Chalon imposa donc aux Awans un châtiment symbolique et humiliant, le harnescar, que raconte la chronique de Jacques de Hemricourt : Le seigneur Humbert Corbeau d'Awans et 12 chevaliers de sa parenté, pieds nus, en manches de chemise, portant sur la tête nue les selles de leurs chevaux, se rendirent dans cet état humiliant de l'église de Saint-Martin à la cathédrale de Saint-Lambert où, placés sous la couronne de lumière, ils demandèrent pardon au prince.
Peu de temps après, les hostilités recommencèrent de plus belle car les Awans ne digéraient pas la punition, ni les Waroux les dommages qui leur avaient été causés.
Des trêves de Dieu Ces trêves sont appelées quarantaines. Chaque mort d’un chevalier (baron) pouvait donner lieu à un gel des combats durant quarante jours au nom de la religion. Cela permettait de prier pour ses morts, de se rencontrer, de conclure des alliances, de se remarier, de nommer de nouveaux chevaliers, de faire la fête, etc. Celles-ci servent aussi notamment à calmer les esprits après un décès, pour éviter ou limiter le prolongement d'un conflit.
Un duel judiciaire thumb|alt=bas-relief représentant le combat|Le duel d'Aynechon et de Falloz en 1296, bas-relief en façade du Palais des Princes-Évêques de Liège. Un épisode marquant de cette guerre survint lors de la dernière nuit d’une quarantaine. Aynechon dit le Bâtard de Hognoul, membre du parti des Awans, accompagné de plusieurs hommes, attaqua un membre de la famille de Hamal, avec laquelle il était en conflit, et tua également toutes ses bêtes. L’attaque constituait une violation de la trêve alors en vigueur. Une plainte fut dès lors portée devant le prince-évêque de Liège.
Pour sa défense, Aynechon invoqua les circonstances de l’attaque, affirmant que la clarté exceptionnelle de la lune lui avait fait croire qu’il faisait jour. Cette justification ne suffit pas à écarter les accusations portées contre lui.
Faloz, du camp des Waroux, décida alors d'affronter Aynechon en duel judiciaire en . Celui-ci se déroulera à la place Verte de Liège (nommée au place Maréchal Foch) pour en découdre en un duel «à mort». Aynechon jouissait d’une réputation de combattant redoutable. Son adversaire, Faloz, était toutefois plus grand et plus puissant. Aynechon choisit de tirer parti de cette différence : il laissa Faloz attendre plusieurs heures, revêtu de son armure, tandis que lui-même attendit chez son ami Arnoul d’Awans, chanoine de Saint-Lambert et habitant de la place Verte. Il ne se présenta que quelques minutes avant l’expiration du délai fixé.
Une mort qui ravive les hostilités Le duel n'empêcha pas les hostilités de reprendre et Humbert Corbeau fut tué le lors des combats de Loncin qui se soldèrent par la défaite des Awans.
Un prince impuissant
En théorie, le prince-évêque ne pouvait intervenir dans une guerre privée sauf en cas de plaintes. Chacune de ses interventions entraîna un carrousel d’alliances entre les parties – le peuple de Liège (les métiers et corporations), le clergé (c’est-à-dire le chapitre de Saint-Lambert), les Awans, les Waroux, etc.
Si Waroux dépendait du comté de Looz, Awans dépendait de l'abbé de Prüm qui lui-même dépendait de l'évêque de Trèves. Un abbé ne pouvant exercer justice, il était représenté par un Avoué. Dans la pratique et vu la distance, le sire d'Awans avait usurpé ce titre. On comprend donc que le prince-évêque était plutôt favorable aux Waroux.
Une embuscade et l'entrée en guerre de Henri de Hermalle En août 1311, Guillaume de Jeneffe, seigneur de Waremme, accompagné de ses frères Arnoul de Jehaing et Butoir de Jeneffe ainsi que de plusieurs compagnons, tous membres du parti des Awans, tendit une embuscade à Henri de Hermalle. Celui-ci n’avait alors pas encore pris part au conflit, mais était l’un des adversaires personnels de Guillaume de Jeneffe.
Henri, grièvement blessé et laissé pour mort sur le terrain, survécut cependant sans séquelles grâce à l'aide de ses domestiques et de son beau-père le seigneur de Seraing. Il s'engagea alors dans le camp des Waroux dont il devint rapidement le chef. Il conta le récit de son attaque à ses proches (Hemricourt mentionne notamment les seigneurs de Hanneffe, de Seraing, de Warfusée, de Moumale et Hugues des Champs), et tous se rallièrent à lui dans l'objectif de le venger. Il est important de noter qu'alors ceux de Warfusée et de Hanneffe était du parti des Awans. Leur ralliement au parti adverse fut un coup dur pour les Awans, ces deux familles étant jusqu'alors très impliquées dans leur camp.
Après avoir rallié nombre de ses proches à ses côtés, Henri de Hermalle se décida d'aller assiéger le château de Waremme.
Le siège du château de Waremme Le projet des Waroux d’assiéger Waremme ne resta pas longtemps secret. Guillaume de Jeneffe fit alors venir à Waremme ses alliés de différentes parties de la Hesbaye afin de renforcer la défense de la ville et de son château.
Henri de Hermalle ayant avancé d’un jour la date prévue du siège, qui eut lieu le 7 juin 1313, les forces du parti des Waroux se dirigèrent en grande hâte et en nombre vers Waremme. Guillaume de Jeneffe, constatant que tous ses alliés n’étaient pas encore arrivés, réunit les seigneurs déjà présents à ses côtés afin de déterminer la stratégie à adopter.
Ceux-ci lui conseillèrent de rester à l’abri dans le château jusqu’à l’arrivée des renforts. Guillaume de Jeneffe refusa toutefois cette proposition et décida de défendre les fossés de la ville, tout en conservant le château comme position de repli. Le seigneur Jean Botier d’Aaz partagea son avis, et aucun des seigneurs présents n'osa s’opposer à cette décision.
Les Awans parvinrent dans un premier temps à défendre efficacement la ville. Henri de Hermalle décida alors de diviser ses troupes en deux et d’en envoyer une partie vers les hauteurs de la ville. Cette troupe pénétra dans Waremme par les jardins et prit les défenseurs Awans à revers, les plaçant ainsi entre deux forces ennemies.
Guillaume de Jeneffe fut alors contraint de se replier vers son château. La rue par laquelle les Awans devaient effectuer leur retraite étant trop étroite pour permettre le passage de tous les combattants, ceux-ci subirent de nombreuses pertes, parmi lesquelles Jean Botier d’Aaz. Butoir de Jeneffe, frère du châtelain de Waremme, fut également blessé à la main lors du combat et resta estropié.
Une bataille rangée thumb|alt=première page du texte imprimé|Début de la pasquille dans l'orthographe de Bailleux et Dejardin, 1844 On se donna finalement rendez-vous le jour de la Saint-Barthélemy () dans la plaine de Dommartin près de Huy. Il y avait 350 chevaliers au moins du côté Waroux, menés par Henri III de Hermalle, contre 270 chevaliers ou écuyers menés par Guillaume II de Jeneffe, châtelain de Waremme, côté Awans.
On se rangea en ligne, on manqua de piétiner les envoyés du Prince qui hurlaient «Trêve ! Trêve de par Monseigneur de Liège » et on se lança dans le combat suivant l'exemple du seigneur de Waremme.
Après de multiples péripéties, les Awans l’emportèrent. On compta au moins 65 chevaliers morts, dont Henri côté Waroux. Les seigneurs restants des deux parties se retirèrent dans leurs châteaux et on se calma par application d'une quarantaine.
Cette bataille resta vivace dans les esprits au fil des siècles. Une pasquille wallonne la célèbre encore au .
Fin de la guerre Suivant la suggestion du Prince-Évêque, on mit en place une assemblée (un tribunal) composée de six sages de chacune des parties. Le traité de paix fut rédigé et la paix fut signée le dans l'abbaye de Saint-Laurent, à Liège.
Voici un extrait du traité de la paix des Lignages ou "Paix des XII" :
« Il y aura paix éternelle entre les familles, et amnistie générale des guerres, meurtres, combats, haines, rancunes, dépits, injures, dommages, crimes, larcins, incendies, et d'autres méfaits, sans en excepter qui que ce soit, et sans que personne puisse jamais adresser aucune plainte à Monseigneur de Liège au sujet de ces dommages, lesquelles plaintes sont déclarées nulles pour l'avenir.
En mémoire perpétuelle de la réparation des désordres qui ont pendant si longtemps désolé le pays, il sera construit, en lieu convenable, une église consacrée à la Vierge, mère de Dieu, et aux douze apôtres. Les chevaliers du lignage des Waroux, par forme d'amende et en expiation de leur crimes, contribueront à la construction de cette église pour une somme de trois mille cinq cents livres, en bonne monnaie de Liége; le lignage des Awans fournira également pour sa part quatre mille livres de même monnaie, lesquelles sommes compenseront les pèlerinages auxquels les coupables devraient être condamnés.