L'histoire des Juifs à Tarnobrzeg commence au dès la fondation de la ville. Dès la seconde moitié du , ils occupent une position importante dans la ville tant du point de vue numérique qu'économique. À la fin du , ils représentent plus de 80 % de la population. Bien que ce pourcentage va diminuer en raison de l'émigration, ils sont près de au début de la Seconde Guerre mondiale. Très peu vont survivre à la Shoah, à part un petit nombre qui réussira à rejoindre l'Union soviétique. Il n'y a plus de communauté juive à Tarnobrzeg.
Tarnobrzeg est une ville de la voïvodie des Basses-Carpates dans le sud-est de la Pologne. Située sur la rive droite de la Vistule, à au nord-est de Cracovie et à au sud-ouest de Lublin, elle compte actuellement un peu moins de .
Tarnobrzeg fait partie de l'empire d'Autriche puis de l'Autriche-Hongrie jusqu'en 1918. À la suite de la Première Guerre mondiale, elle intègre la république de Pologne. Lors de la Seconde Guerre mondiale, elle fait partie du Gouvernement général de Pologne mis en place par l'Allemagne nazie. Elle est libérée par l'Armée rouge le .
Histoire de la communauté juive Début de la communauté du Les premiers Juifs sont apparus à Tarnobrzeg peu après la fondation de la ville en 1593. La jeune ville est commercialement attrayante et a le privilège d'offrir deux foires par an où l'on vend du grain. Elle manque également d'artisans qualifiés. Des artisans juifs viennent alors s'installer en ville, ainsi que quelques marchands qui ouvrent des boutiques.
À l'origine, les Juifs de Tarnobrzeg appartiennent à la communauté juive de Dzików, bourg situé à quelques kilomètres de Tarnobrzeg et qui est maintenant un quartier de Tarnobrzeg. Dans la première moitié du , la communauté possède déjà sa maison de prière. En 1654 ou 1655, l'armée suédoise assassine de la communauté de Dzików lors du Déluge suédois. Chaque année, à l'occasion de l'anniversaire de leur mort, une prière spéciale est récitée à la synagogue de la ville voisine de Sandomierz, dédiée à la mémoire de ces morts tragiques, dont voici un extrait: Adam F. Baran: Tarnobrzeg - Szkice z dziejów miasta ijego obywateli (Tarnobrzeg - Esquisses de l'histoire de la ville et de ses habitants): Dieu plein de miséricorde résidant dans les hauts cieux, accorde la paix véritable à l'ombre des ailes du Tout-Puissant, résidant au ciel dans les rangs des saints et des purs, brillant comme l'éclat des cieux sincères, aux âmes des saints et des purs tombés au champ d'honneur, assassinés sur la terre sainte locale de la communauté de Sandomierz, le 15 nisan 5414 ()… En 1718, Katarzyna de Staw Stokowska, la femme du comte Tarnowski, propriétaire de la ville, prête à la communauté juive pour construire une maison de prière à Tarnobrzeg. Les intérêts d'un montant de par an doivent être perçus par le curé de Miechocisko. Les premières informations sur le cimetière juif local datent de 1727. En 1748, les Juifs possèdent dans la ville et la communauté compte .
En 1757, des Juifs sont accusés d'avoir commis un meurtre rituel. L'un des présumés coupables est torturé à mort, tandis que plusieurs autres sont pendus ou brûlés sur le bûcher. L'enfant supposé assassiné est retrouvé plus tard vivant et la comtesse Tarnowski dédommage la population juive de la ville: Brief History of Tarnobrzeg; site: kehilalinks.jewishgen.org. En 1765, vivant dans la zone contrôlée par la communauté juive de Dzików, dont à Tarnobrzeg même, payent l'impôt par tête. En 1772, ont leur propre logement dans la ville, louent des maisons. On compte dans la ville, dont . Depuis 1779, les Juifs locaux sont autorisés à rejoindre des guildes d'artisans.
Dans la seconde moitié du , les Juifs occupent une position importante dans la ville, en tant que conseillers et intermédiaires des Tarnowski, propriétaires de la ville. Ils obtiennent souvent des privilèges de bail à rente. En 1778 et 1779, Wolf et Simpel Lewkowicz sont locataires des droits du marché, tandis que Samuel Zelmanowicz obtient en 1773 les droits sur les juifs faisant du commerce de céréales et le droit d'accise sur la viande casher. La communauté juive de Tarnobrzeg gagne en force et en importance d'année en année. À la fin du , elle occupe une place prépondérante dans le commerce des céréales, du bois et des transports. Dans les années 1781-1784, ils sont les seuls bailleurs généraux de tous les revenus de la cour, ils font le commerce d'outils agricoles, possèdent une brasserie, une distillerie, une boucherie, et une douzaine de bars.
La communauté au à la Première Guerre mondiale Dans la première moitié du , le hassid Meir, frère de Menachem Mendel de Linsk et oncle de Naftali de Ropshitz, devient le tsadik local. Il est l'auteur du traité Divrei Noam. La ville devient un centre dynamique du hassidisme. L'une des filles de Meir épouse Yaakov Isaak, un tsadik de Żabne, une autre épouse Salomon Halberstam de Piekło, tsadik de Nowy Sącz (Sanz). Eliezer Horowitz (? - 1860), fils de Naftali de Ropshitz et auteur de Imrei Noam, succède à Meir et est à l'origine de la dynastie hassidique de Tarnobrzeg. Il est suivi par son fils, Meir de Dzików (1819-1877), auteur de Imrei Noam, auquel succède plus tard son fils Josué de Dzików (? - 1912). À la mort de Josué, son fils Alter (1879-1943) devient le dernier tsadik de Dzików. Alter est mort à Cracovie, assassiné par les nazis en . Son fils Mendel Horowitz, plus connu sous le nom de Mendele, fut le dernier rabbin de Dzików et de Tarnobrzeg. Il fut emprisonné dans le camp de concentration de Płaszów, puis transféré à Mauthausen, où il meurt en 1944. Sa femme est décédée à Dantzig, ses deux fils : Meir et Yehele ont également été tués. Son troisième fils, Yehudele, a survécu et s'est installé à Jérusalem après la guerre.
Le , un énorme feu détruit la presque totalité de la ville. Le feu a pris dans un entrepôt détenu par un Juif où était stocké du kérosène. Seules quelques maisons sont restées intactes. La reconstruction de la ville démarre immédiatement: Shmuel Shaller: Tarnobrzeg Excerpts from the Polish Records; site: jewishgen.org. D'autres feux importants se déclarent en 1884 et en 1888. En 1887, l'ouverture de la ligne ferroviaire entre Dębica et Rozwadow marque le début d'un boom économique, malgré le handicap résultant de la situation de la gare à 3 km du centre de Tarnobrzeg.
Dans un premier temps, les Juifs s'installent à la périphérie de la ville, mais au fil du temps, ils migrent vers la place du marché, où ils commencent à faire du commerce.
Le commerce de la ville était presque exclusivement juif. En fait, il était très pauvre, car vers 1860, il n'y avait même pas dix petites boutiques à Tarnobrzeg, situées dans des maisons en bois. Dans ces quelques boutiques, on trouvait - outre ce que l'on pouvait acheter aux colporteurs du village - du tissu coloré, des mouchoirs, des rubans, du linge de maison, des casquettes, des pipes, dont les paysans étaient très friands à l'époque, des peignes, des bougies gitanes, des bougies de suif. Tout cela, à part le linge blanc acheté aux paysans, était importé par charrettes de Tarnów, d'où il provenait probablement des régions industrielles d'Autriche. Quelques autres Juifs possédaient du grain, qu'ils vendaient surtout les jours de marché, en le mettant dans des sacs. Enfin, quelques années avant 1860, il y eut la première boutique de ferronnerie, où l'on trouvait du fer en pièces détachées pour les forgerons, ainsi que de l'outillage, ou des chaudrons écrus à l'intérieur. Le stock de marchandises dans toutes ces boutiques était très modeste, sa valeur n'atteignant probablement pas : J. Słomka: Pamiętniki włościanina (Mémoires d'un paysan); Cracovie; 1929; Handel na wsi. Jarmarczenie. Handel miastowy. Początki handlu chłopskiego. Obrót pieniężny. Lichwa. Upadek gospodarstw chłopskich. Upadek mieszczan. Upadek dworów. Żydzi (Le commerce dans les campagnes. Foire. Commerce urbain. Les débuts du commerce paysan. Rotation de l'argent. Usure. Le déclin des exploitations paysannes. Le déclin des citadins. Le déclin des propriétaires terriens. Les Juifs)
En 1870, la communauté juive compte . Elle possède une synagogue et deux cimetières. En 1880, on compte vivant dans la ville, soit 80 % de la population totale. La Towarzystwo Kredytowe (Société de crédit), dirigée par Leib Eckstein, est établie à Tarnobrzeg en 1890, suivie par la Kupieckie Towarzystwo Eskontowe (Société d'escompte des commerçants) dirigée par Noe Goldmain en 1892. En 1900, la communauté juive compte , dont vivent dans la ville même. La communauté juive organise diverses activités caritatives, et possède une maison d'accueil pour les pauvres. En 1912, les Juifs représentent 76,3 % de la population totale de la ville, avec une baisse constante au cours des années suivantes : en 1921, la ville comptait , soit 67,7 % de la population totale. Cette diminution du nombre d'habitants juifs de la ville est liée à la vague d'émigration vers les pays d'Europe occidentale, les États-Unis et la Palestine. Au début du , une école hébraïque est ouverte en ville, créée par la fondation Maurice de Hirsch.
Les auberges sont assez nombreuses et vendent de la vodka: la plus populaire est tenue par Josek à l'hôtel de ville. Les premiers immeubles en brique construits à Tarnobrzeg appartiennent pour la plupart à des Juifs fortunés. En 1914, l'hôtel de ville devient également un bâtiment en brique, à l'initiative du comte Tarnowski. C'est là que sont installés les magasins juifs et l'auberge populaire. Outre le commerce, les Juifs pratiquent le négoce et s'enrichissent en transportant des textiles et de l'alcool le long de la Vistule depuis le royaume de Pologne. thumb|250px|right|La synagogue Sur le site de la synagogue en bois, détruite par le feu, une nouvelle synagogue en brique est construite entre 1862 et 1870. Elle sera rénovée en 1936. La synagogue est construite sur un plan rectangulaire. À l'origine, il y a une salle de prière principale orientée vers l'Est, et du côté Ouest un vestibule avec une galerie pour les femmes. Les murs et la voûte de la salle de prière principale sont recouverts de peintures polychromes: Żydowski Tarnobrzeg – Synagoga; site: um.tarnobrzeg.pl. La communauté possède deux cimetières, l'ancien cimetière consacré au , et le nouveau cimetière situé rue Maria Dąbrowska, installé au début du .
Au début du , plusieurs professeurs du collège de la ville, nommé d'après Tarnowski sont juifs: Mojżesz Laufer et Mojżesz Altenbaum enseignent l'allemand, tandis que Josef Nussbaum et Samule Zamojre enseignent les mathématiques. Dans les années 1899-1910, l'école industrielle de Tarnobrzeg accueille des élèves juifs. Pour l'année scolaire 1900-1901, il y a et 3 juifs, tandis que lors de l'année scolaire 1908-1909, sur , 10 sont juifs Stadnik J., “Uczniowie pochodzenia żydowskiego w Szkole Przemysłowej Uzupełniającej w latach 1899 -10”, Tarnobrzeskie Zeszyty historyczne, 1991/1, page 21. Place du Marché (Rynku)
L'entre-deux-guerres Pendant l'entre-deux-guerres, Tarnobrzeg compte une section de la Centralnego Związku Rzemieślników Żydów w Polsce (Association centrale des artisans juifs de Pologne) avec , une section de la Stowarzyszenie Kupców (Association des commerçants) dirigée par Lejb Just en 1939 et la Bank Ludowy (Banque populaire), qui compte en 1932.
Parmi la classe ouvrière juive, beaucoup sont membres du Bund ou adhèrent à des mouvements sionistes. La communauté juive de Tarnobrzeg est économiquement et socialement en relation avec les communautés juives voisines de Rozwadów et de Ulanów distantes respectivement de 30 et 50 km. Dans son article Żydzi w mojej pamięci (Les Juifs dans ma mémoire), Kazimierz Reczek : Kazimierz Reczek: Żydzi w mojej pamięci; 1991; pages: 12 à 16 se souvient du Tarnobrzeg d'avant la Seconde Guerre mondiale avec: