Le cinéma français occupe une place privilégiée dans l'histoire du cinéma, avec des scientifiques comme Joseph Plateau et Étienne-Jules Marey, des inventeurs de premier rang dont les découvertes ont été fondamentales, et avec des pionniers aussi imaginatifs qu'Émile Reynaud, Louis Lumière, Alice Guy, Georges Méliès et Léon Gaumont. Grâce à des financiers autodidactes de la trempe de Charles Pathé, il a contribué au développement de l'industrie mondiale du cinéma.
Parmi les réalisateurs les plus marquants de l'histoire du cinéma français, on retrouve Jean Renoir, Marcel Carné, François Truffaut et Jean-Luc Godard. D'autres réalisateurs importants comme René Clair, Jean Cocteau, René Clément, Robert Bresson, Alain Resnais, Jacques Demy, Claude Chabrol, Louis Malle, Jean-Pierre Melville, Henri Verneuil, Bertrand Tavernier, Claude Sautet, Éric Rohmer, Agnès Varda, Maurice Pialat, Bertrand Blier, André Téchiné, Patrice Leconte, François Ozon et Christophe Honoré.
En plus de son propre développement, le cinéma français a permis à de nombreux artistes de l'Europe et du monde entier de s'exprimer. Des réalisateurs célèbres, tels que Krzysztof Kieślowski, Walerian Borowczyk, Andrzej Żuławski, Gaspar Noé, Anatole Litvak, Michael Haneke, Paul Verhoeven, Otar Iosseliani, John Berry ou Roman Polanski sont comptés parmi les réalisateurs importants du cinéma français. Inversement, des réalisateurs du cinéma français, tels que Jean Renoir, Jacques Tourneur, Jean-Jacques Annaud, Jean-Pierre Jeunet, Olivier Dahan, Luc Besson, Francis Veber, Agnès Varda, Julie Delpy ou Claire Denis ont mené de fructueuses carrières internationales.
Le cinéma français a beaucoup d'importance, notamment grâce à ses acteurs qui ont marqué l'histoire du cinéma : dans les années 1930 et 1940 : Jean Gabin, Raimu et Michel Simon, Louis Jouvet, Pierre Fresnay, Gaby Morlay, après la guerre et jusqu'aux années 1960 : Danielle Darrieux, Michèle Morgan, Simone Signoret, Marina Vlady ; Jean Marais, Gérard Philipe, Bernard Blier, Charles Vanel, Fernandel, Bourvil, années 1960 et 1970 : les grandes vedettes Jean-Paul Belmondo, Alain Delon, Brigitte Bardot, Jeanne Moreau, Catherine Deneuve, Romy Schneider et Annie Girardot ; les acteurs Michel Piccoli, Jean Rochefort, Philippe Noiret, Jean-Pierre Cassel, Yves Montand, Jean-Pierre Léaud, Gérard Depardieu, Patrick Dewaere, les actrices Stéphane Audran, Anna Karina, Claude Jade, Françoise Dorléac, Marlène Jobert, Miou-Miou, Isabelle Huppert, Nathalie Baye, Isabelle Adjani. Outre ces acteurs, des comiques comme Louis de Funès et Pierre Richard. dans les années 80 et 90, Bernard Giraudeau, Juliette Binoche, Lambert Wilson. depuis les années 2000, Marion Cotillard, Audrey Tautou, Vincent Cassel et Omar Sy.
Histoire
Les inventions successives qui mènent à l'apparition des premiers films ont eu lieu au cours du , dans plusieurs pays, principalement les États-Unis, la France et l'Italie, mais aussi la Grande-Bretagne et l'Allemagne. Ce sont bien les films, en tant qu'ouvrages artistiques, qui sont à la base d'un des procédés historiques de leur représentation, les salles de cinéma. Avec son dispositif, public et payant, de projection sur grand écran, Émile Reynaud en 1892, imité par les frères Lumière en 1895, pourrait revendiquer la paternité de ce procédé qui est devenu peu à peu largement minoritaire dans les recettes de l'art du film. En effet, les salles de cinéma représentent aujourd'hui, en termes de marché, environ moins du quart des recettes d'un film, un autre quart est constitué des ventes de droits de diffusion aux chaînes de télévision, les 50 % restants proviennent des ventes en formats domestiques, DVD et Blu-Ray..
Des origines au début du parlant Théâtre optique d'Émile Reynaud vignette|redresse|Émile Reynaud. À la fin du , pendant les années héroïques des débuts du cinéma, la France fournit plusieurs pionniers importants. Émile Reynaud appelle ses films des pantomimes lumineuses, elles durent de 1 à 5 minutes chacune, mais leur durée de projection peut varier considérablement car l'opérateur a la possibilité d'arrêter sur une image pour donner plus ample information, ou revenir en marche arrière, repartir, revenir, et créer ainsi une succession de courtes scènes supplémentaires plus ou moins improvisées. De 1892 à 1900, les pantomimes lumineuses d'Émile Reynaud seront vues par un demi-million de spectateurs, un très gros succès pour une unique salle.
Le Théâtre optique permet de projeter des images animées. Ce sont les premières projections sur grand écran du cinéma, avant celles des frères Lumière. Le public assiste au déroulement d'une histoire, projetée par Reynaud en personne sur un écran installé dans le « Cabinet fantastique » du musée, plongé dans l'obscurité totale. Les personnages sont dessinés et ils bougent grâce à un mécanisme astucieux. Ce sont les premiers dessins animés du cinéma. Émile Reynaud les appelle des Pantomimes lumineuses.
Frères Lumière Louis Lumière met au point le cinématographe au cours de l'année (1895), avec l'aide de son ingénieur parisien Jules Carpentier. La même machine permet de prendre des vues photographiques animées, ainsi que les frères Lumière nomment leurs bobineaux (le mot anglais film, qui signifie pellicule, voile, est l'un des apports de Thomas Edison, qui viendra enrichir la langue française).
D'autre part, lors de son voyage à Paris, le père de Louis, Antoine Lumière, avait pu aussi admirer les pantomimes lumineuses d'Émile Reynaud. Des séances payantes auxquelles il avait sans doute assisté, le Musée Grévin se situant à quelques centaines de mètres seulement du lieu où était présenté le Kinétoscope de Thomas Edison et William Kennedy Laurie Dickson. Et là, sa conviction personnelle avait vite été faite : les films d'Edison ouvraient réellement des perspectives commerciales alléchantes, mais pas son procédé de vision individuelle, trop furtif à son avis. Les projections de Reynaud se faisaient sur un écran, devant un public rassemblé coude à coude, qui s'entraînait à rire, plaisanter, commenter et s'émerveiller en assistant aux comédies dessinées par le réalisateur. De retour à Lyon, Antoine avait orienté les recherches de ses fils vers la projection sur grand écran de vues photographiques animées.
Et, le , les frères Lumière déposent le brevet du Cinématographe avant de présenter, le , en projection privée à Paris à la Société d'encouragement pour l'industrie nationale, la Sortie de l'usine Lumière à Lyon. Après une tournée triomphale en France devant des spectateurs choisis, les frères Lumière se lancent dans la commercialisation de leur invention. Le , la première projection publique et payante des films de Louis Lumière se déroule à Paris dans le salon indien du Grand Café, 14 Boulevard des Capucines.
Débuts Le succès des projections dans le sous-sol du Grand Café n'est qu'un début. Dès 1896, les frères Lumière entreprennent une gigantesque opération de tournage à travers le monde. Grâce à eux, des opérateurs parcourent les continents, apportant ce spectacle nouveau et étonnant qu'est un photographe actionnant consciencieusement une manivelle pour entraîner sa machine. Gabriel Veyre, Alexandre Promio, Francis Doublier et Félix Mesguich, les opérateurs vedettes, et bien d'autres, partent en train, en voiture, en bateau, emportant avec eux, non seulement leur Cinématographe sur un trépied, mais aussi les produits chimiques nécessaires au développement du négatif, car il faut stabiliser le négatif impressionné dans les délais les plus brefs. Ils développent la nuit (à cette époque, il est plus facile de trouver l'obscurité complète que de nos nuits, envahies actuellement par l'éclairage électrique généralisé). En plein jour, leur souci est de trouver de l'obscurité pour charger la précieuse pellicule dans la caméra. Les caves, les cryptes des églises, tout est bon, même un cercueil qu'un jour un opérateur doit louer pour continuer ses prises de vues. Francis Doublier, envoyé en Espagne pour filmer une corrida, comprend qu'il n'a pas assez de pellicule pour filmer correctement ses différentes phases. Il décide alors de réduire la vitesse de rotation de la caméra. Louis Lumière leur a tous appris qu'il faut tourner la manivelle au rythme de la marche guerrière : le Régiment de Sambre et Meuse, qui produit 16 à par seconde. Doublier oublie la consigne et tourne à par seconde, doublant du même coup la durée d'enregistrement de chacun de ses bobineaux de . Lorsqu'il visionne la copie positive en activant la manivelle de l'appareil de projection à la cadence normale, les vues enregistrées défilent en donnant l'impression que tout va plus vite : il vient d'inventer l'accéléré.
En 1896, un prestidigitateur, Georges Méliès, qui pratique déjà la projection de vues photographiques fixes à l'aide d'un couple de lanternes magiques dans son théâtre Robert-Houdin, qu'il a racheté, assiste à la première projection publique des frères Lumière et en ressort avec l'idée que la projection de vues animées serait d'un bien meilleur effet et attirerait une nouvelle clientèle. Il se lance dans la production de bobineaux qui sont d'abord de simples répliques des vues photographiques animées des Lumière, puis il découvre un trucage, l'arrêt de caméra, qui lui permet de faire apparaître, disparaître, ou se transformer des personnages ou des objets. Au début du cinéma en France, les films de Méliès font mouche. Comme tous les films de cette époque, ils durent chacun moins d'une minute. L'Homme Orchestre, Le Mélomane, L'Homme à la tête en caoutchouc sont des régals, Le Déshabillage impossible est désopilant. En 1899, Cendrillon est un film déjà long (). D'autres copient les tours de magie que permet n'importe quelle caméra. Louis Lumière lui-même confie à des opérateurs habiles qu'il a formés, le soin de « faire du Méliès ». Mais les frères Lumière comprennent vite qu'ils ne sont pas des hommes de scène et admettent volontiers leur incapacité à contrer des « saltimbanques », s'arrêtant définitivement de produire en 1902.
Georges Méliès importe de la photographie des techniques qui deviennent les premiers effets spéciaux du cinéma. La surimpression : la pellicule est rembobinée dans la caméra et repasse une seconde fois dans le couloir de prise de vues où sont impressionnées de nouvelles images sur les premières. Les fondus enchaînés : l'objectif est bouché progressivement avec une soie ou un feutre noirs, la pellicule est rembobinée sur quelques dizaines de photogrammes, la caméra dont l'objectif est obturé par la soie est redémarrée, la soie est progressivement ôtée, débouchant ainsi l'objectif ; les prises de vues se succèdent après un bref mélange des deux.
Georges Méliès importe un trucage mis au point par deux cinéastes de l'équipe de Thomas Edison (pour « décapiter » la reine Marie Stuart dans L'Exécution de Mary, reine des Écossais), qu'il systématise et porte à une complexité inégalée à l'époque : l'arrêt de caméra, qui permet de modifier comme par miracle un objet ou un personnage, ou le faire apparaître ou disparaître comme par enchantement : on arrête la caméra en prenant soin de ne pas la bouger, on change la position des objets ou des acteurs, on reprend la prise de vues ; après développement, on coupe les photogrammes surexposés qui révèlent l'arrêt et le redémarrage de la caméra, et on soude avec de l'acétone.
Georges Méliès met son talent de dessinateur au service des décors de ses films, qu'il peint lui-même, et notamment en exécutant d'habiles « trompe-l'œil », donnant l'illusion de la réalité sur 3 dimensions à des surfaces peintes à plat.