vignette|Bannière anticléricale portée lors de la marche de l'égalité de Poznań : « Dieu est mort ». « Dieu est mort » () est une célèbre citation du philosophe allemand Friedrich Nietzsche, reformulant la citation (« Si Dieu est mort, alors tout est permis ») du personnage d'Ivan Karamazov des Frères Karamazov de Fiodor Dostoïevski.
Cette phrase apparaît pour la première fois sous sa plume dans Le Gai Savoir (1882), aux aphorismes 108 (« Luttes nouvelles ») et 125 (« L'insensé »), et une troisième fois dans l'aphorisme 343 (« Notre gaieté »). Cet apophtegme se trouve aussi dans Ainsi parlait Zarathoustra.
Contexte La formule « Dieu est mort » peut être comprise non seulement comme un constat de la déchristianisation, partagé dès le début du siècle (notamment par des ecclésiastiques), mais aussi comme une critique de la religiositéIsabelle Wienand, Significations de la Mort de Dieu chez Nietzsche, de « Humain, trop humain » à « Ainsi parlait Zarathoustra », Peter Lang, 2006.
La citation complète de L'Insensé est la suivante :
Signification
Nietzsche pensait que la majorité des hommes ne voient pas (ou refusent simplement d'admettre) cette « mort de Dieu », et ce à cause de l'anxiété qui en découle. La Mort de Dieu commençant à devenir largement reconnue, le désespoir croît et le nihilisme gagne du terrain, accompagné de la croyance en une volonté humaine comme loi en tant que telle — tout est permis si votre volonté le demande. Ceci est en partie la raison qui a mené Nietzsche à comprendre le christianisme comme nihiliste. Pour Nietzsche, le nihilisme est la conséquence de n'importe quel système philosophique idéaliste, car tous les idéalismes souffrent de la même faiblesse que la morale chrétienne — on n'y retrouve aucune fondation sur laquelle bâtir. Il se décrit donc comme un « "homme souterrain" en plein travail, qui creuse tunnels et galeries et qui sape »trans. Hollingdale; Daybreak, Preface, sect. 1..
Origines de la mort de Dieu Avant que la phrase n'apparaisse chez Nietzsche, elle figure chez Gérard de Nerval sous la forme d'une exclamation, en exergue de son poème Le Christ aux oliviers (dans Les Filles du feu, 1854), librement adaptée et traduite d'un discours de Jean Paul.. Par ailleurs, Victor Hugo rapporte dans Les Misérables (1862) l'assertion telle qu'elle aurait été prononcée, au cours d'un dîner chez lui, par le même Gérard de Nerval ; il répond que c'est selon lui ....
La mort de Dieu chez d'autres auteurs C'est donc en 1882 qu'on trouve pour la première fois sous la plume de Nietzsche l'expression « la mort de Dieu ». D'autres auteurs après lui ont abordé cette thématique. Ainsi dans son livre majeur Les Formes élémentaires de la vie religieuse, Émile Durkheim (1858-1917), sociologue français, parle, trente ans après Nietzsche, de la mort des dieux. Dans la conclusion, il écrit :
Avec cette phrase, Durkheim fait référence à la crise morale que traverse la culture occidentale, la même crise à laquelle Nietzsche fait allusion. Il s'agit en effet de la chute du christianisme comme religion de l'occident et de la chute de la morale, la métaphysique, et les normes chrétiennes. Cette situation expose la société à un sentiment plus aigu d'anomie, ou de nihilisme, dans lequel « les règles traditionnelles ont perdu leur autorité »Durkheim, Émile. Le Suicide, Paris, PUF, 1897, p. 281..
La formule est au cœur de la déclaration rédigée par Serge Berna et déclamée par Michel Mourre lors de l'acte d'agitation anticlérical du , durant l'office pascal à Paris, passé à la postérité sous le nom de Scandale de Notre-Dame.
Dans Les Mots et les choses, Michel Foucault reprend l'idée nietzschéenne de la mort de Dieu et l'utilise pour parler de la mort de l'homme :
Déicide Selon Michel Onfray, Friedrich Nietzsche .
Notes et références
Voir aussi Articles connexes
Bibliographie complémentaire Isabelle Wienand, Significations de la Mort de Dieu chez Nietzsche, de "Humain, trop humain" à "Ainsi parlait Zarathoustra", Peter Lang, 2006 « Quatre malentendus nietzschéens (2/4) "Dieu est mort" », France Culture, Les chemins de la philosophie d'Adèle Van Reeth, avec Patrick Wotling (invité),
Catégorie:Concept nietzschéen Catégorie:Citation
ca:Friedrich Wilhelm Nietzsche#El diagnòstic: el nihilisme