Théo Van RysselbergheLe nom officiel de cette famille pour l'état-civil est Van Rysselberghe. Remarquons aussi que la coutume en Belgique au était d'écrire les Van avec majuscule, au contraire de la Hollande où il était plus perçu comme une particule. En Belgique l'usage du petit van date du avec la fausse idée que cela est plus distingué. C'est aussi à partir du qu'on donne dans les publications un petit van à van Rysselberghe. Force est de constater que les publications faites de leur vivant usaient d'un grand Van et que le peintre signait ainsi également (voir passim la revue L'art moderne). Pour l'orthographe du nom dont usait le peintre, lire : Théo Van Rysselberghe Catalogue raisonné, Ronald Feltkamp, éd. Racine) catalogue raisonné Théo van Rysselberghe Édition Racine Bruxelles 2003 ainsi que Monographie Théo van Rysselberghe Édition Racine Bruxelles 2003 l'on voit que Théo Van Rysselberghe usait tantôt de monogrammes avec grand Van tantôt de signatures avec grand Van et une ou deux signatures avec petit van : Signature Théo Van Rysselberghe. Dans sa préface Catherine Gide écrit toujours le nom de son grand-père avec grand Van., né à Gand (Belgique) le et mort à Saint-Clair au Lavandou (Var) le , est un peintre belge, connu pour avoir été l'un des principaux représentants du divisionnisme en Belgique.
Acquis aux idées anarchistes, ami intime d’Élisée Reclus et de Paul Signac, il donne des dessins à la presse libertaire dont Les Temps nouveaux de Jean Grave de 1897 à 1911 Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social, « Le Maitron » : notice biographique..
Biographie Théo Van Rysselberghe ou Théophile Van Rysselberghe de son nom de baptême est le fils de Jean-Baptiste Van Rysselberghe, menuisier, et de Mélanie Rommens, de la famille Van Rysselberghe. Il est le frère de Charles Van Rysselberghe et Octave Van Rysselberghe, tous les deux architectes. Il épouse Maria Monnom en 1889. Ils ont une fille, Élisabeth (née en 1890), qui est la mère de Catherine, l'unique enfant d'André Gide. Elle a neuf ans lorsque ses parents deviennent des proches d'André Gide. Un double coup de cœur réciproque s'établit entre Maria et Gide d'une part, et entre Élisabeth et le même Gide d'autre partFabrice Picandet, Gide et les femmes : Élisabeth, sur e-gide.blogspot.fr..
Après la mort de son époux Octave Maus en 1919, son épouse Madeleine publie en 1926 un hommage sous forme de recueil de ses activités dont les expositions, qu'elle dédie à Théo Van Rysselberghe qui avait fait le portrait de Madeleine en 1898, ainsi qu'à Vincent d'Indy, les amis les plus proches de son défunt mari : Trente années de lutte pour l'Art.
En fin de vie, il confie à son ami Jean Vanden Eeckhoudt la tâche de terminer un ensemble de trois grandes œuvres décoratives commandées pour le château du Pachy à Morlanwelz et lui lègue également son matériel de peinture.
Formation Pendant deux ans, de 1878 à 1880, il suit des cours du soir de dessin à l’Académie royale des beaux-arts de Gand. En 1878–1879, il fréquente les ateliers ‘Statues antiques’ de Théodore Canneel et ‘Anatomie’ de Joseph Morel et en 1879–1880, il s’inscrit aux cours de ‘Modèle vivant’ et d’‘Anatomie’ chez Morel. Il suit également les cours ‘Construction’ et ‘Étude de la transparence’, donnés par Joseph De Waele.
Après ses études à Gand puis à l'Académie de Bruxelles sous la direction de Jean-François Portaels et de Léon Herbo, Théo Van Rysselberghe participe à une exposition au Salon de Bruxelles pour la première fois en .
Voyages au Maroc En 1882 il remporte une bourse qui lui permet de voyager en Espagne en compagnie de Darío de Regoyos et de Frantz Charlet. Il admire tout particulièrement les « vieux maîtres » au musée du Prado. À Séville, ils rencontrent Constantin Meunier, et son fils Charles, dit Karl, qui peignait une copie de la Descente de la Croix de Pedro de Campaña. De ce voyage en Espagne, il ramène les portraits suivants : Femme espagnole (1881) et La Sévillane (1882).
À partir de là, et comme l’avait fait avant lui son professeur Jean Portaels, il se rend au Maroc en quête de motifs exotiques et d’impressions nouvelles. Il reste quatre mois à Tanger, pour y pratiquer le dessin et la peinture des scènes pittoresques de la rue, de la kasbah et des souks : Cordonnier de la rue arabe (1882), Garçon arabe (1882), Repos de garde (1883). Il y retourne à deux reprises, en 1883-1884 puis en 1887-1888.
Pour son troisième séjour au Maroc, du au , il accompagne le juriste et écrivain belge Edmond Picard dans sa mission officielle auprès du sultan Moulay Hassan. Sa tâche consiste à réaliser des croquis qui illustreraient plus tard l'ouvrage de Picard intitulé El Moghreb Al Aksa. Une mission belge au Maroc. L'ouvrage, aujourd'hui rare et recherché, fut publié en à Bruxelles par Larcier, avec un frontispice d'Odilon Redon et 27 lithographies pleine page en noir et blanc ou en rouge de Van Rysselberghe..
Retour en Belgique vignette|gauche|Les Enfants de François Van Rysselberghe, 1885Musée des Beaux-Arts de Gand De retour en Belgique, il montre environ trente œuvres de son voyage au Cercle Artistique Littéraire et à Gand. Elles rencontrent un succès instantané, en particulier Les Fumeurs de kif, Le Vendeur d'oranges et un Paysage marin du détroit (soleil couchant), Tanger (1882). En , il expose ces scènes de la vie quotidienne méditerranéenne au salon de L'Essor à Bruxelles devant un public enthousiaste. À cette même époque, il se lie d'amitié avec l'écrivain et poète Émile Verhaeren qu'il allait plus tard représenter à plusieurs reprises. En , van Rysselberghe se rend à Haarlem afin d'étudier la lumière dans les œuvres de Frans Hals. Le rendu précis de la lumière continue à occuper son esprit. Là, il a également rencontré le peintre américain William Merritt Chase.
Le portrait de Marguerite Van Mons (1886), conservé au Musée des Beaux-Arts de Gand, fait partie d’une série d’œuvres de transition des années 1885–1887 pendant laquelle il s’essaie à différents styles. Un certain nombre de ses créations de cette période baignent dans une atmosphère symboliste et mélancolique. L’arrière-plan géométrique et l’exploration des possibilités de la couleur noire témoignent de l’influence de James Abbott McNeill Whistler, invité par Les Vingt dès 1884..
Vers 1886-1887, il découvre l'œuvre de Georges Seurat en compagnie d'Émile Verhaeren. Ami d'Octave Maus, il est un des membres fondateurs en 1883 du groupe bruxellois d'avant-garde Les Vingt. À la fin du , le pointillisme de ses peintures fait place à une composition à larges touches allongées. Comme Georges Seurat et Paul Signac, il réalisa de nombreux paysages marins. Il a aussi fait des gravures qui sont moins connues.
En 1889, il séjourne à Thuin, dans la maison de campagne que ses beaux-parents louent dans une dépendance de l’Abbaye d’Aulne.. Il choisit d'y représenter un sujet très moderne - la représentation de jeunes femmes jouant au tennis.. En 1891 c'est à Ambleteuse, sur la Côte d’Opale dans le Pas-de-Calais qu'il passe des vacances dans la villa du couple Georges et Laure Flé. Il est compositeur et elle cantatrice, et ils accueillent des artistes dans leur villa. Il réalise le portrait de Laure Flé, conservé au MNHA Luxembourg..
vignette|L'Homme à la barre, 1892Musée d'Orsay, Paris Il peint des sujets maritimes vers 1890, s’inspirant pour la plupart de l’Escaut, près de sa ville natale d’Anvers. Parmi ces peintures, on trouve un portrait de son ami le peintre Paul Signac à la barre de son voilier. Les deux hommes partageaient de nombreux intérêts communs, notamment la voile et la peinture, et leur relation a constitué le lien le plus solide entre la Société des artistes indépendants basée à Paris et le groupe belge Les XX – auquel Signac a été élu en 1891..
vignette|gauche|Jeanne Pissarro, 1895Musée des Beaux-Arts de Houston En 1894, il encourage Camille Pissarro à le rejoindre à BruxellesLettre à Lucien Pissarro, du 23 juin 1894, Paris.. Pissarro comptait y séjourner trois ou quatre mois, mais son départ est précipité en raison des représailles gouvernementales après l'assassinat du président de la République Sadi Carnot. Il était connu comme sympathisant anarchiste, et se retrouva parmi les centaines de suspectsNotice Christie's 2019.. Il fuit la France le avec sa femme et son fils Félix.
Il peint alors ses premières œuvres pointillistes sur le modèle de Georges Seurat. Il fait ensuite partie du groupe La Libre Esthétique à Bruxelles pour lequel il exécute une affiche (1896).
Retour en France
Il s'installe à Paris en 1898 au 59, rue Scheffer, qu'il quitte en 1901 pour s'installer à la villa Aublet au 44, rue Laugier, dont l'architecte Louis Bonnier (1856-1946) réalise l'installation. Il fait partie du cercle des pointillistes et joue un rôle important dans l'introduction de l'art moderne français en Belgique..
Le , Seurat succombe tragiquement à la diphtérie à l’âge de 31 ans. Un différend surgit lors du règlement de sa succession, au cours duquel Signac est attaqué, entre autres, par le néo-impressionniste belge Georges Lemmen. Van Rysselberghe intervient avec succès comme médiateur, et au cours des mois qui suivent, avec Signac ils se chargent de préserver le formidable héritage de Seurat, en organisant ensemble deux rétrospectives commémoratives, à l’exposition annuelle des LXX à Bruxelles en et au Salon des indépendants à Paris en mars-avril. Moins d’une semaine après l’ouverture de ce dernier salon, ils embarquent pour un voyage en bateau de deux mois dans le sud de la France. Ils empruntent le canal du Midi à Toulouse et arrivent le à Sète. De là ils naviguent vers l’est, passant par Marseille et Toulon, et jettent l’ancre début mai à Saint-Tropez. Il rapporte de ce voyage Barques de pêche en Méditerranée..
vignette|L’Escaut en amont d’Anvers, le soir, 1892Collection privée
Son amitié avec Paul Signac porte aussi sur les idées anarchistes. Il participe à la presse libertaire et notamment régulièrement au journal Les Temps nouveaux de Jean Grave, à qui il donne des œuvres de 1897 à 1911. Il fréquente le géographe Élisée Reclus et le peintre Camille Pissarro, ainsi que Camille Platteel (1854-1943), amie de sa famille depuis de longue date, et maîtresse de Félix FénéonJean-Didier Vincent : Élisée Reclus : géographe, anarchiste, écologiste, Robert Laffont, 2010, page 346.. En 1899, il réalise la couverture de La Morale anarchiste de Pierre KropotkineDictionnaire des anarchistes, 2014, notice biographique.Jean-Baptiste Baronian, Dictionnaire amoureux de la Belgique, Plon, 2015, page 450..
En 1899, il est invité à participer à la troisième exposition organisée dans le bâtiment de la Sécession à Vienne. Il y expose trente-deux œuvres dans une salle spéciale, dont L’Escaut en amont d’Anvers, le soir, bien que beaucoup d’entre elles soient des portraits, comme ses peintures des sœurs Sèthe, d’Émile Verhaeren et de Paul Signac dans son bateau. Il a également l’honneur de voir un article écrit sur son travail par Verhaeren, qui fut publié dans la chronique de la Sécession viennoise Ver Sacrum.
vignette|gauche|La Lecture par Émile Verhaeren, 1903Musée des Beaux-Arts de Gand Son tableau La Lecture de 1903 est un témoignage des contacts franco-belges et de l'entente interdisciplinaire qui caractérise la vie artistique progressiste de l'époque. Il organise dans la maison de Verhaeven, une réunion imaginaire de leurs amis communs : le peintre français Henri-Edmond Cross et les poètes et écrivains Félix Le Dantec, Francis Vielé-Griffin, André Gide, Maurice Maeterlinck, Félix Fénéon et Henri Ghéon.
vignette|Le Thé au jardin, 1904Musée communal des beaux-arts d'Ixelles