Le M551 Sheridan est un char léger développé à partir de 1956 pour l'United States Army par la division Allison de General Motors. Baptisé en hommage au général Sheridan, il fut produit à entre et . Il se distingue par son canon/lanceur de , qui en fait le premier blindé capable de tirer un missile guidé antichar tiré par canon. La complexité de son armement, avec une dualité obus-missiles, fit cependant que ce concept ne remporta pas le succès espéré.
Historique vignette|gauche|L'un des premiers croquis du projet en 1959. gauche|vignette|325x325px|Un des prototypes du M551 Sheridan, les galets de roulement sont creux afin d'améliorer la flottabilité du char. La conception de son armement spécifique démarré en fit que ce char léger est plus cher que le char de combat principal M60A1 avec un prix de plus de américains (valeur 1974) en faisant le char américain le plus cher au poids jusqu'aux années 1980.
Le , le développement du Armored Reconnaissance/Airborne Assault Vehicle est approuvé. Le , le Secrétaire à l'Armée des États-Unis approuve le nom de pour le XM551 AR/AAV. Le premier prototype sort le et il commence à entrer en service en .
Guerre du Viêt Nam Le Sheridan fut utilisé durant la guerre du Viêt Nam comme char léger de reconnaissance blindée, et son poids très faible fut apprécié, mais il n'a jamais tenu un véritable rôle en Centre-Europe, en raison de son blindage trop mince. Le de cavalerie blindée puis le sont les premières unités à déployer des Sheridan en République du Viêt Nam en avec un total de 64 chars ; fin 1970, 200 sont opérationnels dans ce théâtre d'opérations. Des rapports négatifs conduisent à arrêter la production en après la sortie du engin. Le M551A1, version modernisée avec une visée laser AN/VVG-1, ne parvient pas à le remettre à niveau.
Les principales pertes furent causées par les mines et les lance-roquettes. Sur les 64 premiers Sheridan envoyés au Viêt Nam, dix roulèrent sur des mines et 12 furent détruits par des RPG-2 ou RPG-7.. Beaucoup d'équipages furent décimés après pénétration par une roquette antichar ou encore par l'explosion d'une mine, en effet la moindre étincelle pouvant faire exploser les 20 obus de entreposé dans le châssis, le char se transformait littéralement en une sorte de tas d'aluminium fondu avec la tourelle en acier trônant au sommetHunnicutt, R. P. "Firepower: A History of the American Heavy tank." 1988, Presidio Press; .. Les équipages n'hésitaient pas à installer sur l'avant du char un treillis métallique supporté par une armature en bois afin de neutraliser les projectiles à charges creusesSteven Zaloga, M551 Sheridan: US Airmobile Tanks 1941-2001, Osprey Publishing, 2009, .
Ses obus M625 Canister furent très efficaces. Le , près de la ville de Tây Ninh, les Sheridan décimèrent à eux seuls une unité d'infanterie complète du Viet Cong. Un autre combat, près de Biên Hòa, vit près de quatre-vingts combattants ennemis déchiquetés par les milliers de fléchettes d'acier..
En , alors que sont en service, il commence à être retiré d'un grand nombre d'unités de premier échelon. En 1983, il n'équipait plus que le du blindé de la aéroportée américaine à en ligne et la garde nationale de l'Arkansas à 12 unités. Cette dernière s'en sépare en ..
vignette|gauche|Un M551 Sheridan largué à très basse altitude depuis un C-130 Hercules.
Invasion du Panama En , durant l'invasion du Panama par les États-Unis, 14 de ces engins furent engagés. Quatre sont transportés par des C-5 Galaxy tandis que les dix restant sont largués à très basse altitude. Deux de ces derniers sont détruits à l'atterrissage mais les autres peuvent appuyer de leur feu les soldats qui progressent dans la ville de Panama. Bien qu'ils s’avèrent précieux dans ce rôle, ils y manquent d'efficacité, du fait d'un obus à charge creuse peu adapté au combat urbain.
Guerre du Golfe En 1991, les 51 derniers chars en service, qui étaient tous employés dans la aéroportée, furent les premiers chars déployés durant la du Golfe. Ils servent lors de missions de reconnaissance, de force de dissuasion, et tirent quelques missiles Shillelagh sur des bunkers ou des T-55 et Type 59. Ces engins estimés à un maximum de six seront les seuls tirés en situation de combat sur les .
Fin de service En 1994, ils sont engagés lors d'une mission de maintien de la paix à Haïti, l'opération Uphold Democracy.
Ils furent mis en réserve peu de temps après. 300 de ces chars furent utilisés avec profit comme force d'opposition simulant des blindés de l'armée rouge dans les camps d'entraînement de Fort Irwin de 1981 à 2003 avec des kits en fibre de verre modifiant leur silhouette..
Le du blindé a été désactivé en mettant fin à la carrière de ce char..
Caractéristiques techniques Armement vignette|gauche|300x300px|Tir d'un missile MGM-51 Shillelagh lors d'un test en octobre 1967. L'armement principal est constitué d'un canon à faible effort de recul M81 de , il est désigné dans l'inventaire de l'US Army comme gun/launcher (canon/lanceur) du fait de sa capacité à pouvoir tirer des obus ainsi que des missiles guidés antichar tirés par canon. Le canon M81 pèse , le M81E1 ne pèse que du fait de la suppression de son évacuateur de fumée. La pression maximale admissible en chambre est de .
Le canon est stabilisé sur les deux plans (site et gisement), le pointage en site est compris entre 19,5° et -8°. La culasse de type Welin se verrouille et se déverrouille électriquement par l'intermédiaire d'un interrupteur actionné par le chargeur, le bloc de culasse se déverrouille avant de pivoter sur la gauche, libérant l'accès à la chambre, la mise à feu est électrique. Le frein de tir concentrique à ressort fait reculer la masse reculante de avec des munitions conventionnelles. et de avec le missile Shillelagh. Quoique le recul fût supportable, le Sheridan avait tendance à se soulever après chaque tir.
Le M551 Sheridan embarquait initialement de ; 20 obus et 10 missiles. À partir du 700ème exemplaire produit, en , le nombre d'obus de embarqué fut réduit à 19, l'espace occupé dans le panier de la tourelle par le 20ème obus ayant été remplacé par la bonbonne d'air comprimé du système de soufflage CBSS. Treize obus et sept missiles Shillelagh sont rangées dans la caisse du char, à droite et à gauche du conducteur. Cinq obus sont rangés dans un râtelier fixé au plancher du panier de la tourelle, juste sous le canon. Trois obus ou trois missiles sont prêts au tir, placés verticalement dans le panier de la tourelle, à gauche du canon. Deux obus ou deux missiles sont placés derrière le chargeur, contre la paroi du panier de la tourelle..
vignette|droite|400px|Un M551 Sheridan durant la guerre du Golfe avec sa panoplie de munitions et d'impédimenta soit 19 obus de 152 mm, 10 missiles anti-chars Shillelagh, plusieurs milliers de munitions de calibre 12,7 et 7,62mm, 25 gallons d'eau potable, trois caisses de rations alimentaires totalisant 36 repas pour neuf jours de rations pour l'équipage, deux grandes bâches avec encadrement et un équipement radio. La gamme de munitions employée par le M551 Sheridan comprend :
MGM-51 Shillelagh : ce missile antichar à téléguidage infrarouge est capable de perforer une plaque d'acier de d'épaisseur, sa portée passe de à partir de la version MGM-151B. M409 HEAT-T : un obus explosif à charge creuse capable de perforer (et cela à n'importe quelle distance) une plaque d'acier de ou sous une incidence de 60°. Ses effets antipersonnel sont non négligeables. M625 Canister : un obus de défense rapproché projetant, à , un nuage large de contenant en acier longues de et pesant chacune 0,84 gramme. M657 HE-T : un obus explosif à fragmentation contenant de TNT, cette munition connaîtra un usage limité et ne sera jamais produite en grande série.
Les munitions expérimentales de tel que l'obus fumigène XM410 WP contenant du phosphore blanc liquide et l'obus-ruche "beehive" XM617 APERS contenant en acier de ne furent jamais produits en série.
Problèmes rencontrés avec le canon/lanceur M81 Les rayures du canon de engendraient un effet d'autorotation qui serait néfaste durant le vol du missile antichar Shillelagh, le problème a été résolu en creusant un sillon sur toute la longueur de l'âme du canon, le corps du missile Shillelagh possède une bande protubérante sur toute la longueur qui vient se glisser dans le sillon à la manière d'une clé, l'empêchant de tourner sur lui-même durant son expulsion du canon. Le problème, c'est que le sillon fragilisait le canon, des fissures sont apparues et la durée de vie sur les premiers canons M81 ne dépassait pas les . Cet ennui a été résolu sur le M81E1 en réduisant la profondeur du sillon au même niveau de celle des rayures, la durée de vie fut portée alors à . Les obus à douilles combustibles de laissaient parfois des résidus imbrûlés dans le canon, de plus, les gaz de propulsion toxiques avaient tendance à être refoulé à l'intérieur de la tourelle après ouverture de la culasse. Plus tard, tous les M551 Sheridan se verront équiper d'un canon M81E1, une version améliorée du M81 équipée d'un système d'injection de CO₂ pour nettoyer le canon de toute impureté après chaque tir. Les cartouches de poudre sans étuis entièrement combustibles propulsant les obus de ont posé pas mal de problèmes : premièrement, elles étaient extrêmement fragiles, on pouvait les comparer avec de gros morceaux de sucre cylindrique. Les obus devaient être manipulés soigneusement par le chargeur, donnant au canon/lanceur M81 une faible cadence de tir. La poudre propulsive était très sensible au feu et à l'humidité, outre le sac en amiante, chaque culot des obus de devait être enveloppé dans une gaine en Néoprène pour prévenir la formation de moisissures. Ces deux emballages devaient être retirés avant de chambrer l'obus dans la chambre du canon.
Armement secondaire droite|vignette|325x325px|La mitrailleuse coaxiale M73. L'armement secondaire est constitué à l'origine d'une mitrailleuse coaxiale M73 de calibre montée à gauche du canon, elle est alimentée par une bande de , le reste des munitions est transporté dans métalliques placées derrière le siège du conducteur, juste en dessous des rations de combat. Elle sera rapidement remplacée par la M73E1 et puis par la M219. Ces deux mitraileuses n'ayant jamais fonctionné de manière satisfaisante, ce sera finalement la M240 qui sera définitivement installée en 1979.
Une mitrailleuse lourde Browning M2 de est montée sur le tourelleau du chef de char. La mitrailleuse est alimentée par une bande de pour un total de emportés.
Deux batteries de quatre lance-pots fumigène XM176 sont montées de chaque côté de la tourelle, chacun des tubes contient une grenade fumigène AN-M8 HC et une grenade au phosphore blanc M34 WP. Sur le M551A1, ces derniers sont remplacés par des lance-pots fumigène M243.
Moyens d'observation et conduite de tir Chef de char Le tourelleau du chef de char comporte une couronne de dix épiscopes. Un viseur télescopique à intensification de lumière AN/PVS-2 peut être monté sur la mitrailleuse lourde M2. L'AN/PVS-2 possède un grossissement de × 4, il fut supplanté par l'AN/TVS-2 possédant un grossissement de × 7. Un télémètre laser AN/VVG-1 monté devant son tourelleau, il remplace un épiscope de ce dernier (seulement sur le M551A1, à partir de 1972).
Tireur Le tireur disposait initialement d'un viseur de masque télescopique M119, il possédait un unique grossissement de × 8. Il fut supplanté par le M127 possédant deux grossissement : × 8 et × 12. Sur le M551A1, le M127 reçu l'appellation de M127A1 après avoir reçu un filtre laser. Le tir de nuit s'effectue avec le viseur périscopique XM44 (plus tard XM44E1 et XM44E2) à intensification de lumière résiduelle, il possède un grossissement de × 9. Le tir de nuit est uniquement possible avec des munitions conventionnelles. Le XM44 intègre également un épiscope pour l'observation de jour.