Charles Théophile Angrand, né le à Criquetot-sur-Ouville et mort le à Rouen, est un peintre néo-impressionniste français de l'École de RouenArticle de Eugène Brieux dans le Nouvelliste de Rouen du 26 avril 1889.Simone R. Etienne dans le numéro 68 des Études normandes ( 1956, ), Philippe Dagen, dans un article du Monde du 21 juin 1996 ; et Bruno Delarue, à la page 55 de Humeurs Rouen picturales, notamment, ont exprimé de vives réserves, sinon des critiques, portant sur l'appellation et la notion même d'École de Rouen. Au reste, G. Dubosc dans la plaquette qu'il fait imprimer chez Lecerf fils, L’École de Rouen (ses peintres et ses ferronniers) en 1914, destinée au public outre-manche, n'y fait pas figurer Angrand., de convictions anarchistes.
Biographie vignette|redresse|Couple dans la rue (1887), Paris, musée d'Orsay. Charles Angrand est le fils de Pierre-Charles Angrand, instituteur, et d'Élisa, née Grenier.
Il est pensionnaire à l'École normale d'instituteurs de Rouen de 1871 à 1874, date à laquelle il obtient son brevet de capacité de l'enseignement secondaire spécial. En 1875, il est nommé aspirant répétiteur., puis maître répétiteur au lycée Corneille de Rouen, jusqu'en 1881. En parallèle, il suit les cours de l'Académie de peinture et de dessin de Rouen sous la direction de Gustave Morin..
Une visite de l'exposition rétrospective de Camille Corot, à l’École des beaux-arts de Paris, conforte sa vocation d’être peintre. En 1878, il participe pour la première fois à une exposition, à l’occasion du municipal des beaux-arts de Rouen.
Nommé répétiteur au lycée Chaptal, boulevard des Batignolles, il gagne Paris en 1882, où il poursuit sa carrière de peintre. Rapidement, il se joint aux artistes du Chat Noir. Vers 1883-1884, il rencontre Georges Seurat, les deux artistes se lient d'amitié, peignent de commun sur l'île de la Grande Jatte, l'été 1888, chacun influençant l'autre.
Il participe activement à la fondation de la Société des artistes indépendants qui organise annuellement le Salon des indépendants. Vers 1886, il noue également des liens avec Vincent van Gogh, Paul Signac, Albert Dubois-Pillet et Maximilien Luce.
Van Gogh proposa à l'artiste un échange de tableaux, peu après sa visite de l'exposition des Indépendants, fin . Le peintre hollandais désirait acquérir Les Poules : dans la basse-cour, une peinture de 1884.
Françoise Cachin et Bogomila Welsh-Ovcharov soulignent l'influence que la peinture d'Angrand eut alors sur le style de van Gogh : , trait caractéristique des toiles d'Angrand qu’
Il étudie la technique du crayon Conté, utilisé par Seurat, dès 1890, et crée, après une série biblique commencée en 1894, la série des Maternités. Il expose chez Le Barc de Boutteville en 1894-1895Journal des débats politiques et littéraires, 17 septembre 1895..
Après le décès de son père en 1896, il vient aider sa mère qui est veuve et âgée à Saint-Laurent-en-Caux en Haute-Normandie, où enseignent en tant qu'instituteurs sa sœur Maria Elisa et son beau-frère Jules Carpentier, tous deux portraiturés par le peintre.
À la demande de la municipalité, il réalise de février à non seulement le rideau de la salle des fêtes, mais également deux panneaux attenants. Sur la toile centrale était représentée une ronde composée de 6 personnages (un ange, une ballerine, un Pierrot, une fillette, un Polichinelle, et un Arlequin), par-dessus ces personnages, la silhouette du bourg qui séparait les teintes. Sur les deux panneaux latéraux, étaient figurés un Clown trompetteur -qui renvoie à celui de Cirque de Seurat où Angrand avait été pointillé en « réalisme infléchi », d'une part ; sur l'autre, était peint un Faune nanti de sa flûte de Pan. Le rideau, roulé et rangé dans le grenier de la mairie au début de la Seconde Guerre mondiale, rapportent les biographes, a disparu à la fin de celle-ci.
Après un bref retour à la peinture à l'huile, entre 1905 et 1908, il se dirige vers le pastel, qui devient sa technique de prédilection jusqu'à la fin de sa vie, en 1926.
Charles Angrand meurt à son domicile, 33 quai de Paris à Rouen, et est inhumé au cimetière monumental de Rouen..
Engagement libertaire Charles Angrand participe au financement du journal Les Temps nouveaux, édité par Jean Grave, en offrant des œuvres destinées à des tombolas notamment en (La Lessive) et en 1908.
Une première réalisation, destinée à l'Album de lithographies initiée dès 1896, portant le titre Dehors !, envoyée à Jean Grave en , est refuséeJean-Baptiste Kiya, « Les Autoportraits de Charles Angrand (1854-1926). Aspects des expressions du soi », Les Cahiers Charles Angrand, , chapitre 16 : « Individualisme et art social », Saint-Denis de La Réunion, Éditions Kiya, 2019, et suiv. (extrait en ligne sur endehors.net)..
En dépit de ce revers, Angrand persiste dans son engagement. Jean Grave publie en frontispice de Patriotisme-Colonisation (1903) un dessin en apparence plus conventionnel, Frontières« Patriotisme, colonisation : dix dessins de Agar, Angrand, Couturier, Cross, Hermann-Paul, Jourdain, Lebasque, Luce, Roubille, Willaume », in Les Temps nouveaux, 1903 (notice)..
Les Temps nouveaux publie deux autres réalisations de l'artiste en 1907 dans les numéros du , un Semeur, et du , On tue ce qu'on peut… Superbe, ce Marocain-là. En 1914 paraît dans le numéro du un dessin : une femme à l'enfant. L’œuvre On tue ce qu'on peut est reprise, de façon non légendée, par Jean Grave en pour la couverture d'un fascicule.
1913, Jean Grave réédite le libelle de Pierre Kropotkine La Loi et l'AutoritéPublications des Temps nouveaux, . avec pour illustration de couverture un dessin expressionniste d'Angrand.
La correspondance connue entre l'artiste et le fondateur des Temps nouveaux couvre et comprend 13 lettres de Charles Angrand, dont deux inédites.
C'est très vraisemblablement sous la sollicitation de Maximilien Luce, comme l'indique Jean Grave dans Le Mouvement libertaire sous la République (1930)., qu'Angrand participa au renflouement des caisses du journal, et à l'illustration.
Œuvre Œuvres dans les musées
vignette|redresse|Nu debout, musée des Beaux-Arts de Caen.
États-Unis Boston, musée des Beaux-Arts : Cour de ferme, 1892, crayon Conté, Museum of Fine Arts, Boston . Chicago, Art Institute of Chicago : Tête d'enfant (Emmanuel), vers 1898, crayon Conté, The Art Institute of Chicago . Houston, musée des Beaux-Arts : Les moissonneurs, 1892, huile sur toile, The Museum of Fine Arts, Houston. Indianapolis, musée d'Art d'Indianapolis : Chemin de campagne, vers 1886, huile sur toileIndianapolis Museum of Art New York, Metropolitan Museum of Art : Autoportrait, 1892, crayon Conté, metmuseum.org The Metropolitan Museum of Art..
France Caen, musée des Beaux-Arts : Nu debout, huile sur toile. Paris, musée d'Orsay : Les Villottes, entre 1887 et 1889, huile sur cartonmusee-orsay.fr. ; Couple dans la rue, 1887, huile sur toilemusee-orsay.fr. ; Antoine endormi, vers 1896, crayon Conté, ; La Maison blanche, 1918-1920, pastel sur papiermusee-orsay.fr., . Rouen, musée des Beaux-Arts : Vue intérieure du musée des beaux-arts de Rouen en 1880, 1880, huile sur toile, Base Joconde. ; Dans le jardin, ou Le jardinier à Criquetot sur Ouville Les choux (titre en 1884), 1885, huile sur toile, Base Joconde..
Pays-Bas Otterlo, Musée Kröller-Müller : La Provende du cochon, 1905, crayon Conté, Kröller-Müller Museum
Suisse Genève, Petit Palais : Félicien Pascal lisant, 1884, huile sur toile, ; La Mère de l'artiste cousant, 1885, huile sur toile, ; La Seine à l'aube (La Brume), 1889, huile sur toile, ; Maternité, 1897-1899, crayon Conté, ; Étreinte maternelle, 1897-1899, crayon Conté, ; Maternité, 1898, crayon Conté, ; Paysan tondant sa haie (Le Coupeur de haie), vers 1903, crayon Conté, ; Fin de moisson, 1903, crayon Conté ; La Cour de ferme (Maison dans une clairière), 1903, huile sur toile, ; Les Oies effarouchées (Le Retour à la ferme), 1903, crayon Conté, ; Les Scieurs de bois (/de bûches), 1905-1911, fusain, ; La Moisson, 1910-1914, pastel, ; La Tireuse de cartes (Réunion autour de la table), vers 1911, pastel, ; Deux Écuyères de cirque, vers 1913, pastel, ; Femme étendant du linge, vers 1913, pastel, ; Le Pâturage, 1919-1920, pastel, .
Hommages posthumes L'école maternelle et primaire de Saint-Laurent-en-Caux porte son nom, ainsi que des rues de Criquetot-sur-Ouville et Rouen, et un square au Mesnil-Esnard.
Le musée des beaux-arts de Rouen lui consacre une exposition du 12 septembre 2026 au 9 janvier 2027.
Voir aussi Bibliographie Écrits de l'artiste Correspondances, 1883-1936, Rouen, édition de F. Lespinasse, 1988, 407 p. . « Henri-Edmond Cross », hommage posthume, Les Temps Nouveaux, année, , : . Carnets de notes et de croquis inédits En nombre supérieur ou égal à 214, citations catalogue du cinquantenaire du Château-Musée de Dieppe.. Biographies Pierre Angrand, Charles Angrand 1854-1926 - peintures pastels dessins, catalogue de l'exposition Galerie André Maurice, -. Pierre Angrand (préface et postface de Pierre Bazin), Charles Angrand 1854-1926, éditions Château-Musée de Dieppe, 1976. François Lespinasse (préface de Robert L. Herbert), Charles Angrand 1854-1926, imprimerie Lecerf, 1982, 109 p. Russell T. Clement et Annick Houzé, Neo-impressionist painters, Greenwood press, Westport/London, 1999, 397 p. « Charles Angrand » : . François Lespinasse (auteur principal) et Adèle Lespinasse (préface de Robert L. Herbert), Charles Angrand 1854-1926, Paris et Pontoise, 2006, 112 p. . François Lespinasse, Charles Angrand 1854-1936 Maternités, publication de l'Association des Amis de l’École de Rouen, 2010, 31 p. ).
Monographies : Angrand et van Gogh Bogomila Welsh-Ovcharov, Angrand and van Gogh, Utrecht-Den, éditions Victorine, 1971, 63 p. Benoît Landais, Les experts égarés dans les Environs de Vincent, 2006 . Néo-impressionnisme Félix Fénéon, Les Impressionnistes en 1886, les publications de La Vogue, 1886 : . Paul Signac, D'Eugène Delacroix au néo-impressionnisme, 1899, éditions Hermann, 1978, 205 p. Paul Signac, Les Néo-impressionnistes, catalogue de la Galerie de France, 1942. John Rewald, Le post-impressionnisme de van Gogh à Gauguin, tome 1, poche , 1961, 305 p. Jean Sutter (dir.), Les Néo-impressionnistes, Neuchâtel, éditions Ides et Calendes, 1970, 232 p. « Charles Angrand 1854-1926 » par Pierre Angrand, . Russell T. Clement & Annick Houzé, Neo-Impressionist - painters, Greenwood Press, London, 1999 ; « Charles Angrand » : . La Société des Artistes Indépendants . Pierre Angrand, Naissance des Artistes indépendants 1884, Paris, Nouvelles éditions Debresse, 1965, 127 p.
Anarchisme Jean Grave, Le Mouvement libertaire sous la 3ème République (Souvenirs d'un révolté), les Œuvres représentatives, Paris, 1930, 303 p. Aline Dardel, Les Temps Nouveaux 1895-1914 : Un hebdomadaire anarchiste et la propagande par l'image, dossier du Musée d'Orsay , Paris, 1987, 64 p. Collectif, Néo-impressionnisme et art social, la Revue du Musée d'Orsay , printemps 2001, 109 p. École de Rouen . .
Collectif, L’École de Rouen, de l'impressionnisme à Marcel Duchamp (1878-1914), éditions du Musée des Beaux-Arts de Rouen, 1996, 205 p. Les articles consacrés aux œuvres de Ch. Angrand sont signés Claude Pétry et F. Lespinasse. B. Welsh-Ovcharov signe "Les premières œuvres de Charles Angrand et ses contacts avec van Gogh", pages 22 à 28 [ne concerne que la période parisienne de l'artiste]. François Lespinasse (dir.), École de Rouen, Les peintres impressionnistes et postimpressionnistes, éditions de la Ville de Rueil Malmaison, 2011, 227 p. Œuvres de Ch. Angrand : . Bruno Delarue, Humeurs Rouen picturales, Terre en vue éditions, 2020, 64 p. « Charles Angrand » : .
Principaux articles Julien Leclercq, « Impressionnistes et néo-impressionnistes », Mercure de France, (cité dans La Critique d'art au Mercure de France (1890-1914), éditions ENS rue d'Ulm, 2023, Paris).