Le CSSCSS : Confederate States Ship Virginia Il y aura un second cuirassé confédéré nommé Virginia pendant la guerre de Sécession. Lancé en 1863 à Richmond, il sera sabordé le 3 avril 1865, après avoir opéré sur la James River., alias Merrimac ou Merrimack, est un navire de la guerre de Sécession. C'est le premier navire cuirassé mis en œuvre par la Marine des États confédérés d'Amérique, les sudistes.
Malgré sa brève existence, il reste célèbre pour avoir pris part au combat de Hampton Roads, premier affrontement de l'Histoire mettant aux prises des navires cuirassés sans mâture.
Contexte historique en 1861
La guerre de Sécession a commencé le . La première bataille de Bull Run assure la tranquillité du Sud pour un temps.
Toutefois, le Sud n'a pas de marine. Son économie agricole est pourtant axée sur l'exportation de coton vers l'industrie des grandes puissances économiques d'Europe occidentale, la France et surtout le Royaume-Uni. Il a donc besoin d'en créer une rapidement pour battre en brèche le blocus maritime instauré par la flotte des États-Unis et prévenir son économie de l'asphyxie.
Historique de la coque
Le Merrimack d'origine
thumb|right|La frégate Merrimack d'origine.
La frégate est l'une des six frégates à vapeur dont la construction est autorisée par le Congrès des États-Unis en 1854. Ce trois-mâts de tonnes et 40 canons, est lancé le à BostonOn le verra en France en 1856. Le Merrimack fera escale à Brest et à Toulon.. Son nom vient d'une rivière du New Hampshire qui se jette dans l'Atlantique au terme d'un trajet de 300 kilomètres environ.
Cette frégate avance à la voile et est aussi équipée d'une hélice comme force propulsive d'appoint. Mais sa machine à vapeur sera source de problèmes à répétition. Son armement est de quarante canons, répartis en vingt-quatre canons de 9 pouces Dahlgren, deux de 10 pouces et quatorze de 8 pouces.
Au déclenchement des hostilités, la frégateIl peut paraître curieux qu'un navire de cette puissance soit nommé frégate. La classification utilisée est toujours celle utilisée lors des guerres napoléoniennes, basée sur le nombre de canons. Moins de 50 bouches à feu, c'est une frégate. Merrimack est en réparation à l'arsenal de Gosport, près de Norfolk en Virginie. Ses machines à vapeur, qui n'ont jamais donné satisfaction, ont besoin d'une révision complète et ont été démontées.
Le , à l'approche des troupes rebelles, ses machines sont remontées en urgence mais sa tentative d'appareillage tourne court, les sudistes ayant sabordé des embarcations en aval de l'arsenal, bloquant ainsi le passage. Les nordistes évacuent la région. En partant, dans la nuit du samedi , ils mettent le feu à l'arsenal ainsi qu'aux navires restantsLa destruction de l'Arsenal a été plutôt bâclée. Les sudistes récupéreront pas moins de canons de gros calibre qui leur permettront d'équiper à peu de frais leurs navires et leurs batteries côtières tout au long de leurs côtes. dont le Merrimack. La mâture et les superstructures de la frégate brûlent mais elle coule avant que le reste de sa coque ne soit ravagé.
Récupération
vignette|La frégate Merrimack en flammes.
Il semble plus rapide aux sudistes de partir de navires déjà existants pour créer leur marine plutôt que de construire totalement de nouvelles unités : ainsi, la valeur du Merrimack renfloué est estimé à ; sa remise en état comme frégate, à au moins. La transformation en cuirassé est, elle, estimée à J.T. Sharf, History of the Confederate State Navy, Roger&Sherwood, New-York, 1887.. Ceci explique l'intérêt porté à l'épave du Merrimack.
Une société privée locale, moyennant , effectue le renflouage de l'épave qui avait coulé dans l'Elizabeth River, en eaux peu profondes, et la transporte, le , dans la cale sèche de l'arsenal que les nordistes ont négligé de saboter.
Le bateau est remis en état, modifié, et réceptionné le par la Marine de la Confédération sous le nom de VirginiaVirginia est le nom de l'État sécessionniste dans lequel il vient de revivre.. Mais son nouveau nom sera tout bonnement ignoré par les nordistes qui feront toujours référence au Merrimack. Même les sudistes utiliseront fréquemment le nom d'origine.
Transformation
Le Merrimack d'origine était un voilier. Il va devenir un monstre cuirassé uniquement propulsé à la vapeur, sans le moindre mât ni la moindre voile. Ne disposant pas des ressources nécessaires pour constituer une marine de guerre classique pouvant rivaliser avec la marine de l'Union, les Confédérés font le choix de renflouer et de transformer l'épave.
Allure générale
Une grange flottante, lit-on généralement dans les relations faites par les témoins, dont seul le toit émerge. Sa longueur est de 275 pieds () et sa largeur 38 pieds 6 pouces (). La casemate fait 178 pieds de long () ; sa hauteur est de 7 pieds (). Le tirant d'eau atteint 23 pieds (près de 7 mètres), plus du double de celui du , son futur adversaire. Son déplacement est quatre fois celui du Monitor.
Le nouveau cuirassé présente maintenant un décalage avec les ponts d'origine. Le pont principal est devenu le toit de la casemate. Le pont batterie est le pont principal. En dessous, on retrouve un pont inférieur puis la cale. On passe d'un pont à l'autre par l'intermédiaire d'escaliers placés au centre du navire, suffisamment larges pour que deux hommes puissent s'y croiser.
Le pont inférieur présente, à l'avant, les cabines des officiers. Par manque de temps, elles ne sont constituées que de cloisons en toile, démontées, selon l'usage, lors du branle-bas de combat. Celle du capitaine reste et sert alors de poste de soins. Les quartiers dévolus à l'équipage se trouvent donc maintenant au-dessous du niveau de l'eau, et sont particulièrement insalubres, par l'humidité constante qui y règne, aggravée par la chaleur que diffusent les chaudières. L'avant de la cale abrite la soute à charbon. Derrière, on trouve les chaudières, sur leur socle de briques.
Alors que le navire est quasiment terminé, on découvre une erreur de calcul : le Merrimack est beaucoup plus haut sur l'eau que prévu. En conséquence, la proue dépasse hors de l'eau ; mais cette proue n'est pas cuirassée. Elle ne l'avait pas été puisque les plans prévoyaient que la proue serait submergée. En conséquence, il faut l'alourdir de plusieurs tonnes de gueuses de fonte.
Cuirasse
Les sudistes vont construire une casemate de 178 pieds de long et 7 de hauteur. Sa forme est globalement celle d'une baignoire retournée. Sur une structure en poutres de pin et de chêne, de deux pieds d'épaisseur (), vont être posées deux couches superposées de plaques de tôle de fer.
Déjà un problème se pose : seule la fonderie de Tredegar, près de la capitale du Sud, Richmond, est capable de fournir les plaques de blindage nécessaires. Mais elle ne peut fournir que des plaques de 1 pouce d'épaisseur, ses machines n'étant pas réglées pour une épaisseur supérieure. Les flancs de la casemate sont inclinés d'environ 35 degrés pour dévier plus facilement les projectiles l'atteignant.
Mais un essai est fait pour apprécier la résistance du blindage proposé par la fonderie. Le lieutenant Ce lieutenant au nom curieux (origine galloise, semble-t-il ; si l'on en croit sa famille, ce serait à l'un de ses ancêtres revendiqués que Richard III s'adresse en réclamant, dans une formule célèbre , dans la pièce de Shakespeare) prendra le commandement lorsque le lieutenant Buchanan sera blessé. C'est lui qui mènera le Virginia au combat le 9 mars, à Hampton Roads. fait construire la réplique d'une portion de la casemate. Il la recouvre de trois plaques de blindage d’un pouce, superposées. Il tire alors dessus avec un canonLe canon est un 8 pouces () Columbiad (canon lisse dérivé d'un obusier de batterie côtière), tirant un projectile plein avec une charge de 10 livres de poudre. distant de 327 yards (). Le coup perce le blindage, pénétrant la structure. Il recommence avec deux plaques mais de deux pouces d'épaisseur, et un canon plus puissantLe canon utilisé est maintenant un 9 pouces () Columbiad.. Cette fois, seule la première couche est traversée. La seconde est fissurée mais la structure reste intacte.
En conséquence, la fonderie de Tredegar reçoit l'ordre de fournir des plaques de 2 pouces et va fonctionner à la limite de ses capacités 7 jours sur 7 jusqu'en pour fournir les plaques. Celles-ci feront 10 pieds de long () sur 6 pouces de large (). Leur épaisseur sera de 2 pouces, le maximum possible pour Tredegar. La fonderie en fournira 725 tonnes, qui lui seront payées .
La première couche du blindage est faite de plaques horizontales sur laquelle seront placées verticalement celles de la seconde. Les deux extrémités de la casemate étant arrondies, seront difficilement réalisées, Tredegar manquant de presses hydrauliques capables de préformer les plaques. Le blindage descend bas sur les flancs, 3 pieds sous le niveau de l'eau, protégeant totalement la coque.
Le toit de la casemate n'est pas blindé. Sur les flancs sont percés quatre ouvertures pour les canons. Ces ouvertures sont protégées par des mantelets qu'une chaîne permet de relever sur le côté pour pouvoir tirer. Les deux extrémités arrondies de la casemate sont percées de trois embrasures, pour permettre à un canon monté sur pivot de tirer dans différentes directions. En supplément, la cuirasse est couverte d'une bonne couche de graisse pour l'empêcher de rouiller, mais aussi dans l'espoir de mieux faire ricocher les projectiles l'atteignant.
Machines
Les Confédérés n'ont pas le choix : faute d'avoir la capacité de construire rapidement de nouvelles machines pour leur navire, il faut remettre en état celles d'origine. Déjà sources de nombreux problèmes, celles-ci n'ont pas été arrangées par le naufrage. C'étaient elles qui avaient justifié l'immobilisation du navire pour être remplacées. Mais le Sud, incapable de construire de nouvelles machines ou d'en trouver d'autres, ne peut faire autrement que de les remettre en état. Elles se composent de quatre chaudières alimentant deux moteurs à vapeur. La puissance donnée est de 972 chevaux-vapeur. Le bon fonctionnement des chaudières dépend du tirage : pour cela le rôle de la cheminée est primordial. Officiellement, elles étaient capables de donner douze nœuds ; en réalité, le Virginia en atteindra péniblement quatre.
L'hélice en bronze est à deux pales. Contrairement au , elle n'est pas protégée, tout comme le gouvernail. Pour alimenter les chaudières, le Virginia embarque 150 tonnes de charbon. Comme il n'y a pas de réserves disponibles à l'Arsenal de Gosport, il faudra chercher tout le charbon disponible dans la région. La cale à charbon est située à l'avant du navire. Ce détail aura son importance lors du combat avec le Monitor. Sa consommation, sous sa première apparence, était donnée pour livres de charbon à l'heure. On peut estimer sans crainte qu'elle sera bien plus importante désormais.
Éperon thumb|right|On distingue l'éperon à l'avant.
Le Virginia est aussi doté à la proue d'un éperon en fer, d'un poids de livres, en forme de bec. Il se trouve à un mètre sous la surface de l'eau. On envisage donc de se servir du nouveau cuirassé autant comme un bélier que comme une batterie flottanteVoir lettre de Mallory à Brooke à ce sujet.. Malheureusement, cet éperon est mal fixé. Ceci aura des conséquences importantes quand le Virginia ira au combat. Si l'on en croit C.G. Hearn, ceci ne serait que la conséquence de dissensions entre les différents constructeurs du cuirassé, chacun d'eux cherchant à discréditer l'autre.
Mise en œuvre
Équipage