Ernst Karl Alwin Hans Dammann, né le à Pinneberg, Holstein, mort le à Pinneberg, est un africaniste allemand. Avec , il est l’un des fondateurs des études africaines en République démocratique allemande et, en tant qu'élève de Carl Meinhof et successeur de Diedrich Hermann Westermann, il fait partie de la « deuxième vague » des africanistes allemands. Érudit des langues africaines et ancien missionnaire à Tanga en Tanzanie, il a été un membre fondateur du parti national socialiste (NSDAP) ou nazi, et ses travaux scientifiques sont critiqués comme imprégnés d’idéologie raciste. Malgré ces défauts, ses recherches constituent néanmoins une base importante pour l’étude du swahili ancien.
Biographie
Éducation, adhésion au NSDAP Dammann grandit dans le Schleswig-Holstein, dans une atmosphère de « piété évangélique-luthérienne et de vertus prussiennes ». Sa mère meurt jeune, en 1916, et son père part pour l’Afrique en 1908, où il passe trois ans à travailler sur en Tanzanie. Il fréquente le Gymnasium Christianeum de Hambourg, puis étudie à Kiel et à l’université de Hambourg avec Carl Meinhof, qu’il a rencontré plus tôt à Pinneberg, avant d’aller à Berlin. Durant cette période, il occupe également le poste de chargé d'enseignement en hébreu à l’université de Kiel. Il obtient son doctorat à Kiel en 1929 (avec sa thèse : ) et est ordonné prêtre en 1930. La même année, il est employé comme assistant de recherche par Meinhof à Hambourg. Selon Ernst Klee, il rejoint le parti nazi en 1931 ; d’autres sources le font adhérer le , avec le numéro de membre 609 464Meyer-Bahlburg/Wolff 1986, p. 60.. Meinhof et bien d’autres (dont Dammann, , et ) sont des nazis ou des sympathisants nazis dont les opinions sur la race étaient ancrées dans les théories du sur la supériorité raciale européenne, avec l’idée qui en découlait que la prétendue infériorité africaine se manifestait autant en littérature et en langue.
En Afrique et hors d’Afrique De 1933 à 1937, il est missionnaire à Tanga en Tanzanie, travaillant pour une communauté de colons allemands. Il visite l’île de Lamu, où (avec l’aide de sa femme, Ruth) il rassemble les vers du poète swahili Zahidi Mngumi ; dont on disait que c’était « le recueil le plus complet » de la poésie de Mngumi. Dammann est, par ailleurs, le chef de la (Landesgruppenleiter). Sa loyauté envers le parti nazi triomphe de sa foi religieuse quand il entre en conflit avec la mission Bethel. Il est démis de sa fonction dans la mission après « s’être discrédité ».
Carrière en Allemagne (RDA et RFA) Après son retour d’Afrique, il obtient son habilitation en langues africaines à l’université de Hambourg en 1939 (avec la thèse ), et y enseigne à partir de 1940. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il sert dans l’armée au Danemark puis en Tunisie, où il est capturé par les forces américaines. De 1943 à 1946, il est prisonnier de guerre à Fort Sam Houston aux États-Unis ; il est actif en tant que prêtre. De 1946 à 1948, il est d’abord professeur, puis administrateur principal de l’école de théologie pour prisonniers de guerre allemands au camp Norton Manor en Angleterre. En 1949, il enseigne la missiologie à l’, puis devient professeur à la .
En 1957, il est nommé président des langues et cultures africaines à l’université Humboldt de Berlin, comme successeur de Diedrich Hermann Westermann. Sa candidature est soutenue par Klingenheben et Westermann. Un mémo, probablement émanant d’un organisme d’État, souligne la nécessité d’études africaines en Allemagne de l’Est : l’enseignement des langues africaines serait d’un grand bénéfice dans toute entreprise est-allemande sur le continent africain. On disait que l’expertise linguistique de Dammann l’emportait sur son passé compromis ; sa politique « conservatrice » était bien connue, mais apparemment il gardait le silence sur sa position de Landesgruppenleiter pour la branche étrangère du Parti nazi en Afrique et se contentait d’avoir temporairement pourvu un poste vacant. Avec , qui avait créé une cellule communiste anti-nazie et avait été emprisonné pendant la majeure partie de l’ère hitlérienne, il devient l’un des pères fondateurs des études africaines en Allemagne de l’Est. Ses collègues de Berlin connaissaient bien son passé nazi et le dénonçaient ; l'un d’eux, en le dénonçant au dirigeant du SED de l’université, a noté que Dammann « glorifiait la politique coloniale des impérialistes... et du fascisme allemand ». Alors que le mur de Berlin était en construction en 1961, il fuit la RDA pour rejoindre la RFA. En 1962, Dammann est nommé à l’université de Marbourg et peut y créer un département d’études africaines, avec comme assistant. Il prend sa retraite en 1972 et retourne à Pinneberg, tout en continuant à donner des séminaires à Marburg jusqu’en 1985. Tout au long de sa vie, il a occupé un certain nombre de postes en dehors de ses fonctions universitaires : il enseigne à la , et a été président de la Société missionnaire de Berlin.
Recherche, héritage et politique Dammann voyage régulièrement en Afrique et enseigne un grand nombre de langues africaines, dont le swahili, le zoulou, le héréro, le nama et l’oromo. Ses étudiants comprennent Hildegard Höftmann (Berlin), (Leyde), Brigitte Reineke (Berlin) et Gudrun Miehe, tous des africanistes de renom. Un Festschrift est publié pour lui rendre hommage à l’occasion de son anniversaire qui, selon un critique, reflète « le profond respect dans lequel le professeur Ernst Dammann est tenu par ses collègues des nombreuses disciplines auxquelles il a contribué ». Plus tard, dans une étude de 2011 sur le racisme dans la façon dont les Allemands avaient étudié l’Afrique, il est décrit comme un « membre opportuniste du parti nazi » qui était « profondément ancré dans la pensée raciste », et ses mémoires, (1999), montre qu’il « a maintenu ses opinions racistes et paternalistes jusqu’à tard dans sa vie ».
Paradoxe entre idéologie nazie et contribution à la reconnaissance de la culture swahilie Les séjours de recherche de Dammann dans les années 1930 dans l'archipel de Lamu ont contribué paradoxalement à la diffusion de la connaissance de la culture littéraire swahilie en réunissant un important corpus en Kiamu. Autrement dit, les données linguistiques produites et conservées du fait de ses recherches ont contribué ultérieurement, mais pas de sa propre volonté, à la reconnaissance d'une culture africaine swahilie florissante et de haut niveau littéraire, philosophique et théologique. Ce qui ne concorde pas avec l'idéologie raciste qui hiérarchisait les productions intellectuelles des peuples sur la base de critères raciaux et rejetait les Africains au bas de l'échelle.
Convictions religieuses et sociales Conservateur religieux (il affirme également qu’il est un partisan de la monarchie constitutionnelle), il enseigne que les femmes ne devraient pas être ordonnées pasteurs, mais il n’a jamais quitté l’Église évangélique allemande, bien que sa femme l’ait fait (elle a rejoint l’Église évangélique luthérienne indépendante).
Bibliographie
Dichtungen in der Lamu-Moundart des Suaheli. Hambourg 1940. . Die Religionen Afrikas. Stuttgart 1963 (Die Religionen der Menschheit, vol. 6). Studien zum Kwangali. Hambourg 1957. Grundriss der Religionsgeschichte. Stuttgart 1972.. Ndonga-Anthologie. Berlin 1975. Die Übersetzung der Bibel in Afrikanische Sprachen. Munich 1975. Was Herero erzählten und sangen: Texte, Übersetzung, Kommentar. Berlin 1987. Herero-Texte. Avec Andreas Kukuri. Berlin 1983. 70 ans erlebte Afrikanistik: ein Beitrag zur Wissenschaftsgeschichte. Berlin 1999.. Menschen an meinem Lebensweg. Gross Oesingen 2002.
Festschrift
Wort und Religion: Kalima na dini. Studien zur Afrikanistik, Missionswissenschaft, Religionswissenschaft. Ernst Dammann zum 65. Geburtstag, éd. Hans-Jürgen Greschat, Herrmann Jungraithmayr. Stuttgart : Evangelischer Missionsverlag, 1969.
Autres
Die Afrikawissenschaften in der DDR. Ulrich van der Heyden. Münster : LIT Verlag, 1999.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie
Eckart Krause (eds.): Hochschulalltag im Dritten Reich. Die Hamburger Universität 1933–45. Reimer, Berlin 1991. Hilke Meyer-Bahlburg, Ekkehard Wolff: Afrikanische Sprachen in Forschung und Lehre. 75 Jahre Afrikanistik in Hamburg (1909–1984). Reimer, Berlin/Hamburg 1986, . Autorenverzeichnis. In: Namibiana. , Heft 11, SWA Wissenschaftliche Gesellschaft (Hrsg.), Windhoek 1987.
Literatur von und über Ernst Dammann im Katalog der Staatsbibliothek zu Berlin
Liens externes
Catégorie:Personnalité luthérienne du XXe siècle Catégorie:Prisonnier de guerre allemand de la Seconde Guerre mondiale Catégorie:Personnalité du Parti national-socialiste des travailleurs allemands Catégorie:Décès en juillet 2003 Catégorie:Naissance en mai 1904 Catégorie:Décès à 99 ans