Gaston Ernest Désiré Laplace (1885-1917) est un graveur français né le dans le arrondissement à Paris (75) et mort le au lieu-dit La Saussaz à Saint-Michel-de-Maurienne(73).

Biographie Jeunesse et formation (1885-1913) Né d’un père charcutier (Clément Eusèbe Laplace 1851- ?) et d’une mère femme de chambre (Anne Alexandrine Baudouin 1858- ?), Gaston Laplace se forme très jeune à la gravure. Il se rend dans des musées afin de réaliser des copies de grands artistes tels qu’Harmensz van Rijn RembrandtTête de veille femme (Portrait de la mère de Rembrandt) gravé par LAPLACE Gaston d'après REMBRANDT Harmensz van Rijn conservé au département des arts graphiques du musée du Louvre. URL : https://arts-graphiques.louvre.fr/detail/oeuvres/3/530484-Tete-de-veiille-femme (Consulté le 25/01/2024). ou Jean-François MilletEnsemble de neuf eaux-fortes de Gaston Laplace d’après Jean-François Millet vendu par Christie’s Londres le 8 février 1996. URL : https://www.christies.com/en/lot/lot-493214 (Consulté le 25/01/2024).. Très vite, il se spécialise dans la représentation d’ouvrages architecturés.

Il est appelé pour son service militaire durant l’année 1905Fiche de recrutement militaire de Laplace Gaston Ernest Désiré. Numéro de matricule : 2157. Registres matricules du recrutement de la ville de Paris (1887-1921). Archives de la ville de Paris. Cote : D4R1 1317. URL : https://archives.paris.fr/s/17/etats-signaletiques-et-des-services-militaires/927580/laplace/?&debut=0 (Consulté le 25/01/2024).. Il est recruté au bureau de la Seine (75) et porte comme matricule le numéro 2157idem.. Il intègre le , le 101e régiment d'infanterie. Le , il est affecté à la section de secrétaires d’état-major et du recrutement en raison de ses palpitations cardiaques et de son hypertrophie. Il rejoint ensuite la section de secrétaires d’état-major et du recrutement. Il passe dans la réserve active de l’armée le . Le , il est affecté comme graveur au Pyrénée géographique de l’armée. En effet, à la fin du , l’armée française entreprend la révision de l’ensemble de sa cartographie pyrénéennePour plus d’informations sur le sujet, consulter les articles suivants : BOULANGER, Philippe. « Les théâtres d'opérations pyrénéens dans la géographie militaire française (1871-1914) ». Sud-Ouest européen, n°23 Géographie historique, pour un autre regard (Coordonné par Jean-Yves Puyo), 2007, pp. 45-53. URL : https://www.persee.fr/doc/rgpso_1276-4930_2007_num_23_1_2937 (Consulté le 29/01/2024) ; NADAL, Francesc. « La cartographie militaire des Pyrénées françaises et la guerre civile espagnole ». Sud-Ouest européen, n°31 Recompositions récentes dans le périurbain toulousain (Coordonnés par Fabrice Escaffre et Sandrine Bacconnier ), 2011, pp. 169-182. URL : https://journals.openedition.org/soe/966 (Consulté le 30 janvier 2024) et PUYO, Jean-Yves. « La géographie militaire française et les Pyrénées : «des cartes aux hommes» () ». Sud-Ouest européen, n°23 Géographie historique, pour un autre regard (Coordonné par Jean-Yves Puyo), 2007, pp. 29-44. URL : https://www.persee.fr/doc/rgpso_1276-4930_2007_num_23_1_2936 (Consulté le 30 janvier 2024).. Gaston Laplace est chargé de réaliser de nouvelles cartes représentant les topographies des chaînes montagneuses, les différentes fortifications françaises et les lignes de défenses. Il y est affecté jusqu’au Fiche de recrutement militaire de Laplace Gaston Ernest Désiré, op. cit., ..

Le , il épouse à Paris (75) Marguerite Suzanne David (1893-1988) une jeune pianiste.

En 1913, il collabore avec l’écrivain Pierre Guerquin (1880-1967) pour un livre intitulé Le hameau de Marie-Antoinette. L’ouvrage est composé de 15 pages et comporte 11 eaux-fortes de Gaston Laplace, représentant divers pavillons du Hameau de la Reine Marie-Antoinette à VersaillesDescription du lot n°132 intitulé [Marie-Antoinette]. LAPLACE. GUERQUIN (P.). Versailles. Le hameau de Marie-Antoinette. Avant-propos de Pierre de Nolhac. Paris, s.n., 1913. In-folio en feuille sous couv. de l'édition (couv. très lég. défraîchie). Vendu par la maison de vente aux enchères Daguerre le 4 avril 2022 lors de la vente Livres anciens et modernes pour la somme de 282 euros. URL : https://www.daguerre.fr/lot/123219/17675418-marie-antoinette-laplace-guerquin-p-versailles-le-hameau-de. Le tirage a été limité à 76 exemplaires. Les différentes fabriques sont représentées avec une très grande précision et un très grand sens du détail.

Engagement dans la Première Guerre mondiale (1914-1917)

Il est rappelé dans l’armée active par le décret de mobilisation générale du Fiche de recrutement militaire de Laplace Gaston Ernest Désiré, op. cit.,.. Il rejoint la section de secrétaires d’état-major et du recrutement, le Idem.. Son affectation dans ce service auxiliaire est maintenue par une décision de la Commission de réforme de Montmirail, le , en raison de ses troubles cardiaques fonctionnels.

Il existe peu d’informations sur la section de secrétaires d’état-major et du recrutement. Elle était hors région militaire, dépendait du Gouvernement militaire de Paris et se situait dans la caserne Babylone, au n° 49 rue de Babylone, dans le 7e arrondissement de ParisVoir les pages wikipédia de la caserne Babylone et du Gouvernement militaire de Paris. Le parcours détaillé de Gaston Laplace en tant que soldat n’est donc pas connu, sauf à travers ses dessinsVoir les 53 oeuvres conservées à La Contemporaine disponibles sur le site Calames. URL: https://calames.abes.fr/pub/lacontemporaine.aspx#details?id=Calames-202283117826941490..

Il est probable que Gaston Laplace ait été missionné par l’état-major afin de rendre compte par ses dessins des différents dégâts infligés aux villes touchées par le conflitDurant la Première Guerre mondiale, l'état-major envoyé des artistes sur le front afin de rendre compte des différentes destructions. Voir le catalogue de l'exposition « 1914-1918 Le patrimoine s’en va-t’en guerre », organisée par la Cité de l’architecture et du patrimoine, 11 mars au 4 juillet 2016. Paris, Cité de l’architecture et du patrimoine, 2016.. Cette théorie expliquerait pourquoi le graveur a représenté principalement des villes détruites par les combats entre 1914 et 1917.

En , Gaston Laplace se rend à Reims afin de dessiner la ville, mais surtout la cathédrale de Reims surnommée « cathédrale martyre », martyrisées par l’occupation et les bombardements allemands dès les premiers jours de la guerreVoir les dessins de la Cathédrale de Reims de Gaston Laplace conservé à La Contemporaine et au Petit Palais. Durant 1915, il se rend dans divers villages meurtris par la Bataille de la Marne (1914) ( Bétheny, Saint Thierry et Cauroy)Voir les dessins de Gaston Laplace conservé à La Contemporaine et par la Bataille d’Arras ( Arras, Ablain-Saint-Nazaire, Mont-Saint-Eloi et Souchez)Idem.. En 1916, il dessine les villes martyres de Verdun et de Combles. En 1917, il est envoyé sur le Front italien.

thumb|Vue intérieure du portail de la Cathédrale de Reims dessinée par Gaston Laplace (1885-1917) le 8 novembre 1914

thumb|Extérieur de la cathédrale de Reims, PPD3528|gauche

thumb|Représentation de la rue Mazel à Verdun le 20 avril 1916|gauche

thumb|Ruine de la Vieille Eglise d'Albain Saint Nazaire (Pas de Calais) dessinée par Gaston Laplace en 1915

thumb|Vue de la ville de Vermandovillers (Somme) dessinée par Gaston Laplace (1885-1917) en 1915|centré

Les dessins de Gaston Laplace ont pu être utilisés à des fins de propagande antigermanique dans la presse et dans des expositions fondées sur l’exaltation du patrimoine architectural et artistique meurtriHOFMAN, Jean-Marc. « Exposer la guerre-Le supplice de la beauté dévastée ». Article du catalogue de l'exposition « 1914-1918 Le patrimoine s’en va-t’en guerre », organisée par la Cité de l’architecture et du patrimoine, 11 mars au 4 juillet 2016. Paris, Cité de l’architecture et du patrimoine, 2016, p. 22.. Ses dessins de ruines s’inscrivent, dès le début du conflit, dans la guerre des imagesVoir l’ouvrage de GILLES, Benjamin et WEINRICH, Arndt.Une guerre des images, 1914-1918. France-Allemagne. Paris, La Martinière, 2014.. Les dessins de ruines ont un double objectif : documenter les traces matérielles d’un conflit armé aussi bien sur des habitations de quartiers que sur des monuments historiques ; dénoncer les « crimes »Voir LEON, Paul. « La reconstruction monumentale de la France ». La Renaissance des ruines. Maisons et monuments, Paris, Laurens, 1918. de l’armée allemande contre les monuments historiques détruits et ravagés malgré les prescriptions normatives édictées par la Première (1899) et la Seconde conférence de La Haye (1907). Durant la Première Guerre mondiale, le patrimoine dévasté est un puissant argument de propagande contre l’ennemi, dans le but de rallier la population française contre l’armée allemande. En , certains de ses dessins de villes meurtries en ruines sont exposés au musée Leblanc à ParisPhotographies de l’exposition prises par Lemare entre la 1er et le 31 juillet 1917, conservées à l’ECPAD, côtes SPA 94 Z 3841 et SPA 94 Z 3842. URL: https://imagesdefense.gouv.fr/fr/paris-musee-leblanc-dessins-de-laplace-legende-d-origine-1.html et https://imagesdefense.gouv.fr/fr/paris-musee-leblanc-dessins-de-laplace-legende-d-origine.html.

Dernières années et postérité En , il obtient une permission pour voir sa famille à Paris. Le , vers 22h30, il prend place à bord du train PLM ML 3874PALLATIER, André. Le tragique destin d'un train de permissionnaires : Maurienne 12 décembre 1917. Éditions L'Harmattan, 2013, p. 55 à suiv. en gare de Modane. Le train quitte la gare à 22 h 47. Lors de la descente dans la vallée, le train s’emballe et déraille au lieu-dit La Saussaz à Saint-Michel-de-Maurienne (73). Gaston Laplace meurt, son corps n’a pas pu être identifié. Ses restes, ainsi que ceux des 276 autres soldats non identifiés, sont transférés à la Nécropole nationale de la Doua et inhumés dans la tombe collective 37, Carré E, rang 4.

Il est déclaré présumé décédé le Fiche de recrutement militaire de Laplace Gaston Ernest Désiré (avec mention de la date et du lieu de naissance et de mort).Numéro de matricule : 2157. Registres matricules du recrutement de la ville de Paris (1887-1921). Archives de la ville de Paris. Cote : D4R1 1317. URL : https://archives.paris.fr/s/17/etats-signaletiques-et-des-services-militaires/927580/laplace/?&debut=0 (Consulté le 25/01/2024). dans l’Accident ferroviaire de Saint-Michel-de-Maurienne et rayé des contrôles le . Un avis de disparition C.H.F est émis le . Il ne sera définitivement déclaré mort pour la France qu’en 1919. Le , une aide de secours de 150 francs est accordée à sa veuve.

Afin de faire connaître les œuvres de son mari, sa veuve fait acquérir plusieurs de ses œuvres par diverses institutions comme le Fonds national d'art contemporain (déposé par la suite en dépôt au musée du Louvre) ou encore La Contemporaine.

Son nom est mentionné sur plusieurs plaques commémoratives et dans plusieurs livres d’orFiche de Gaston Laplace sur le site www.memorialgenweb.org . URL : https://www.memorialgenweb.org/memorial3/html/fr/complementter.php?id=6729258 (Consulté le 05/02/2024). : Plaques commémoratives 1914-1918 de l'Église Saint-Sulpice 6e arrondissement Paris (75) ; Plaques commémoratives 1914-1918 de la mairie du 6e arrondissement Paris (75) ; Plaques commémoratives pour les 20 arrondissements de Paris (75) faisant office de Monument aux Morts ; Livre d'or du ministère des pensions 6e arrondissement Paris (75) ; Livre d'or de la société des artistes Français 8e arrondissement Paris (75).

Œuvres dans les collections publiques La Contemporaine, bibliothèque, archives et musée des mondes contemporains, possède 53 de ses œuvres. Reims, portail de la cathédrale, , 16 x 12 cm, encre de Chine, plume et aquarelle, OR F3 000488. St.Thierry (Marne), , 15,7 x 11,7 cm, encre de Chine, plume et aquarelle, OR F3 000497