Sébastien Roch est un roman français d’Octave Mirbeau, paru chez Charpentier le , après une pré-publication en feuilleton dans les colonnes de L'Écho de Paris.

La dernière édition critique, préfacée et annotée par Pierre Michel, a paru en à L'Âge d'Homme, Lausanne. Une nouvelle édition, illustrée par Éloi Valat, a paru en aux éditions Bleu autour.

Le roman Le sujet

Dans ce troisième roman signé de son nom, Mirbeau transgresse un tabou majeur : celui du viol d’adolescents par des prêtres, sujet dont on n’a vraiment commencé à parler qu’un siècle après sa publication et qui fit de l'ouvrage la victime d’une véritable "conspiration du silence" Voir Pierre Michel & J.-F. Nivet, Octave Mirbeau, l'imprécateur au cœur fidèle, Séguier, 1990, pp. 401-409..

C’est le récit du sacrifice d’un enfant dont toutes les qualités sont détruites par ses années de collège et les viols qu’il y subit. Arrivé sain de corps et d’esprit au collège des Jésuites de Vannes le jeune Sébastien Roch, au prénom et au patronyme hautement significatifs, est souillé à jamais et lui aussi injustement chassé sous une accusation infamante..

L’éducation jésuitique constitue un viol de son esprit, suivi du viol de son corps, au terme d’une entreprise de séduction conduite cyniquement par un prêtre machiavélique, son propre maître d’études, le Père de Kern. Celui-ci le fait encore chasser honteusement du collège sous prétexte de prétendues « amitiés particulières » avec son seul ami et confident, le taiseux et révolté Bolorec.

La personnalité de Sébastien en est déformée à jamais, et sa vie a perdu irrémédiablement tout sens, toute valeur et toute finalité; au lieu du roman de formation auquel on s’attend, Mirbeau nous livre le prototype du roman de la déformation.

La portée

Au-delà de la matérialité des violences sexuelles, ces deux viols, compliqués d’inceste (car le « père » jésuite est aussi le substitut du père biologique et un père intellectuel), symbolisent le « meurtre des âmes d’enfant ».

Complice du « goupillon » (le clergé), l’armée achève le travail des Jésuites, que Mirbeau qualifie de « pourrisseurs » et « pétrisseurs d’âmes » : Sébastien est tué d’une manière particulièrement absurde au cours d’un épisode de la guerre de 1870 qu'il subit, à l’instar du romancier, dans l’armée de la Loire.

Les dernières lignes du roman nous montrent Bolorec portant le corps de son ami et s'enfonçant dans la fumée, « sous les balles et les obus ».

À la différence des autres romans de Mirbeau, la plus grande partie du récit est rédigée à la troisième personne, par un témoin anonyme, qui est l’équivalent du romancier omniscient, parce que le viol relève de l’indicible : le récit du viol stricto sensu est d’ailleurs remplacé par une ligne de points, comme celui d’un autre viol, dans un roman « nègre » de 1882, L'Écuyère. Cependant la seconde partie du roman comporte majoritairement de larges fragments du journal de Sébastien, ce qui redonne toute sa place à la subjectivité.

Notes et références

Bibliographie

Élodie Bolle, « La Marque du pli chez Mirbeau », Cahiers Octave Mirbeau, 1999, , . Jean-Louis Cabanès, « Le Discours sur les normes dans les premiers romans de Mirbeau », Octave Mirbeau, Pierre Michel et Georges Cesbron, Éd., Angers, PU d’Angers, 1992, . Yves du Lac, « Au sujet du personnage du père de Kern dans 'Sébastien Roch' », Cahiers Octave Mirbeau, 1998, , . Samuel Lair, « Henri Bergson et Octave Mirbeau : du philosophe poète à l’écrivain philosophe », Cahiers Octave Mirbeau, 1997, , . Emmanuelle Lambert, « L’Écriture du corps dans les romans autobiographiques d’Octave Mirbeau », Cahiers Octave Mirbeau, 1995, , . Pierre Michel, « Octave Mirbeau et Stanislas du Lac », Cahiers Octave Mirbeau, 1998, , . Anne-Laure Séveno, « L’Enfance dans les 'romans autobiographiques' d’Octave Mirbeau : démythification et démystification d’une tradition littéraire : le Thème de l’enfance », Cahiers Octave Mirbeau, 1997, , . Robert E. Ziegler, « ‘Pour fabriquer un rien’: From Education to Anarchy in Octave Mirbeau », Degré Second, , , .

Liens externes

Texte de Sébastien Roch, Éditions du Boucher. Texte de Sébastien Roch, sur Wikisource. Texte de Sébastien Roch, sur Gallica. Lecture intégrale de Sébastien Roch, sur Littérature audio (13 heures 30). Pierre Michel, Préface de Sébastien Roch, Éditions du Boucher, 2003. Laurent Ferron, « Le Viol de Sébastien Roch : l’Église devant les violences sexuelles », Cahiers Octave Mirbeau, , 2001 . Bernard Gallina, « Monsieur Roch : un personnage en clair-obscur », Cahiers Octave Mirbeau,  , 2002, . Bérangère de Grandpré, « La Figure de saint Sébastien chez Mirbeau, d'Annunzio et Trakl », Cahiers Octave Mirbeau, , 2006, . Caroline Granier, « Le Désordre du je ou l’ordre en jeu - Quatre romans d’éducation anarchiste de Darien et Mirbeau », Cahiers Octave Mirbeau, , 2003, . Samuel Lair, « Jean-Jacques et le petit rousseau », Cahiers Octave Mirbeau, , 2003, . Pierre Michel, « Mirbeau et l’école - De la chronique au roman », in Vallès-Mirbeau - Journalisme et littérature, Autour de Vallès, , ,  . Julia Przybos, « Sébastien Roch, ou les traits de l'éloquence », Cahiers Octave Mirbeau, , 2007, . Robert Ziegler, « Toward Death and Perfection in Octave Mirbeau’s Sébastien Roch », .

Catégorie:Roman français paru en 1890 Catégorie:Roman d'Octave Mirbeau Catégorie:Œuvre littéraire se déroulant en France Catégorie:Personnage de fiction harcelé à l'école Catégorie:Abus sexuels dans l’enseignement catholique en France Catégorie:Roman sur le viol Catégorie:Roman sur la pédophilie Catégorie:Abus sexuel dans la Compagnie de Jésus