Ève Curie, née le à Paris et morte le à New York (États-Unis), est une pianiste, femme de lettres, journaliste, conférencière, Française libre et diplomate française. Elle est la fille de Pierre et Marie Skłodowska-Curie.

Biographie Famille et débuts artistiques

gauche|vignette|redresse|Ève, Marie et Irène Curie en 1908. Fille de Pierre et Marie Curie, née Skłodowska, sœur cadette d'Irène Joliot-Curie, elle naît le 6 décembre 1904Claudine Monteil, « Eve Curie, une héroïne de la France Libre dans les conflits du Proche et Moyen-Orient (1904-2007) », Les Clés du Moyen-Orient, publié le 30 mai 2016, modifié le 21 avril 2020, consulté le 18 août 2026.. Elle grandit entre Paris et la Bretagne où sa famille possède une maison, et au milieu de tous les scientifiques qui rendent visite à sa mère, dont Einstein.

Elle étudie au collège Sévigné, où elle obtient son baccalauréat en 1925. Comme elle aime à le rappeler, elle est la seule de la famille à ne pas avoir choisi une carrière scientifique, contrairement à ses parents, sa sœur, ses neveux, son oncle et ses cousins. Encouragée par sa mère, elle préfère les études littéraires et artistiques. Formée par Ignacy Paderewski à la fin de la Première Guerre mondiale, elle commence sa carrière en tant que pianiste et se produit pour la première fois à Paris en 1925. Elle comprend qu'elle ne sera jamais pianiste virtuose et devient une figure du Tout-Paris, fréquentant notamment Colette et Arthur Rubinstein.

En , elle rencontre Henri Bernstein, directeur du théâtre du Gymnase, pour lequel elle écrit 145, Wall Street, adaptation de Spread Eagle de George S. Brooks et Walter B. Lister, créée le suivant. Elle entretient avec lui une liaison de 1932 à 1940.. vignette|Ève Curie en 1921. Après le décès de sa mère en 1934, elle écrit la biographie de celle-ci, Madame Curie, qui est en 1938 un succès de librairie mondial et qui lui vaut le National Book Award aux États-Unis. Le livre est traduit en trente langues. En 1940, le Time lui consacre sa couverture Le livre est adapté au cinéma, également sous le titre de Madame Curie, par la MGM en 1943, avec Greer Garson dans le rôle-titre et Walter Pidgeon dans celui de son époux.

Seconde Guerre mondiale Après l'armistice du 22 juin 1940, elle embarque à Bordeaux à bord du cargo britannique Madura, parmi , où l'on retrouve Henri Bernstein, Pierre Cot, Štefan Osuský, membre du Comité national tchécoslovaque, le ministre belge Marcel-Henri Jaspar ou Hugh Carleton Greene, correspondant du Daily Telegraph et frère de Graham Greene, et arrive à Falmouth le Voir ; ; ; ., indique à tort, , le 17 juin et la présence de Philippe Barrès, qui indique lui-même dans son Charles de Gaulle, paru en 1941, avoir quitté la France après la signature des armistices franco-allemand et franco-italien, ..

En Angleterre, déterminée à continuer la lutte, elle s'engage dans la France libre et en faveur des Alliés, jusqu'à la fin de la guerre. Elle propose sa plume et sa voix dans la presse, à la radio, dans des conférences et intervient à deux reprises à Radio Londres« Appel au bon sens » () et « la deuxième réélection de Roosevelt » (), dans Jean-Louis Crémieux-Brilhac (dir.), Les Voix de la liberté : Ici Londres, 1940-1944, tome 1, La Documentation française, 1975, et 138.. Elle fait une tournée de conférences aux États-Unis, est invitée à la Maison Blanche et devient correspondante de guerre pour plusieurs journaux. En réaction, le gouvernement de Vichy lui retire par décret, au début de , la nationalité française en même temps qu'à Henri Bernstein, René Cassin et Georges Thierry d'ArgenlieuGeorges Bernstein Gruber, Gilbert Maurin, , ..

Elle rejoint les États-Unis pour y faire connaître les combats de la France libre et est engagée en comme correspondante de guerre par l’Herald Tribune Syndicate de New York, ainsi que dans l’Allied Newspaper de Londres[, elle se rend sur les fronts de Libye, de Russie, de Birmanie et de Chine. Elle est accueillie par le général Catroux et constate Le succès de la propagande nazie en Syrie. Elle interviewe également Mohammad Reza Pahlavi, shah d'Iran et écrit un reportage sur le corridor père, témoignant des difficultés de transport de l'aide alliée à l'URSS. Le , elle s'entretient avec Gandhi.. Selon elle, Gandhi se dérobait (« slipped away ») constammentÈve Curie, Journey among warriors, New York, 1943, p. 454. Cité par G.B. Singh, Gandhi : Behind the Mask of Divinity, New York, 2004, 296 et 299, note 5.. En Chine, elle rencontre Zhou Enlai, Tchang Kaï-chek et Song Qingling, veuve de Sun Yat-sen, le père de la révolution chinoise. En 1943, elle publie Journey among warriors (Voyage parmi les guerriers, 1946), une chronique de ses voyages sur les fronts de la Seconde Guerre mondiale qui est présélectionné pour le prix Pulitzer.

Revenue en Angleterre, elle s'engage dans le corps des volontaires féminines de la France combattante et devient ambulancière sur le front d'Italie, où elle est blessée. En 1943, le général Diego Brosset l'engage avec le grade de lieutenant à l'état-major de la DFL, comme officier de liaison. Débarquée avec les troupes françaises en Provence en , elle participe à la jonction de cette unité avec la DB le . Le général de Gaulle lui rend hommage dans le discours qu'il prononce le à Alger et le suivant, lui écrit : . De Lattre de Tassigny lui rend aussi hommage.

Le , elle fonde avec Philippe Barrès le quotidien Paris-Presse, qu'elle codirige jusqu'en 1949Claude Bellanger, Histoire générale de la presse française, universitaires de France, 1969, t. IV, ..

Après-guerre En 1945, elle assiste avec sa sœur Irène au procès de María Teresa Toral, pour soutenir la chimiste républicaine espagnole, au cours duquel le régime franquiste demande la peine de mort.

En 1952, elle devient conseillère spéciale du secrétaire général de l'OTAN et assiste Pierre Mendès-France dans les relations avec les États-Unis. Deux ans plus tard, en 1954, elle épouse Henry Labouisse, ambassadeur des États-Unis en Grèce sous Kennedy.

En 1954, ils s'installent à Beyrouth comme directeur de l'UNRWA et constatent la mauvaise volonté des pays arabes pour améliorer la situation dans les camps de réfugiés palestiniens, tous souhaitant que la situation ne dure pas et un retour des réfugiés en Palestine (devenue Israël). Labouisse est directeur exécutif de l'UNICEF de 1965 à 1979. Dans le cadre de leurs fonctions, Ève et son époux voyagent dans plus d'une centaine de pays dont le Nigeria pendant la guerre du Biafra.

Ève Curie est administratrice de la Fondation CurieHistorique de la Fondation Curie. de 1957 à 1967, au titre de représentant de Marie Curie, fondatrice de la fondation.

Elle acquiert la nationalité américaine en 1958. Veuve depuis 1987, domiciliée à New-York, dans le centre-est de Manhattan au Who's Who in France, dictionnaire biographique, 1992-1993. Éditions Jacques Lafitte 1992.. Lors des attentats du 11 septembre 2001, elle s'engage encore comme volontaire.

Elle y meurt le , à presque ( et ).

Œuvres Essais Madame Curie, Paris, Gallimard, 1938, 315 pages (nombreuses rééditions et traductions). They speak for a nation, letters from France, (édité avec une introduction d'Ève Curie, Philippe Barrès, Raoul de Roussy de Sales, traduit par Drake et Denise Dekay), New York, Doubleday, Doran, 1941, 238 pages. Journey among warriors, Londres & Toronto, W. Heinemann, 1943, 522 pages. (traduction de l'anglais revue par l'auteur), Paris, Flammarion, 1946, 504 pages.

Théâtre 145, Wall Street, pièce en 3 actes et 5 tableaux, Spread Eagle de George S. Brooks et Walter B. Lister, Paris, l'Illustration, 1933, 40 pages.

Distinctions Décorations (2005) (1944) (2006)

Ève Curie est nommée au grade de chevalier dans l'ordre national de la Légion d'honneur le .. Le , âgée de , elle est promue au grade d'officier dans l'ordre au titre de . Elle est faite officière de l'ordre le au cours d'une cérémonie dans les locaux de l'UNICEF pour sa contribution à la cause humanitaire.

En 1944, elle est titulaire de la croix de guerre 1939-1945.

En 2006, elle est promue au grade de commandeur dans l'ordre Polonia Restituta, ordre dans lequel elle était entrée avec le grade de chevalier en 1939.. Elle est faite commandeur de l'ordre à New York par le président polonais Lech Kaczyński, Ève Curie crie alors Vive la Pologne ! en français.

Titre Ève Curie a reçu le titre de docteur honoris causa du Mills College, du Russell Sage College et de l'université de RochesterDictionnaire biographique français contemporain, Pharos, 1950, vol. 2, ..

Notes et références

Pour approfondir Bibliographie

Hélène Langevin-Joliot et Monique Bordry, Marie Curie et ses filles. Lettres, Paris, Pygmalion, 2011, . Natacha Henry, Les Sœurs savantes, Marie Curie et Bronia Dluska, La Librairie Vuibert, Paris, 2015. Claudine Monteil, Ève Curie, L'autre fille de Pierre et Marie Curie, Paris, Odile Jacob, 2016, , (première biographie sur Ève Curie)

Articles connexes Famille Curie Musée Curie

Liens externes

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