Robert Walpole, comte d'Orford ( – ) est un homme d'État du Parti whig britannique, et le premier véritable Premier ministre de Grande-Bretagne. Bien que ce terme n'existe pas à l'époque, on peut dire, à considérer son pouvoir au sein du gouvernement, qu'il en assure de facto le rôle entre 1721 et 1742.

Devenu lord du Trésor en 1721, il occupe alors la première place au sein du gouvernement du royaume. Après la démission de Charles Townshend en 1730, sa prééminence devient indiscutable. Il démissionne en 1742. Son gouvernement est encore le plus long de l'histoire britannique..

Jeunesse Robert Walpole est né à Houghton, un village du comté de Norfolk en 1676. Son père, Robert Walpole, est un homme politique qui représente la circonscription de Castle Rising à la Chambre des communes. Sa mère est Mary Walpole (née Mary Burwell). Robert est le cinquième enfant d'une famille de dix-sept frères et sœurs, dont huit meurent en bas âge. Robert Walpole détient le record du nombre de frères et sœurs parmi les Premiers ministres britanniques.

Walpole étudie au collège d'Eton de 1690 à 1695 et s'inscrit au King's College de Cambridge en 1696. En 1698, il quitte l'université de Cambridge après la mort de son frère aîné pour aider son père à la gestion du patrimoine de la famille. Walpole a dans l'idée de devenir un homme d'église, mais il abandonne cette idée quand, demeurant le seul fils vivant de la famille, il devient aussi l'héritier du patrimoine de son père. En 1700, Walpole épouse Catherine Shorter, avec laquelle il aura deux filles et trois fils parmi lesquels Horace Walpole. Après la mort de sa femme, en 1737, Walpole épouse sa maîtresse Maria Skerrit qui meurt à son tour en couches.

Début en politique La carrière politique de Robert Walpole commence en janvier 1701, quand il gagne les élections à Castle Rising (circonscription de son père mort trois mois plus tôt). Il quitte Castle Rising en 1702 pour pouvoir se présenter à King's Lynn, où il sera réélu pendant quarante ans.

Comme son père, Robert est un homme politique zélé, il est membre du Parti whig, lequel est alors plus puissant que le parti d'opposition tory. En 1705, Walpole est nommé membre du conseil des Lords de l'Amirauté (un conseil qui s'occupait des affaires maritimes). Ses aptitudes administratives ayant été remarquées, il est promu par Sidney Godolphin, haut responsable de la trésorerie et chef de Cabinet. En 1708, il est nommé secrétaire à la guerre pendant une période brève, et, en 1710, il devient premier trésorier de la marine. Toutes ces responsabilités font de Robert Walpole un conseiller avisé du duc de Marlborough John Churchill, le commandant des forces britanniques pendant la guerre de Succession d'Espagne. Robert Walpole devient rapidement une des figures les plus importantes des membres du Cabinet.

Malgré son influence, Walpole ne peut empêcher lord Godolphin et les membres de son parti d'attaquer un ministre qui vient de prononcer un sermon anti-whig. Ce procès est extrêmement impopulaire en Grande-Bretagne, ce qui conduit à la chute du duc de Marlborough et à la défaite des whigs aux élections générales britanniques de 1710.

Le nouveau parti au pouvoir sous le gouvernement du tory Robert Harley retire à Walpole son ministère de la Guerre mais lui permet de rester trésorier de la marine jusqu'au . Harley veut le convaincre de rejoindre les tories, ce que Walpole refuse. Il préfère défendre Lord Godolphin contre les attaques des tories et de la presse.

Agacé par ces attaques politiques, les tories essayent par tous les moyens de ruiner sa carrière politique, ainsi que celle du duc de Marlborough. En 1712, Walpole est même accusé de corruption en tant que secrétaire de la guerre et, bientôt, déclaré coupable par une majorité de membres Tories. Expulsé du parlement, il est emprisonné dans la Tour de Londres pendant six mois. Considéré par l'opinion publique comme une victime innocente, il est réélu en 1713 et développera une haine sans bornes contre Robert Harley et Lord Bolingbroke, les deux instigateurs de sa condamnation.

Retour au pouvoir La reine Anne meurt le et, n'ayant aucun héritier, son cousin hanovrien George lui succède sur le trône britannique. Il n'a pas confiance dans les Tories, qu'il soupçonne de vouloir s'opposer à son autorité. Cette méfiance permet au Parti whig de revenir au pouvoir et de le conserver pendant cinquante ans.

Robert Walpole devient conseiller privé du roi et est promu « Paymaster of the forces », dans un ministère normalement dirigé par Lord Halifax, mais aussi dominé par Lord Townshend (beau-frère de Walpole dont il a épousé la sœur Dorothy), ainsi que James Stanhope. Walpole devient également président-directeur du comité secret, bureau créé pour enquêter sur les agissements des anciens ministres tories. Ceux qui avaient contribué à la descente aux enfers de Walpole, en 1712, se retrouvent maintenant à la place des accusés. Lord Oxford est accusé de haute trahison et Lord Bolingbroke est déchu de tous ses droits civiques.

Lord Halifax meurt en 1715. Walpole, reconnu alors comme un homme d'État travailleur, récupère le poste de Premier Lord du Trésor et de chancelier de l'Échiquier. Il crée alors les fameux « sinking fund », sorte de fonds monétaire dont le but principal est de réduire la dette du pays. Le Cabinet dont il est membre est divisé sur la plupart des questions importantes, avec, d'un côté, Walpole et Townshend, de l'autre Stanhope et Lord Sunderland. Le principal sujet de controverse est la politique étrangère, car Walpole et Townshend considèrent que le roi George conduit les affaires étrangères davantage selon les intérêts de l'électorat de Hanovre que de ceux de la Grande-Bretagne. Cependant, la faction de Stanhope et de Sunderland a l'appui du roi, ce qui vaut à Townshend de perdre son poste de secrétaire d'État pour le Nord et d'être nommé au poste moins prestigieux de Lord Lieutenant d'Irlande. Mais ce changement de poste n'apaise pas Stanhope et Sunderland, qui obtiennent le renvoi de Townshend comme Lord Lieutenant en avril 1717. Le lendemain, Walpole se retire alors du gouvernement pour rejoindre Townshend dans l'opposition. Sunderland et Stanhope (qui est créé comte) sont les têtes principales du nouveau cabinet.

Peu après la démission de Walpole, une querelle éclate entre le roi et le prince de Galles futur George II. Walpole et d'autres qui se sont opposés au gouvernement se rassemblent souvent à Leicester House, la demeure du prince de Galles, pour combiner leur action politique. Walpole devient également l'ami intime de l'épouse du prince de Galles, Caroline de Brandebourg-Ansbach. En 1720, il améliore encore sa position en provoquant une réconciliation entre le prince de Galles et le roi.

Walpole continue, par ailleurs, à être une figure influente à la Chambre des communes ; il est particulièrement actif dans la lutte contre l'une des propositions les plus significatives du gouvernement, la loi sur la pairie, qui entend limiter la possibilité pour le monarque de créer de nouvelles pairies. Walpole provoque l'abandon provisoire du projet de loi en 1719, puis son rejet définitif l'année suivante. Cette défaite conduit Lord Stanhope et Lord Sunderland à se réconcilier avec leurs adversaires ; Walpole rentre au Cabinet comme caissier des forces, et Townshend devient Lord Président du Conseil. Mais ce retour au pouvoir amène la perte de la faveur du prince de Galles (le futur roi George II), qui éprouve toujours le plus profond mépris pour le gouvernement de son père.

La montée en puissance Peu après le retour de Walpole au Cabinet, la Grande-Bretagne est emportée par une vague d'enthousiasme spéculatif qui mène à la « bulle des mers du Sud ». Le gouvernement avait établi un projet permettant à la Compagnie des mers du Sud d'assumer la dette nationale de la Grande-Bretagne, en échange d'accords lucratifs ; on a cru que la compagnie récolterait par la suite un énorme bénéfice. Beaucoup dans le pays, y compris Walpole lui-même, ont frénétiquement investi dans la compagnie. Fin 1720, cependant, la compagnie commence à s'effondrer, tandis que le prix de ses actions plonge. Contrairement à d'autres investisseurs, Walpole est sauvé de la ruine financière par son banquier qui lui conseille de vendre ses parts.

En 1721, un comité enquête sur le scandale et constate des faits de corruption au sein du Cabinet. Parmi les ministres impliqués, on compte John Aislabie (chancelier de l'Échiquier), James Craggs l'Aîné (Postmaster General ; Craggs the Elder), James Craggs le Jeune (secrétaire du Sud ; Craggs the Younger), Stanhope et Lord Sunderland. Les deux Craggs meurent dans le déshonneur ; les autres font l'objet de poursuites pour corruption. Aislabie est déclaré coupable et emprisonné, mais l'influence personnelle de Walpole sauve Stanhope et Sunderland. Cette action, qui permet à ces deux hommes, ainsi que d'autres, de ne pas être punis, vaut à Walpole le surnom de « Screenmaster-General ».

La démission de Sunderland et la mort de Stanhope en 1721 font de Walpole la figure la plus importante du gouvernement. En , il est nommé Premier Lord du trésor, Chancelier de l'échiquier et chef de la Chambre des communes. L'entrée de Walpole dans la fonction de « Premier ministre » est souvent datée de cette nomination. En réalité, Walpole partage le pouvoir avec son beau-frère, Lord Townshend, qui est secrétaire d'État pour le Nord et dirige les Affaires étrangères. Les deux hommes doivent également faire face au secrétaire d'État pour le Sud, Lord Carteret.

Premier ministre sous George Conseillé par Walpole, le Parlement essaie de résoudre la crise financière. Les domaines des directeurs de la compagnie sont confisqués et employés à soulager la douleur des victimes, et les actions de la Compagnie des mers du Sud sont divisées entre la Banque d'Angleterre et l'East India Company. La crise a sensiblement endommagé la crédibilité du roi et du Parti whig, mais Walpole défend l'un et l'autre avec une éloquence habile à la Chambre des communes.

La première année de Walpole en tant que Premier ministre est également marquée par la découverte d'un complot jacobite organisé par Francis Atterbury, évêque de Rochester. La découverte de l'arrangement étouffe les espoirs des jacobites, dont les précédentes tentatives de révolte, particulièrement en 1715 et en 1719, n'ont pas eu le succès attendu. Les tories en sortent affaiblis, d'autant que Lord Bolingbroke, un chef tory, poursuivi pour ses sympathies jacobites, est en exil en France ; il ne sera autorisé à rentrer en Grande-Bretagne qu'en 1723.

Pendant le reste du règne de George , l'ascendant de Walpole grandit : le pouvoir politique du monarque diminue peu à peu, tandis que celui de ses ministres augmente. En 1724, le principal rival politique de Walpole et de Townshend au sein du Cabinet, Lord Carteret, est écarté du poste de secrétaire du Sud et nommé au poste de Lord lieutenant d'Irlande. Maintenant, Walpole et Townshend sont clairement les maîtres du ministère. Ils mènent une politique favorable à la paix, particulièrement en ouvrant des pourparlers avec la France et la Prusse en 1725 en vue d'une alliance. La Grande-Bretagne, libérée des menaces jacobites, de guerre et de crise financière, se développe et devient prospère, assurant à Robert Walpole la faveur de George . En 1725, il est créé chevalier de Bath et, en 1726, chevalier de l'ordre de la Jarretière (ce qui lui vaut le surnom de « Sir Blustering »). Par ailleurs, on accorde à son fils aîné (également appelé Robert) une baronnie.

Premier ministre sous George II