Le comté de Hanau-Lichtenberg (en allemand : Grafschaft Hanau-Lichtenberg) est l'un des nombreux territoires intégrés au Saint-Empire romain germanique.
Ses origines sont doubles ; d'une part la seigneurie de Lichtenberg en Basse-Alsace et d'autre part un morceau du comté de Hanau situé en Hesse.
Le comté se subdivise en quinze bailliages, dont dix sont situés dans l'actuel département du Bas-Rhin, avec la ville de Bouxwiller pour capitale.
Histoire Déjà occupé à l'époque romaine, le site de Bouxwiller est, au début du Moyen Âge, donné en fief aux sires de Lichtenberg. De cette époque date l'expansion territoriale de leurs possessions et le statut de ville octroyé à Bouxwiller. Au milieu du , les seigneurs de Lichtenberg (très probablement issus des Hunebourg, et ces derniers des Metz-Dabo, c'est-à-dire des Folmar de Bliesgau-Metz-Lunéville en lignée agnatique et des Eguisheim-Dabo comtes du Nordgau par les femmes) font construire le château du Wasenbourg sur un sommet des Vosges du Nord. En 1332, ils rachètent au comte d'Alsace le château du Grand-Arnsberg et les forêts qui jouxtent le Wasenbourg. Par un acte de vente du , le seigneur Louis V de Lichtenberg devient propriétaire de la moitié sud du village de Baerenthal avec le château du Grand-Arnsberg, tout en acquérant au nord la moitié du Ramstein : ce n'est qu'en 1569 que les comtes de Hanau-Lichtenberg deviennent propriétaires de l'ensemble du village.
Fief des Lichtenberg depuis le , le village de SchweyenSchweyen fut d'abord membre de la seigneurie lorraine de Bitche, seigneurie que deux accords de 1297 et 1302 avec le duc Ferry III de Lorraine ont fait passer du duc aux seigneurs de Deux-Ponts, branche cadette des Sarrebruck. D'où vers 1287/88 et 1295 le rameau cadet dit de « Deux-Ponts-Bitche », possédant Bitche/Bitsch et Lemberg (comte Eberhard ), mais pas Deux-Ponts/Zweibrücken resté au rameau aîné des comtes de Deux-Ponts (son frère le comte Walram ). Or les Lichtenberg se saisissent de deux localités situées à moins de dix km de Bitche : Montbronn au siècle et Schweyen au siècle, ce qui bafoue quelque peu le duché de Lorraine signataire des accords d'échange de 1297 et 1302. Les ducs sont désormais hostiles aux Lichtenberg. est l'objet de vives contestations entre les descendants de la famille de Lichtenberg (les Deux-Ponts-Bitche-Lichtenberg et les Hanau-LichtenbergLes Deux-Ponts-Bitche-Litchenberg descendent d'Elisabeth de Lichtenberg et les Hanau-Lichtenberg d'Anne sa sœur, les deux nièces héritières du seigneur comte Jacques le Barbu disparu en 1480 et les deux filles de son frère Louis V, Elisabeth ayant épousé Simon IV Wecker de Deux-Ponts-Bitche, et Anne, Philippe l'Ancien de Hanau-Babenhausen.) et le duc de Lorraine aux et . Les choses s'enveniment : les raisons évoquées à la note 1 sont aggravées par le fait qu'en 1570 le duc Charles III de Lorraine revendique et occupe Bitche et Lemberg (1573) après l'extinction dans les mâles de la famille de Deux-Ponts-Bitche à la mort du comte Jacques de Deux-Ponts-Bitche-Lichtenberg en 1570. Or l'héritier direct de Jacques pour sa moitié de Lichtenberg est son lointain cousin Philippe IV, qui réunit donc les deux parts de Lichtenberg, père de Philippe V de Hanau-Lichtenberg, le gendre même du comte Jacques (Philippe V : † 1599, mari de sa fille Louise-Marguerite et en tant que tel héritier du comté de Deux-Ponts-Bitche : il aimerait donc bien conserver Bitche et Lemberg venues de son beau-père). Il faut attendre le traité de 1604 (et l'accord de bornage de 1606) pour que le village de Schweyen fasse retour à la Lorraine, et que soit réglée la succession du comté de Deux-Ponts-Bitche, qui est alors coupé en deux : Bitche reste au duc de Lorraine ; mais en Deux-Ponts (Rhénanie-Palatinat) : Lemberg, et en Lorraine : Baerenthal, Grand-Arnsberg et Falkenstein (obtenu temporairement en 1479 par le comte Simon IV Wecker, puis acheté en 1564 par le comte Philippe IV de Hanau-Lichtenberg, Falkenstein doit être restitué au duc en 1609 ; mais son annexe de Phillipsbourg reste aux Hanau-Lichtenberg), et en Alsace : les châteaux de Lützelhardt, du Petit Arnsberg, du Wasenbourg, le hameau de Fischbach ?, ainsi que tous les droits des ducs de Lorraine sur Offwiller, Urwiller et Forsheim, passent au comte Johann-Reinhard de Hanau-Lichtenberg, fils du comte Philippe V et petit-fils des comtes Philippe IV et Jacques.
En 1480, la seigneurie de Lichtenberg était en effet passée en partie (Bouxwiller, Baerenthal, Pfaffenhoffen, Hatten, Westhoffen et Wolfisheim ; partage par les pactes familiaux de 1476 et du ) dans la famille de Hanau-Babenhausen, par le mariage en 1458 d'Anne de LichtenbergAnne de Lichtenberg : † en 1474 ; fille de Louis V de Lichtenberg † 1471 évoqué plus haut, nièce héritière avec sa sœur Elisabeth du dernier seigneur de Lichtenberg dans les mâles : Jacques le Barbu, bailli de Strasbourg, promu comte du Saint-Empire en 1458, † en janvier 1480 sans postérité, frère aîné de Louis V. avec Philippe de Hanau-Babenhausenn l'Ancien († le , le lendemain de l'accord de partage !). Les Hanau-Babenhausen (branche cadette des comtes de Hanau, sur le Main près de Francfort, en Hesse), en font alors un véritable État, connu à partir de 1480 sous le nom de « comté de Hanau-Lichtenberg »La famille de Hanau-Babenhausen prend aussi le nom de Hanau-Lichtenberg. Elle ne possède pas Hanau en Hesse, passée à la branche aînée des Hanau, issue du neveu de Philippe l'Ancien : Philippe le Jeune, branche dite de Hanau-Münzenberg qui se fondra dans les Hesse-Cassel par le mariage d'Amélie-Élisabeth avec Guillaume V. Amélie-Elisabeth était la fille de Philippe-Louis II de Hanau-Münzenberg, et la cousine germaine du dernier mâle de cette famille, Jean-Ernest (mort en 1642), fils du comte Albert (Albert et son frère aîné Philippe-Louis II étaient les fils de Philippe-Louis Ier, l'arrière-arrière-petit-fils de Philippe le Jeune). Le pacte de famille de 1643 fait passer Hanau-Münzenberg au cousin Lichtenberg : Frédéric-Casimir, fils de Philippe-Wolfgang, petit-fils de Jean-René et arrière-petit-fils de Philippe V, qui réunit ainsi les biens des Hanau. Mais en 1736, les Hanau (-Lichtenberg et -Münzenberg) s'éteignent dans les mâles à la mort de Jean-René III (fils de Jean-Reinhard II de Hanau-Lichtenberg et neveu de Frédéric-Casimir) : en vertu de l'accord de 1643, Hanau-Münzenberg, avec Hanau, passe aux Hesse-Cassel issus d'Amélie (ses arrière-petits-fils le roi Frédéric et Guillaume VIII), alors que Hanau-Lichtenberg passe aux Hesse-Darmstadt héritiers de Jean-René III..
En 1480, l'autre nièce héritière du seigneur comte Jacques le Barbu, était Elisabeth, sœur cadette d'Anne : elle transmet sa part de Lichtenberg (Ingwiller, Brumath, Offendorf, Petit Arnsberg et Wœrth ; Lichtenberg, Hunebourg, Winstein et Arnsberg restent indivis) aux Deux-Ponts-Bitche en épousant Simon IV ou VI Wecker de Deux-Ponts-Bitche. Or en 1570 les Deux-Ponts-Bitche-Lichtenberg s'éteignent dans les mâles avec le comte Jacques évoqué plus haut, petit-fils de Simon IV-VI et d'Elisabeth : les Hanau-Lichtenberg en héritent par le cousinage dû aux deux sœurs Anne et Elisabeth (le fait que le gendre du comte Jacques est Philippe V de Hanau-Lichtenberg, arrière-arrière-petit-fils d'Anne de Lichtenberg, n'a pu que renforcer les liens dynastiques). La famille de Hanau-Lichtenberg réunit donc alors les deux parts, entre en possession du château de Lichtenberg et le fait transformer en une puissante place-forte par des architectes renommés, dont Daniel Specklin, architecte de la ville de Strasbourg. Non contents des indispensables travaux de fortification, les Hanau-Lichtenberg s'attachent à faire entrer dans leur demeure les décors somptueux de l'Art Renaissant. Fenêtres en oculi à la manière italienne, pilastres cannelés, frontons, volutes et cariatides viennent orner les imposantes façades de grès rose.
Il faut aussi évoquer les revendications des Linange-Westerbourg, issus du mariage d'Amélie (fille de Simon V ou VIII de Deux-Ponts-Bitche, nièce du comte Jacques, cousine germaine de Louise-Marguerite fille du comte Jacques et femme de Philippe V ci-dessus) avec Philippe Ier de Linange-Westerburg. Quelque peu lésés, ils finiront par obtenir par des jugements ou des accords en 1667, 1691 et 1709 : le bailliage de Niederbronn avec Niederbronn et Oberbronn (venus des Ochsenstein apparentés aux Deux-Ponts-Bitche ; le comte Jacques avait tenté de mettre la main dessus, mais seul Ochsenstein restera aux Hanau-Lichtenberg) ; Wasenbourg.
Débute alors la période la plus prospère de la ville de Bouxwiller, durant laquelle un hôpital est construit en 1528 ; la Réforme est introduite en 1545 et l'école latine est transformée en collège en 1612. Le comte Philippe IV fait construire un château à Philippsbourg en 1566, dont le territoire faisait partie de la seigneurie de Falkenstein (vendue en 1564 par les Falkenstein aux Hanau-Lichtenberg, mais le duc de Lorraine l'obtient en 1609). En 1606, le territoire de la seigneurie de Lichtenberg est réuni au bailliage des Hanau-Lichtenberg sis à Lemberg (Rhénanie-Palatinat ; héritage des Deux-Ponts-Bitche depuis 1570-1604, cf. plus haut ; avec Eppenbrunn, Trulben, Hilst, Kröppen, Schweix, Obersteinbach et ce qui n'est alors que le tout petit village de Pirmasens), grand-bailliage qui comptera donc désormais des fiefs alsaciens (Bouxwiller, Ingwiller où mourut Jacques le Barbu en 1480, Lichtenberg, Ochsenstein, Westhoffen, Wœrth, Reichshoffen, Pfaffenhoffen, Brumath...), lorrains (Baerenthal, Grand Arnsberg, Ramstein, Philippsbourg : fiefs issus de l'ancien comté de Falkenstein gagné par les Deux-Ponts-Bitche-Lichtenberg en 1479 puis par les Hanau-Lichtenberg en 1564 ; Falkenstein étant rétrocédé à la Lorraine en 1609), et des fiefs palatins (Lemberg). Ce grand-bailliage de Lemberg passe en 1736, avec tout le comté de Hanau-Lichtenberg (avec donc un bailliage hessois et deux bailliages badois en plus : voir à la fin la liste des bailliages), au landgrave de Hesse-Darmstadt grâce au mariage de Charlotte fille du comte Johann-Reinhard III avec Louis VIII de Hesse-Darmstadt en 1717.
thumb|La partie alsacienne du Comté de Hanau-Lichtenberg (bleu), circa 1680 En , après la Guerre de Trente Ans qui a fait passer l'Alsace sous la souveraineté de la France de Louis XIV (paix de Westphalie, 1648), et pendant la Guerre de Hollande (terminée en 1679 par la paix de Nimègue), la forteresse capitule après un siège de huit jours. Relevant désormais du royaume de France pour ses seigneuries alsaciennes passées sous suzeraineté française (politique des Réunions, 1680 ; confirmée par la paix de Ryswick en 1697 pour la Basse-Alsace), le comté reste cependant autonome : pour ses fiefs devenus français mais restés de droit allemand, le comte de (graf von) Hanau-Lichtenberg a le statut de prince possessionné du Saint-Empire en France, vassal mais non sujet du roi de France ; pour le reste, il est un prince du Saint-Empire. Mais les comtes abandonnent progressivement leur domaine français pour se consacrer à leurs terres germaniques. En 1606 sont implantées les bornes qui doivent délimiter la nouvelle frontière entre le duché de Lorraine et le comté de Hanau-Lichtenberg, à la suite d'un compromis signé en 1601 par le duc Charles III de Lorraine et le duc de Deux-Ponts pour le tracé des frontières du comté lorrain de Bitche.