Les Voyages du professeur Lorgnon est une série de 28 récits d’Henri Vincenot décrivant des randonnées d’une durée comprise entre une et sept journées parcourues par trois amis, la plupart sur des lignes ferroviaires secondaires, quelques-unes à bicyclette ou partiellement en voiture de location. Ces récits publiés dans des numéros de la revue La Vie du rail du au ont été réunis en recueil dans deux rééditions en 1983 et en 2003. Les personnages Les personnages sont trois amis qui partagent une passion du chemin de fer, le professeur Lorgnon, « Chaix ambulant », l’ingénieur Pillsech qui emmène des documents indiquant les profils des lignes et le docteur Ribistou.

Mademoiselle Anne Guilvarc’h, assistante sociale rencontrée dans un train par hasard, dont le professeur Lorgnon adolescent était l'amoureux transi, participe à trois voyages.

Leur âge est d’environ 60 ans ou de la fin de la cinquantaine, étant nés avant la Première guerre mondiale.

Lorgnon, professeur d’université, certainement à l’institut de géographie de ParisDans le récit « Le train dans un volcan », le professeur mentionne (page 771) qu’il « recommande toujours à ses jeunes étudiants de descendre à la gare du Lioran, de monter là-haut par le col de Cabre pour reconstituer sur place toutes les phases de la vie de ce géant de la France centrale [volcans du massif cantaliens] », vraisemblablement ancien professeur d’histoire-géographie, « amoureux attardé des heureuses régions sous développées », hostile aux grands ensembles, à l’automobileavant l'émergence de l'écologie comme mouvement d'opinion ou d'action politique, cette sensibilité était cependant assez répandue de manière informelle, le terme lui-même étant presqu'inconnu du grand public, passéiste au point de déplorer la pax romana comme anéantissement de la civilisation gauloise et de considérer l’architecture gothique comme une décadence après la perfection de l’art roman, s’oppose, dans des joutes verbales courtoises, à l’ingénieur Pillsech défenseur des grands projets d’aménagements, ceux du littoral du Languedoc auxquels il participe, de la canalisation de la Durance, des installations atomiques. Les trois apprécient les repas gastronomiques, le docteur Ribistou étant le bon vivant du trio, le seul, semble-t-il, à avoir, ou avoir eu, une vie de famille (mention de petits-enfants), l’ingénieur étant, de plus, misogynementionné page 997 dans le récit « De Mélusine au quatre sergents ».

Récits Les 28 récits, d'une quinzaine de pages en moyenne (édition Omnibus), décrivent de manière très détaillée, dans un style alertecependant daté, avec des amis qui se vouvoient, s’interpellent « Messieurs ! », les paysages, la géologie, l'économie, l'ethnologie (notamment la linguistique), l'histoire, l'architecture des régions traversées. Ils sont accompagnés d'illustrations d'Henri Vincenot, carte de chaque randonnée avec les lignes ferroviaires parcourues, les itinéraires à vélo ou à pied, le relief, les cours d'eau, le nom des petites régions naturelles et de dessins de paysages, de villes (panorama de centres historiques) et de monuments avec une prédilection pour les églises romanes.

Les voyages se déroulent dans les années 1960 au cœur de la période des Trente Glorieuses où la reconstruction des régions détruites était achevée et où les grandes villes étaient entourées d'une ceinture de grands ensembles, également de bidonvilles, la crise du logement n’étant donc pas encore résorbéecependant avant la prolifération des zones de centres commerciaux et de ronds-points dans les périphéries. Cette époque est celle d'un pays en voie de modernisation accélérée, où les particularismes perceptibles au fil des voyages, d'une petite région naturelle ou historique à la suivante, commencent à s’estomper, mais restent présents avec leurs nuances, dans les accents et les langues régionales, breton et basque encore pratiquées, les caractères humains, plus rarement quelques costumes régionaux en voie de disparition.

Le chemin de fer assurait plus de la moitié du transport de marchandises (environ 60 % en 1960), produits et approvisionnements d’une petite et moyenne industrie diversifiée présente sur l’ensemble du territoire et de l’agriculture. Les trains de marchandises parcouraient l’ensemble du réseau y compris les lignes secondaires, les moindres gares disposant de cours de débords pour le chargement et déchargements de wagons. Ces récits sont aussi une description géographique et économique avec mention de nombreux bassins miniers (charbon, bauxite etc.) encore exploités, fermés au cours des décennies suivantes, et évocation du rôle du chemin de fer dans le développement de certaines régions, ayant permis l’acheminement de fertilisants agricoles et l’expédition des productions vers les villes.

Les amis randonnent également à vélo ou à pied sur routes, certaines relativement importantes, à une époque où la circulation était moins importante et où les sentiers de randonnées pédestres étaient encore peu développés, même dans les régions touristiques.

Cinq récits se déroulent sur des lignes ensuite disparues, « la voie des durs » (Pau-Canfranc), « la ligne des trois mousquetaires » (Puyoô-Mauléon), « du côté de Maupassant » (Gisors-Dieppe), « Le Langue d’Oc » (Montpellier-Le Vigan), « la ligne au quatre visages » (Montpellier-Toulouse).

Liste des récits Nord et Est Une promenade en montagne de Reims (Épernay-Reims). La Vie du rail du . Randonnée ferroviaire d'une journée au départ de la gare de l'Est. Un premier arrêt à Avenay permet une randonnée dans les vignes de la côte des blancs, un deuxième à Germaine est suivi d'une marche de sur le Mont-Joli, jusqu'à la gare de Rilly lieu du déjeuner dans une auberge du village puis retour à Paris en fin d'après-midi. Au berceau de l’histoire de France (Laon). La Vie du rail du . Après la visite de la ville haute sur son « promontoire sacré » avec sa cathédrale à quatre tours, le professeur Lorgnon redescend à la gare récupérer sa bicyclette qui le suit partout, toujours : « C'est avec joie que je te retrouve toujours ma petite reine ǃ De plus en plus, on me regarde comme une bête curieuse ǃ Pourtant quelle prodigieuse combinaison que celle-ci Train et vélo ǃ ». Le professeur visite ensuite villages et églises du Laonnois sur un circuit d'une trentaine de kilomètres en se promettant de revenir pour d'autres randonnées. C'est l'unique récit où le professeur est seul.

Une gageure (Arras-Etaples). La Vie du rail du . La gageure est la découverte d'une très jolie région contrairement aux préjugés de beaucoup de Français méridionaux qui imaginent « qu'il n'y a rien à voir dans le Nord ». Première étape rapide de Paris à Arras où le battement de la correspondance laisse le temps de visiter les deux belles places. ̠La ligne d'Arras à Saint-Pol parcourt le Ternois, région touristique méconnue. Rapide visite de Saint-Pol, ville reconstruite après les destructions de 1944 comme base de départ des V1 mais qui conserve, malgré tout, un certain charme. La suite du voyage dans un train marchandises-voyageurs remorqué par une locomotive à vapeur 230 D déclenche l'enthousiasme des trois participants. Le train s'arrête longuement dans chaque petite gare pour laisser ou prendre des wagons, pour leur plus grand plaisir. Les trois promeneurs visitent la charmante petite ville d'Hesdin et se promènent jusqu'au Vieil-Hesdin, repartent le lendemain matin pour une autre promenade à Montreuil-sur-Mer avec sa forteresse en étoile, ses rues tortueuses bordées de maisons basses, l'église Saint-Saulve. Retour à Paris par Étaples et Amiens pour une arrivée gare du Nord à 22 heures.

Bretagne Au pays du mystère ! (Le Mans-Brest). La Vie du rail du . Après Le Mans, l'express se dirige vers un très vieux pays, la « mystérieuse Armorique ». Nos amis font étape à Saint-Brieuc pour une promenade dans la ville puis reprennent un train pour Brest où le professeur Lorgnon rencontre un amour d'adolescent, Mademoiselle Anne Guianvarc'h, qu'il n'avait pas revue depuis. Après un échange en breton, Mlle Guianvarc'h promet de revoir son ancien amoureux qui lui propose de se joindre aux futurs voyages : « J'espère que vous vous joindrez à nous pour venir rendre au train et aux campagnes françaises le culte qu'ils méritent ? ». Le train passe sur l'impressionnant viaduc de Morlaix haut de .

De Rennes à Douarnemez. La Vie du rail du . Le voyage débute dans la vallée encaissée de la Vilaine par la ligne Rennes-Redon et se poursuit par la ligne Redon-Quimper. « Pour devenir amoureux de Mamm Goz Arvor, il n'y a qu'à se laisser faire » dit le professeur Lorgnon. Mlle Guianvarc'h qui était du voyage précise que ces trois mots « Mamm Goz Arvor » signifient « Grand Maman Bretagne ». Les quatre voyageurs descendent à la gare de Langon-Fougeray, (Langon très ancien gué sur la Vilaine), pour une promenade à la découverte des alignements mégalithiques de Saint-Just et de la lande de Quilly. La dernière partie du voyage après Quimper (« qui mérite à elle-seule une visite spéciale que nous ferons quelque jour » dit Lorgnon), se déroule sur la ligne Quimper-Douarnemez.

Dans le cercle magique (Auray-Saint-Brieuc). La Vie du rail du . La première moitié du voyage se déroule dans un autobus SNCF, la ligne Auray-Pontivy étant fermée au trafic voyageurs depuis 1949 (mais encore parcourue par des trains de marchandises et périodiquement par des trains touristiques). Lorgnon regrette l'ancien parcours ferroviaire qui suivait au plus près les vallées du Blavet et de l'Ével mais reconnaît le charme de l'itinéraire routier. Le professeur Lorgnon décrit le « Cercle magique » comme vestige de l'ancienne forêt de Brocéliande, au cœur de l'Argoat, « bassin fermé où vivent des populations anciennes issues des vieilles tribus gauloises et, peut-être, ces dieux inconnus qui dressèrent les mégalithes». Après un repas à Pontivy, les trois compagnons font un circuit à bicyclette de par Stival avec visite à l'église Saint-Mériadec dont la cloche guérissait les sourds et assourdissait les entendants, Cléguérec, Sainte-Brigitte, le lac de Guerlédan puis prennent un autorail pour Saint-Brieuc d'où ils reviennent en train à Paris dans la soirée.

Vexin et Normandie vignette|droite| Église Saint-Jean-Baptiste de Chaumont En Vexin français (Pontoise-Gisors). La Vie du rail du . Court voyage au départ de la gare Saint-Lazare en compagnie de Mademoiselle Guianvarc'h sur la section Pontoise-Gisors de la « vieille ligne de Dieppe », itinéraire direct par Gournay-en-Bray, Forges-les-Eaux, Serqueux et Neufchâtel, artère à double voies parcourue à cette date par de nombreux autorails, par des trains au départ de Dieppe-Maritime, des trains « bon dimanche » et « un jour à la mer », des trains spéciaux transportant les Anglais en transit vers l'Espagne (Dieppe-Cerbère), jadis des trains de plaisirs. La description du paysage commence à Pontoise, celui de périphérie parisienne étant jugé sans intérêt. La ville sur les bords de l'Oise qui sépare le Parisis du Vexin, dominée par la cathédrale Saint-Maclou, pâtit de sa proximité de la capitale. En passant à Chars, le professeur signale l'embranchement, à cette époque fermé au service voyageurs depuis 1949 mais encore parcouru par des trains de marchandises, vers Magny, étape sur la route Paris-Rouen, ancienne ville de roulage où les voyageurs passaient la nuit, dont il recommande la visite. Un arrêt à Chaumont-en-Vexin est l'occasion d'une balade dans ce bourg, visite de l'église et panorama sur le belvédère.