Adrien Louis de Bonnières, comte de Souastre puis duc de Guînes, né à Lille le , mort le à ParisJean-Chrétien-Ferdinand Hœfer, « Guînes (Adrien Louis de Bonnières, comte puis duc de », dans Nouvelle Biographie générale, , 1858, , lire en ligne., est un militaire et diplomate français du .
Biographie Adrien Louis de Bonnières appartient à la famille de Bonnières (éteinte de nos jours et à ne pas confondre avec des familles homonymes), qui assura des charges notables depuis le , au service des rois de France ou des ducs de BourgogneAmédée le Boucq de Ternas, Recueil de la noblesse des Pays-Bas, de la Flandre et d'Artois, Douai, 1884, , lire en ligneVoir Souastre pour l'érection en comté de cette terre en 1676.. Il est le fils de Guy Louis de Bonnières, comte de Guines, comte de Souastre, lieutenant du Roi de la province d'Artois, député de la noblesse aux Etats d'Artois, et de Adrienne Isabelle Louise de Melun.
Après une brève carrière militaire (il fut colonel des grenadiers de France, puis commanda le régiment de Navarre en 1761) qui le conduit, en 1762, au grade de brigadier des armées du Roi, Adrien Louis de Bonnières entre dans la diplomatie. Protégé par la Reine, les Choiseul et les Noailles, ami de , qui lui avait rendu visite en 1766, il est nommé ministre plénipotentiaire à Berlin en 1768. Mais à peine est-il arrivé qu'il tombe en disgrâce, si bien qu'il faut le rappeler en . Promu maréchal de camp en 1770, il est nommé ambassadeur à Londres en 1770. Il reste à ce poste jusqu'en 1776Il occupa son poste du au , puis du au , et enfin du au .. Il y reçoit le surnom de « Guînes le magnifique » en opposition à « Châtelet le chicaneur », « Guerchy le contrebandier » et « Durand le négociateur ».
Courtisan accompli, il chante et joue fort bien de la flûte. Pour lui et pour sa fille, Marie Louise Philippine Bonnières de Guînes, harpiste, Mozart composera, en 1778, le concerto pour flûte, harpe et orchestre (KV299). Ses aptitudes à la cour lui valent de nombreux succès : « C’était une très vivante gazette animée », selon M. de Genlis, en séjour avec lui chez le prince de Conti en 1766 : « toute sa réputation d’esprit tient à une façon d’espionnage de toutes les petites choses ridicules et de mauvais ton, qu’il conte en peu de mots d’une manière plaisante ».
Lors de son ambassade à Londres éclate le scandale ou « affaire de Guînes ». Le , le comte demande au ministre qu'on poursuive son secrétaire, Barthélémy Tort de la Sonde, qu'il accuse d'avoir utilisé son nom pour spéculer sur les fonds publics et escroquer plusieurs banquiers parisiens. Tort est arrêté et, pour se défendre, accuse l'ambassadeur ; il affirme avoir agi pour le compte de celui-ci et sur ses instructions. Le duc d'Aiguillon, nommé Secrétaire d'État des Affaires étrangères le , prend le parti de Tort tandis que Marie-Antoinette soutient Guînes. Ce dernier est finalement disculpé par une commission spéciale de conseillers d'État nommée par le Roi, mais seulement par sept voix contre six. L'affaire devait laisser des traces : elle fut l'une des raisons du renvoi de d'Aiguillon et de la vindicte de Marie-Antoinette à son égard.
Le Roi et la Reine continuent de marquer à Guînes la plus grande faveur. À son retour de Londres, il est fait duc de Guînes (brevet de 1776). Une de ses filles, Marie Louise Philippine, épouse, en 1778, Charles de La Croix de Castries. Lorsque ce dernier est fait duc de Castries à brevet en 1784, il obtient du roi la promesse de réversion du duché de Guînes, promesse qui ne pourra se réaliser puisque le duc de Guînes mourra sous l'Empire. À Paris, le duc de Guînes loue au marquis de Castries, père de son gendre, à partir de 1778, le petit hôtel de Castries, qui se trouvait à l'emplacement de l'actuel rue de Varenne. En , il loue pour sa vie durant une grande propriété située à Courbevoie — alors modeste village de vignerons — agrémentée d'un vaste parc ombragé de quelque deux hectares. La demeure appartient au sculpteur Jean-Baptiste Boiston (1734-1814), qui l'orne bientôt d'une fastueuse décoration intérieure. Elle existe toujours, bien que son parc ait été loti en 1905-1906, et porte le nom d'hôtel de Guines..
Il est fait chevalier de l'Ordre du Saint-Esprit le . La même année, il est promu au grade de Lieutenant-général. En 1785, il est fait gouverneur de Maubeuge. Il est nommé aussi au deuxième bureau de l'Assemblée des notables. Le maréchal de Ségur le nomme au conseil de la guerre en 1787.
En , il est nommé gouverneur de l'Artois. Il se lance alors dans une expérience de société minière mais la convocation des États généraux sollicite son attention. Il est désigné responsable de la convocation des électeurs des députés aux Etats-généraux. Les élections ont lieu à Arras en . En , les assises des délégués élus se tiennent aussi à Arras et il préside l'assemblée de la Noblesse. Celle-ci l'élit député de la Noblesse aux États généraux, mais il refuse cette élection et son suppléant, Louis Joseph Thomas Le Sergeant d'Isbergues, siège finalement à sa place.
Émigré en Angleterre pendant la Terreur, il revient en France sous le Consulat. Il y meurt en 1806.
Mariage et descendance Adrien Louis de Bonnières épouse le Caroline Philippine Françoise de Montmorency ( - ), fille de Louis François de Montmorency, vicomte de Roulers, et de Marie Anne Thérèse de Rym de Belhem. Il en a deux filles :
Marie Louise Philippine Bonnières de Guînes (Béthune - Erfurt ), mariée le avec Armand Charles Augustin de La Croix, marquis, puis duc de Castries (à Brevet), pair de France (1756-1842) dont postérité ; Marie Louise Charlotte de Bonnières de Guines († Rastadt ), chanoinesse-comtesse de Remiremont Jean-Marie Thiebaud, "Chanoinesses-comtesses de Remiremont (Vosges)"., mariée à Paris en 1782 avec Charles Philibert Gabriel Le Clerc de Juigné, pair de France (1762-1819), sans postérité.
Distinctions Grand-croix de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis ; ().
Armoiries
Le duc de Guînes Vairé d'or et d'azur., et ses Compléments sur www.euraldic.com
Notes et références
Annexes Articles connexes d'infanterie de ligne ; Concertos pour flûte de Mozart ; Ambassade de France en Allemagne ; Liste des Ambassadeurs de France en Grande-Bretagne ; Liste des chevaliers de l'ordre du Saint-Esprit ; Liste des comtes de Guînes ; Liste des duchés de France ; Marie-Antoinette d'Autriche ; Nicolas Marie Potain ;
Liens externes
Bibliographie . Christophe Dehaudt, Le duc de Guînes (1735–1806) Un courtisan entre service du roi et affaires au temps des Lumières, Thèse pour l’obtention du grade de docteur de l’Université de Paris IV-Sorbonne sous la direction du Professeur Lucien Bély, Bibliothèque des thèses, 1998. Ouvrage édité par l'ANRT - Christophe Dehaudt, "Autour du mariage de Figaro : Le duc de Guînes et le comte Almaviva", Revue d'Histoire diplomatique, , . Christophe Dehaudt, "La Société minière du duc de Guînes : un exemple de société par actions dans le Nord de la France à la fin du ", Revue du Nord, , , -, . Robert Hammond, « Mission du Comte de Guines à Berlin (1769) », Revue Historique, t. 37, 2 (1888), pp. 322–348/ Paul et Pierrette Girault de Coursac, Marie-Antoinette et le scandale de Guînes, Gallimard, 1962. Jean Marcadé, L’ambassade à Londres du comte de Guînes, Université de Paris-Sorbonne, Mémoire de DES, 1955. Sarah Maza, Vies privées, affaires publiques. Les causes célèbres de la France prérévolutionnaire, Paris, Fayard, 1997, . Jean de Viguerie, Histoire et dictionnaire du temps des Lumières, Paris, Robert Laffont, Bouquins, 2003 –
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