vignette|Régions et provinces d'Espagne à partir de 1833. Une fois la troisième guerre carliste terminée, le carlisme vaincu, qui jusqu'alors s'était manifesté essentiellement comme un mouvement insurrectionnel, participa au régime de la Restauration (1875-1923) à travers son système électoral, réorientant ses forces depuis l'action militaire vers la recherche d'influence politique et les campagnes dans les médias, jusqu'à la dictature de Primo de Rivera, qui mit fin au régime constitutionnel.

Les élections au Congrès des députés furent le principal vecteur de la mobilisation politique du mouvement. En dépit d'une minorité carliste aux Cortes toujours marginale et d'un impact à l'échelle nationale négligeable, les campagnes électorales permirent de soutenir le parti jusqu'à ce qu'il retrouve un certain élan sous la Seconde République.

Système électoral

vignette|Antonio Cánovas, l'architecte du turnismo. Le système électoral espagnol de la Restauration prévoyait qu'un député devait représenter environ habitants. La chambre basse et seule chambre entièrement élue du pouvoir législatif, le Congrès, était composée d'environ 400 députésleur nombre exact varia légèrement d'une législature à l'autre, voir . Les circonscriptions électorales correspondaient territorialement à peu près aux districts judiciaires existants, malgré certaines différences locales mineuresIl y eut des cas de gerrymandering défavorables au carlisme, par exemple la création du district de Marquina en Biscaye . Les districts se répartissaient en deux catégories : 279 districts ruraux uninominaux d'une part, et 88 circonscriptions plurinominales d'autre part, dont le nombre de députés différait selon le nombre d'habitants ; dans ces dernières, un électeur avait le droit de choisir plus d'un candidat. Dans les deux types de circonscriptions, les mandats étaient attribués selon le système uninominal majoritaire à un tour. Même si les districts formaient des provinces et que les provinces faisaient partie de régions plus largesVoir , aucun de ces deux types de divisions ne jouait de rôle dans le processus électoral.

Jusqu'aux élections de 1886, les électeurs éligibles étaient des citoyens espagnols de plus de 25 ans ayant une situation matérielle appropriée, c'est-à-dire ceux qui payaient une cotisation annuelle connue sous le nom de « contribution territoriale » dans les zones rurales ou de « subvention () industrielle » dans le cas des résidents urbainsl'effet du système censitaire sur le vote carliste différait selon les provinces ; dans la région clé du Pays basco-navarrais, les électeurs éligibles ne représentaient que 3,5 % dans le Guipuscoa pauvre et rural, 5,5 % en Biscaye, 6,3 % en Navarre et 11,2 % en Alava, voir , . À partir des élections générales de 1891 fut adopté le suffrage universel masculin et le droit de vote fut accordé à tous les individus masculins âgés de plus de 25 ans, ce qui augmenta le nombre d'électeurs potentiels de 0,8 million à 4,8 millions, ce dernier chiffre correspondant à 27 % de la population totale. Les élections espagnoles de la Restauration furent fondamentalement marquées par deux phénomènes : le turnismo et le caciquisme. Le turno consistait en une alternance au pouvoir des deux partis « dynastiques », le Parti conservateur et le Parti libéral. À chaque changement de camp du gouvernement, celui-ci organisait des élections de sorte à s'assurer une majorité parlementaire confortable, objectif atteint grâce à une large gamme de manipulations et de fraudes connues sous le nom générique de pucherazovoir et le recours au caciquisme, basé sur l'influence des réseaux de chefs de partis locauxvoir . L'efficacité des deux mécanismes diminua au fil du temps et varia à travers le pays ; les zones rurales étaient généralement plus sujettes à la fraude électorale. Le carlisme fonctionnait en marge du système, privé des privilèges dont jouissaient les deux partis turnistas ; bien qu'il y eût quelques chefs carlistes locaux ou même des « dynasties familiales », en général, le caciquisme joua contre la fortune du carlismepour les liens entre le carlisme et le caciquisme, voir , , , .

Aperçu général des résultats Votes carlistes année votes recueillis année votes recueillis 1879 536 1903 1881 2 197 1905 1884 (abstention du parti) 1907 1886 456 1910 1891 1914 1893 1916 1896 1918 1898 1919 1899 1920 1901 1923

Au cours de la période 1879-1923, les élections générales furent convoquées à 20 reprises, pour un total cumulé de 8048 mandats disponibles. Toutes branches du traditionalisme confondues – carlistes/ jaïmistes, intégristes, mellistes et candidats indépendants – obtinrent 145 mandats, soit 1,8 % du total. Ce score place les traditionalistes loin derrière les deux partis du turno qui, en incluant leurs différentes factions et groupes apparentés cumulèrent mandats chacun mandats pour les conservateurs et pour les libéraux selon . Les résultats des traditionalistes sont également bien inférieurs à ceux de divers partis et alliances électorales généralement très éphémères génériquement qualifiés de républicain-démocrates, qui remportèrent environ 500 sièges528 mandats selon . Le traditionalisme arrive ainsi en quatrième position, derrière les conservateurs, les libéraux et les républicains. Globalement, il remporta plus de sièges que des partis qui gagnèrent en dynamisme au : nationalistes catalans et basques, et socialistes.

Le recours massif à la fraude électorale rend difficile l'évaluation de la performance électorale réelle du secteur traditionaliste pendant la Restauration.

Dans les années 1890, le nombre total de voix obtenues par les députés traditionalistes dans chaque campagne oscillait autour de , mais si l'on souhaite également inclure les voix obtenues par les candidats finalement pas autorisés, le nombre d'électeurs favorables était probablement plus proche de , soit environ 1,7 % de l'électorat actifles chiffres ne sont pas disponibles pour les élections de 1891 à 1898 inclus ; en 1899, les chiffres officiels donnent membre du corps électoral . Au , le nombre total de voix obtenues par les traditionalistes victorieux lors de chaque campagne était en moyenne d'environ . En 1907, 1918 et 1919, ce chiffre était plutôt d'environ 1907 : , 1918 : , 1919 : , ce qui suggère qu'il aurait pu y avoir au mieux environ personnes votant pour le traditionalisme, soit environ 4 % de l'électorat actifen 1919 on recense électeurs actifs . Malgré ce bilan modeste, au début des années 1920, l'électorat traditionaliste était de loin plus important que celui des socialistes, car jusqu'à l'avènement de la dictature de Primo de Rivera, le PSOE n'avait pas réussi à attirer plus de électeurs.

Périodisation À l'échelle nationale, la position des carlistes au parlement subit peu de changements tout au long de la Restauración : le groupe formait une minorité secondaire, cité dans , donne le chiffre de 101 députés carlistes élus entre 1891 et 1923 et n'était en aucun cas en mesure d'influencer le cours de la politique nationale. Seuls ses orateurs les plus éloquents parvenaient parfois à être remarqués. Toutefois, la situation observée depuis l'optique du mouvement carliste révèle d'importantes variations dans sa représentation au Parlement, le nombre de sièges oscillant entre 1 et 16voir le décompte de l'historien carliste Román Oyarzun dans . Les fluctuations électorales du carlisme découlent largement de ses résultats variables en Navarre. Dans les autres régions, son potentiel resta plutôt constant, puisque les provinces basques (ou Vascongadas) élisaient 2 à 3 députés, la Catalogne (sauf en 1907) 1 à 2 députés et la Vieille-Castille 1 député. En fonction du nombre de députés carlistes présents, la période de la Restauration peut être divisée en 4 sous-périodesla même périodisation est valable pour les élections locales, voir . vignette|Députés traditionalistes durant la Restauration. Durant les années 1879pour les élections de 1876, tenues peu de temps après la Troisième guerre carliste, les lois constitutionnelles furent suspendues dans les territoires où le carlisme était le plus puissant (« la guerre était terminée, mais l'état de guerre a continué ») et les élections de 1876 ne peuvent être considérées comme libres même selon les normes de l'époque -1891 les députés carlistes furent peu nombreux, réussissant seulement à titre individuel - le premier fut le baron de Sangarrén en 1879 - puisque officiellement le parti ne participait pas aux élections. À la suite de sa défaite dans la troisième guerre carliste, le mouvement subit une vague de répressionsdans certaines zones du territoire espagnol, le gouvernement central maintenait une « armée d'occupation » : des titres de presse furent suspendus, des cercles fermés, des biens expropriés et des partisans exilés affirme que carlistes furent exilés ; donne le chiffre de ; ce n'est que progressivement que le carlisme reconstruisit ses infrastructuresreconstruction parfois créditée à Ramón Nocedal, voir ; d'autres fois à Cerralbo . La reprise fut entravée par les tensions croissante entre le prétendant « Charles VII » et le père et le fils Nocedal, débouchant sur le schisme intégriste de 1888. En conséquence, jusqu'en 1891, il n'y eut que des députés uniques élus dans le Guipuscoa, en Alava et en Biscayeaussi tard qu'en 1886, le carlisme ne présenta aucun candidat officiel et le prétendant Charles VII n'autorisa que des candidatures individuelles , même s'il y eut aussi des cas de candidats d'autres partis élus avec le soutien des carlistes ; l'auteur affirme que le carlisme de la fin du souffrit de deux scissions : celle des intégristes mais aussi un secteur plus pragmatique de la classe dirigeante qui se réaligna avec le régime de la Restauration. Le carlisme dominait toutefois les élections locales dans certaines provinces, particulièrement dans les Vascongadas .