La musique baroque italienne est un genre musical qui se développe en Italie pendant la période baroque, qui s'étend conventionnellement de 1600 à 1750 environ, c'est-à-dire de la parution du premier opéra à la mort de Jean-Sébastien Bach.
La musique baroque italienne a, sous l'influence de différents compositeurs et compositrices, permis l'émergence de plusieurs genres musicaux dont certains perdurent encore aujourd'hui.
Naissance de la musique baroque en Italie Pendant la Renaissance, la musique est principalement polyphonique, avec une complexité qui s'accroit jusqu'à son plus haut point de perfection formelle. La musique baroque en revanche, en Italie comme en France, se distingue par un retour à la primauté de la monodie, au détriment de la polyphonie, qui ne disparait pas pour autant, pour une mélodie accompagnée, qui va permettre le développement de la basse continue. Au cours de la période baroque, les compositeurs et compositrices délaissent progressivement la modalité. Les bases de l'harmonie tonale s'installent et se renforcent peu à peu. Les débuts de l'époque baroque vont voir notamment des innovations formelles, ainsi qu'une éclosion et un développement important de l'ornementation musicale. De nouveaux genres vont aussi émerger pendant cette période : du côté vocal l'opéra, l'oratorio et la cantate, et le concerto, avec les deux formes que sont le concerto grosso et le concerto de soliste.
Les compositeurs et compositrices italiennes vont avoir une grande importance dès les débuts de la période baroque et le rayonnement de la musique baroque italienne sera grand même après la fin de la période baroque.
La musique vocale profane et sacrée L'opéra Naissance de l'opéra C'est à la fin du à Florence que le genre de l'opéra italien voit le jour, à la cour du comte Giovanni Bardi. Ce dernier initie la Camerata fiorentina, un groupe d'artistes parmi lesquels se trouvent notamment Jacopo Peri et Giulio Caccini. Les membres de la Camerata fiorentina cherchent à retrouver l'esprit du théâtre classique grec qui était déjà en germe à la fin de la Renaissance. Ainsi, Jacopo Peri va écrire Dafne, qui est considéré comme le premier opéra. Cependant, l'œuvre, représentée en 1597, est presque totalement perdue. Mais cela n'empêche pas le genre de l'opéra de continuer d'éclore, et en 1600, deux œuvres portant le même titre vont voir le jour, une version d'Euridice va être écrite par le même Jacopo Peri, tandis qu'une autre version va être écrite par Giulio Caccini.
L'opéra vénitien et l'influence de Monteverdi Si au début, l'intelligibilité du texte prime et prend le pas sur la musique, cet équilibre va être remis en cause avec Claudio Monteverdi et son Orfeo, qui est créé en 1607.
À partir de 1613, Claudio Monteverdi est à Venise et c'est là qu'il va entreprendre de transformer le genre de l'opéra né à Florence. Le succès va être rapide à tel point qu'en 1637 est créé le premier théâtre public consacré à ce genre nouveau. Il s'agit là d'un bouleversement social majeur, puisque les musiciens ne jouaient plus pour des mécènes plus ou moins avertis, mais pour un public qui paye pour voir le spectacle et qui impose ses goûts et préférences. C'est après les deux derniers opéras de Claudio Monteverdi que sont Il ritorno d'Ulisse in patria en 1640 et L'incoronazione di Poppea en 1642 que le caractère volubile du chant dans l'opéra italien va se développer. Ce travail va être notamment porté par des compositeurs comme Francesco Cavalli et Antonio Cesti et vont permettre une diffusion de l'opéra vénitien dans toute l'Europe.
L'opéra napolitain Après Venise, c'est à Naples dans le dernier quart du que l'opéra va se développer, avec l'apparition d'une nouvelle école. Cette école va élaborer un genre d'opéra qui va être très apprécier en Europe pendant plus d'un siècle. Le fondateur de cette école est Francesco Provenzale, mais le compositeur qui a le plus développé ce style est sans doute Alessandro Scarlatti. Ce dernier, à Rome, au service de différent nobles et dignitaires ecclésiastiques, mais aussi au service de Christine de Suède, alors en exil, a déjà composé plusieurs cantates autant religieuses que profanes. C'est notamment lui qui instaure l'ouverture en trois parties, sur le schéma vif-lent-vif que l'on retrouve dans le concerto. Il va aussi instaurer ce qui va devenir l'aria da capo, elle aussi en trois parties de type A-B-A, mais où la troisième partie, le de la première partie, est extrêmement orné par rapport à la première fois, donnant une partie de bravoure aux chanteurs et cantatrices pouvant alors briller. Souvent, le retour était exécuté à l'identique par l'orchestre, et c'est alors le chanteur ou la chanteuse qui, par ses capacités d'improvisation, ornait la partie vocale. À la différence de l'opéra vénitien, l'opéra napolitain fait une stricte séparation entre le récitatif et l'aria, le premier servant à suivre le fil conducteur de l'action, tandis que le second permet aux chanteurs et aux cantatrices de démontrer leurs aptitudes musicales.
L'opéra napolitain va développer, au sein de l'aria d'opéra, différents types de modèles, répondant aux différentes situations sentimentales, nécessitant chacune une musique différente. Ainsi, on trouve l'aria d'amour intime ou l'aria d'héroïsme brillant. Chaque type d'aria est généralement associée à un type de personnage qui finit par le caractériser, menant à terme à une certaine stéréotypie lyrique.
Le à l'opéra et le schisme entre seria et buffa Ce qui a été défini comme le à l'opéra a fini par écarter peu à peu les scènes comiques. Ainsi, des librettistes comme Apostolo Zeno ont mis l'accent sur l'incompatibilité manifeste entre le bon goût musical et les scènes légères afin de les éliminer de ses livrets. Les scènes comiques finirent par n'être petit à petit que des intermèdes, intercalées entre les actes normaux, transformant ainsi peu à peu l'opéra en opéra seria. En réaction à cela surgit, vers 1733, un type d'œuvre populaire où les légendes et les mythes laissent place aux personnages pouvant représenter les désirs des personnes ne faisant pas partie de l'aristocratie. C'est cette année-là qu'a été écrit La serva padrona de Jean-Baptiste Pergolèse, qui constitue d'abord les intermède d'un de ses opéras seria Il prigionier superbo. Ce n'est pourtant pas le premier opéra buffa, puisque Alessandro Scarlatti avait déjà écrit une telle pièce sous le nom dIl trionfo dell'onore en 1718. Cependant, c'est le succès de La serva padrona qui a permis à ce genre nouveau de s'installer durablement. Le genre de l'opéra buffa a été représenté jusqu'à la fin du avec des compositeurs comme Niccolò Piccinni, Giovanni Paisiello ou encore Domenico Cimarosa.
L'oratorio En parallèle de l'opéra, un autre genre va se développer : celui de l'oratorio. Il est d'abord initié par Philippe Néri, fondateur de la Congrégation de l'Oratoire qui, dans ses oratoires, incluait des moments de musique chantée. Cependant, à la différence de l'opéra, l'oratorio ne met pas en scène les personnages dans un décor, et seul le texte permet de saisir l'action. C'est ainsi qu'a été créé, en 1600 à Rome, La Rappresentatione di anima e di corpo d'Emilio de' Cavalieri. Au départ proche du madrigal, l'oratorio ne va se différencier de l'opéra que par son sujet religieux et une plus grande importance des chœurs, et comme l'opéra il va se diffuser dans tous les royaumes d'Italie puis dans l'Europe entière. Quelques compositeurs vont notamment participer à faire rayonner l'oratorio italien, comme Stefano Landi et son Il Sant'Alessio en 1631 ou Giacomo Carissimi qui compose son Jephte en 1649. À la fin du , des compositeurs comme Alessandro Stradella ou Antonio Draghi vont ouvrir la voie aux générations suivantes.
La cantate Un troisième genre naît au début de la période baroque : celui de la cantate, qui dérive directement de la monodie accompagnée. Là aussi, il n'y a pas de mise en scène comme à l'opéra, mais le choix du sujet peut être soit profane, soit religieux, et il se situe donc à mi-chemin entre l'opéra et l'oratorio. Si l'œuvre est généralement plus brève et comprend moins d'exécutant qu'un oratorio, elle n'en conserve pas moins plusieurs numéros comprenant des arias, des récitatifs, des duos voire des chœurs. C'est à partir des années 1630, et notamment par des compositeurs comme Luigi Rossi puis Giovanni Legrenzi, aussi compositeurs d'opéras et d'oratorios, qu'elle va acquérir une structure formelle qui perdurera ensuite jusqu'au .
Musique orchestrale
Progrès technique et influences sur la musique instrumentale Les progrès techniques dans la lutherie vont s'accélérer à la fin du et au début du , entrainant des évolutions conséquentes dans la pratique instrumentale et notamment au sein des instruments à clavier. En parallèle, l'édition musicale va être plus importante et faciliter d'autant la diffusion de la musique en Europe. De fait, si pendant le , la musique vocale prend le pas sur la musique instrumentale, cette dernière va prendre bien plus le pas au .
Évolution du violon et influences, lutherie C'est notamment au vénitien Giovanni Gabrieli que l'on doit les premiers et principaux travaux sur la musique instrumentale. Au début du , Venise est un haut lieu de la musique, et elle voit apparaître et se développer une musique où la voix n'a plus sa place, une musique destinée à être simplement écoutée et non plus chantée. Cependant, le discours et la rhétorique instrumentale vont tout de même être influencés par la musique vocale.
Le violon, apparenté aux violes de gambe et aux violes d'amour, va voir, pendant le en Italie, sa lutherie se développer et évoluer très fortement. C'est particulièrement à Crémone que vont s'établir les facteurs d'instruments les plus réputés parmi lesquels on compte Niccolò Amati, Antonio Stradivari ou encore Guarneri del Gesù. Leur prestige est tel qu'encore aujourd'hui leurs instruments sont très recherchés tant par les collectionneurs que par les grands musiciens solistes. Du fait de l'évolution de la facture instrumentale, le jeu violonistique s'est développé et des compositeurs comme Biagio Marini et Carlo Farina, tous deux violonistes, sont parmi les premiers à écrire des sonates et autres pièces pour violon présentant des trémolos, des legato, et ils développent petit à petit ce qui sera plus tard une écrire propre au violon.
Évolution des claviers, facture
De nouvelles formes musicales Dans le courant du , de nouvelles formes musicales sont apparues, qui vont très fortement influencer la musique classique des siècles suivants. Ainsi, on voit apparaître pendant le premier baroque la suite, la sonate, l'aria da capo et le concerto grosso.
Naissance du concerto grosso Du fait de l'écriture grandissante pour ensembles instrumentaux, une nouvelle forme apparaît petit à petit, où un instrument ou un petit ensemble instrumental dialoguent, ou , avec l'ensemble. Cette forme va d'abord être appelée le concerto grosso, où un petit groupe d'instrument appelé le concertino va dialoguer avec un ensemble plus important appelé le ripieno. Les premiers exemples de concerto grosso remonte aux Sinfonie à plusieurs instruments d'Alessandro Stradella, et le nom s'officialise peu de temps après avec les Concerti grossi d'Arcangelo Corelli, publiée en 1714, un après la mort du compositeur.
Arcangelo Corelli utilise alors la forme en quatre mouvements qui provient de la sonate d'église ou sonata da chiesa, mais le nombre pouvait monter jusqu'à six mouvements, prenant alors appui sur la forme de la sonate de chambre ou sonata da camera. Après lui, d'autres compositeurs vont développer le genre comme son élève Francesco Geminiani ou Antonio Vivaldi, qui adoptera cependant la forme en trois mouvements d'allure respectifs vif-lent-vif, forme qui s'imposera plus tard dans le concerto de soliste.
Évolution vers le concerto de soliste