Les épreuves de natation lors des Jeux olympiques de 1912 de Stockholm se déroulent du samedi au lundi .
Pour la première fois, le programme masculin est, pratiquement, le même que lors des Jeux précédents : en nage libre : 100, 400 et et un relais ; en dos : ; en brasse le même qu'à Londres auquel est ajouté un . Pour la première fois aussi, des épreuves féminines se déroulent (celles de 1908 ayant été annulées), en nage libre : un individuel et un relais . La première championne olympique de natation est l'Australienne Fanny Durack. Au total, et nageurs venus de sont engagés. Avec les intégralement masculins, les concurrents effectifs sont et .
Les épreuves ont lieu dans un bassin de de long construit pour l'occasion dans la Djurgårdsbrunnsviken, une petite baie abritée des courants par l'île de Djurgården, au cœur de la capitale suédoise. Le bassin qui abrite aussi les épreuves de plongeon et de water-polo est démonté à l'issue des Jeux et les matériaux sont revendus. Avec les entrées (), l'organisation des compétitions aquatiques est largement bénéficiaire. Les sommes ainsi récoltées sont reversées au Comité olympique suédois et à l'Association suédoise de natation amateure.
Les diverses courses sont prévues pour se dérouler en quatre étapes : d'abord des séries éliminatoires, puis un second tour qualificatif pour les demi-finales et enfin la finale. Le grand nombre de forfaits oblige les officiels à réorganiser les séries, juste avant le départ des épreuves, avec des conséquences parfois négatives. Ainsi, au nage libre masculin, les concurrents américains, dont Duke Kahanamoku qui vient d'établir le record du monde de la distance, persuadés d'être qualifiés pour la finale à l'issue de ce qui n'est que le deuxième tour ne se présentent pas aux demi-finales. Ils auraient alors dû être disqualifiés. Le nageur australien Cecil Healy qui aurait pu voir s'ouvrir devant lui un boulevard jusqu'au titre olympique, annonce que si les Américains n'étaient pas autorisés à concourir, il déclarerait lui aussi forfait. Le jury organise alors une troisième « demi-finale ». La finale est ensuite remportée par Kahanamoku devant Healy.
Les 400 et masculins sont dominés par le même trio qui monte (dans le même ordre) sur les deux podiums : le Canadien George Hodgson, le Britannique Jack Hatfield et l'Australien (sous les couleurs de l'Australasie) Harold Hardwick. Hodgson fait voler en éclats les records olympiques et du monde des deux distances. En finale du , il s'adjuge même au passage le record du monde du et poursuit son effort pour établir le record du monde du mile.
Les Jeux sont marqués par la transition du « dos brassé » au « dos crawlé » puisque le vainqueur américain Harry Hebner utilise ce nouveau style lors du , déclenchant la colère, et les réclamations, de ses adversaires malheureux. Le règlement ne l'interdisant pas, sa victoire est homologuée. Cependant, ce style n'est alors pas forcément plus rapide que le « dos brassé » puisque le record du monde détenu par l'Allemand Otto Fahr qui finit deuxième n'est pas battu.
Les épreuves de brasse ( et ) sont dominées par le brasseur allemand Walter Bathe qui remporte les deux courses. En fait, les mêmes cinq hommes (les Allemands Bathe, Lützow et Malisch, le Britannique Courtman et le Suédois Henning) se retrouvent lors des deux finales. Si le est un triplé allemand, au , le podium est international.
La suprématie des nageuses anglo-saxonnes est complète sur le féminin. Avant les Jeux, les Britanniques Jennie Fletcher et Daisy Curwen et l'Australienne Fanny Durack avaient alternativement amélioré le record du monde de la distance. Fanny Durack établit définitivement le record olympique et le record du monde lors des séries. Seule une nageuse allemande Grete Rosenberg vient contester la domination anglo-saxonne, même si elle n'entre en finale qu'à la suite du forfait de Daisy Curwen, opérée de l'appendicite. Fanny Durack s'impose devant sa compatriote et amie Mina Wylie puis Jennie Fletcher.
Organisation Choix des épreuves En 1909 et 1910, le comité d'organisation des Jeux de Stockholm réfléchit au programme général des épreuves qui devraient être, selon celui-ci, recentrées sur des activités « purement athlétiques ». Un premier grand congrès de synthèse du Comité international olympique se tient à Luxembourg en . Ne sont alors prévues en natation que des épreuves masculines, pratiquement les mêmes qu'à Londres lors des Jeux précédents : en nage libre : 100, 400 et et un relais , en dos : ; en brasse le . Cependant, à l'issue des Jeux de Londres, il avait été suggéré d'introduire dans le programme olympique une épreuve longue () en brasse en raison de la très grande popularité à travers le monde de ce style de nage. L'idée était d'en accroître encore la popularité, dans le but de donner l'envie de l'apprendre et d'ainsi éviter les noyades. Aussi, le programme prévisionnel pour les Jeux de Stockholm inclut un brasse masculin. Cependant, lors de ce congrès à Luxembourg, de nombreux délégués demandent aussi des épreuves féminines de natation. En effet, lors du congrès du comité olympique britannique, en , pour l'organisation des Jeux de Londres, des épreuves féminines avaient été discutées. Il semblerait que celles-ci aient finalement dû être annulées, faute d'un nombre suffisant de nageuses engagées. Si des démonstrations eurent lieu, aucune médaille ne fut remise. Pour les Jeux de Stockholm, en plus des Britanniques, les délégués danois et norvégiens se montrent très favorables à l'organisation d'épreuves féminines. Pierre de Coubertin s'est déclaré opposé à la participation des femmes aux Jeux, mais il écrit aussi au comité qu'il s'y résigne.
Le comité d'organisation des Jeux de Stockholm amende donc son programme en vue du congrès suivant du en , à Budapest. Ainsi, une épreuve féminine est ajoutée, en nage libre : un individuel. Les délégués britanniques et hongrois proposent de nouveaux changements. Les Britanniques veulent plus d'épreuves féminines. Les Hongrois veulent un programme uniquement masculin et intégralement remanié : en nage libre : 100 et et un relais , un brasse et un relais « quatre nages » (brasse, dos, « », nage libre). La FINA, quant à elle, veut un relais féminin en nage libre. Le congrès décide de reporter sa décision sur les suggestions hongroises à un congrès ultérieur et accepte ce qui est, de fait, une décision de la fédération internationale de natation.
Le programme définitif est donc adopté à Budapest. Pour les hommes : en nage libre : 100, 400 et et un relais , en dos : ; en brasse 200 et . Pour les femmes : deux épreuves en nage libre : un individuel et un relais .
Comité d'organisation des épreuves aquatiques vignette|gauche|alt=portrait noir et blanc d'un homme à lunettes|Erik Bergvall, président du comité d'organisation des épreuves aquatiques aux Jeux de Stockholm. Le , le comité d'organisation des Jeux de Stockholm charge la , l'Association suédoise de natation amateure de désigner le comité d’organisation des épreuves aquatiques. Celui-ci comprend et est présidé par le médaillé olympique de water-polo, Erik Bergvall et l'athlète Kristian Hellström en est le secrétaireLes membres sont : comme vice-président, le major N. D. Edlund ; comme trésorier, John G. Andresson ; ainsi que Carl Blidberg, Per Fjästad, Thor Friman, Anton Johanson, Torsten Kumfeldt, Sigrid D. Larsson, Konrad Littorin, Emil Lundberg, J. A. Lonnengern, A. Ulrich et Gustav Wretman .. Aucune femme n'en est membre, alors que des compétitions féminines sont prévues. Ce comité se réunit pour préparer les épreuves aquatiquesÀ titre de comparaison, le comité d'organisation des épreuves d'athlétisme se réunit , celui du tennis mais celui des courses de voile ..
Afin de distribuer aux nageuses, nageurs et officiels, le comité fait imprimer détaillant le programme et le règlement des épreuves (, , et ). Il fait aussi imprimer et envoyer au printemps 1912 aux divers comités olympiques à travers le monde les formulaires d'inscription. Chaque nageur et nageuse doit remplir un formulaire par épreuve à laquelle il ou elle s'inscrit. Au total, individuels sont prévus et de relais (, , et ; plus de relayeurs francophones que de relayeurs germanophones sont prévus).
Juges, arbitres et officiels Le comité d’organisation des épreuves de natation est chargé de désigner les juges-arbitres. Une réflexion, concernant l'ensemble des Jeux, a lieu à propos de la nationalité des juges. L'idée était d'éviter que se reproduisent des incidents comme lors des Jeux de Londres (en athlétisme par exemple.). Il est donc décidé, comme principe de base, que sur les trois juges désignés à chaque épreuve, seuls deux seraient suédois et le troisième d'une autre nationalité. Cependant, le problème de la langue, si les juges étaient de nationalités trop variées, allait se poser. Le compromis est que, pour les épreuves où les décisions arbitrales ne poseraient pas de problème d'interprétation, ou de soupçon de favoritisme, les juges seraient tous suédois. Ce fut donc le cas pour la natation, mais pas pour le water-polo, quand jouerait l'équipe de Suède, où le trio d'arbitres serait international.
Le comité d'organisation des Jeux de Stockholm commence dès 1910 à recruter divers officiels auprès des fédérations. Deux qualifications principales sont demandées : connaître les règles du sport mais aussi être polyglotte. Une fois les candidatures reçues, deux phases de sélection ont lieu en 1911 puis 1912 afin de retenir les meilleurs. Le dernier test, grandeur nature, des futurs juges et arbitres, a lieu lors des diverses épreuves suédoises de qualification aux Jeux, au printemps 1912. L'uniforme des officiels est un pantalon blanc, une veste bleue et un canotier ; il est fourni par le grand magasin Nordiska Kompaniet.
Au total, , tous suédois, sont recrutés pour les épreuves aquatiques. Les installations mobilisent un chef de bassin, trois chefs adjoints de bassin, trois assistantsAppelés « adjudants » en anglais . au chef de bassin, un arbitre suprême, deux plantons de bassin, deux stewards des tribunes, trois médecins, deux attachés de presse, deux interprètes et un magasinier. Les épreuves elles-mêmes nécessitent : starters, juges de faux-départ, juges de nage, juges de virage, chronométreurs, secrétaires ; ainsi que des chaperons spécialement pour les épreuves féminines, certaines spécifiquement attachées aux nageuses étrangères.
Lors des épreuves, l'organisation est très rigoureuse, quasi militaire. La veille d'une journée de compétition, le chef de bassin et ses trois adjoints doivent tenir une réunion afin de désigner leur poste à leurs divers subordonnés pour le lendemain. Ce poste doit être strictement observé et un juge-arbitre ne peut le quitter, ni désobéir à un ordre du chef de bassin qui lui a été transmis par un des assistants. Le chef de bassin doit rester tout au long de la journée visible de ses officiels et des nageurs et nageuses. Il est responsable de la bonne tenue des épreuves conformément au programme. Il organise le tirage au sort des séries ; il règle les déplacements des nageurs et nageuses pour éviter tout retard ; il vérifie que les nageurs et nageuses sont bien identifiés (numéro et bonnet de bain), même si c'est au starter de vérifier que les tenues de nage sont conformes au règlement. Il donne le signal de début des épreuves.
Les assistants au chef de bassin sont responsables de la communication entre celui-ci (et ses trois adjoints) et les juges-arbitres mais surtout les nageurs et nageuses. Ce sont eux qui sont chargés de prévenir les nageuses et les nageurs dans leur vestiaire que leur épreuve va commencer. L'annonce doit se faire en suédois, en anglais et en français, cinq minutes avant le start. Ils sont aussi chargés d'annoncer les résultats au public.