L'hôtel de la Gabelle à Bernay, en Normandie, est un hôtel particulier, de style classique, construit entre cour et jardin au milieu du .

Historique Le , Jacques-Philippe Bréant achète plusieurs maisons et jardins près la porte d’Orbec entre la rue du Grand-Bourg (actuelle rue du Général-de-Gaulle) et les remparts de la ville. Les maisons sont en très mauvais état et menacent ruine Archives Eure, 4 E 133/528. .

Il les fait donc démolir pour y construire son hôtel particulier. Deux bâtiments situés de part et d’autre du portail d’entrée servent de greniers à sel et d’écuries.

Jacques-Philippe Bréant Né le , Jacques-Philippe Bréant est le fils de Jacques, conseiller du roi, receveur des gabelles de Bernay. Son grand-père paternel est grenetier du grenier à sel de LouviersCyrille de Nanteuil, Bréant du Bosc-le-Comte, Les Amis de Bernay (janvier 2004), . Après des études au collège des Jésuites de Rouen où il fréquente Nicolas-Michel Linant, Jean-Nicolas Formont et Pierre Robert de Cideville, il part faire son droit en 1735 à Paris. Ayant achevé ses études, il devient receveur au grenier à sel de Bernay au lieu et place de son père. Le , il épouse Marie-Anne-Françoise de Mauduit de Carentonne, fille du seigneur Carentonne (et tante par alliance de l’amiral Liberge de Granchain qui fit reconstruire le château). C’est aussi un poète. Voltaire, qui l’avait reçu en , écrivit à son ami Cideville : « J’ai vu votre petit Bréhant. Il est charmant, il est digne de votre amitié et de petits vers qu’il m’a montrés, sont dignes de vous. »Frédéric Malbranche, Recueil de la Société d'agriculture, sciences, arts et belles-lettres du département de l'Eure, 1880

L’énigme de l’architecte vignette|Mascaron de la l'hôtel de la gabelle. vignette|Mascaron de la l'hôtel de la gabelle.

La construction a longtemps été attribuée à Ange-Jacques Gabriel, premier architecte du roi. Il a travaillé avec son père Jacques V Gabriel (mort en 1742), architecte ordinaire du roi et contrôleur des Ponts et Chaussées, lequel a construit plusieurs hôtels particuliers, à Paris comme en province. Les liens des Gabriel avec Bernay sont bien réels. Issu d’une famille d’Argentan, Jacques V, anobli en 1704, avait acheté la charge d’engagiste de la Couronne. Le , les droits, coutumes, et les prairies dépendant du domaine du roi lui sont vendus pour la somme de livres. Le , ce sont « la seigneurie foncière, directe et féodale » appartenant au roi dans la paroisse Notre-Dame de la Couture. Mais on ne dispose d'aucun élément pour dire si Jacques V est venu à Bernay en personne, alors qu'il était sollicité par des chantiers importants dans plusieurs villes dont Bordeaux, Rennes et Orléans.

À Lorient, le chantier du siège de la Compagnie des Indes, est suivi par L.A. Loriot jusqu’en 1752. Les mascarons à visage féminin présentent des similitudes frappantes avec ceux de la GabelleCyrille de Nanteuil, Bréant du Bosc-le-Comte, Les Amis de Bernay (janvier 2004), ..

Les mascarons et les trophées sont l’œuvre d’un très habile artiste. Les agrafes figurent les quatre parties du monde.

Bréant a certainement confié les décors peints de sa demeure (toiles des trumeaux et les dessus de porte) à un artiste bernayen, élève du célèbre peintre Hyacinthe Rigaud, Michel Hubert-Descours, plus connu comme portraitisteAbbé Porée, Un peintre bernayen, Michel Hubert-Descours 1707-1775.

Agrandissement de la propriété vignette|Hôtel de la gabelle, côté rue. vignette|Fronton. L’hôtel était construit au début de 1750 et Bréant voulait agrandir son parc en acquérant 109 toises de terrain sur les fossés et l’emplacement des remparts puisque la communauté des habitants accepte son offre de verser destinées à l'achat des pompes à incendie et lui cède 623 toises.

Bréant décède dans son hôtel le . Son fils Philippe-François-Constant lui succède comme receveur des gabelles à Bernay jusqu’en 1789. Cette année-là, il est présent à l’assemblée générale de la noblesse qui élit les députés chargés de la représenter aux États Généraux du Royaume.

Un décret révolutionnaire supprime l’impôt sur le sel en .

En 1799, Philippe-François-Constant Bréant vend pour francs presque tous ses biens situés dans cette rue de la Liberté (ancienne rue du Grand-Bourg, future rue d’Alençon et actuellement rue du général de Gaulle) au magistrat Jean-François-Pierre-Paterne Thulouhttps://www.bernaylaville.fr/la-gabelle/.

L’hôtel passe ensuite aux mains d’un industriel du lin, originaire de Drucourt. Gratien Pesnel commence à travailler avec son père à l’âge de et quatre ans plus tard, en 1819, il est déjà propriétaire de trente métiers à rubans sous le nom de Pesnel jeune, raison sociale qu’il gardera jusqu’au milieu du où elle est devient Pesnel jeune et fils. Son frère Robert de dix ans son aîné possédait seulement dix métiers à rubans..

Gratien a-t-il introduit la fabrication des rubans à Bernay avant ou après l’achat de l’hôtel de la Gabelle le ? Lorsque le jeune négociant se marie, il est toujours domicilié à Drucourt chez sa mère. Le couple s’installe dans l’hôtel de Bernay où naît leur fille aînée le État-civil de Bernay (en ligne). Robert Pesnel et sa femme la Bernayenne Eléonore Malherbe, fille d’un aubergiste de la rue de Lisieux y habitent également. Les descendants des Pesnel revendent la Gabelle à un éleveur de poussins Camille Masselin..

En 1957 c’est la mairie qui achète le domaine pour le raser.

Une campagne initiée dans le journal local L’Éveil de Bernay par Philippe Leroux. et Patrick Méaulle est relayée par Le Figaro du qui en appelle au ministre André Malraux. Finalement la municipalité accepte de revoir sa copie et de demander une subvention à l’État pour financer les restaurations indispensables. La gabelle est suite affectée au Conservatoire de musique jusqu’en 2010. Des projets pour la reconvertir en site touristique n’aboutissent pas. En l’absence de chauffage et de ventilation, le bâtiment principal est malheureusement victime d’une attaque de mérule, aujourd’hui maîtrisée..

Avenir de l’Hôtel de la Gabelle vignette|Portail. vignette|Dépendance. vignette|Autre dépendance. Dans la réunion publique du , la maire de Bernay annonce son intention de mettre en vente la gabelle, décision soumise à un vote des Bernayens. (site de la mairie) (Article du journal l'Éveil de Bernay).

Parties inscrites sur l’Inventaire des Monuments historiques Notice Mérimée (sur le site du Ministère de la Culture) : Porte monumentale, vantaux compris. : Façade et couverture de l’hôtel. Façade et couverture des communs. Sol de la cour d’honneur. Sol des jardins.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie

Œuvres de Jacques-Philippe Bréant, Société libre de l'Eure, Bernay, 1883.

Lyliane Carpentier, Mémoires de Bernay, 1999, éditions Pierann. Henri Méaulle, Bernay depuis son origine, avec l'historique des noms de rue, suivi du Guide des touristes à Bernay, dans l'arrondissement et les environs, 1947. Cyrille de Nanteuil, Bréant du Bosc-le-Comte, Les Amis de Bernay, Société historique et archéologique de Bernay, , . Articles dans l’Éveil de Bernay.

Liens externes

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