Le philosophe Gilles Deleuze a posé des questions sur le fonctionnement du droit. Pour lui, la loi et les droits humains sont inutiles, et il pense que la jurisprudence est une meilleure manière de trouver des règles. Cela a inspiré d'autres intellectuels, qui ont réfléchi sur comment on pourrait traiter les disputes en s'appuyant à chaque fois sur les cas similaires vus dans le passé, de manière collective et sans autorité centrale. La philosophie de Deleuze sur ce sujet – partagée avec son ami Félix Guattari – utilise beaucoup la lecture de romans, de nouvelles, et d'histoires érotiques. Deleuze et Guattari ont insisté que faire du droit, en réalité, c'est presque comme faire de la politique. Dans leur idée, les communautés marginalisées sont capables de ré-imaginer la justice et d'inventer de nouvelles manières de créer et interpréter les normes.

Thèmes La philosophie de Deleuze n'a pas immédiatement été reçue par les théoriciens du droit. C'est à partir de l'héritage des études juridiques critiques que plusieurs ouvrages ont été publiés à ce sujet dans les années 2000.. Pourtant, dans les années 90, plusieurs érudits ont articulé un rejet radical du droit – un anti-juridisme – à partir de l'œuvre de Deleuze.

Jurisprudence

Bien que Gilles Deleuze ait des mots acerbes envers les lois, les droits et les institutions, il défend à plusieurs reprises l'importance de la jurisprudence, principalement dans des entrevues.. Il déclare ainsi lors d'une conversation avec Toni Negri :

En particulier, Deleuze présente le caractère immuable et impératif des lois comme une illusion dissimulant les variations de leur application et de leur interprétation par les différents acteurs de la société. Il considère que la loi étatique n'est pas la source ultime du droit, et il s'appuie sur l'analyse de la gestion différentielle des illégalismes initiée par Foucault. Au contraire, la jurisprudence met sur le devant de la scène l'importance de la répétition et de la coutume dans le fonctionnement du droit.. La loi est liée à la morale, la jurisprudence à l'éthique..

La philosophie de Deleuze sur la jurisprudence s'inscrit à certains égards dans le sillage de Gabriel Tarde. En effet, ce dernier avait proposé une théorie du droit selon laquelle les normes émergent de l'imitation des gens les uns par les autres. Dans cette vision, le droit peut se constituer et se propager à travers des répétitions toujours un peu différentes, sans autorité surplombante...

La pensée de la jurisprudence de Deleuze peut sembler s'apparenter au réalisme juridique, par exemple celui de Oliver Wendell Holmes Jr., mais elle s'en démarque significativement parce que Deleuze n'accorde aucune importance au statut social de juge..

Droit et littérature

À partir de la lecture de Proust, Masoch, Kafka, Melville et Artaud, Deleuze a interrogé le concept de la loi comme une norme transcendante, et a proposé de discerner des dans le jeu des gens avec le droit...

En particulier, Deleuze s'est intéressé aux manières dont le sadisme et le masochisme – il insiste sur la différence entre ces deux sexualités – pervertissent les concepts du droit d'une manière révélatrice de l'esprit du temps. Ainsi, le masochisme de la Vénus à la fourrure est caractérisé par Deleuze comme un fantasme du contrat, où Masoch cherche à convaincre la dominatrice de lui faire du mal. Au contraire, le sadisme de Justine ou les Malheurs de la vertu est selon lui un fantasme de l'institution, un fantasme de l'imposition de la volonté de la personne dominante à la personne soumise.. Il a aussi identifié le rapport du sadisme à la loi comme une forme d'ironie, tandis que l'attitude masochiste vis-à-vis du droit relèverait plutôt de l'humour...

Droits humains

Deleuze a critiqué l'idée des droits de l'homme à cause de leur caractère moralisateur, normatif et abstrait. Ces idées se retrouvent de manière éparse dans ses critiques à l'idée de loi en général.. La première critique est celle du caractère moralisateur de toute loi, car selon Deleuze dans son commentaire de l'Éthique de Spinoza : La critique de la normativité juridique est développée par Deleuze dans son livre sur David Hume, dont il tire l'idée que le pouvoir fondateur des lois est une illusion qui masque le fait qu'elles se greffent nécessairement sur des réalités sociales préexistantes :

Enfin, la critique de l'abstraction des droits humains est apparentée à son rejet de la philosophie de Kant qu'il expose dans son livre sur Nietzsche : À propos de l'abstraction des droits humains en particulier, il écrit:

Bien que Deleuze ait été critique, suivant Leonardo Crespo de Almeida, ses idées incitent à repenser les droits humains comme des produits historiques et contingents, qui sont ouverts à plusieurs devenirs..

Philosophie politique avec Guattari

Dans la pensée de Deleuze, le droit est pensé d'une manière qui le rapproche de la politique.. Deleuze & Guattari conçoivent la philosophie elle-même comme une activité politique de création de concepts, ce qui vaut aussi pour la dogmatique juridique...

Dans Mille Plateaux, le modèle des Codes civils est analysé comme relevant de l', c'est-à-dire d'un système de régulation complète de la vie auquel il est toujours possible de rajouter une règle de plus.. Au contraire, dans la philosophie de la jurisprudence de Deleuze, les groupes d'utilisateurs capables de dire le droit se constituent à partir des problèmes eux-mêmes..

La pratique clinique du droit minoritaire Selon Liza Mattutat, la philosophie du droit chez Deleuze est principalement une critique, qui ré-ouvre les perspectives pour imaginer les manières d'organiser la vie sociale. Toutefois, elle permet aussi de concevoir des façons de pratiquer le droit qui soient cliniques, c'est-à-dire qui construisent des dispositifs utilisables. Cela passe par des modifications à la périphérie du système juridique dominant, qui aménagent des boulevards pour changer complètement les manières de faire..

Références

Voir aussi Bibliographie

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Dogmatique influencée par Deleuze

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