L'Illyrie était une province romaine ayant existé de 27 avant J.-C. jusqu'au règne de Vespasien (69-79 après J.-C.). Son territoire comprenait l'Illyrie/Dalmatie au sud et la Pannonie au nord. L'Illyrie correspondait à la région située le long de la côte est de la mer Adriatique et ses montagnes intérieures, et fut par la suite renommée Dalmatie. La Pannonie comprenait les plaines du nord qui font désormais partie de la Serbie, de la Croatie et de la Hongrie. La superficie correspondait à peu près à une partie ou à la totalité des territoires de l'Albanie, du Kosovo, du Monténégro, de la Serbie, de la Bosnie-Herzégovine, de la Croatie et de la Slovénie actuels.
Nom et étymologie Le terme Illyriens a été utilisé pour désigner les habitants de la région dès la fin du par Hécatée de Milet.
Géographie vignette|241x241px| L'Illyrie romaine après les guerres illyriennes. L'Illyrie/Dalmatie s'étendait de la rivière Drin (dans le nord de l'Albanie moderne) à l'Istrie (Croatie) et jusqu'à la rivière Save au nord. La zone correspondait à peu près au nord de l'Albanie moderne, au Kosovo, à la Serbie, à la Slovénie, au Monténégro, à la Bosnie-Herzégovine et à la Croatie côtière (Dalmatie). La Pannonie était la plaine qui s'étend au nord de la région, depuis les montagnes d'Illyrie/Dalmatie jusqu'au coude ouest du Danube. Elle comprenait la Voïvodine moderne (dans le nord de la Serbie actuelle), le nord de la Croatie et l'ouest de la Hongrie. Au fil du développement de la province, Salone (près de l'actuelle Split, Croatie) devint sa capitale.
L'Illyrie comprenait la plaine côtière, les montagnes des Alpes Dinariques qui s'étendent le long de la côte orientale de la mer Adriatique sur 645 kilomètres avec une largeur d'environ 150 kilomètres et, au nord-ouest, la péninsule d'Istrie. Elle possédait également de nombreuses îles au large de la côte, mais celles-ci manquaient d'eau potable. Les montagnes étaient cultivées vers la côte, mais étaient pour la plupart stériles. Le manque d'eau et les sols pauvres ou arides ont rendu une grande partie de la zone agricole de l'Illyrie pauvre, ce qui a favorisé la piraterie. L'intérieur de la partie sud de l'Illyrie (Albanie centrale et méridionale) était plus fertile. L'Illyrie était habitée par des dizaines de tribus indépendantes et de groupements tribaux. La plupart d’entre eux étaient étiquetés comme Illyriens. Au nord, il y avait aussi des tribus celtesWilkes, J. The Illyrians (The Peoples of Europe), (1996) p. 208Chapot, V; Parker, E. E. The Roman World History of civilization (1997), p. 268Smith, W. Dictionary of Greek and Roman Geography. La plaine pannonienne (ou carpate) au nord était aussi plus fertile. Ses tribus étaient qualifiées de Pannoniennes. Les découvertes archéologiques et la toponymie montrent que les Pannoniens différaient culturellement des Illyriens et des Celtes orientaux qui vivaient à l'ouest d'eux, dans ce qui est aujourd'hui l'Autriche. Ils furent celtisés à la suite de l'invasion celtique de la partie nord de la région au début du avant J.-C. Certaines tribus de la région (les Eravisces, les Scordiques, les Cotini, les Boïens et les Anartes) étaient celtiques. Les Pannoniens partageaient également des similitudes culturelles avec les Illyriens. L'extraction et la production de fer constituaient une part importante de leur économie à l'époque pré-romaineMocsy, S. F, "Pannonia and Upper Moesia", in A History of the Middle Danube Provinces of the Roman Empire, p. 152Wilkes, J. J. The Illyrians (The Peoples of Europe), p. 203.
Contexte historique
Les guerres illyriennes Les Romains ont mené trois guerres illyriennes entre 229 avant J.-C. et 168 avant J.-C. La première guerre illyrienne (229-228 avant J.-C.) a éclaté en raison d'attaques menées par des pirates illyriens dans la mer Adriatique sur des navires italiens confédérés à Rome, mais aussi à cause de la montée en puissance des Ardiéens (une tribu illyrienne du Monténégro et du nord de l'Albanie actuels). Avec une flotte puissante, les Ardiéens avaient envahi les villes grecques d'Epidamnos (Durrës moderne, en Albanie), Pharos (Stari Grad, Croatie) et l'île de Corfou, en plus d'avoir attaqué Élide et Messénie dans le Péloponnèse et Phœnicè en Épire, une plaque tournante du commerce romain. Les attaques répétitives sur les navires italiens incitèrent Rome à intervenir. Les Romains libérèrent les villes grecques et attaquèrent les Ardiéens. Des conditions de paix furent convenues. En 220 avant J.-C., les Ardiéens menèrent des attaques sur la côte grecque à l'ouest, au sud et au sud-est. Ils attaquèrent ensuite les alliés de Rome dans le sud de l'Illyrie. Cela conduisit à la seconde guerre illyrienne (219-218 avant J.-C.), que Rome remporta. En 168 avant J.-C., pendant la troisième guerre macédonienne (171-168 avant J.-C.) entre Rome et le royaume de Macédoine, les Ardiéens rejoignirent le combat contre les Romains, mais ils furent rapidement vaincus (troisième guerre illyrienne, 168 avant J.-C.). Les Romains imposèrent un tribut équivalent à la moitié des impôts payés au roi désormais déchu, sauf aux villes et tribus qui s'étaient alliées à euxTite-Live, Histoire Romaine, 45.26.11-15.
Des guerres illyriennes aux guerres civiles romaines En 156 avant J.-C., les Dalmates attaquèrent les sujets illyriens de Rome (cette source d'Appien est considérée comme ambiguë) et refusèrent de rencontrer les ambassadeurs romains. Le consul Caius Marcius Figulus entreprit une campagne contre eux. Pendant qu'il préparait son camp, les Dalmates maîtrisèrent ses gardes et le chassèrent du camp. Il s'enfuit à travers la plaine jusqu'au fleuve Naro. Il espérait alors mener une attaque surprise sur les Dalmates tandis qu'ils rentraient chez eux pour l'hiver. Toutefois, ils entendirent parler de son arrivée et se rassemblèrent. Malgré tout, le consul réussit à les faire se rabattre dans la ville de Delminium. Incapable d'attaquer cette ville très fortifiée, il attaqua alors d'autres villes en partie désertes à cause de la concentration des forces des Dalmates à Delminium. Il retourna ensuite à Delminium et catapulta des projectiles enflammés sur des parties importantes de la ville, ce qui les endommagea et les brûlaAppien, Les guerres de Macédoine et d'Illyrie, 11. Tite-Live évoque cette campagne de Gaius Marcius Figulus en précisant que l'année suivante, en 155 avant J.-C., le consul Scipion Nasica Corculum soumit les DalmatesTite-Live, Histoire Romaine, 47.9.
En 135 avant J.-C., deux tribus illyriennes, les Ardiéens et les Palarii, profitèrent du fait que les Romains étaient occupés en Hispanie par la guerre de Numance et en Sicile par la première guerre servile pour attaquer l'Illyrie romaine. Les Romains envoyèrent des ambassadeurs mais les deux tribus refusèrent de négocier. Les Romains levèrent donc une armée de 10 000 fantassins et 600 cavaliers. Les Illyriens envoyèrent des ambassadeurs pour demander pardon. Rome exigea qu'ils payent des indemnités pour les personnes attaquées. Les Illyriens tardant à réagir, le consul Servius Fulvius Flaccus entreprit une campagne contre eux. Si on en croit Appien, il ne s'agissait que d'une expédition mineureAppien, Histoire Romaine, Les guerres de Macédoine et d'Illyrie, 10. En effet, il est probable que par le terme d'Illyrie romaine, Appien n'ait voulu désigner que quatre villes côtières qui comptaient une importante population romaine.
En 129 avant J.-C., le consul Gaius Sempronius Tuditanus et Tiberius Pandusa menèrent une guerre contre les Iapydes, un peuple des Alpes (au nord de l'Illyrie), et les soumirent. Cependant, selon Tite-Live, Sempronius Tuditanus ne fut pas victorieux dès le début, « mais la défaite fut compensée par une victoire remportée grâce aux qualités de Decimus Junius Brutus (l'homme qui avait soumis la Lusitanie) »Tite-Live, Histoire Romaine, 59.20. Tuditanus fut honoré d'un triomphe. Il immortalisa ses victoires par une dédicace au dieu fluvial Timavus à Aquilée impliquant une inscription triomphale en vers saturniens, dont deux fragments ont été retrouvés en 1906Inscriptions from the time of the Roman Republic, traduit par E.H.Warmington (1940) CIL I² 652.
Appien nous apprend qu'en 119 avant J.-C., le consul Lucius Caecilius Metellus Dalmaticus a déclaré la guerre aux Dalmates, même s'ils n'avaient rien fait de mal, pour la seule raison qu'il voulait un triomphe. Ils le reçurent comme un ami et il passa l'hiver parmi eux dans la ville de Salone. À son retour à Rome, il fut récompensé d'un triomphe. Dans un autre passage, Appien écrit que Lucius Cotta (l'autre consul de cette année-là) et Caecilius Metellus semblaient avoir soumis les Ségestans. Il a également noté que les Iapydes et les Ségestans s'étaient à nouveau révoltés peu de temps après. Caecilius Metellus reçut le titre de Dalmaticus (se traduit par « vainqueur des Dalmates »).
En 115 avant J.-C., le consul Marcus Aemilius Scaurus mena des opérations en Gaule Cisalpine contre les Ligures à l'ouest, et contre les Carni et les Taurisques (deux tribus gauloises qui vivaient dans l'actuelle Slovénie) à l'estCornelius Nepos, De Viris Illustribus, 72.7.
En 113 avant J.-C., le consul Gnaeus Papirius Carbo fut envoyé pour contrer une invasion des Cimbres (une tribu germanique), qui étaient entrés en Illyrie puis dans le Norique. Il fut vaincu à la bataille de Noreia à NoricumAppien, Les guerres contre les Gaulois, 13Strabon, Géographie, V, 1.8.
En 78-76 avant J.-C., un certain Gaius Cosconius fut envoyé en Illyrie comme proconsul. Il y combattit pendant deux ans, au cours desquels il soumit une grande partie de la Dalmatie et s'empara de Salone (près de l'actuelle Solin, dans les environs de Split, en Croatie), l'une des principales villes de DalmatieEutrope, Abrégé de l'histoire romaine, 6.4Paul Orose, Histoires contre les Païens, 5.23. Plus tard, la colonie romaine de Colonia Martia Iulia Salona y fut fondée, probablement après les guerres civiles romaines.
Sous le gouvernement de César En 59 avant J.-C., la lex Vatinia assigna au consul Jules César le proconsulat de la Gaule Cisalpine (dans le nord de l'Italie) et de l'Illyrie ainsi que le commandement de trois légions basées à Aquilée pour une durée de cinq ans. À la mort du proconsul de Gaule narbonnaise, le sénat octroya également à César le proconsulat de cette province et le commandement d'une légion qui y était stationnée, aussi pour cinq ans.