Justus von Liebig (en allemand : ), né à Darmstadt, Landgraviat de Hesse-Darmstadt et mort le à Munich, Royaume de Bavière, baron von Liebig à partir de 1845, est un chimiste allemand. Par son travail de chercheur mais aussi d'enseignant et de propagandiste, il apporta des contributions majeures à la chimie organique et à l'agronomie Dumas Jean-Louis. Liebig et son empreinte sur l'agronomie moderne. In: Revue d'histoire des sciences et de leurs applications. 1965, Tome 18 . . texte intégral. Il est considéré comme un des fondateurs de l'agriculture industrielle, fondée sur la chimie organique. L'apport de Liebig à la science agronomique a toutefois été réévalué ; au lieu d'opérer une rupture, comme l'historiographie l'a longtemps présenté, il est plutôt désormais considéré comme un remarquable effort de mise en forme de travaux préexistants. Quoi qu'il en soit, tant par ses erreurs que par ses découvertes Liebig, parfois par les outrances mêmes de ses attaques, contribua de façon éminente au développement des recherches dans le domaine agricole.

Biographie professionnelle Les années de formation À Pâques 1811, Justus von Liebig commence ses études secondaires au de Darmstadt – d'un bon niveau – qu'il doit quitter en 1817 avant d'avoir pu passer son Abitur (probablement à la suite des difficultés financières de son père : le duché de Darmstadt-Hesse, ancien allié de la France lors des guerres napoléoniennes, traverse une crise consécutive aux mesures de rétorsion prises par Metternich après la défaite de Napoléon).

Très jeune curieux de chimie, dont il apprend quelques rudiments dans l'atelier de son père marchand de couleurs et commerçant à Darmstadt, il est placé en apprentissage auprès d'un pharmacien de Heppenheim, Gottfried Pirsch en . En , Pirsch le congédie. Il existe plusieurs versions concernant les raisons de ce renvoi.

À l'automne 1819, il entame des études de sciences naturelles à l'université de Bonn, avec Karl Kastner, alors considéré comme le meilleur chimiste organicien allemand, puis à l'université d'Erlangen où Kastner a accepté un nouveau poste en 1821.

En 1822, Liebig publie son premier article, portant sur les fulminates, dans le .

C'est Kastner qui l'invite à postuler une bourse pour étudier à Paris, alors un lieu important de savoir et d'enseignement de la chimie. Sa bourse accordée initialement pour une durée de six mois lui est régulièrement renouvelée.

Il obtient alors une bourse du gouvernement de la Hesse pour étudier à Paris. Il y arrive en logeant non loin de la Sorbonne où il suit les enseignements de Louis Joseph Gay-Lussac , Louis Jacques Thénard et Jean-Baptiste Biot mais aussi de Cuvier de Geoffroy Saint-Hilaire et de Pierre Louis Dulong. Il suit également les cours de chimie industrielle donnés par Nicolas Clément au Conservatoire des Arts et Métiers. Thenard lui obtient une place d'étudiant chercheur dans le laboratoire privé de Gaultier de Claubry. Liebig y reprend ses travaux sur les fulminates, travaux qui donnent lieu à une présentation à l'Académie des Sciences le en présence d'Alexander von Humboldt. Celui-ci suggéra à Gay-Lussac d'accepter Liebig dans son laboratoire privé de l'Arsenal pour y poursuivre son travail sur les fulminates. Les résultats de cette collaboration (« Analyse du fulminate d'argent », Annales de chimie et de physique, Paris, 1824) connaissent un grand retentissement. Ambitionnant d'obtenir un poste à Darmstat, mais n'étant pas encore docteur, Liebig soutient un doctorat in abstentia en adressant à Kastner une courte réponse à la question : « Qu'apporte la chimie minérale à la chimie des plantes ? » Le doctorat en philosophie lui est conféré le par l'université d'Erlangen. Quittant Paris en , il part pour l'université de Giessen, où il est nommé professeur extraordinaire de chimie le ..

Professeur à Gießen En 1824, grâce à l'appui de Humboldt, il devient professeur à l'université Justus-Liebig de Gießen, université qui porte désormais son nom. Il y crée le premier laboratoire destiné à l'enseignement pratique de la chimie.

En 1825 il est titulaire de la chaire de chimie de l'université de Gießen.

Avec les professeurs Friedrich Wernekingk et Hermann Umpfenbach il fonde un institut privé – une École Pharmaceutique et technique () – à la suite du refus des autorités de l'université de le créer en son sein.

De 1827 à 1828-1829, tout en poursuivant ses activités à l’université, il exerce un travail de vérification des pharmacies sur la demande du ministère de l'intérieur et de la justice du grand-duché de Hesse.

Avec son ami Friedrich Wöhler, Liebig travaille sur des sels d'argentAvec les mêmes composants et dans les mêmes proportions, Liebig avait préparé du fulminate d'argent (explosif) et Wöhler du cyanate d'argent (inoffensif). C'est Jöns Jacob Berzelius qui introduisit la notion d'isomérie.. Il établit vers 1830 la grâce à laquelle la grande diversité des liaisons en chimie organique pouvait pour la première fois être expliquée de façon systématique.

En 1831, à la demande de Phillip Lorenz Geiger, un pharmacien d'Heidelberg, il devient coéditeur du Magazin für Pharmacie (qui prendra le nom de Annalen der Pharmacie en 1832 et qui deviendra la principale publication sur la chimie de son temps)Louis Rosenfeld, Four Centuries of Clinical Chemistry, CRC Press, 19 août 1999. vignette|redresse|Kali-apparat de Liebig. vignette|Timbre commémoratif de Justus von Liebig, mis en circulation par la Bundespost en 2003 à l'occasion du 200 anniversaire du chimiste. On peut le voir entre l'extrait de viande, un précurseur des actuelles, et l'appareil à cinq ampoules. En 1831, à la suite de son invention de l' ( ou , autrefois appelé appareil à Potassium), il accède à un prestige d'analyste réputé en chimie organique, une branche que les scientifiques pensaient ne pas pouvoir être étudiée en dehors des organismes vivants. Ce petit instrument de laboratoire en verre a permis de mesurer rapidement et facilement la masse relative du carbone dans de petits échantillons organiques, même par des chimistes non expérimentés. Un grand nombre d'analyses organiques ont été publiées, ce qui a impressionné le chimiste suédois Berzelius.

En 1832, il fait état de la découverte d'une nouvelle substance – qui ne s'appelle pas encore le chloroforme. Cela génère une querelle d'antériorité d'une part avec Eugène Soubeiran, mais aussi avec tandis que Jean-Baptiste Dumas rétablira plus tard certaines erreurs commises par ses devanciers.

En 1832, il publie avec Wöhler un article considéré par Berzelius comme fondateur de la chimie organique (Untersuchungen über das Radikal der Benzoesäure, Ann. Pharm. 3 (1832)). Dans cette étude Liebig et Wöhler ont recours au terme « radical » pour désigner le groupe benzoyle [C6H5CO] (la définition du radical que Liebig donnera en 1838 peut être rapprochée de celle que Lavoisier avait lui-même formulée). Liebig et Wöhler découvrent également le premier exemple de polymorphisme cristallin sous la forme d'un composé qu'ils nomment benzamide.

Il synthétise la mélamine en 1834 à partir de thiocyanate de potassium (en réalité, le produit que Liebig appelle Melam, est composé surtout de mélamine liée à son sel thyocianate ; la production industrielle de Mélamine ne sera possible que dans les années 1940)L. Rapoport, E. M. Smolin, The Chemistry of Heterocyclic Compounds, Triazines, John Wiley & Sons, 15 septembre 2009.

En 1835, en étudiant les aldéhydes, il découvre que l'argent peut se déposer sur du verre par réduction chimique d'une solution de nitrate d'argent. Cette découverte, à l'origine de nombreuses initiatives pour fabriquer des miroirs., est d'abord considérée par Liebig comme un moyen de reconnaître la présence de l’aldéhydeJean-Sébastien-Eugène Julia de Fontenelle, François Malepeyre, I. Bertran, Nouveau Manuel complet du verrier et du fabricant de glaces, cristaux, pierres précieuses factices, erres colorés, yeux artificiels, etc., Editorial MAXTOR, 1900..

En 1837, il publie qui l'installe sur un pied d'égalité avec les principaux chimistes de son temps (traduit en français en 1838 sous le titre instruction sur l'analyse des corps organiques).

En 1839, l'architecte Johann Philipp Hofmann - le père de August Wilhelm von Hofmann - agrandit son laboratoire.

En 1840, il publie . Il compte sur la polémique générée par cet ouvrage pour susciter l'attention du public avant la publication de son ouvrage majeur Die Chemie in ihrer Anwendung auf Agricultur und Physiologie.

En 1840 il publie qui connaitra huit éditions de 1840 à 1865Julien Pierre. La chimie agricole en Allemagne au et le rôle de Liebig dans sa constitution et son développement : Ursula Schling-Brodersen, Entwicklung und Institutionalisierung der Agrikulturchemie im 19. Jahrhundert : Liebig und die Landwirtschaftlichen Versuchsstationen, Revue d'histoire de la pharmacie, 1991, vol. 79, , .. Cet ouvrage, tenu pour pionnier et qui est généralement connu sous le nom de Chimie Agricole, répond à une demande du Congrès de l'Association britannique pour l'avancement des sciences de Liverpool en 1837 (en 1837 Liebig lors de son premier déplacement en Grande-Bretagne s'exprime devant l'Association britannique pour l'avancement des sciences ; il se lie d'amitié avec Liebig in London, The Biomedical Scientist, 2006). Il est directement issu du texte que Liebig publie d'abord en français dans son Traité de Chimie organique publié chez Masson en . L'ouvrage lui-même paraît en allemand à Brunschwig en sous le titre La Chimie dans ses rapports avec l'agriculture et la croissance des plantes. Stricto-sensu, la première édition française paraît en 1841 (La Chimie organique appliquée à la physiologie végétale et à l'agriculture, Fortin, Masson).

Dans la Chimie agricole, Liebig s'en prend aux phytophysiologistes, à leur adhésion à la théorie de l'humus et à leur ignorance de la chimie. Deux botanistes éminents, Matthias Schleiden et Hugo von Mohl lui retourneront le compliment, pointant son ignorance botanique et ses préjugés à l'égard des physiologistesPetra Werner, Frederic L. Holmes, « Justus Liebig and the Plant Physiologists », Journal of the History of Biology, 2002, volume 35, Number 3, page 421.

Dans cette première édition, contrairement à son titre ainsi qu'au mythe construit ultérieurement autour de lui, Liebig ne promeut pas vraiment la chimie agricole (cela ne viendra qu'à la septième édition de 1862) mais s'attache plutôt à promouvoir une nouvelle image de la chimie. Si le terme minimo apparaît dans la cinquième édition, c'est seulement dans la sixième que Liebig introduit et développe la loi du minimum. La sixième édition est par ailleurs précédée d'une longue préface où Liebig se montre très critique du système agricole britannique, qualifié de spoliateur : l'édition anglaise ne paraîtra que tronquée en 1863 sous le titre The Natural Laws of Husbandry (Liebig fera paraître en 1862 un ouvrage au titre similaire Die Naturgesetze des Feldbaues). Alors que la première édition compte 195 pages, la septième en comptera Voir sur esapubs.org..

À compter de 1841 grâce à la publication de ses Lettres sur la chimie () dans un supplément du quotidien Augsburger Allgemeinen Zeitung , Liebig atteint un plus large public (très lues, ces lettres donneront lieu à la publication d'un recueil en 1844 traduit en français en 1845 ; dès 1843 une recension paraît en anglais avec le titre Familiar Letters on Chemistry, and its relation to Commerce, Physiology, and Agriculture ; il y eut rapidement des traductions en neuf langues) Detlef Wilkens, Geschichte der Wissenschaft: Justus Liebigs Chemische Briefe -, Volume 1...Liselotte Bihl, Karl Epting, Bibliographie französischer Übersetzungen aus dem Deutschen / Bibliographie des traductions françaises d'auteurs de langue allemande (1487-1944): Band 1: Periode I-V (1487-1870). Band 2: Periode VI-VII (1871-1944)....