Les élections provinciales de 2026 ont lieu en Nouvelle-Calédonie, collectivité sui generis de la France, le afin d'élire les assemblées des trois provinces de la collectivité (Sud, Nord et Îles Loyauté)« Nouvelle-Calédonie : la convocation des élections provinciales, le 28 juin, marque l’échec du projet « Bougival » », sur Le Monde, 7 mai 2026.. Une partie des membres de ces assemblées forment à leur tour le Congrès de la Nouvelle-Calédonie, qui élit ensuite le gouvernement collégial, détenteur du pouvoir exécutif local.

Initialement prévues au printemps 2024, ces élections ont été reportées à trois reprises dans le cadre des discussions sur l'avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie, issues des trois référendums d'autodétermination de 2018, 2020 et 2021, les dernières élections provinciales datant de 2019.

Ces élections devaient initialement être les premières organisées sous le nouveau statut issu des accords de Bougival et Élysée-Oudinot, signés en juillet 2025 et janvier 2026. Toutefois, en raison du rejet du projet de loi constitutionnelle traduisant les accords en avril 2026, elles se tiennent selon le statut précédent, issu de l'accord de Nouméa de 1998. Le corps électoral prévu par cet accord est néanmoins complété par les personnes nées en Nouvelle-Calédonie, précédemment exclues du scrutin.

Contexte

Référendums d'autodétermination prévus par l'accord de Nouméa

Les élections provinciales de 2026 sont les premières à se tenir depuis la fin du cycle de référendums d'autodétermination prévus par l'accord de Nouméa (2018, 2020 et 2021), qui ont tous vu le « non » l'emporter à chaque fois. Cependant, le référendum de 2021 a été boycotté par une grande partie du camp indépendantiste, qui ne reconnait pas véritablement son résultat.

Projet de révision constitutionnelle et émeutes de 2024 Alors que les discussions sur l'avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie s'enlisent, le Gouvernement annonce fin 2023 le dépôt d'un projet de loi constitutionnelle dégelant le corps électoral pour les élections provinciales, alors prévues au printemps 2024. Dans ce contexte, la position de certains indépendantistes, essentiellement issus de l'Union calédonienne (UC), aboutit à la création de la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT). Celle-ci organise des manifestations contre le projet de loi constitutionnelle, dont le principe avait été accepté par les dirigeants de tous les partis composant le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), dont l'UC, mais fortement rejeté par sa base militante et ses alliés non-affiliés au front (Parti travailliste, Dynamik unitaire Sud, Dynamik autochtone, etc.).

Dans ce contexte, les élections provinciales, initialement prévues en mai 2024, sont une première fois reportées, au plus tard au 15 décembre 2024 par une loi organique du 15 avril 2024.

Après l'adoption dans les mêmes termes du projet de loi constitutionnelle par le Parlement en avril 2024, la contestation des opposants à ce texte entraîne, à partir du 13 mai 2024, de violentes émeutes. Le 12 juin 2024, le Président de la République Emmanuel Macron décide de ne pas soumettre le projet de loi au Congrès du Parlement et de convoquer de nouvelles négociations sur le futur statut. Cela aboutit également à une scission au sein du FLNKS. En effet, le Parti de libération kanak (Palika) et l'Union progressiste en Mélanésie (UPM), composantes les plus à gauche du Front mais aussi les plus favorables aux négociations avec l'État et les non-indépendantistes et les plus critiques à l'égard de l'influence croissante de la CCAT, décident de suspendre leur participation au bureau politique et aux congrès du FLNKS.

Par une loi organique du 15 novembre 2024, les élections provinciales sont à nouveau reportées, au plus tard au 30 novembre 2025.

Échec des accords de Bougival et Élysée-Oudinot et poursuite des discussions institutionnelles

Début 2025, de nouvelles négociations ont lieu entre les indépendantistes, les loyalistes et le Gouvernement, d'abord en Nouvelle-Calédonie (à Nouméa et à Deva) puis à Bougival. Ces négociations aboutissent, le 12 juillet 2025, à la signature d'un accord sur le statut qui doit être soumis à référendum local en février 2026. Cet accord prévoit notamment la création d'un « État de la Nouvelle-Calédonie » doté d'un statut sui generis pérenne au sein de la Constitution et pouvant accéder à une reconnaissance internationale, un transfert de compétences en matière d'affaires étrangères (et éventuellement d'autres compétences régaliennes si demandé par une majorité qualifiée au Congrès et approuvé par référendum local), un dégel partiel et progressif du corps électoral pour les élections provinciales, la création d'une nationalité calédonienne liée à la nationalité française, un renforcement des compétences des provinces ainsi qu'un changement de la composition du Congrès.

Cependant, à son retour en Nouvelle-Calédonie, le FLNKS décide finalement de retirer son soutien à l'accord le . Selon Dominique Fochi, secrétaire général de l’UC et membre du bureau politique du FLNKS, ce rejet s’explique par « l’incompatibilité du texte avec les fondements et les acquis de leur lutte ».. En revanche, ce texte et le calendrier prévu pour sa mise en place continuent à être fermement soutenus par l'ensemble des autres signataires, à commencer par les autres signataires indépendantistes de l'UNI qui rejettent toute idée de du peuple Kanak. Comme le dit Jean-Pierre Djaïwé, porte-parole du Palika et président du groupe UNI au Congrès : ..

Dans le cadre fixé par l'accord de Bougival et afin de permettre la poursuite des discussions sur l'avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie, les élections provinciales sont une troisième fois reportées, au plus tard le 28 juin 2026, par une loi organique du . Dans sa décision de conformité, le Conseil constitutionnel a par ailleurs jugé que ce troisième report « devra être le dernier »..

De nouvelles rencontres entre partenaires politiques néo-calédoniens - à l'exception du FLNKS qui fait le choix de boycotter la réunion - ont lieu à Paris en , aboutissant à la signature d'un accord complémentaire dit « Élysée-Oudinot » le . Celui-ci précise certains points du texte de Bougival, en réponse à des demandes des indépendantistes sur la reconnaissance de l'identité kanak (en réaffirmant la valeur constitutionnelle de cette dernière tout en appelant à la construction d'une identité calédonienne plurielle et à une réconciliation des mémoires), le droit à l'autodétermination (redéfini comme ne relevant plus de référendums jugés binaires et clivants sur l'accès à la pleine souveraineté mais plutôt de la procédure permettant les transferts éventuels des compétences régaliennes) ou le champ d'application de la future loi fondamentale (présenté comme devant être le plus large possible). D'un autre côté, les non-indépendantistes obtiennent un renforcement du rôle des provinces (par exemple, par la possibilité de transferts de compétences de la Nouvelle-Calédonie vers les provinces à leur initiative ou le fait de les doter de ressources fiscales propres). Enfin, cet accord complémentaire revoit le calendrier prévu initialement par Bougival, pour tenir compte du contexte politique et social. Il fixe ainsi un calendrier prévisionnel allant de la publication de l'accord en aux élections provinciales qui devraient se tenir désormais avant le , comprenant l'adoption d'une révision constitutionnelle au printemps 2026, l'élaboration et le vote de la loi organique, ainsi que la consultation des Calédoniens sur l'accord politique au début de l'été 2026.

À l'issue de son adoption au Sénat le , le projet de loi constitutionnelle traduisant juridiquement des accords et prévoyant le nouveau report des élections provinciales est rejeté à l'Assemblée nationale le par le vote d'une motion préalable déposée par le député FLNKS Emmanuel Tjibaou. La réunion du Congrès à Versailles prévue en , conditionnée à l'adoption conforme par les deux assemblées, est ainsi reportée.

A la suite du rejet à l'Assemblée nationale, le Premier ministre Sébastien Lecornu reconnaît l'impossibilité d'un prolongement supplémentaire du mandat des membres des assemblées de province et du congrès et annonce la tenue des élections le . Il propose par ailleurs une ouverture partiel du corps électoral aux personnes nées en Nouvelle-Calédonie ainsi qu'aux conjoints établis sur le territoire. Lors de la discussion parlementaire, les sénateurs et les députés n'adoptent finalement qu'une ouverture aux personnes nées en Nouvelle-Calédonie. La loi organique prévoyant cette adaptation est promulguée le .

Système électoral

Corps électoral Conformément à l'accord de Nouméa et suite à la révision constitutionnelle de 2007, le corps électoral est gelé et restreint en application de l'article 77 de la Constitution. Pour les élections provinciales de 2026, ce corps électoral a toutefois été révisé afin d'intégrer les personnes nées en Nouvelle-Calédonie. Selon le Gouvernement, cette intégration concerne environ 10 000 personnes.

Conformément à l'article 188 de la loi organique relative à la Nouvelle-Calédonie, les personnes admises à participer au scrutin doivent satisfaire l'une des conditions suivantes :

Remplir les conditions pour être électeurs lors de la consultation du , c'est-à-dire être inscrits et résider en Nouvelle-Calédonie lors du référendum du (point 1) ; Être inscrits sur la liste électorale générale de la Nouvelle-Calédonie lors de la consultation du mais ne pas remplir les conditions pour en être électeurs, et être domiciliés en Nouvelle-Calédonie depuis dix ans à la date des élections provinciales (point 2) ; Avoir atteint l'âge de la majorité après le et : soit justifier de dix ans de domicile en Nouvelle-Calédonie en 1998 ; soit avoir l'un de ses parents visé au point 1 ; soit avoir l'un de ses parents visé au point 2 et justifier d'une durée de domicile de dix ans en Nouvelle-Calédonie à la date des élections provinciales ; Être nés en Nouvelle-Calédonie et être inscrits sur la liste électorale générale à la date des élections provinciales.

Répartition des sièges Le scrutin, à un seul tour, se déroule à la proportionnelle plurinominale, selon la règle de la plus forte moyenne, dans chaque province, chaque liste devant dépasser la barre des 5 % des inscrits pour obtenir au moins un élu. Ensuite, proportionnellement au résultat, un certain nombre d'élus de chaque liste est choisi pour former le Congrès, l'institution délibérative et législative locale.

La répartition des sièges entre les assemblées de province est la suivante :

Assemblée de la province Sud : 40 dont 32 siégeant également au Congrès. Assemblée de la province Nord : 22 dont 15 siégeant également au Congrès. Assemblée de la province des îles Loyauté : 14 dont 7 siégeant également au Congrès.

Résultats précédents vignette|alt=répartition par parti des élus du Congrès de la Nouvelle-Calédonie |Congrès de la Nouvelle-Calédonie (2019).|188x188px Les élections provinciales de 2019 ont vu arriver en tête, par cumul des voix des trois provinces, la coalition L'Avenir en confiance (comprenant Les Républicains calédoniens, Le Rassemblement-Les Républicains, le Mouvement populaire calédonien et Tous Calédoniens), suivi de Calédonie ensemble, de l'Union calédonienne et de l'Union nationale pour l'indépendance (UNI, composée du Parti de libération kanak et de l'Union progressiste en Mélanésie). Les présidences des assemblées provinciales reviennent à Sonia Backès de L'Avenir en confiance-Les Républicains calédoniens dans le Sud, Paul Néaoutyine de l'UNI-Palika dans le Nord et Jacques Lalié de l'Union calédonienne aux Îles Loyauté. Roch Wamytan, de l'UC-FLNKS, est élu président du Congrès et Thierry Santa, de L'Avenir en confiance et du Rassemblement-LR, devient président du gouvernement.

Forces en présence