Le Congrès des œuvres sociales de Liège de 1890 est le troisième congrès siégeant dans la région. Il est organisé à l'initiative de l'«Union Nationale pour le Redressement des Griefs».. Il se tient du 7 au . Il revêt d'une importance fondamentale dans le développement du catholicisme belge et traduit le virage de l’Église vers le peuple.. Il se distingue des précédents congrès en matière d'objectifs, de signification et de résultats..
Contexte historique Avant l’organisation des Congrès sociaux de Liège de 1886, 1887 et de 1890, le mouvement catholique est marqué par deux tendances qui s’opposent, à savoir les catholiques libéraux attachés à la constitution, aux libertés civiles et éloignés de la hiérarchie ecclésiastique et les ultramontains qui défendent la foi, le clergé et visent notamment à restaurer l'Église au sein de la société. Le fossé entre ces courants se creuse davantage à la suite de la défaite électorale du mouvement.. Les ultramontains souhaitent alors réduire l’influence libérale. Cela se traduit notamment par diverses tentatives d'organisation de congrès, soit un espace rassemblant une audience catholique. Le mouvement catholique doit alors s’unifier.. La politique du pape Léon XIII est entre autres un facteur d’union. Dès lors, le conflit disparaît de la scène politique afin de permettre la victoire et la structuration du parti catholique en 1884, bien qu’un conflit demeure entre les courants..
Beaucoup d’ultramontains se rassemblent alors au sein d’une «Union Nationale pour le Redressement des Griefs», fondée officiellement à Bruxelles le .. Ce groupe agit comme un groupe de pression sur la Droite parlementaire qui est déjà méfiante des activités ultramontaines. Le président de l’organisation, Léon Collinet, souhaite l’organisation de congrès sur les œuvres sociales catholiques. Les autres membres de ce mouvement (bourgeois, fermiers, notables, prêtres…) défendent une démocratisation sociale et politique du pays. Dès 1885, les ultramontains continuent d’affirmer leur volonté d’organiser un congrès catholique afin de maintenir la pression en faveur d’un programme catholique plus radical et de la lutte anti-maçonnique et anti-socialiste.
Liège est le point de départ des grèves de mars 1886. À cette époque, les conditions de vie des ouvriers sont déplorables. Ils vivent dans des petites maisons insalubres privées de lumière et constituées souvent d’une seule pièce. Des maladies infectieuses se propagent. L'industrialisation originaire de l’Angleterre touche ensuite la Belgique. Elle provoque une forte croissance économique qui est en déclin en 1886. Cette crise économique amène les patrons à abuser de leur pouvoir pour tirer un maximum de profit. Ils licencient, réembauchent et licencient à nouveau les ouvriers, laissés à leur sort par manque de politique sociale. Sur le plan politique, les ouvriers ne sont pas représentés aux élections en raison de leur revenu trop faible pour payer le cens. Dès lors, un soulèvement est lancé dans le bassin industriel wallon par ces ouvriers lésés. Il s’agrandit en une grande grève générale partant de Liège et de Verviers.
Ces grèves violentes viennent confirmer les intentions des ultramontains quant à la tenue d’un congrèsPerso Helmo. (s.d.). Les chrétiens et la question sociale : l’exemple de Liège. Perso.helmo.be. Lire en ligne, consulté le 3 mai 2024.. Mars 1886 a pour conséquence de placer la question socialePerso Helmo. (s.d.). La question sociale. Perso.helmo.be. Lire en ligne, consulté le 2 mai 2024. au centre des préoccupations du parti catholique et du parti libéral. Ceux-ci ne peuvent plus écarter la question sociale compte tenu de la situation. Ces catholiques liégeois souhaitent lutter contre la montée du socialisme marquée par la création du POB. Il s'agit donc de préparer une solution chrétienne à la question sociale, d'abord par la catholicisme social et ensuite par la démocratie chrétienne..
Dès lors, Liège accueille les Congrès sociaux de 1886, 1887 et 1890 avec l’approbation de l’évêque Victor-Joseph Doutreloux. Le succès des deux premières sessions conduit à l’organisation d’un troisième congrès régional en 1890. C’est l’occasion pour les catholiques dont de nombreux ultramontains, de se réunir afin de restaurer le catholicisme dans la vie sociale. De plus, un congrès socialiste est initialement prévu le mais sa mise en œuvre est retardée. Cependant, cela manifeste l'importance croissante et de plus en plus prédominante des problèmes relatifs à la question ouvrière. Dès lors, le troisième Congrès des œuvres sociales de Liège s'organise dans ce contexte.
Déroulement
Composition Le Congrès social de Liège a lieu durant au Collège Saint-Gervais de Liège, soit le 7, 8, 9 et . C'est la troisième session organisée par l'«Union Nationale pour le Redressement des Griefs»s.a. (2019). Congrès des Œuvres Sociales, Liège (7-10 septembre 1890). ODIS. Lire en ligne, consulté le 2 mai 2024..
Le nombre de participants avoisine les personnes. Il s’agit de personnalités notables du catholicisme belge provenant du diocèse de Liège ainsi que de l’ensemble de la Belgique. Il y a également des étrangers originaires de France, Prusse, Bavière, Pays-Bas, Grande-Bretagne, Italie, Suisse, Autriche, Espagne, Grand-Duché de Luxembourg et Pologne. Le Congrès liégeois de 1890 acquiert alors une portée internationale remarquable car il déborde du cadre local, notamment par ses effets. Le congrès devient donc un lieu de rencontre internationale pour de nombreux catholiques sociaux qui peuvent s'y instruire.
À l’occasion des Congrès de 1887 et de 1890, la classe populaire est également présente. Les ouvriers sont conviés mais des obstacles tels que la langue officielle, les empêchent de participer activement au débat. Des femmes sont également présentes et ne participent pas non plus au débat. En ce sens, ces Congrès liégeois sont donc novateurs.
Thèmes Les intervenants ne discutent pas d'un projet de solution préalablement développé comme dans les congrès précédents mais directement de la question elle-même. Ce Congrès innove ainsi par sa méthode d'action. Chacun des thèmes faisant l'objet de discussions lors du Congrès se voit désigner un rapporteur.
Première partie : Assemblée générale (Président : Victor-Joseph Doutreloux) Le déroulement de cette troisième session des Congrès des œuvres sociales de Liège se fait en trois temps. L’évêque local Victor-Joseph Doutreloux préside ce congrès comme les précédents Congrès sociaux de Liège. Il prononce un discours à l’assemblée générale. Le cardinal Goossens, l’archevêque de Malines, se joint également à ce discours. Diverses lettres du pape Léon XIII, du cardinal Gibbons, du cardinal Manning, du cardinal Mermillod, de Ludwig Windthorst, de M. Onahan et quelques lettres épiscopales ont ensuite fait l’objet d'une discussion ou d’une lecture.
D’autres intervenants ont à leur tour prononcé un discours, à savoir le comte de Blome, Charles Woeste, M. Devos, le cardinal de Malines, De la Guillonnière, Lucien Fischer, Landelin Winterer, Oates-Plettinck, Ludovic de Besse, , Herbert Vaughan, Bertram d'Ashburnham, Anatole de Cabrières, Pierre Kistenberg, M. Mousset, M. Magdelyns, l'évêque Bagshawes, Joseph Demarteau et M. de Pascal.
Deuxième partie
Première section : Œuvres ouvrières et propagande (Président : Martin-Hubert Rutten) Martin-Hubert Rutten préside la première section relative aux œuvres ouvrières et à la propagande. Dans les thèmes abordés, on retrouve la presse populaire (Arthur Verhaegen), la protection des émigrés (comte F. Waldbott de Bassenheim), les travaux italiens pour la protection des émigrés (lettre de Volpe Landi), l’émigration (, le chanoine Boddaert, Huyghe, Pety de Thozée, Van Ockerhout, Villeneuve), les sociétés catholiques d'études et d'actions sociales (M. Toniolo), la restauration et la protection de l'honnêteté chrétienne dans le travail (Ludovic de Besse), la terminologie sociale (M. de Pascal), la communauté Saint Alphonse de Liège (Pierre Kistenberg), le mécénat des jeunes à Haneffe (M. Sallé), les écoles professionnelles et d'économie domestique, les écoles d'agriculture (Keesen, M. Senden), les maisons d'ouvriers : la maison ouvrière d’Ixelles, Concordia (la Maison des Travailleurs à Bruxelles) (J. Verbist), le secrétariat du peuple, les devoirs des actionnaires (Emile Harmant), les sociétés de tempérance : les sociétés contre l'alcoolisme dans le Limbourg (l'abbé J.-B. Senden) et les cercles militaires.
Deuxième section : Conventions internationales sur le régime du travail (Président : le comte de Blome) Le comte de Blome préside la deuxième section autour des traités internationaux relatifs au travail. Cette section est innovante. Divers intervenants abordent les thèmes suivants : le repos dominical (Urbain Guérin) , l'accord international pour la protection des femmes et des enfants dans l'industrie (canon Winterer) et le travail des femmes et des enfants, la légitimité et l'illégitimité des grèves, la légitimité des revendications ouvrières (Antoine Pottier), l'arbitrage papal (Godefroid Kurth), l'arbitrage du pape dans les conflits liés à la réglementation internationale du travail (Rafael Rodriguez de Cepeda), la réglementation des heures de travail (comte F. de Kufstein), la durée d'une journée de travail (M. Poncelet, le chanoine Winterer, M. de Pascal, Michael Felix Korum) et le travail de nuit (canon Winterer).
Troisième section : Législation (Président : Charles Woeste) Durant la dernière section sous la supervision de Charles Woeste, celui-ci déclare : " C’est pour marquer, dès le début du congrès, ma manière de voir que, dans le discours que je prononçai à la séance d’ouverture, tout en dénonçant le travail exagéré auquel certains ouvriers étaient soumis et en réclamant pour eux la liberté du dimanche, je fis appel, pour réprimer ces abus, plus aux influences morales qu’à la contrainte, et je prononçai ces paroles «J’ai peur de l’État et je hais le césarisme. » ". Les intervenants abordent le travail en matière d’assurance des travailleurs, de travail pénitentiaire et d’associations de travailleurs. Les thèmes discutés sont l'organisation de l'assurance des travailleurs contre les accidents et les maladies (Joseph Begasse), la mendicité et le vagabondage (Paul Lefebvre), le travail pénitentiaire (Gustave Francotte), les patronages pour les prisonniers (Félix Debert), la personnalisation civile des syndicats (Cyrille Van Overbergh), les fonds de pension (M. Doat) et les associations de la grande industrie, de la petite industrie et de l'industrie agricole (Joris Helleputte).
Troisième partie : Union des Patrons (Président : Jules Frésart) La troisième session du Congrès liégeois de 1890 se clôture par un examen des rapports et des réunions du syndicat patronal, présidé par Jules Frésart. Les points essentiels abordés sont l'utilité des syndicats patronaux et les moyens de les promouvoir, les responsabilités des employeurs (M. Bouvy), les devoirs des maîtres envers leurs employés (Jules Frésart), la responsabilité de la classe ouvrière, les obligations des employeurs dans le secteur agricole (Pierre de Saint-Victor de Lyon), la disparition de la classe moyenne sociale (M. Dirckx) et la fraternité commerciale (Joseph Moreau).
Résolutions Le Congrès des œuvres sociales de 1890 bénéfice des enseignements et de l’expérience tirés des précédents congrès ; il se distingue ainsi en termes d’objectifs et de moyens.